La canicule vous manque déjà ? Vous voulez retrouver la chaleur poisseuse des marais de Louisiane ? Eh bien prenez place. Il y a quelques jours de cela maintenant sortait le Swamp Thing la créature du marais, qui nous avait plus que convaincu. Ici c’est le légendaire Alan Moore, qui n’était pas encore une légende à l’époque, qui reprenait le personnage après des années de vide. Alors est-ce que le scénariste anglais est à la hauteur de ses glorieux prédécesseurs ? (Spoiler : Oui, oui, oui)

Un titre en quête de reprise

Il faut le dire, après le départ de Len Wein et de Bernie Wrightson du titre, Swamp Thing n’a jamais vraiment retrouvé ses lettres de noblesses. Leurs prédécesseurs ne parvenant jamais à réellement à réinventer le titre. Celui-ci disparu donc très vite et fut ressuscité en 1983 en amont de la sortie du film Swamp Thing de Wes Craven. S’ensuivit une dizaine de numéros qui ne brillaient toujours pas de leurs originalités. Len Wein, réconverti en tant qu’éditeur du titre, chercha donc un nouveau scénariste pour prendre les rennes de la série, mais jugeant qu’il avait épuisé toutes ses possibilités aux Etats-Unis il se résolut à aller chercher son scénariste Outre-Atlantique. C’est là que son choix se porta sur un prénommé Alan Moore qui s’occupait à l’époque de 2000 AD.

Ce qui est amusant à savoir, c’est que la première fois que Wein contacta l’anglais, celui-ci raccrocha le téléphone aussi net, pensant à une blague de ses amis. Ce qui veut dire qu’il existe un monde où Len Wein n’aurait jamais rappelé Alan Moore, vexé de se faire raccrocher au nez de cette façon et où l’on aurait jamais eu de Swamp Thing par Alan Moore. Quoiqu’il en soit Alan Moore reprit bel et bien les rennes du titre à partir du numéro 20 et il s’appropria Swamp Thing comme personne ne l’avait fait auparavant.

Une réinvention complète

Swamp Thing par Alan Moore est bien plus qu’une reprise, c’est une réinvention complète du personnage. De l’aveu même de l’auteur il ne voulait pas que Swamp Thing soit un simple personnage dans un costume vert, mais une vraie plante vivante peuplée d’insectes et sur laquelle d’autres plantes pousseraient même. C’en est donc suivi une réappropriation complète du personnage. Les premiers numéros de ce tome sont là pour ça. Dans un premier temps Moore propose une autopsie du personnage, autant au sens littéral, qu’au sens figuratif. Moore nous laisse observer les entrailles de la créature, il nous montre ce qu’elle est vraiment, sans rien cacher et c’est brillant. Il nous apporte une nouveau regard sur ce qu’est réellement Swamp Thing.

Dans un second temps Moore propose aussi un questionnement sur sa place et la place des monstres en général dans cette nouvelle société. Arguant qu’ils n’avaient plus leur place dans ce monde moderne. C’est encore un moyen pour Moore de se distancer de ce que faisait Wein et Wrightson, tout en faisant un commentaire méta sur les monstres. Ceux-ci, bien qu’adulés à une certaine époque, l’époque des Universal Monsters, auquel le Swamp Thing de Wein et Wrightson se raccrochant complètement, n’étaient plus du tout la norme dans les années 80. Les années 80 étaient l’époque d’Alien, de The Thing, de Shining, les vampires, loups garous et autres monstres dans le même genre appartenaient au passé.

Après cela Moore propose un numéro qui retracera toute la naissance de Swamp Thing et cela dans l’idée d’enterrer littéralement et figurativement Alec Holland une bonne fois pour toute. Cet enterrement permet à Moore de laisser derrière-lui l’héritage laissé par Len Wein et Bernie Wrightson et d’aller de l’avant dans ses idées sans le poids du passé. Tout en faisant preuve d’un réel respect pour ses inventeurs.

Cette réinvention a toute fois un prix. Si jamais vous deviez aller vers ce run, sans jamais avoir lu de Swamp Thing avant, surtout celui de Wein, vous perdriez une grande partie de l’effet que procure cette réinvention. Ce serait loin d’enlever tout intérêt à votre lecture, bien entendu que non. Le titre a bien trop de qualités globales pour ça, mais cela retirerait quelque-chose, cet effet « woah ». On ne peut donc que vous conseiller de lire le Swamp Thing la créature du marais au préalable.

