Arkham Asylum cover
Les points positifs:
  • Des dessins hallucinants
  • Glaucos
  • Ne ressemble à aucun autre
Les points négatifs:
  • Court
  • Déstabilisant au premier abord

« I run blindly through the madhouse. And I cannot even pray.  For I have no God. » – Batman


  • Scénario : Grant Morrison Dessin : Dave McKean

À sa sortie, Batman : Arkham Asylum – A Serious House On Serious Earth (qu’on abrégera Arkham Asylum par la suite pour des raisons que vous devinerez) fut un énorme succès commercial. En surfant sur l’engouement suscité par le film de Tim Burton, ce roman graphique s’est écoulé à plus de cent mille exemplaires, rien que le premier jour de sa sortie. D’un auteur de DC secondaire mais talentueux, Grant Morrison a été propulsé aux cimes de la richesse et de la célébrité. Une réédition VO pour le 15e anniversaire de l’œuvre a permis aux plus pauvres de se la procurer pour moins de cinquante euros. Les francophones ont pu de leur côté profiter de pas moins de quatre éditions, tour-à-tour chez Comics USA, chez Reporter, et enfin chez Panini. Retour sur cet incontournable.

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Il est d’usage de parler du scénario avant de l’aspect visuel, mais ici les dessins sont si frappants qu’il serait impertinent de ne pas en dire un mot avant toute chose. Dave McKean se plie ici à l’exercice de l’illustration d’une histoire complète, ce qui constitue une entorse à ses habitudes, puisqu’il préfère généralement se cantonner aux couvertures (Sandman et Hellblazer en sont de bons exemples). Pour ceux qui ne sont pas familiers au style de McKean, sa patte tout sauf conventionnelle sera d’abord intrigante. Loin des tracés nets et des couleurs tape-à-l’œil de ses contemporains, Dave McKean illustre les péripéties du Chevalier Noir comme s’il devait réaliser un tableau. Chaque case offre mille nuances de couleurs à savourer, les contours sont flous, Batman devient une sorte de spectre ténébreux flottant. D’abord désarçonnant, cette originalité esthétique devient un des atouts majeurs d’Arkham Asylum. Au lettrage, Gaspar Saladino innove en personnalisant la typo des dialogues en fonction de l’interlocuteur, procédé devenu courant depuis (prenez Sandman, Blackest Night, etc.). C’est une des raisons pour laquelle la version originale de cet œuvre est plus recommandable que la version française, puisque les traducteurs n’ont pas pris la peine de respecter de manière rigoureuse les lettres de Gaspar Saladino, notamment dans les cases du Joker, où ses paroles rouges, hachées, parfois à peine lisibles, transpirent la folie. Délicieux.

Quant à l’histoire, elle est relativement simple : les fous d’Arkham prennent le contrôle de l’asile, le Joker à leur tête, et réclament la présence de Batman sous peine d’exécuter les otages à leur merci. Ça ne vous évoque rien ? Bien vu, le jeu Arkham Asylum s’est sensiblement inspiré du pitch de base. Impression renforcée par le découpage du récit entre scènes avec Batman à l’asile, et extraits du journal d’Amadeus Arkham, fondateur de l’asile, qui, selon la légende, aurait fini par devenir patient à son tour. Ses interludes rappellent les ‘esprits d’Arkham‘ éparpillés dans le jeu, qui s’avèrent en fait être les mémoires de… Ne spoilons pas. Mais les ressemblances entre le jeu de Rocksteady et le roman graphique de Morrison s’arrêtent là, car si le jeu mise, évidemment, sur l’action, cette histoire s’apparente davantage à un panorama de l’asile, tandis que Batman le parcourt, rencontrant tour-à-tour ses résidents les plus notoires. Et pourtant, des combats, il y en a, notamment l’angoissant duel entre Batman et Killer Croc. Mais sous le pinceau de Dave McKean, l’action se fige pour mieux en extraire la beauté. Toute l’aventure de la chauve-souris s’apparente au final à une longue descente aux enfers contemplative.

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Descente aux enfers ? Eh bien oui, car Batman est loin ici du ninja inarrêtable qu’on a l’habitude de voir. Dès le début, le Joker fait un amalgame entre les fous et la chauve-souris. Cette idée s’insère ensuite insidieusement dans l’esprit de Bruce Wayne, le torturant, l’emmenant aux limites de sa santé mentale. La scène où il se livre au test de Rorschach durant ses premières minutes dans l’asile est particulièrement évocatrice à ce titre, reprenant l’idée que la mort de ses parents a été l’élément déclencheur de sa folie. Au fil de sa promenade dans l’asile et de ses rencontres avec les différents patients, Batman cherche à remettre de l’ordre dans Arkham oui, mais aussi à remettre de l’ordre dans sa tête, et chaque vilain qu’il affronte lui renvoie le miroir de sa propre santé mentale défaillante. Vous devinez le ton, et c’est pourquoi les dessins de Dave McKean ne sont on ne peut plus appropriés.

Les vilains sont par ailleurs magistralement mis en scène. Le Joker est le plus marquant, drôle, impulsif, violent, effrayant. Le lien entre Double-Face et sa pièce porte-bonheur est accentué et confère au personnage une folie plus puissante que jamais. Gueule d’Argile apparaît titubant, perdu, comme cherchant sa place dans l’humanité. Le Chapelier Fou, Maxie Zeus, Killer Croc, toute une galerie de méchants classiques défile sous les yeux du lecteur, trahissant l’amour que voue Grant Morrison à Batman. Mais le plus dément de la fête, c’est sans aucun doute Amadeus Arkham, dont on suit le développement de la maladie mentale parallèlement à l’action principale, développement particulièrement glauque, soulignons-le.

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Sans aucun doute, Batman : Arkham Asylum – A Serious House On Serious Earth est une œuvre à part. On utilise souvent cette formule, et souvent le fait-on à tort, mais ici, c’est bel et bien le cas, car Morrison et McKean ont livré quelque chose d’inimité depuis 1989, et de probablement inimitable. Ils ont sciemment décidé de ne pas miser sur les éléments qui font la force habituelle d’un comics (des dessins précis, accentuant les mouvements, une narration rythmée et de l’action), et bien leur en a pris, puisque d’un divertissement leur roman graphique se hisse au niveau de l’art. Ça peut paraître exagéré, mais pas auprès de ceux qui auront posé un œil sur cet ovni de la mythologie de Batman. Aussi, retenez toute remarque hâtive, et procurez-vous ce volume au plus vite.

Un avis supplémentaire c’est bien aussi !

C’est un des premiers comics que j’ai lu et j’en garde un excellent souvenir. Aujourd’hui je ne suis pas sûr que je le conseillerais à un débutant, mais je pense qu’il est indispensable de le lire pour les fans du chevalier noir. Attention le graphisme composé de peintures, de collages et de photos peut en rebuter certains, mais pour ma part c’est, en plus du scénario machiavélique, ce qui fait le charme de ce graphic novel.

Le scénario qui mêle les folie des patients, de la famille Arkham et de Batman, est un chef d’œuvre du genre. Avec une scène d’anthologie montrant Double-Face en « voie de guérison » qui prend ses décisions avec un dé, offrant plus de nuances que la pièce, mais incapable de prendre la décision d’aller aux toilettes sans y avoir recours !

En résumé foncez, c’est une bombe, tout est au top dans ce comics, c’est même une expérience toujours très prenante de se plonger dedans, bref c’est un de mes préféré et il mérite au moins cinq étoiles !

– Darthfry