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the batman

Il est enfin là après une attente interminable, The Batman de Matt Reeves, 10 ans après le dernier film solo du Chevalier Noir qui concluait le chapitre Nolan. La hype était au max pour l’incarnation de Robert Pattinson, plus jeune, plus sombre, plus torturé face à des vilains bien connus et notamment un Riddler qui va de nouveau se faire respecter en tant que grand ennemi de Batman. Quand vous voyez qu’on parle déjà de qui est le meilleur entre ce film et l’indétrônable The Dark Knight, vous savez qu’un grand film vous attend, et vous avez raison.

Il y a une partie spoiler que nous vous invitons évidemment à esquiver si vous n’avez pas vu le film.

There’s a new king in town

On comprend très vite la proposition du film. On plonge dans une Gotham réaliste dans ses problèmes et ses personnages. À l’instar de ceux de Nolan, l’accent est mis sur la criminalité en profusion, la pègre et la corruption. Batman est quant à lui radical dans ses méthodes : son style de combat est efficace et sans fioriture, et son équipement a ce côté fait à la main. Tous ses accessoires sont visibles sur son costume déjà, sa bat-ceinture a ses limites, et il y a plusieurs moments où tout ne va pas forcément fonctionner au mieux. Il manque même certains éléments iconiques qui arriveront peut-être par la suite, Batman n’en est qu’à sa seconde année après tout, mais c’est plutôt dommage.

Alors, The Batman est terre à terre, mais il est également très stylisé. Le film est visuellement splendide, dans le cadre comme dans la lumière. Certains plans sont mémorables, comme la scène de la Batmobile qui est déjà iconique, mais il y a toujours une émotion qui se dégage de ce que montre Matt Reeves. Gotham n’aura jamais été aussi saisissante grâce à un travail des décors tout aussi réussi. Le réalisateur appuie sur la couleur rouge qui fait transparaître la fureur de notre jeune héros qui joue énormément sur la peur et la violence. Plusieurs scènes jouent sur l’ombre pour faire planer le doute sur la présence du Dark Knight, qui est toujours d’une prestance exceptionnelle.

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L’interprétation de Robert Pattinson est bien différente de ses prédécesseurs. On retrouve au début un Bruce désincarné qui ne vit qu’une fois son masque sur le visage. Il est aveuglé par son désir de vengeance, ce qu’il en fait même son identité. Il semble revivre la même nuit tous les soirs, à tel point qu’il ne les différencie plus. Il l’explique même dans son journal de bord, qui rappelle l’introspection dont Batman fait toujours preuve dans les comics. Il arrive à créer une dichotomie entre sa rage au combat, sa présence inévitable quand il est dans la lumière, avec sa taille et le travail du son de ses bottes qui lui donne une allure invincible, et de l’autre côté la discrétion de sa voix lorsqu’il enquête, ce qu’il fait pendant une bonne partie du film. On a enfin notre détective. Là où sa prestation sort du lot, c’est dans l’évolution de son personnage. Le réalisateur s’attarde beaucoup sur son regard silencieux qui ne laisse au départ passer aucune émotion, mais qui changera en même temps qu’il comprendra certaines choses. On y revient dans le paragraphe spoiler.

Même s’il est présent dans la majorité du film, Batman partage l’affiche avec un casting à la hauteur. Le James Gordon de Jeffrey Wright est très bon, on sent une confiance régnant entre les deux hommes et le lieutenant lui est d’une grande aide à plusieurs reprises. Dommage qu’il ne soit pas développé davantage en dehors de ce rôle de flic, on espère en voir plus la prochaine fois. Alfred a un petit rôle mais d’importance qu’Andy Serkis joue très bien. Le choix de John Turturro en Carmine Falcone laisse plus à désirer, quand on a à côté Colin Farrell en Pingouin, qui est tout simplement phénoménal. Si le maquillage est déjà bluffant, l’acteur en fait un Robert de Niro très théâtral qui gagnerait à être développé par la suite. Même certains personnages mineurs et qui n’ont pas forcément de nom arrivent à nous marquer, que ce soit le flic à moustache dont l’avis sur Batman montre bien une évolution ou encore les jumeaux qui gardent l’Iceberg Lounge.

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Bien sûr, il y a le Riddler de Paul Dano, qui en fait un criminel névrosé et avec un certain goût pour la mise en scène et dont les apparitions empruntent beaucoup à l’horreur. Loin du dandy qui a une passion pour les devinettes, il est plutôt un manipulateur qui a un but bien précis et un message à faire passer grâce à ses énigmes aux conséquences mortelles. Paul Dano est incroyable dans le rôle et sa place dans le film est capital puisqu’il permet à Matt Reeves de délivrer sa vision de Batman. Pareil, on développe ça dans la partie spoiler.

Enfin, il y a Selina Kyle. Zoë Kravitz est tout simplement faite pour le rôle. Elle joue parfaitement la femme qui a ses propres intentions, tout en étant parfois piégée par ses émotions, face à un Batman qui apprend à peine qu’il peut encore en avoir ou face aux autres personnages. Elle semble agile, déterminée et n’hésite pas à saisir les opportunités pour arriver à ses fins au lieu de celles des hommes qui l’entourent. Il y a quelque chose dans son regard qui mélange le charme et le mal être, créant ce personnage ambigu. C’est finalement par ces regards, le sien comme celui de Pattinson, que se trouvent l’alchimie entre les deux, et Matt Reeves l’a bien compris. Et que ce soit dans l’interprétation ou dans le scénario, il s’agit de la Catwoman la plus fidèle aux comics.

