Il y a les adaptations que l’on attend, le plus souvent celles des encapés, et il y a les autres. Les originales, les versions alternatives, les romans graphiques, celles qui constituent un risque pour le ponte Hollywoodien standard, ou défient le manque d’originalité de l’aristocratie culturelle, habituée à sous-estimer un public de moins en moins hésitant à leur donner raison. Parmi celles-ci, il y a Ronin, mini-série en quatre du génie au chapeau Frank Miller, publiée en 1983 avec le concours de la grande Jenette Kahn.

Ronin est au confluent de pas mal d’influences, emprunte du goût de l’auteur pour l’Asie et le manga. Il va chercher son héros dans la légende des 47 Ronins, le style et les postures chez Lone Wolf & Cub de Koike & Kojima (aucune parenté) et plonge cette première création originale dans le leitmotiv de son début de carrière, la rencontre du Japon et de l’Occident, déjà apposée dans son run de Daredevil et son court passage avec Claremont dans la mini Wolverine chez Marvel.

De l’autre côté de l’équation, il glisse un des thèmes qui l’obsédera sur la seconde moitié de sa vie, le futur deliquescent, l’Amérique en proie à la destruction. New-York, dans le futur, une cité ravagée où les politiques ont déserté, où le lobby de l’armement menace et où 95% de la population vit dans la rue entre famine et chaos. Ronin est à cette croisée des chemins spectaculaire entre poésie orientale et anticipation cyberpunk, comme d’autres BD ou films des années ’80. Une pensée d’époque incarnée par quelques autres grands titres, et qui n’a pas à rougir face aux géants Akira ou aux créations fantastiques de l’école Métal Hurlant.

Or, quoi que cette BD soit culte (pour ceux qui l’ont lu), elle est aussi à inscrire au palmarès des « un jour peut-être », la grande galerie oubliée de la dévolution culturelle – une ère où le bizarre dérange, et sera toujours moins rentable qu’un film type sans intelligence ni idées. A l’heure où, néanmoins, on voit Hollywood essouffler sa logique de suites, requels, legacyboots et relances de toutes parts, donnons nous le droit de rêver en imaginant ce qui serait, aussi, l’une des rares adaptations de Frank Miller sans Zack Snyder aux commandes du machin. En toute logique, ce serait nécessairement bien, non ?


1. Avant propos

2. Réalisation

3. Scénario

4. Casting

5. Postface


Sandman Theatre #2 – Ronin

1. Avant-propos

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L’idée d’un film consacré aux aventures du Ronin et de son démoniaque adversaire n’est pas neuve – on peut remonter jusqu’en 1998, où un jeune Darren Aronofsky alors seulement auteur du long-métrage indépendant Pi, devait déjà réaliser l’adaptation du comics. C’est sur la pré-production (avortée) du projet qu’il rencontrera Frank Miller, et invitera l’auteur plus tard à participer à son Batman, qui sera lui aussi tué dans l’oeuf, trop différent de la vision traditionnelle du héros à laquelle le public était habitué.

En 2007, les choses ont bougé pour le barbu au chapeau : 300 et Sin City ont rencontré leur public, ouvert une rampe d’accès insolente aux films sur fond vert et catalogué l’auteur dans la case des « adaptables », ceux dont le passif permet de foutre sur une affiche de promo’ « par le créateur original du film sépia et de l’autre, en noir et blanc ». C’est même du producteur même de l’adaptation menée à l’époque par Zack Snyder de la Bataille des Thermopyles que l’annonce vient. On promet même un réalisateur, le Français Sylvain White, qui s’occupera quelques années plus tard du film The Losers.

Mais la suite de Sin City n’arrive pas, 300 2 est en chantier mais Snyder peu enclin à revenir, occupé par un autre monument de la BD Américaine (qui commence par Watch). De son côté, Frank est passé du bon côté de la caméra avec The Spirit, et ambitionne de poursuivre en donnant vie à un autre de ses bébés : Hard Boiled, son ultra-violence Dark Horse co-créé avec le brillant Geoff Darrow, que l’auteur/dessinateur annonce vouloir filmer lui-même, courant 2008. L’échec financier du Spirit devant peser dans la balance, il n’en sera rien, et le projet Ronin sera pris dans la spirale, remis à plus tard.

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En définitive, la dernière bouteille à la mer de cette hécatombe est lancée par la chaîne Syfy (arrêtez de rire, les pauvres), qui annonce courant 2014 vouloir orchestrer une mini-série adaptée de l’oeuvre de Miller – ce qui ne se fera évidemment pas, pour des raisons d’argent, et, d’argent. Or, en attendant que la chaîne ait fini de ne pas adapter Krypton ou DMZ, rien d’autre n’est annoncé concernant l’oeuvre actuellement. Sa cousine, Hard Boiled, semble de son côté reprendre le chemin du boulot.

Cela étant dit, vous pouvez toujours trouver une adaptation (libre, comme on dit) du comics dans un autre registre, celui de l’animation. Le génial dessin animé Samurai Jack, du non moins génial Genndy Tartakovsky, reprend en partie le pitch de Ronin, qui servit d’inspiration officielle et assumée. Certains épisodes sont des références directes, comme celui de l’affrontement du garde du portail, ou bien un autre baptisé Jack & the Spartans, en hommage à Miller et à son Léonidas de papier. Quoi que les deux oeuvres soient en définitive assez différentes, celui qui a l’animateur et l’auteur de BD dans ses références d’artistes intemporelles peut saluer l’existence d’un dessin animé les réunissant – aussi publié en comics, d’ailleurs.