Avant-propos

Batman est maintenant passé par bien des genres en live action. De la comédie décomplexée, au gothique, en passant par le thriller, en allant même jusqu’au meurtre de masse. Cependant, s’il y a bien un aspect que l’on a peu (voir pas) vu, c’est l’aspect purement fantastique, voir horrifique de l’univers de la Chauve-souris. Un aspect tel que l’on pouvait voir dans un comics comme Arkham Asylum : A Serious House On Serious Earth. Pouvoir suivre un univers gothamien proche du baroque, du fantastique et de l’horrifique serait une expérience plus que bienvenue qui permettrait de porter un regard nouveau sur le personnage de Batman et sur son univers.

Pour nous mettre un peu dans le contexte ici nous ne sommes plus en 2018, nous allons remonter jusque dans les années 90. Cette époque a été choisie car elle permettait une plus grande liberté dans ce que peut-être un film de super-héros, et il est intéressant de se projeter dans une époque qui est maintenant derrière-nous (et parce que j’en avais envie). Nous sommes donc au début des 90, la décennie du Grunge, des Girls Bands, de la mort de Superman et surtout des deux films Batman de Burton qui sont maintenant sortis. L’univers super-héroïque sur grand écran est très différent de ce qu’il peut être aujourd’hui. Burton plutôt que de vouloir faire une simple adaptation des comics avait choisi d’implanter son univers gothique dans l’univers de la chauve-souris et ici c’est dans cette optique que l’on va continuer.


Réalisateur

david lynch

David Lynch est un réalisateur qui divise aujourd’hui et qui divisait déjà dans les années 90, alors il est clair que le voir réaliser un film tel que Batman aurait provoqué de violentes levées de boucliers. Cependant, en y regardant de plus près, Lynch pourrait être le candidat idéal pour le type de film que l’on voudrait voir ici.

Premièrement, Lynch s’inspire constamment du mouvement surréaliste dans toutes ses œuvres, il avait d’ailleurs pour ambition, avant de devenir cinéaste, de devenir peintre, ce qui serait parfait pour ce Batman qui voudrait s’approcher des différents éléments présents dans ce dit surréalisme. Qui plus est dans tous ses films Lynch injecte des thématiques en lien avec les cauchemars, ainsi que la perte de repère entre la réalité et ces dit cauchemars. Ce sont donc autant de thématiques qui trouveraient tout à fait leur place dans le type de film que l’on voudrait mettre en scène ici et surtout cela permettrait d’avoir un Batman qui ne ressemblerait à aucun autre. De plus, visuellement cela permettrait de créer un univers tel que l’on en a rarement vu. Un monde qui pourrait sembler sortir tout droit d’une peinture surréaliste, à l’instar des illustrations de Dave Mckean dans, l’excellent, Arkham Asylum : A Serious House On Serious Earth.

David Lynch est aussi fasciné par les États-Unis et surtout par les villes industrialisées, ceci étant un de ses thèmes récurrents, déjà présent dans Eraserhead son tout premier long métrage. Cette passion pourrait être mise à profit pour créer une Gotham telle que l’on en a rarement eu l’occasion de voir. Cette Gotham serait plus poussiéreuse, plus envahit de fumée, que la Gotham gothique mise en scène par Burton. Cette Gotham aurait donc une atmosphère tout aussi irréelle que le reste de l’intrigue, formant un tout cohérent. En elle-même la ville semblerait presque sortie de toute temporalité, comme une ville venant d’un autre temps.

Dernièrement, Lynch a une autre fascination, celle des personnages étranges, irréels, s’approchant le plus souvent de monstres. Ce sont des éléments qui se retrouvent quasiment sans aucune exception dans toutes ses œuvres. Comme dans Twin Peaks, par exemple, où l’on peut retrouver un savant cocktail de personnages dérangeants autant physiquement, que psychiquement, le tout ayant souvent une aura quasi démoniaque. Alors, voir la galerie de vilains de Gotham être mis en scène en adoptant cet angle serait vraiment excitant et permettrait une vision toujours plus inédite de cet univers tant exploité, qu’est l’univers de la chauve-souris.


