1. Sous influences de soleil levant

2. Till Death Do Us Part !

3. Ombres et Lumière

4. Lone rider and the Dark Horse

5. Tragédie Urbaine

6. Hell & Back


Lone Rider & The Dark Horse

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Sin City

I grew up on the crime stuff. Spillane, Chandler, Jim Thompson, and noir movies like Fuller, Orson Welles, Fritz Lang. When I first showed up in New York to write comics back in the late 1970s, I came with a bunch of crime stories but everybody just wanted men in tights.

A la fin des années ’80, DC Comics envisage de mettre en place un système de classification de la BD inspiré du rating cinématographique. Dans l’après Watchmen et Dark Knight Returns, l’apparition du format roman graphique et l’arrivée de lecteurs d’un autre genre, les comic books commencent à acquérir leurs lettres de noblesse auprès de la presse littéraire, et l’idée de segmenter le public par catégories semble à l’ordre du jour. Dans la même vague d’idées apparaîtra à la même période la mention « suggested for mature readers » sur certaines séries, qui formeront pour la plupart le socle de l’imprint Vertigo.

Une poignée d’auteurs à laquelle se joignent Miller et Moore refusent l’apposition de cette mesure, qu’ils attribuent à une censure partielle de leur travail. C’est la première fois que Miller claque la porte de DC Comics. Désireux de raconter ses propres histoires, l’auteur migre chez Dark Hose, où il réalisera la plupart de ses travaux de la décennie. Libres et détachés de tout contrôle éditorial, ceux-ci si dirigeront plus amplement vers un abus de violence graphique, la brutalité devenant un dénominateur commun, à l’image d’autres grandes oeuvres des années ’90.

En marge de l’avènement de Vertigo et des nouveaux héros d’Image Comics, c’est dans le polar que l’auteur reprend ses marques avec la parution, en 1991, de la série Sin City. Miller y retrouve sa planche à dessiner et son amour du film noir, dans une perspective esthétique faite d’aplats de noirs sur blanc, sans nuances de gris ni de couleurs ou de découpages évidents. Les planches reposent presque entièrement sur la suggestion de contours et de formes, un travail d’ensemble d’où naît une ambiance atypique dans un jeu d’ombre et de lumière et qui vaut à Sin City d’être propulsée au banc des œuvres majeures de l’artiste, devenant la signature indissociable d’un auteur encore agile de ses crayons.

L’écriture adopte quant à elle un point de vue de polar extrême, on y retrouve les gueules cassées emblématiques du genre, associées à une vision très poussée des clichés de cinéma : tueur froid, femme fatale, politiciens corrompus et mafieux cruels. Le scénariste donne ici dans l’excès, libéré des barrières imposées par un contrôle éditorial inexistant, et n’hésite pas à pousser ses idées au paroxysme, jusqu’à s’attirer les foudres d’une partie de la critique qui lui reproche un trop grand pessimisme et une certaine misogynie. L’auteur glisse quelques références à ses influences asiatiques, mais reste dans l’écriture de cinéma et de romans noirs inspirée de ce genre qu’il affectionne, appliquant une science de la narration interne qui guide chacun des différents volumes de la série. Sin City est un renversement de polarité, où de gentils truands et de bons samaritains sortis de prison assassinent froidement policiers corrompus, ecclésiastes cannibales et politiciens pédophiles, dans la puissance artistique d’une ville où tout est noir ou blanc.

Certains volumes ont été regroupés dans l’adaptation proposée par Robert Rodriguez et Quentin Tarantino (qui ne réalisa qu’une scène contre un dollar symbolique), où l’artiste fit aussi ses débuts de metteur en scène. Le film eut un certain impact culturel au vu de son esthétique étrange parfois récupérée (on peut citer le jeu vidéo Madworld comme une reprise directe du parti pris graphique de la BD).

The Big Fat Kill

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I’m a comic book artist. So I think to myself, what do I like to draw? I like to draw hot chicks, fast cars and cool guys in trench coats. So that’s what I write about.

L’autre grande oeuvre de Frank Miller chez Dark Horse s’appelle Give Me Liberty, premier volume des aventures de Martha Washington, publiée en 1990. Simple scénariste, il partage ici l’affiche avec Dave Gibbons, dessinateur des intérieurs de la série Watchmen qui prête son trait au paysage posé par Miller : l’Amérique d’un futur pas si lointain, découpée en castes et plongée dans une immense pauvreté. Martha Washington, fillette des rues de Chicago, a grandi dans la violence des quartiers où les politiques ont abandonné le peuple. Give Me Liberty est à la fois son histoire, et plus largement, l’histoire d’une rébellion, une oeuvre sincère où l’auteur couche avec honnêteté ses croyances politiques, patriotiques, et s’attache à suivre une héroïne à son image durant toute sa vie, au travers des différents volumes. Toujours versé dans la violence absurde des années ’90, Miller compose une bonne histoire derrière les codes de l’époque, qui a pour personnage principal une femme afro-Américaine.

A côté de ces récits fleuves, l’auteur se contente parfois d’histoires courtes plus occasionnelles. Il réalise seul 300 vers la fin de la décennie, inspiré de la célèbre Bataille des Thermopyles qui opposa les Spartiates aux troupes Perses. Se défendant d’écrire un récit véridique ou historiquement correct, Miller utilise davantage les Spartiates comme la parabole du refus de l’oppression et de l’esclavagisme, en transitant son message dans un choc des cultures interprété différemment selon les lecteurs. Publié dans un format à l’Italienne, 300 est son dernier travail d’importance en bande-dessinée, avant de se concentrer en majorité sur les projets d’adaptations nés de ses précédentes séries. Avec Geof Darrow, il signe également Big Guy et Hard Boiled, deux collaborations de différents genres, l’une assez naïve et nostalgique avec la simplicité d’un manga des années ’70, l’autre plus agressive et peut-être la plus violente de sa bibliographie.

Au confluent d’un récit standard de science-fiction et d’un film de genre hyper violent, Hard Boiled apparaît comme la relâche d’années de frustration chez les grands éditeurs. L’auteur déploie ici un condensé de violence sans limites, abrité derrière une histoire facile d’accès (un contrôleur de taxes qui s’aperçoit qu’il est en fait un robot programmé à tuer). L’excuse semble toute trouvée, et la mini-série en trois parties aux airs de défouloir garde une charge politique contre la société de consommation, qui prend des allures de comics punk ou underground sous le trait hors du commun de Darrow, un dessinateur en marge inspiré par Moebius et la bande-dessinée Européenne dans la veine de Métal Hurlant.

D’autres récits plus discrets ont également vu le jour à l’époque : un Batman/Spawn avec McFarlane plus parodique qu’autre chose, l’anecdotique Robocop Vs Terminator avec Walt Simonson, un comics aux allures de bonne série B, et les Tales to Offend, hommage déjanté aux comics Eery & Creepy où le héros satirique Lance Blastoff dispense des leçons de vie anormalement irresponsables aux jeunes enfants. La série est célèbre pour une couverture en particulier, où le personnage incite la jeune génération à fumer via un distributeur automatiques de paquets de cigarettes.