The Batman, tout adapter pour devenir unique

Selina Kyle est une voleuse qui vit au milieu des chats, certes, et des autres femmes qui travaillent comme barmaids, comme elle. Elle semble vouloir protéger ses amies dans ce monde gangréné, tout comme on peut le voir dans Batman : Year One, qui est naturellement une des inspirations principales, qu’on retrouve dans sa relation avec Falcone, l’amitié Batman/Gordon ou dans l’importance de la pègre en général. Cependant, le scénario aspire à ressembler à tellement d’œuvres différentes qu’il en devient original. Il est parfois difficile de ne pas se sentir dans un jeu Arkham dans cette Gotham pluvieuse à la musique de fond lancinante et sombre où les sbires n’attendent qu’à se faire mettre ko (sans oublier cette porte taguée par le Riddler, tout droit sorti d’Arkham Knight). Une partie du scénario rappelle très fortement les jeux Telltale également, et pour revenir sur les comics, Terre-Un et Un Long Halloween sont assez évidents. Pour le dernier, il est évidemment que le film commence à Halloween, que le comics se veut être une suite de Year One et qui développe donc certaines choses en commun, mais aussi pour son vilain. On rentre en partie spoiler le temps d’un paragraphe.

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Les spoilers

On peut en effet sentir une similarité entre le Riddler et Holiday dans ce désir de vengeance contre les personnes importantes de la ville. Car lui aussi est poussé par cette intention, victime de la corruption des dirigeants, et il se veut même être un héritier de Batman dans son combat. C’est lors de cette révélation, puis dans la répétition de la phrase « Je suis la vengeance » de la part d’un de ses fanatiques, alors qu’il s’agit encore une fois des premiers mots du Chevalier Noir lorsqu’il se présente aux criminels du début du film. Il y a une prise de conscience que ses méthodes, qui ne semblaient pas estomper le crime à Gotham, ne sont finalement pas les bonnes et qu’il représente quelque chose de dangereux. Le message est fort aujourd’hui, alors que les symboles super-héroïques sont repris par tous les extrêmes pour justifier leurs actes, notamment le Punisher, mais certains veulent aussi prêter à Batman une pulsion meurtrière qui n’est que la leur.

Renaissant en Bruce Wayne grâce à l’affection qu’il porte à Alfred puis à Selina, il finit par comprendre que le changement pour le bien de Gotham, la fameuse « relance » (renewal pour les spectateurs VO) qui est le véritable héritage de son père, doit se faire en devenant un symbole d’espoir et non de vengeance. Et c’est ce qu’il fait de la plus belle des manières en protégeant les citoyens lors de la scène du flare, aussi jolie visuellement qu’inspirante, comme peu de films de super-héros le sont, malheureusement. Rare sont ceux qu’on voit prêter main forte aux innocents directement dans la dizaine d’œuvres de ce thème qu’on ingurgite tous les ans. Et c’est aussi ça, Batman : un protecteur. Et ce héros en plein apprentissage va le devenir devant nous.

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L’intensité

C’est le mot qui signifie encore le mieux ces trois heures de film qui passent sans les voir venir. Grâce à de nombreux personnages intéressants, à quelques rebondissements autour des énigmes très bien ficelées du Riddler, avec ce fil rouge prenant et une musique omniprésente apportant beaucoup de tension. Le scénario est bien construit pour laisser de la place à tout le monde sans forcer et il est narré aussi bien visuellement que musicalement. Giacchino, comme tous ses prédécesseurs, utilisent des leitmotivs pour raconter cette histoire. Celui de Batman est lent et grave comme son personnage. Les notes de piano sonnent comme une sentence qui s’approche inéluctablement, alors que les violons qui les suivent apportent la mélancolie qui le caractérise avant de finir en apothéose. Le Riddler, toujours dans cette optique horrifique et mystérieuse, a un thème glaçant puis féroce qui adapte l’Ave Maria. Le thème de Selina est quant à lui élégant, mystérieux et en même temps d’une profonde tristesse. Les musiques du compositeur sont très souvent présentes, mais elles restent sobres la plupart du temps, elles ne sont pas aussi riches que celles de Danny Elfman par exemple.

The Batman est une nouvelle pierre angulaire dans la mythologie de Batman. Le film de 3h est intense et intelligemment construit, nous plongeant dans une Gotham à la fois réaliste et stylisée. Aussi intéressant visuellement que musicalement, il offre des personnages marquants, que ce soit le Batman de Pattinson torturé, enragé et d’une incroyable prestance, la Catwoman la plus fidèle qu’on ait eu à l’écran, le Pingouin théâtral d’un Colin Farrell méconnaissable ou du Riddler, transformé en criminel dramatique et terrifiant. Matt Reeves emprunte à de multiples œuvres, comics comme jeux vidéo, mais aussi aux genres de l’horreur et du film noir pour créer un film de super-héros comme on en voit très rarement, avec un message optimiste grandement bienvenu, réparant l’image de notre Batman.

Sledgy7

Sledgy7

Comme tout enfant des années 90, Sledgy a grandi avec Batman et DC Comics, à travers les séries et les films, avant de dilapider son argent dans les comics une fois adulte. Outre Batman et quelques héros comme Aquaman, son admiration se porte surtout sur les super-vilains. Avec sa soif de connaissances pour cet univers si riche, il aime être au courant de tout, ce qui l’a amené à rejoindre les rangs de DC Planet en tant que newseur.