Reconnu aujourd’hui pour la mort de Gwen Stacy, Gerry Conway est loin de ne s’être arrêté à l’écriture de l’homme araignée. S’il partage une passion pour ce personnage, ses nombreuses créations font de lui un créateur de renom encore actif dans l’industrie. Cet homme aux multiples facettes n’a de limite que sa curiosité. Poussé par cette envie de découverte, le scénariste que nous nous apprêtons à découvrir est également scénariste, story-teller, auteur et a enseigné à de multiples reprises. Grand amoureux du cinéma de Hitchcock, Gerry Conway est avant tout un auteur passionné. Il décrit son parcours comme une chance qu’il a saisie. L’écriture est plus qu’une passion et un don. Il n’hésite pas à la défendre et dénonce toute forme de schéma instauré dans les comics comme au cinéma. Paradoxe, puisqu’il reste un amateur des séries de la CW (c’est du moins ce qu’il laisse paraître). Malgré tous ses acquis, Gerry Conway est loin d’établir un fossé entre le scénariste et le lecteur. Modeste et à l’écoute, il possède ce franc parler que bon nombre d’artistes n’ont pas. Il n’oublie pas d’où il vient, et donne en exemple son vécu pour mettre en garde de jeunes scénaristes afin de ne pas tomber dans les pièges tendus par des producteurs ou l’esprit malsain du système industriel du comics.


1. La naissance de la tragédie

2. L’homme révolté

3. Retour au bercail

4. Fin ouverte d’une carrière infinie

5. Conclusion


1. La naissance de la tragédie

Écritures précoces

Gerry Conway Letter Fantastic Four 50 DC Planet Script Of

Gerard Conway voit le jour le 10 Septembre 1952 à Brooklyn. Deuxième génération issue de grands-parents irlandais, il a eu cette chance de connaître la fin du Silver Age chez DC et cette apparition d’une concurrence féroce avec les débuts de Amazing Spider-man, des Fantastic Four. Il découvre ce monde des comics à travers Fantastic Four #4, acheté dans un super-marché. De retour chez lui, il le dévore et y retourne acheter le numéro précédent, encore disponible dans les rayons, et ne s’est jamais arrêté de suivre le titre depuis. Par ailleurs l’une de ses lettres sera retenue dans le numéro 50, où Gerard Conway nous parle de son enthousiasme face à l’apparition des Inhumains et de son amour pour Black Bolt (il faut dire qu’à cette époque, Marvel était inspiré), et souhaite avoir des précisions suite à quelques informations quand à une possible adaptation de héros Marvel encore inconnus, au cinéma. La hype était déjà forte en 1976. Stan Lee lui répondra évidemment que rien n’est encore sûr, mais ces négociations ne mèneront nulle part, rien ne sera signé et Stan Lee réfléchira encore à cette opportunité probablement gâchée (je vous conseille de jeter un coup d’œil au premier film Doctor Strange). Gerard n’a encore que 14 ans, il lit des comics, comme vous et moi.

Au milieu des années 60, un été, Gerard Conway souhaite découvrir les locaux où sont réalisés les comics qu’il dévore. Il arrive donc chez DC Comics. Les portes étant ouvertes, il frappe et se propose en tant qu’assistant le temps de quelques semaines. N’étant pas bon dessinateur, Conway était dores et déjà décidé à écrire des comics. Sa confiance en lui malgré son jeune âge en surprit plus d’un. Passant d’éditeur à éditeur, il finit par avoir Dick Giordano en tant que responsable. L’année suivante, il finit par vendre sa première histoire publiée chez DC Comics, dans House of Secrets #81. Ce titre d’horreur est une compilation d’histoires indépendantes, ayant pour seul rapprochement cette maison et plus ou moins présentés par ces personnages que sont Cain et Abel. Cette première histoire raconte celle d’un homme en fuite, après avoir pris une photo. Cherchant refuge il entre dans cette maison et disparait.

Il s’agit d’une première histoire brève, et si l’on ne s’attache aucunement aux personnages, le jeune scénariste a déjà une maitrise de la page et de la manière dont on fait ressentir la peur à travers un comics de ce type. Gerard devient alors Gerry Conway. Il poursuit son début d’aventure chez DC avec le numéro 83 de House of Secrets. Alors que DC lui confie un numéro de Secret Hearts, Roy Thomas demande à Stan Lee de mettre son jeune prodige à l’essai. Stan décide de le mettre sur Chamber of Darkness, un autre titre d’horreur. Gerry Conway restera entre les deux éditeurs perçu chez l’un comme chez l’autre comme un second couteau capable de livrer une bonne histoire si besoin est. DC lui confie deux numéros de Phantom Stranger où il reste dans ce domaine du suspense, et une courte histoire dans le premier numéro de All-Star Western #1, en plus des nombreux titres d’horreur qui ont vu son nom écrit : House of Secrets, The Witching Hour ou encore Tower of Shadows chez la concurrence.