Un scénariste génial

Lors d’une interview en 1985 (si vous voulez les liens faites en part dans les commentaires), Alan Moore déplorait qu’à l’époque les comics étaient toujours perçus par le grand public comme de la sous littérature destinée aux enfants et qu’il espérait qu’un jour les comics n’auraient plus à souffrir de tous ces préconçus. Le plus triste étant que plus de 30 ans après tous ces préconçus sont loin d’avoir disparus, mais ce n’est pas le sujet ici. Ce qui est certain c’est que Moore prouve avec cette série que les comics peuvent être de la grande littérature, Swamp Thing étant tout simplement incroyable dans son écriture.

Moore alterne entre différents thèmes et idées avec brio. Swamp Thing passe de l’horreur, à la poésie, à l’hommage aux Pogo, personnages satyriques inventés par le dessinateur Walt Kelly. Et tout ça dans jamais que l’ensemble ne donne l’impression d’être désaccordé ou fouillis. Tout est cohérent. Qui plus est l’apport des artistes, Stephen Bissette et John Totleben n’est pas à négliger, tant les deux parviennent à une vraie osmose avec l’auteur.

En résulte des histoires géniales, dont l’exemple phare sera sans doute Mort et Amour. Histoire cauchemardesque, s’il en faut, qui plongera ses personnages dans une aventure horrifique. Cette histoire, en plus de sa qualité fantastique, a marqué l’histoire de DC en tant qu’éditeur en étant le tout premier numéro sortit sans la certification du Comics Code Authority. On le rappellera ce code, instauré en 1954, interdisait toute nudité, horreur, inceste, zombies et tant d’autres choses. Mort et Amour incorporant tous ces éléments, c’est compréhensible que DC n’ait même pas voulu demander l’accord du Comics Code.

Il faut aussi mentionner les références à la littérature classique qui parsèment le texte. Que ce soit lors de la descente aux enfers de Swamp Thing qui rappelle bien entendu la Divine Comédie. Ce poème de Dante, qui est d’ailleurs LE plus grand cross-over de tous les temps (personne ne peut le tester), conte le voyage dans les enfers, le purgatoire et au paradis du personnage principal. Ce récit est ici réinventé à la sauce DC, où des personnages comme le Phantom Stranger accompagne Swamp Thing, tel Virgile dans l’oeuvre de Dante. Un autre numéro va nous rappeler le style d’écriture de Lewis Caroll. Dans cette histoire de petits personnages nommés Pog, utilise un langage composé de mots-valises, tel que Caroll avait fabriqué pour son Alice au pays des merveilles. Et toutes ces références fonctionnent, elles ne sont jamais ostentatoires et apportent juste une autre vision pour ceux qui connaissent ces œuvres, tout en ne pénalisant pas ceux qui n’auraient aucune idée de ce qu’elles représentent.

Il y a tant de choses à dire sur ce titre que l’on pourrait en parler pendant des heures. Cependant il s’avère que nous devons bien un jour terminer cette review. Maintenant il faut le dire clairement : vous devez lire cet Alan Moore présente Swamp Thing. Géniale réinvention, écrite brillamment par un scénariste de génie, illustré par d’excellents artistes. Oeuvre aux multiples références littéraires, ainsi qu’aux tons multiples, Alan Moore présente Swamp Thing est tout simplement un immanquable pour tous lecteurs de comics et j’ai même envie de dire, pour tout lecteur tout court.

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- Une réinvention complète du personnage
- Alan Moore grandiose
- Mélange des tons qui fonctionne
- Des artistes au poil
- Mort et Amour, ainsi que Le sacre du printemps - La couverture est magnifique
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knightwing
knightwing

C’est pour moi le meilleur travail de Moore, jetez-vous dessus ;-)

urbanvspanini10
urbanvspanini10

J’aimerais savoir, est ce que Moore est très verbeux avec ce récit ? Du genre Scott Snyder mais assez lourds à lire ?

Apokolips
Apokolips

Oui, très très verbeux ( je ne vois pas non plus le lien avec Snyder…) mais avec une verve de très très haut niveau. On est à la limite du roman graphique. Œuvre magistrale, totale dont on pourra simplement regretter qu’elle n’ait pas bénéficié, à l’instar du Swamp Thing de Len Wein, d’une réédition en noir et blanc car la mise en couleur à bien vieillie.