1. Sous influences de soleil levant

2. Till Death Do Us Part !

3. Ombres et Lumière

4. Lone rider and the Dark Horse

5. Tragédie Urbaine

6. Hell & Back


Tragédie Urbaine

The Dark Knight Falls

TheDarkKnightStrike-Again-CV

These people saw people’s heads off. They enslave women, they genitally mutilate their daughters, they do not behave by any cultural norms that are sensible to us. I’m speaking into a microphone that never could have been a product of their culture, and I’m living in a city where three thousand of my neighbors were killed by thieves of airplanes they never could have built.

En septembre 2001, Frank Miller est au travail, à l’écriture de Dark Knight Strikes Again. Après avoir finalement accepté de revenir chez DC pour les quinze ans de son Dark Knight Returns, l’auteur confiera plus tard avoir initialement pensé l’histoire comme un hommage tendre et nostalgique aux super-héros qu’il appréciait autrefois. Déjà avancé en très grande partie, il finit néanmoins par revoir sa copie après les attentats du 11 septembre, un événement déterminant dans la vie et la carrière de l’auteur, qui s’enfermera plus encore dans la posture réactionnaire que certains lui reprochaient déjà.

Dans la préface de l’édition en relié de la série, Miller défend l’idée d’un comics en réaction à un monde qu’il ne comprend plus. Plus agressif que jamais envers les médias et la politique (le président est ici un hologramme contrôlé par un trust financier), le scénariste durcit son propos envers les masses et affirme une envie de rébellion plus violente et totalitaire. Strikes Again reprend là où Dark Knight Returns s’était arrêté, dans un monde en proie au chaos, où le scénariste expédie les enjeux et détériore sa propre légende, en plus de ne pas être à niveau sur le plan du dessin.

Les réactions du public sont vives au sortir de la série, en partie suite aux déclarations acerbes de l’auteur envers le monde musulman. Fréquemment interrogé à ce sujet, celui-ci multiplie les déclarations islamophobes, associant volontiers la culture et le peuple arabe au régime nazi et faisant de son fameux « choc des cultures » la lutte du peuple Américain contre une ethnie barbare et intellectuellement défaillante. Le racisme avoué de l’auteur l’éloigne progressivement de la scène publique, celui-ci n’intervenant plus que dans les tournées de promotion de ses différentes adaptations. Après avoir critiqué avec virulence le mouvement Occupy Wall Street, l’auteur s’est surtout fait entendre en marge de la sortie de son dernier comics indépendant, Holy Terror, en 2011.

terrorism comics

Proposé à DC dans un premier temps, sous le titre Holy Terror, Batman ! en référence à la catchphrase de Burt Ward, cette série avait au départ pour thème l’opposition de Batman et d’Al Qaida. Après avoir été refusée par les éditeurs de la société, Frank Miller se tourné vers le jeune imprint Legendary Comics, essentiellement consacré aux publications dérivées des productions Legendary Pictures, pour éditer ce que lui même qualifie de brûlot insultant, essentiellement créé pour choquer. Multipliant les caricatures de personnalités, un ton très violent et une exagération des thèmes dans une écriture proche de Sin City, l’auteur livre en quelques pages au format à l’italienne l’un des derniers vrais scandales de publication aux Etats-Unis, derrière un comics qui manque surtout de fond et s’arrête à une idée de défouloir bête et violent.

Dans ses interviews récentes, Miller n’a jamais renié Holy Terror, affirmant être à l’aise avec son statut d’auteur provoquant, fait pour secouer les idées au détriment de la critique. Plusieurs voix dans le public ont tempéré les invectives envers les sorties récentes de Miller, l’auteur n’ayant pas effectivement attendu la chute des Tours Jumelles pour s’adonner aux récits violents ou idéologiquement douteux. Plusieurs fois au cours de sa carrière, celui-ci a essuyé des accusations de misogynie ou d’homophobie persistantes,  là où lui-même s’est souvent fait le porte-parole de l’intérêt d’écrire de forts personnage féminins, ou participé à des projets tels que AARGH, un collectif d’auteurs en faveur de la cause homosexuelle. Des contradictions qui accompagnent le scénariste depuis ses débuts, et n’ont cessé de s’affirmer à mesure de l’éloignement du contrôle éditorial de Marvel et DC vers ce statut d’auteur indépendant, en roue libre, et constamment en démesure dans l’application de ses idées.

Différentes analyses ont théorisé Frank Miller comme un traumatisé du 11 septembre incapable de se défaire de ses idéaux, d’autres comme un gamin irresponsable qui s’amuse à choquer. A l’heure actuelle, l’auteur reste attaché à ses idées, en faveur du port d’arme et toujours contre le terrorisme, tout en maintenant la même colère contre les instances politiques et le peuple Américain dans son dernier travail en date, The Master Race, avec Brian Azzarello.

Paper Chase

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I’m a spoilt brat. I thought I was just going to walk in and make movies. But I’d been my own boss for so long that all of a sudden to be facing a roomful of people who were niggling over every little scene… I just thought I’d go back and draw my comics and have a happy life.

Les années ’90 de Miller ne se limitent pas qu’aux comic books, l’ouverture de la décennie ayant été, à l’époque, son premier pas dans l’industrie du cinéma. En 1990, une grève des scénaristes frappe Hollywood, la plupart refusant de reprendre le travail suite aux ingérences fréquentes des producteurs dans le processus créatif et une rémunération insuffisante compte tenu de leur importance dans l’industrie. Après le succès du film Robocop de Paul Verhoeven, critique acerbe des médias et du pouvoir un rien semblable au style de Miller sur ses précédents essais futuristes, le studio en charge de la licence décide de donner suite, ce malgré le refus et le départ du réalisateur. Bien inspirée, la production se tourne vers Irvin Kershner, réalisateur de l’Empire Contre Attaque, et un scénariste de comics réputé, Frank Miller, à qui ils confient le projet.

Pensée comme cynique et violente, la première version du scénario est immédiatement refusée par le studio, qui considère le film comme irréalisable en l’état. Il en ressortira une version atténuée et un énorme échec critique, qui engendrera tout de même une suite trois années plus tard. Robocop 3 sera le dernier essai d’un scénariste ambitieux, cherchant à atteindre les cimes du septième art et rapidement déçu par les rouages d’un système encore frileux sur la violence chère à son style. Robocop 3 poussera l’affront jusqu’à un rating PG-13, tant insultant pour le scénariste que pour l’oeuvre originale de Verhoeven. L’échec deviendra plus tard symptomatique, et l’auteur démontrera ses premières limites une fois sorties de ses pages en deux dimensions. Miller finit par réaliser en comics sa version de Robocop 2 avec Juan Jose Ryp pour Avatar Press, violente et borderline, bien qu’assez proche des grandes lignes du script adapté en définitive.

Après plus d’une décennie et l’abandon de son film Batman avec Darren Aronofsky, Miller mettra à nouveau les pieds en studio à l’occasion de Sin City, où il apprend le métier de réalisateur. Il livre ensuite sa propre version du Spirit de Will Eisner, où il applique derrière son esthétique à part la même ironie absurde déjà à l’oeuvre dans All-Star Batman & Robin. S’il n’a jamais caché une admiration sans bornes envers Eisner (les deux auteurs s’étant liés d’amitié au début de sa carrière), sa version du Spirit ne respecte qu’à moitié l’essence de l’oeuvre initiale, dans un énième sacerdoce de parodie désarticulée. L’échec critique et commercial qui s’en suit met fin aux ambitions du Miller metteur en scène, à l’exception de projets de publicité ou d’une adaptation d’Hard Boiled encore dans les placards.