Scénario

Grant MorrisonLe scénario consisterait en un travail conjoint entre David Lynch et Grant Morrison. Grant Morrison auteur écossais renommé de comics, connaissant très bien l’univers de Batman et ayant même écrit le célèbre récit Arkham Asylum, qui servira de lointaine inspiration au film. Le duo fonctionnerait sur le même modèle que celui qui était formé par David Lynch et l’auteur américain Mark Frost sur Twin Peaks. Grant Morrison serait là pour ancrer l’univers et s’assurer de la bonne écriture des personnages de Batman. Quant à Lynch il s’occuperait d’y injecter sa patte et son univers surréaliste, ainsi que, bien entendu, ses idées de mise en scène.

Quant à l’histoire, on partirait logiquement sur quelque-chose d’onirique, virant au cauchemardesque. L’antagoniste principal serait évidemment l’Épouvantail, celui-ci réussissant à étendre son emprise cauchemardesque sur l’entièreté de Gotham. Le récit se concentrerait alors sur l’errance de Batman au sein de sa ville à la poursuite de l’Épouvantail. Le tout en multipliant les visions cauchemardesques qui feraient douter Batman, ainsi que les spectateurs sur la limite entre la réalité et les cauchemars. Cette intrigue serait le moyen de faire revenir sur le devant de la scène un bon nombre des personnages de la mythologie de Batman, comme le Joker, voir même une apparition fantomatique de ses défunt parents. Qui plus est on pourrait aussi voir dans cette intrigue le sujet de la santé mentale de Bruce Wayne être remise en question, toujours à l’instar de ce qui avait pu être fait dans Arkham Asylum.


Distribution

Michael Keaton : Batman/Bruce Wayne

Michael KeatonNous sommes dans les années 90 et l’interprète de l’époque reste Michael Keaton. Celui-ci a vécu une grande polémique à l’annonce de son casting, avant d’être, comme d’habitude, plutôt apprécié des spectateurs. Ici il rempilerait donc dans le rôle pour une troisième fois. De plus, l’acteur n’a jamais eu l’occasion de réellement briller dans son rôle, tant les précédents Batman se focalisaient sur les vilains et non sur son protagoniste. Ce film donnerait alors l’occasion à Michael Keaton d’enfin pouvoir s’exprimer complètement dans le rôle. Michael Keaton reste un bon acteur, capable de nuances dans son jeu, donc il serait intéressant de voir ici Michael Keaton enfermé dans la peau de ce Batman en proie à ses pires cauchemars, sans qu’un antagoniste vienne lui voler la vedette.

Qui plus est le fait que Keaton soit le seul acteur qui n’ait jamais participé de près ou de loin à un projet de David Lynch auparavant permettrait de renforcer, dans un aspect très méta, le fait que Batman est coincé dans un autre monde qui n’est plus le sien. Un monde cauchemardesque et surréaliste, un monde lynchien.

Kyle Maclachlan : L’Épouvantail/ Docteur Jonathan Crane

Kyle MaclachlanDans le rôle de l’Épouvantail nous retrouvons Kyle Maclachan un des acteurs réguliers de Lynch, d’ailleurs Maclachan a eu son tout premier rôle sur grand écran dans le film Dune réalisé par David Lynch. Kyle Maclachan de par sa taille (1m83) et sa silhouette longiligne pourrait tout à fait correspondre à ce que l’on attendrait de l’Épouvantail visuellement. De plus, son visage de gendre idéal, n’est peut-être ce que l’on attendrait du Docteur Jonathan Crane, celui-ci était souvent représenté avec un visage très particulier. Cependant, le visage de Mclachan pourrait créer une certaine ambiguïté entre le visage passe partout du Docteur Crane et le visage horrible de l’Épouvantail.

Pour ce qui est de ses talents d’acteur, Kyle Machlachan est un bon acteur, même s’il a longtemps été cantonné à des rôles assez similaires au début de sa carrière, mais on a pu voir avec la suite de sa carrière et surtout avec la saison 3 de Twin Peaks, où il pouvait être vraiment glaçant, qu’il était tout à fait capable de se diversifier. Donc on peut penser qu’il aurait très bien pu nous livrer une telle performance, si on lui en avait laissé l’occasion, de plus avec l’aide de son compère de toujours, David Lynch, cela rendrait les choses d’autant plus simples.

