1. Avant propos

2. Réalisation

3. Scénario

4. Casting

5. Postface


5. Postface (c’est déjà fini !)

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Si vous êtes vous aussi fan de Ronin ou de Miller en général, j’imagine comme moi que vous n’attendez pas réellement le projet de film que je viens de vous décrire. Parce qu’il existe des oeuvres qui n’ont simplement pas besoin d’adaptations – et c’est beaucoup le cas concernant les chefs d’oeuvres de la science-fiction hors normes de ces décennies. Qu’on pense à MoebiusBilalSerpieri ou Mézières, les quelques cas ou tentatives échappant souvent au génie des bouquins d’origine, même ceux faits directement par les parents de celle-ci.

Mais, la micro-morale de cette chronique ci sera la suivante : au fond, a-t-on vraiment besoin de cinéma ? Dans le grand ordonnancement chaotique de la culture et du rayon d’influence des différents médias, il a été décidé que le cinoche aurait primeur sur tout, à commencer par la littérature, au point que les bouquins ne soient parfois écrits que dans l’espoir d’être un jour adaptés. A part le jeu vidéo, qui résiste à force de ratés et de plantades diverses, la machine cinématographique, qui reste le medium le plus pratiqué avec son cousin vidéoludique, a cette tendance à vouloir avaler et recracher les histoires racontées dans un autre format. Plus figé, moins dynamique, et aussi un peu moins rentable.

Dans l’ensemble, ce n’est pas un mal d’avoir plein d’adaptations de ce qu’on aime. Dans le tas, il y en aura surement une de bien – peut-être même que la mode d’adapter les mangas qui est en train de naître en ce moment donnera quelques bons films. On a même le droit de penser que tout ça n’est que du bonus, que les bonnes BD d’hier seront encore bonnes demain, même si un film scandalisant est passé dessus pour le présenter au plus grand nombre. Mais, inversement, on peut se poser la question : qu’est ce que l’un a que l’autre n’a pas ? Avec les comics, la réponse est simple, et Ronin en est un bon exemple. Le cinéma a des limites que la BD n’a pas.

Même si les effets spéciaux progressent, que les mentalités évoluent et qu’il demeure cette couche d’auteurs et d’artistes suffisamment fous pour systématiquement repousser plus loin les limites du possible, le cinéma reste compartimenté par la notion de crédible, et la notion de rentable. Tandis qu’en BD, un samouraï qui revient à l’ère moderne boiter du cyborg et du clochard cannibale ? Allez, pourquoi pas, après tout ça ne coûte pas plus cher à imprimer qu’un comics Transformers. Et quoi que la notion de rentabilité se pose aussi quand on pense aux annulations, aux grosses machines d’industrie, aux Big 2 et au besoin perpétuel de foutre Batman partout, on peut aussi s’amuser à compter le nombre d’idées tarées qui n’auraient pas existé s’il n’y avait eu que le cinéma, et pas les BD.

A cet égard, les immenses champs de création qu’auront été Métal Hurlant, Vertigo ou que constitue aujourd’hui un Image Comics étincelant de créativité sont des réponses à donner à cette question : pourquoi le cinéma, et en a-t-on vraiment envie ? Dans l’idéal, si on pouvait bien restituer Ronin, Nikopol ou Black Science, qui aurait envie de dire non ? Mais est-ce seulement possible ? Sans rien enlever ? Sans transiger aux exigences d’actionnaires plus tatillons que ton éditeur de quartier ? A priori, et sauf si l’avenir me donne tort, j’aurais envie de vous conseiller d’attendre un peu moins les films, ou de réaliser plus simplement leurs limites. Même si vous aimez ce qui en ressort, ce n’est pas parce que ça bouge et que ça fait du bruit que ça mérite plus d’attention que votre comics préféré.

Ca en mérite même peut-être moins, allez. Si les films étaient si géniaux que ça, on ne s’amuserait peut-être pas à écrire des chroniques pour imaginer comment ils pourraient être mieux faits. A la prochaine pour d’autres aventures.