1. Avant propos

2. Réalisation

3. Scénario

4. Casting

5. Postface


3. Scénario

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Je le disais, plus haut : Ronin est un immanquable, mais comme souvent, les immanquables n’en sont jamais si tout le monde ne les a pas manqués. Or, si beaucoup découvraient Preacher récemment via son adaptation AMC, parions sur le fait que vous n’ayez pas lu ce comics (et si vous comptez le faire, merci d’avoir cliqué, mais faudra revenir après). Son histoire assez invraisemblable a des allures de pitch sorti directement de l’imaginaire bizarre et cintré des années ’80, où tous les gosses se réveillent plus vieux de vingt ans le soir de Noël, où les streums de films d’horreur jaillissent de l’écran et où les Tortues de New-York se reçoivent par accident une saloperie de mutagène qui – bref, si vous êtes assez vieux, vous saisissez l’idée.

Ronin commence dans le Japon féodal. Un noble seigneur, grand combattant, a à ses côtés un jeune samouraï courageux. Le noble seigneur a en sa possession une épée maudite, qui se nourrit du sang de ses victimes et le rend invincible, mais fait aussi de lui une cible pour le grand démon de ces terres, Agat, créature toute puissante malfaisante et vicieuse. Un soir, le maître se fait assassiner lâchement par le démon, qui avait pris l’apparence d’une prostituée pour se glisser dans ses draps. Le jeune samouraï récupère l’épée in extremis et met la créature en fuite, avant de jurer sur la tombe du seigneur de passer son existence entière à traquer la bête, venger sa mort, avant de s’ôter la vie. C’est au fil d’un périple qui lui coûtera un bras que le jeune guerrier accomplit sa tâche, et met fin au règne d’Agat d’un mortel coup de sabre. Le démon n’a que le temps de jeter un dernier maléfice avant de s’éteindre, et tous deux disparaissent dans le néant.

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New-York, le futur – s’ouvre un paysage bien différent au coeur du comics, qui montre à voir la société Américaine croulante, une cité en ruine peuplée de crève-la-faim, au milieu de laquelle se dresse seul un vaisseau encore protégé de la décadence du dehors. Cette structure s’appelle Verseau, et constitue le quartier général de l’entreprise du même nom. Après des années de recherches, Verseau est parvenue à deux avancées prodigieuses pour l’espèce humaine : l’intelligence artificielle douée de sentiments et de conscience – Vierge, I.A. qui pilote le navire – et une nouvelle forme de machinerie basée sur un métal intelligent, semi-organique, capable de se régénérer. Alors que l’entreprise s’apprête à partager avec le monde les bienfaits de ces découvertes, surgissent du néant le Ronin et Agat, qui prennent respectivement possession de membres de Verseau. Le guerrier atterrit dans le corps de Billy, un homme-tronc doué de capacité télépathiques qui servait aux expériences de la compagnie, tandis que le démon investit l’enveloppe charnelle de Mr. Taggart, le président directeur général du groupe.

S’en suivent une folle série de péripéties, un samouraï paumé dans une ville en crise peuplée de clochards cannibales, de bikeuses sadiques et de gangs ethniques des rues, avec une histoire d’amour, un complot, une jolie référence à 2001, l’Odyssée de l’Espace et un twist qui défonce – bref, une fin ésotérique plus tard (oui) et l’oeuvre s’achève, mais je n’ai pas non plus envie de tout vous gâcher. Peuplée d’idées et de trouvailles, de l’esthétique de Miller récupérée des plateaux de Kurosawa et de ses lectures japonaises, d’un vrai propos sur la vente d’armes et les Etats-Unis, pour un scénario qui n’aurait qu’à retravailler la forme et aller chercher chez Escape From New York ou Otomo les deux trois réponses à comment faire ci ou ça, rien d’autre ne mériterait d’être changé dans l’oeuvre qui décelait déjà à l’époque du talent d’un jeune Miller aussi doué de son crayon que de son stylo.