I Love You Roy Thomas

Black Widow Script Of DC Planet Gerry Conway img 02

Chez Marvel, Stan Lee est fatigué de l’écriture de nombreuses séries et n’avait confiance qu’en Roy Thomas. Il était le seul à écrire à cette époque les titres phares de la maison aux côtés du Man. Par la force des choses, Roy Thomas, qui voyait en Gerry une sorte de jeune prodige, le laissa prendre le titre Daredevil en Janvier 1971. Avec Gene Colan au dessin, Gerry Conway relança le titre avec des aventures fantastiques. Il enfonce le clou en associant Daredevil à Black Widow, réinventée pour l’occasion. Il dit : « Je crois que la Black Widow de Gil est la première femme sexy, forte et indépendante des comics. » Gerry récupère également Iron Man en Mars, puis le Sub-Mariner. Si Iron Man remplit le job, Marvel est dans une situation délicate. Le Comics Code se fait sentir, et voir le Sub-Mariner lancer des morales écologiques à chaque numéro ne plait pas. Marvel devient de plus en plus un moyen de diffuser des morales clichées par ses personnages. Les aventures extraordinaires deviennent des messages éducatifs. Fin 1971, notre scénariste récupère Thor. Beaucoup diront qu’il s’agit d’une simple copie des aventures écrites par Jack Kirby. L’on peut y voir un hommage, un épilogue de cette période où les grandes aventures cosmiques étaient répandues. D’autant plus qu’il s’agit sur les derniers numéros d’une saga étendue menant à l’exil du personnage sur Terre, et l’application du Ragnarok.

Entre temps, Gerry Conway réalise l’un de ses rêves, et écrit Amazing Adventures #9, mettant en avant le personnage de Black Bolt. Il rend son boulot dans les temps malgré un nombre important de titres. Et devient en quelque sorte un bouche-trou chez l’éditeur. Gerry s’en moque et ne se lasse pas d’écrire des aventures sur bon nombre de personnages. Il est encore jeune, et se plait dans ce train de vit où il ne cherche qu’à améliorer l’écriture de ses histoires. Durant cette période il commence déjà à s’intéresser à la littérature et à l’écriture des nouvelles fantastiques, au final très similaires à ses courtes histoires d’horreur. Avril 1972, suite aux soucis rencontrés par Marvel, Stan Lee décide de lancer de nouveaux titres. Ce qui n’a pas été fait depuis un certain temps et reste donc très susceptible d’être la solution pour relancer la maison d’édition. Si Roy Thomas se base sur des travaux de Jack Kibry pour créer Adam Warlock, Gerry Conway, en plus de reprendre le titre Captain America le temps de quelques numéros, s’inspire de ses premiers travaux et lance Tomb of Dracula. Il n’écrira que les deux premiers numéros avant de laisser la main à Marv Wolfman qui s’éloignera de l’histoire de vampire classique mise en place.

Toile de sang

Script of Gerry Conway Spiderman 121 Cover img DC Planet

La réputation de bouche-trou au sein de Marvel a du bon. Après que Roy Thomas ait écrit quelques numéros de Amazing Spider-man, Gerry récupère le titre ainsi que Fantastic Four, remplaçant Stan Lee. L’homme à la tête de Marvel réalisait qu’il se devait de lâcher ses titres et abandonner l’écriture. Il débute son run sur Spider-man avec un retour à l’esprit urbain et dirige l’histoire vers une guerre des gangs et en dissociant le héros et les forces de l’ordre. En plein milieu de l’année, Len Wein se sépare de son ami de toujours, Marv Wolfman, pour vivre en colocation avec Gerry Conway. Si Len Wein restait chez DC pour travailler sur des comics d’horreur, Gerry avait laissé tomber DC pour écrire uniquement chez Marvel. Il multiplie ses créations et lance le titre Werewolf by Night. Des histoires d’horreur classiques se focalisant sur un même loup-garou. Gerry Conway gagne en réputation et a publié son premier roman, Midnight Dancer. Il assiste, enseigne et fait quelques apparitions dans des universités comme à l’Université de New-York ou encore celle d’Indiana. Il fait également quelques apparitions dans des lycées pour raconter son parcours et inspirer une nouvelle génération de lecteurs.

