1. Sous influences de soleil levant

2. Till Death Do Us Part !

3. Ombres et Lumière

4. Lone rider and the Dark Horse

5. Tragédie Urbaine

6. Hell & Back


Ombres et Lumière

Marked for Death

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The noir hero is a knight in blood caked armor. He’s dirty and he does his best to deny the fact that he’s a hero the whole time.

Les années 1986 et 1987 marquent le pic de la carrière de Miller, qui accomplit sur Batman et Daredevil un travail définitif, signant deux oeuvres considérées par beaucoup comme les chefs d’oeuvres de chacun. En février ’86 paraît The Dark Knight Returns #1, un projet germé dans l’esprit de l’auteur quelques années auparavant. Proche de Batman, son héros préféré avec qui il a fait connaissance à six ans dans un comic shop du Vermont, l’auteur partage avec l’éditeur Dick Giordano l’envie de renouveler le personnage, encore imperméable au passage du temps après plus de quarante années de service.

C’est au cours d’un trajet en avion que Miller fait en quelques mots le récit de son projet. Un Batman vieillissant, intransigeant, aux portes de la psychose, dans une Amérique effondrée par une présidence laxiste et un urbanisme oppressant. La dystopie futuriste chère à l’auteur se glisse dans la dernière croisade d’un Chevalier totalitaire, que le scénariste décrit volontiers comme « un génie fou et violent, celui dont le monde a besoin ». Les germes sont plantées, Giordano l’encourage à soumettre le projet, et Miller écrit une fin qu’il imagine déjà ne pas pouvoir publier. A nouveau entouré de Klaus Janson et Lynn Varley (devenue sa compagne entre temps), la série est validée par les pontes de DC Comics, et publiée en début d’année 1986, quelques mois après Crisis et quelques autres avant Watchmen, sans prendre conscience de la révolution qui transite sous leurs yeux.

Dark Knight Returns, considéré comme un chef d’oeuvre par beaucoup, est aussi la première prise de partie politique de Miller. Critique envers l’establishment et la présidence de Ronald Reagan, l’auteur accomplit un Batman anarchiste et révolutionnaire, en guerre contre les symboles du passé et les médias qui déforment son image sous une couche de dogmatisme propres à l’époque. L’oeuvre est un exemple des contradictions usuellement prêtées au scénariste, qui hésite entre une lecture de fascisme nécessaire et d’anti-fascisme inversé, pour caricaturer Superman en homme de main du pouvoir et Batman comme ennemi public refusant de se compromettre. L’oeuvre s’achève sur un final grandiose, l’affrontement symboliques des deux piliers de DC, et marquera les générations autant que la perception des comics par d’autres types de public.

Avec Watchmen, Dark Knight Returns est considéré comme l’ouverture du Dark Age et des récits ultra-violents, et a entre autres contribué à l’explosion du marché de l’édition en relié aux USA.

Guts & Stilts

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I realized that I was about to turn 30, and Batman was permanently 29. And I was going to be damned if I was older than Batman.

En parallèle, le scénariste revient sur le personnage de Daredevil pour un arc tout aussi important. Si Born Again n’a rien en commun avec Dark Knight Returns dans ses thématiques ou sa conclusion, elle est considérée comme son équivalent sur le personnage, en terme de qualité d’écriture et mise en parallèle avec les deux autres incontournables de Miller sur les personnages, Year One et Man Without Fear.

Cette fois simple dessinateur aux côtés de David Mazuchelli, Miller met en place une bataille psychologique et physique entre Matt et le Kingpin, décidé à détruire le héros et sa contre-partie humaine. Born Again est le récit d’une descente aux enfers et d’une remontée vers la lumière, qui a pour elle une suite de faits marquants dans la continuité du héros : le Caïd connaît désormais son identité secrète, Karen Page contracte le Sida, et l’auteur introduit la mère supposée de DD dans le dernier chapitre. A nouveau, l’auteur ne refrène pas ses idéaux politiques, avec la création de Nuke. Caricature du héros reaganien des années ’80, Nuke se place comme une satire de l’Amérique militaire, aisément manipulable et obnubilée par une violence aveugle et totalitaire. Comme dans Dark Knight, Miller confronte cette vision du patriotisme à celle plus légitime de Captain America, dont l’aventure conclut le comics, à nouveau sur le double discours d’un Américain en colère contre une vision de son pays auquel il n’adhère pas.

Dans la foulée de ces deux oeuvres, il signe également deux autres monuments de la chronologie Daredevil, avec Love and War et Elektra Assassin sur l’imprint Epic de Marvel. Deux bonnes BD qui ont eu contre elles de paraître en parallèles de travaux d’une autre envergure, mai restent à découvrir pour l’esthétisme particulier de Bill Sienkiewicz, artiste peintre au style hors du commun.

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Au-delà de la vague d’auteurs apparus à l’aube des années ’80, le DC Proper contemplait, lui aussi, après Crisis on Infinite Earths, une envie de renouveau. Et tandis que John Byrne ou George Pérez se mettaient au travail sur la refonte de Superman et Wonder Woman, le dernier membre de la Trinité semblait poser problème à l’éditeur Dennis O’Neil. Comment moderniser les origines de Batman ? Encore très actuelles, celles-ci se prêtaient assez bien au héros après une avancée progressive vers l’idée du détective, sombre et solitaire, entamée dans les années ’70. Elles s’appliquaient d’autant mieux en marge de la période à venir, obsédée par la violence urbaine et le traumatisme criminel.

Le projet ne fut pas de réécrire les origines de Bruce, mais davantage de les améliorer. Après avoir écrit les derniers jours du Chevalier Noir, on donna ainsi à Frank Miller la possibilité de raconter ses premiers pas. Retrouvant David Mazuchelli aux dessins et la coloriste Richmond Lewis, l’auteur livra le premier numéro de l’arc Batman Year One dans Batman #404, publié exactement un an après le Dark Knight Returns, et qui durera jusqu’au #407. Difficile de brosser un portrait synthétique de cet arc, véritable chef d’oeuvre incontournable et rare point d’accord entre les fans et détracteurs du scénariste, qui reste ici en retrait sur ses idées et se contente d’apposer son amour des polars et des imperméables dans une histoire sobre et haletante à la fois.

Le dernier travail d’importance réalisé par Miller en work-for-hire se fera dans les pages de Daredevil : Man Without Fear. Après avoir fait la rencontre de John Romita Jr. au cours d’une convention, l’auteur lui propose de réaliser le Year One du diable cornu, ce que le dessinateur accepte immédiatement au courant de l’année 1993. Il en ressort un excellent récit qui cumule avec le Daredevil Yellow de Jeph Loeb le statut d’origin story officielle de Matt Murdock, et l’inspiration principale de sa dernière adaptation en date sur les ondes de Netflix.