David Bowie : Joker

David BowieIci c’est un choix qui laisse assez rêveur aujourd’hui, voir le légendaire Bowie se mettre dans la peau du Joker pourrait donner lieu à des moments d’anthologie. Surtout qu’ici on parlerait d’un Joker immatériel, celui-ci serait débarrassé de toute retenue crée par la réalité. On tiendrait donc un Joker capable de toute la folie possible et imaginable, ce n’est pas rien quand on sait ce qu’est capable d’imaginer Lynch. David Bowie restant un acteur, ainsi qu’un artiste talentueux et touche à tout, qui a su s’imposer au fil des années dans ce rôle précis d’acteur. De plus, Bowie et Lynch ont déjà travaillé ensemble sur Twin Peaks : Fire Walk With Me, donc cela rendrait leur nouvelle collaboration d’autant plus simple.

Physiquement l’artiste répond aux critères que l’on attendrait du Joker. Il a le long visage, le sourire correspondant au personnage, ainsi que la silhouette longiligne qui appartient au personnage.

Harry Dean Stanton : Chapelier Fou

Harry Dean StantonHarry Dean Stanton était l’un de ces acteurs que l’on pouvait voir souvent, mais qui restait, la plupart du temps, cantonné aux seconds rôles, ce qui lui convenait très bien d’ailleurs. Malgré tout il restait un acteur de grand talent qui a eu l’occasion de jouer une grande variété de rôles, d’Alien, en passant par Sailor et Lula puis en allant jusque Paris, Texas, film primé et énormément aimé. Son talent n’est donc plus à prouver.

Il incarnerait le rôle du Chapelier Fou, celui-ci interviendrait dans l’histoire en tant que menace extérieure au joug de l’Épouvantail. Il profiterait du chaos généré par ce dernier, pour s’emparer d’une partie de Gotham et transformé cette partie en une folle version du Pays des merveilles. Harry Dean Stanton n’est peut-être pas la réplique exacte du personnage des comics, mais cela n’est pas tant important, tant l’acteur pourrait apporter quelque-chose de fort au personnage. Qui plus est c’est, lui aussi, un habitué des films de Lynch.

Angelo Badalamenti : Compositeur

Angelo BadalamentiAngelo Badalamenti est un autre collaborateur habituel de David Lynch, il a orchestré la composition d’une bonne partie de ses œuvres et est un compositeur acclamé par ses pairs. Il est avant tout connu pour son thème accompagnant le générique de Twin Peaks, thème qui est devenu mythique avec le temps. Ses compositions au piano permettraient d’accompagner le film et d’installer une atmosphère tout à fait particulière film. Quand on sait l’importance qu’accorde Lynch au son dans ses films, il n’est que logique que la musique soit confiée à un de ses collaborateur habituel, qui plus est un collaborateur particulièrement talentueux.


Conclusion

Ce film tel qu’il est décrit ici aurait sans nul doute énormément divisé le public et les fans. Trop bizarre, trop lynchien, pas assez Batman, voir pas assez Lynch, qui sait ? Ce serait sans aucun doute le film de tous les extrêmes, comme à peu près toutes les œuvres de Lynch en fait. Cependant, il en reste qu’il est toujours plaisant d’imaginer ce qu’une telle proposition pourrait donner. Une proposition onirique et fantastique au cinéma, le tout servi par une vision d’auteur, cela détonnerait dans le monde des productions super-héroïques. Alors quand on voit qu’aujourd’hui les œuvres super-héroïques répondent tous à des mêmes critères généraux, cela peut laisser rêveur de voir cette proposition, apprécié ou non.

Mais qui sait, peut-être que l’on va assister à l’avènement d’une nouvelle période dans laquelle les films de super-héros pourraient être produit de cette manière. D’ailleurs peut-être que le film Joker de Todd Phillips sera la première pierre de cette nouvelle période. Qui sait ?  De toute manière, cette chronique n’est-elle pas faite pour rêver ?

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Sindri Windback
Sindri Windback

Rahlala quelle chronique ! J’arrive pas à m’enlever de la tête David Bowie en Joker, ça aurait été tellement énorme !

Billy Batson
Billy Batson

Merci pour cet article onirique. Un seul défaut : j’aurais aimé qu’elle soit encore plus développée ! Félicitations, Clay, quel retour pour Sandman Theatre ! D’ailleurs, pour l’anecdote, David Bowie était un nom qui circulait pour le rôle du Joker au début des années 1980 pour un projet de film qui s’est transformé en celui de Burton.

Qwaellus
Qwaellus

David Lynch est un de mes réalisateurs préférés, et Arkham Asylum un des comics qui m’a le plus marqués. Bravo pour cette chronique, je dois avouer que tu m’as vendu du rêve !

Jeezup
Jeezup

Badalamenti sur du Batman <3