In the world of comic books, « troublemaker » means someone who has some sense of dignity.

Frank Miller naît un 27 janvier en 1957, à Olney dans le Maryland. Une enfance normale sur laquelle l’auteur est assez peu revenu, mis à part pour l’héritage transmis par ses parents, d’origine, une famille de catholiques venus d’Irlande. Aux portes de la soixantaine, l’auteur sera passé à travers les éditeurs et les personnages comme au travers de ses polémiques personnelles, chaque fois dans la tonitruance de fans ou de détracteurs toujours prompts à remettre le sujet sur la table.

Bien des années auront passé depuis les débuts de la légende sur Daredevil en 1979. Un style qui n’a cessé d’évoluer, tant dans le dessin que dans l’écriture, et une longue absence avant de reprendre où il s’était arrêté, sur le Dark Knight qui a fait sa réputation chez DC Comics et qui fête cette année sont trentième anniversaire. Impossible de ne pas revenir sur le parcours de cet auteur atypique à quelques jours de Batman V Superman, vibrant hommage au récit de Miller, Janson et Varley de 1986.

Plutôt que de proposer une bibliographie sélective (autrement, il n’y en aurait que quatre), ce papier reviendra plus en détail sur les différents moments de la carrière de Frank Miller. Moins biographique que stylistique (wikipedia n’est qu’à quelques clics de vous), ce Script Of passera ainsi en revue les travaux marquants de l’auteur, depuis ses débuts sur Daredevil jusqu’à son retour en grâce avec Dark Knight III.

Let’s goddamn start this.


1. Sous influences de soleil levant

2. Till Death Do Us Part !

3. Ombres et Lumière

4. Lone rider and the Dark Horse

5. Tragédie Urbaine

6. Hell & Back


Sous influences de soleil levant

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It was said Daredevil grew up in Hell’s Kitchen, an amazing name for a neighbourhood. But that opened a Pandora’s box of all the crime stuff I wanted to do. I borrowed liberally from Will Eisner’s ‘The Spirit’ and turned ‘Daredevil’ into a crime comic.

C’est à la fin des années ’70 après un passage chez Gold Key que Frank Miller est repéré par Marvel après un de ses premiers travaux, sur John Carter : Warlord of Mars. Une certaine esthétique démarque déjà Miller d’autres artistes de sa génération. Son dessin est souple, agile, grave, et se met au service du story-telling dans un découpage didactique, qui accompagne le sens de lecture et livre de superbes planches expressives et travaillées. C’est en qualité d’artiste qu’il fait ses débuts sur Daredevil aux côtés du scénariste Roger McKenzie. A l’époque, le dessinateur ne cache pas un certain désintérêt pour les intrigues qu’on lui propose d’illustrer. Personnage de second plan communément associé à Spider-Man, Daredevil est alors publié en bi-mestriel, et considéré comme un héros mineur dans le catalogue de l’éditeur.

Arrivé en 1979, Miller devra attendre deux ans avant de voir sa proposition de reprendre le scénario après McKenzie acceptée, ce qu’il obtient de Dennis O’Neil, nouvel éditeur du Diable Rouge pour Marvel au début des années 1980. Incapable de se concentrer à la fois sur le scénario et le dessin, Miller se reposera en grande partie sur son encreur Klaus Janson, qui reprendra ses découpages et assurera seul le dessin au départ de l’artiste quelques années plus tard.

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Miller commence à apposer sa patte sur le héros et son ambiance, transfigurée. Des années avant l’importation massive de mangas en territoire Américain, le jeune scénariste est déjà un fervent admirateur d’auteurs Japonais en BD et au cinéma. Il récupère de Kurosawa et Kasuo Koike les thématiques de la vengeance, du meurtre et des figures de clans propres au Japon féodal, et de la légende de Zatoïchi l’image du vieux maître aveugle très justement adapté au background de Matt Murdock. De ces inspirations orientales naîtrons la création d’Elektra, le clan ninja de la Main (« The Hand ») et Stick, le sensei de Murdock imposé par l’auteur, qui n’hésite pas à utiliser un processus de ret-cons intensif, modelant Hell’s Kitchen sous de nouvelles couleurs.

La popularité de Daredevil sous l’ère Miller va accompagner l’arrivée sur le continent Américain des premiers films d’exploitation asiatiques. L’auteur ajoute à cette ambiance insulaire son goût pour la violence. Enfant des années ’60 et adolescent des annes ’70, l’homme a vécu la popularisation des justiciers (« vigilantes ») dans les films tels que Un Justicier Dans La Ville ou la saga de l’Inspecteur Harry de Clint Eastwood. Un héritage qui transite dans nombre de ses travaux, et marque un autre des traits caractéristiques de Miller, son amour des trenchcoats et de la violence urbaine, qui l’amèneront plus d’une fois à se confronter à la censure ou aux vives critiques de la pensée Américaine traditionaliste. Cette violence s’établit assez tôt dans les pages de Daredevil, adaptant le Hell’s Kitchen violent de l’époque en une critique sociale hurlante, passant des voisinages encore assez tranquilles du Silver Age à un décor urbain sale et impitoyable.

Le pic de ce durcissement s’établira avec la mort d’Elektra en 1982, dans Daredevil #181, où son adversaire Bullseye assassine la kunoichi dans le but de briser son adversaire psychologiquement. Cette cruauté des vilains de Hell’s Kitchen fait partie du legs laissé par Miller dans son sillage, transformant la galerie d’adversaires tantôt grotesques tantôt déjà vue du Diable Rouge en se recentrant sur la lutte de ce-dernier avec Wilson Fisk, Caïd du crime de la cité qui s’engage dans une guerre sans merci contre Matt Murdock, et de Bullseye, qui devient un psychopathe obsessionnel capable d’une cruauté sans bornes. Cet héritage servira de socle aux reprises futures de Brian Michael Bendis et Ed Brubaker, et transformera à jamais Daredevil en passionnant héros maudit indissociable de la descente aux enfers.