C’est l’heure de baisser le rideau sur l’aventure Swamp Thing d’Alan Moore, et que dire de plus que “chapeau l’artiste” ?

L’odyssée de Swamp Thing

Review VF - Alan Morre présente Swamp Thing Tome 3

On a le droit à une nouvelle odyssée de Swamp Thing, mais cette fois à travers l’espace. Oui à première vue la chose est assez étonnante, qui aurait pu penser en lisant les premiers numéros que ce run finirait par envoyer son personnage principal dans l’espace ? Et pourtant la chose fonctionne. En soi, l’idée de Moore est ici d’adapter l’Odyssée d’Homère, mais dans l’espace (oui, comme Ulysse 31). Swamp Thing est séparé de son amour de toujours et doit partir dans une longue odyssée semée d’embûches pour le retrouver. Sur le chemin, il va remettre en question beaucoup de ses idées et va en ressortir grandi. Et ça fonctionne. Ce n’est pas pour rien que l’Odyssée est aujourd’hui encore considéré comme un classique absolu : c’est parce-que ça fonctionne, pas la peine d’essayer de réinventer la roue.

Qui plus est, on a vraiment des pépites dans cette odyssée, comme Loving the Alien qui est un numéro fou. Un trip sous acide que ce soit dans le texte, où l’on a une machine alien qui viole Swamp Thing, que dans les dessins de John Totleben. Ceux-ci dénotent totalement du reste du tome et dans le bon sens. C’est psychédélique, rempli de couleurs. C’est fou. Le tout est vertigineux et on en ressort en se demandant un peu ce qu’il nous est arrivé. Le seul vrai défaut que l’on pourrait trouver est que les dessins pourraient être meilleurs, l’absence de Stephen Bissette se faisant souvent cruellement ressentir. Le dessinateur avait réussi à atteindre une telle osmose avec Alan Moore qu’il est bien difficile de passer après. Mais soyons sérieux, le résultat est loin d’être mauvais.

Qui plus est cette odyssée est aussi accompagnée d’un vrai tour de piste final pour Moore qui va mettre un point final à toutes les intrigues qui restaient en suspens. Ce tome va donc voir la réapparition de beaucoup d’ancien personnages et d’intrigues que l’on avait presque oublié. Et cela est vraiment appréciable de la part de Moore, car on a vraiment l’impression d’avoir bouclé la boucle, ce qui est loin d’être la norme pour une fin de run. La boucle est d’ailleurs tellement bouclée qu’il est dur de voir comment on pourra continuer l’intrigue par la suite.

De plus, cette odyssée et cette conclusion sont aussi accompagnées d’un vrai propos sur la société.

Un commentaire appuyé la société

Review VF - Alan Moore présente Swamp Thing tome 3 1

Moore a ici envie une fois de plus de relier Swamp Thing aux problèmes sociaux de “son époque”. Notez les guillemets parce que la plupart de ces problèmes sont encore plus que présents aujourd’hui. L’un des problèmes centraux étant l’intolérance via la relation entre Swamp Thing et Abby. Le couple subit de plein fouet l’intolérance suprême qui règne aux Etats-Unis. Abby est jugée, insultée, traînée dans la boue car sa relation n’entre pas dans les normes sociales. Une situation qui peut renvoyer aussi sur le devant de la scène le sexisme ordinaire. En effet, Abby est la seule à subir tout ça, c’est la femme qui subit de plein fouet.

De plus, le tout est saupoudré de l’absurdité judiciaire qui se place en tant que juge dans une relation entre deux personnes tout à fait consentantes. Cela peut faire penser aux lois appelées anti-miscegenation laws qui existaient aux Etats-Unis jusqu’en 1967 et qui interdisaient à une personne blanche et une personne noire d’être en couple ou d’être mariées. Moore nous dit que l’amour n’a pas à avoir de forme préconçue, elle est ce qu’elle est quoi qu’en pensent les autres et quelque en soit sa forme. Pas bien étonnant de la part d’un adepte du polyamour (oui).

Qui plus est, c’est aussi la violence conjugale et les relations toxiques qui apparaissent cette fois. Le tout n’est pas vraiment enrobé dans un écrin de science-fiction à base de manipulation mentale ou de personne maléfique. Non, on a seulement un homme qui voit sa femme comme un objet et qui la manipulera autant qu’il pourra pour qu’elle ne puisse le quitter. On a donc quelque chose d’assez cru et réaliste, ce qui est bien loin des aventures spatiales de Swamp Thing.

Mais, plus que les interactions entre les humains et les dérives de celles-ci, c’est aussi l’appel final de Moore à la protection de notre planète.

Une ode finale à l’action environnementale

Review VF - Alan Moore présente Swamp Thing tome 3 2

Le message final que Moore veut que l’on retienne est que l’on ne peut pas attendre l’action du bon dieu ou de toute autre présence divine pour sauver notre planète. C’est une planète en souffrance qu’Alan Moore dépeint depuis son premier numéro. Une planète en pleine souffrance sociale bien sûr comme on vient de le voir, mais surtout une planète en souffrance environnementale. C’est d’autant plus affligeant quand on voit que tout ce que Moore dépeint ici est toujours d’actualité aujourd’hui. Que ce soit l’exemple de Rann qui a usé toutes ses ressources pour se retrouver aux portes d’un désastre environnemental qui risque bien de tous les tuer. Familier ? Si peu. En 40 ans, peu de choses ont changé, c’est un constat amer mais bien réel.

Swamp Thing pourrait sauver la terre, pourrait mettre un terme à tout ça, mais il ne le fera pas. Car l’humanité ne ferait que se complaire dans cette idée que leurs actes n’ont pas d’importance, que quoiqu’ils fassent, une force supérieure sera là pour faire le ménage derrière eux. Il ne prendra pas les humains par la main, s’ils doivent agir ce sera d’eux-mêmes. On peut voir ici une vraie pique envoyée par Moore envers les religions pour cet aspect. Néanmoins, le plus triste reste que quasiment pile 33 ans après la publication de ce récit, l’heure est au constat et le résultat est loin d’être glorieux. Les choses ont si peu changées. L’humanité est toujours au même point, si elle n’a pas même reculé sur certains. Nous fonçons droit dans le mur et ni Swamp Thing, ni personne ne viendra nous sauver.

Malgré tout, Moore parsème le tout d’une légère note d’espoir lorsqu’il montre que des personnes sont prêtes à suivre Swamp Thing, prêtes à essayer de sauver ce qu’il reste à sauver. Tout n’est peut-être pas encore perdu ?

Alan Moore conclut donc son run légendaire et une chose est certaine : celui-ci n’a pas volé son statut. Ce tome, comme tous les autres, brasse de multiples sujets : la violence conjugale, l’intolérance, l’environnement, et il le fait toujours aussi bien. Dans ce tome tout est réglé, il n’y a plus d’intrigue en suspens, plus rien à ajouter, Swamp Thing est terminé, il est en paix avec lui-même. Moore a signé une fin qui semble même définitive pour le personnage. Le scénariste a imposé sa marque à tout jamais sur Swamp Thing. Encore une fois, chapeau l’artiste.

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- Une conclusion parfaite
- Des messages intemporels
- Loving the Alien
Les -
- Des dessins parfois un peu en dessous, mais c'est du chipotage
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