1973, Gerry Conway a gagné la confiance de Stan Lee. Les meilleures ventes lui sont réservées ainsi qu’à Roy Thomas. Ils portent ensemble la réussite de la boîte. Cela ne les empêchait pas de trouver le ton de toutes ses séries un peu monotone. Déjà soumis au Comics Code Auhtority, Stan Lee souhaitait une unité scénaristique par un statu-quo. Roy Thomas et Gerry Conway ont alors cherché ensemble un moyen de chambouler le titre Amazing Spider-man. La première idée apparue était la mort d’un personnage. Tante May était le choix le plus probant. Jusqu’à ce que John Romita, le dessinateur, entende parler de cette idée. Il suggéra de tuer Gwen Stacy. Conway adopta tout de suite l’idée. La mort de Gwen Stacy, plus qu’un événement marquant l’histoire des comics, est un moyen pour le scénariste de faire du titre Spider-man son œuvre. Le personnage de Gwen Stacy n’est nul autre qu’une retranscription de la femme de Stan Lee comme l’est Sue Storm, selon Conway. La femme parfaite que ne peut avoir un personnage comme Peter Parker.

Script of Gerry Conway Gwen Stacy Snap img DC Planet

Suite à l’apparition de cette idée, Conway s’intéressa immédiatement au personnage de Mary-Jane Watson. Selon lui, Gwen était la femme parfaite, l’idéal féminin de l’époque, ce qui ne concorde pas avec le personnage imparfait de Peter Parker. L’on peut voir ici comme une concordance entre Conway et l’esprit de Steve Ditko qui voulait rester dans cet esprit d’un personnage qui réfléchit, sans trouver sa place dans ce monde. Conway ramène ce Peter Parker pour recommencer, et intégrer Mary-Jane afin que Parker puisse trouver une vie plus réaliste que cette vie parfaite menée avec Gwen. Stan Lee s’était définitivement détaché de ses titres. Il laissait une totale liberté aux artistes, tant que les ventes restaient ce qu’elles étaient. Suite à cet accord rapide, Gil Kane prêta main forte à l’équipe artistique du titre, et imaginèrent la célèbre scène. Snap ! C’est ainsi que fut publié The Amazing Spider-man #121.

L’histoire ne s’arrête pas là. La réaction des fans fut terrible. Pour la première fois dans l’histoire des comics, un personnage principal trouvait la mort. Même si Gwen semble secondaire aujourd’hui, à l’époque, Gwen Stacy était la petite amie rêvée de tout lycéen et étudiant lisant des comics. Conway reçut de nombreuses menaces de mort, et Stan Lee dit n’avoir rien appris en rapport à la mort du personnage, avant de promettre que celle-ci reviendrait aux journalistes. Chose qui sera faite, plus tard, dans une saga bien connue du public. Cette réaction de la part de Lee marqua profondément Gerry Conway comme Roy Thomas. De plus, Gerry Conway ne se rendait plus à aucune convention suite aux menaces.

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Étrange personnage constitué de framboises. La légende raconte qu’il aurait une quelconque appartenance à l’école du micro d’argent. Il consolide sa morphologie linguistique et cherche à se perfectionner dès que possible. Profondément inspiré par Françoise Hardi et Zizi Jeanmaire, il écrit par passion. Amoureux de culture, il n’a jamais su se détourner de son premier amour qu’est le monde des comics. Élevé dès ses premiers pas par Bruce Timm qui lui a montré la voie de la sagesse, il s’entraine depuis comme un samouraï et accumule les reliures, les brochures, et se (re)découvre au fur et à mesure des coups de cœur. Rapidement détourné de l’univers Marvelien moderne depuis Marvel Now, il ne jure plus que par Image et DC Comics. Le fan de comics qu’il est attend sagement le retour d’une époque pour le moins révolue où le fan de comics prône sur les lecteurs éphémères qui ne se limitent qu’aux grands personnages publicités ou adaptés le temps de quelques mois. Éternel insatisfait, il n’aime pas cette présentation, et tout ce que l’on doit en retenir est qu’il écrit par passion dans le but de la partager.

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Ares
Ares

Vraiment très intéressant. C’est vrai qu’il avait perdu les droits de création, ce qui est franchement limite de la part de DC :/

Billy Batson
Billy Batson

Excellente chronique et, si je puis me permettre, sans doute l’un des meilleurs numéro de « The Script of ». Très instructif et passionnant à lire.