Sous quelle forme lisez-vous vos comics ? Probablement sur papier, comme un grand nombre de lecteurs. À titre personnel, c’était également mon cas avant de migrer vers la lecture numérique. Après quelques années d’expérience sur Comixology, j’ai pu constater des changements dans mon comportement de lecteur, parfois positifs, parfois moins. Puisque l’on parle peu de cette façon de consommer le comics, j’ai décidé de partager mon expérience personnelle, qui n’engage que moi.

Possession et matérialisme

Pendant longtemps, le numérique ne m’attirait absolument pas pour une raison principale : le désir de possession matérielle. Si l’on en vient à acquérir ses comics via Comixology, ceux-ci ne nous appartiennent pas, nous payons simplement le droit de les lire. Si le site venait à fermer ses portes, la bibliothèque accumulée se verrait probablement “effacée”. Il me paraissait donc inconcevable de procéder à cette transition : si je ne disposais pas physiquement des œuvres chez moi, je n’étais presque pas un “vrai fan”.

Une bibliothèque comics bien fournie
Une portion de la bibliothèque comics de notre cher Justafrogg

Sans savoir d’où cette idée vient véritablement, elle me semble assez similaire à l’achat de produits dérivés : plus j’en ai, plus je montre que je suis un fan. Avoir une bibliothèque physique, c’est quelque part prouver que nous lisons vraiment, que nous ne sommes pas qu’un quidam lambda jurant uniquement par le cinéma. Autant d’idées profondément ancrées chez certains qu’il est bon de briser, autant pour les mentalités que pour soi-même. En passant à Comixology, ce sont mes pulsions consuméristes dans leur ensemble qui se sont vu réduites. Accorder moins d’importance à la possession autant qu’au matériel, voici un état d’esprit plutôt libérateur. C’est lâcher prise.

L’attractivité des prix de Comixology

Des avantages, Comixology en a, à commencer par ses tarifs. Si la version française du site/application a récemment vu ses prix augmenter, ils continuent (les versions collectées) pourtant de défier toute concurrence. Grâce à ses promotions hebdomadaires, il est possible de très rapidement se constituer une bibliothèque virtuelle conséquente, pour la modique somme d’environ 6€/comics. De quoi élargir sa culture sans trop de crainte de vider le compte bancaire. C’est avant tout cet argument qui m’a convaincu de m’essayer à la lecture numérique.

Les promotions de Comixology, plateforme de lecture numérique

Avec des prix aussi bas et un catalogue aussi vaste, difficile de résister. Pourtant, ce qui est un très large avantage peut se retourner contre son lecteur. A l’unité, un achat est si peu coûteux (un comics est moins cher qu’un SMIC horaire) qu’il se conjugue souvent au pluriel. Avec une sélection de comics soldés changeant chaque semaine, l’opération tend à être réitérée à répétition (d’autant plus quand sa carte bancaire est enregistrée).

Là où les prix élevés du comics papier incite à opérer un tri, une sélection, l’achat via Comixology peut transformer cet acte d’achat en véritable consommation, voir en surconsommation. Outre le problème financier que cela peut causer, c’est possiblement le simple plaisir de lecture qui se voit affecté quand les comics défilent sous nos yeux à la chaîne. Clairement pas un problème inhérent à la lecture numérique, mais qui mérite tout de même d’être noté.

Papier et numérique : un plaisir de lecture similaire

Lors d’un Off My Mind remontant à quelques années, Watchful évoquait le plaisir unique que représente la lecture d’un comics papier. S’il s’agit bien de deux expériences différentes, de mon point de vue aucune ne se veut supérieure à l’autre. L’histoire reste bien la même, une bonne oeuvre le restera peu importe le support sur lequel on la lit. Pourtant, le plaisir ressenti à la lecture est bien variable en fonction de l’environnement qui entoure le lecteur.

Off My Mind #97 : Quand la lecture numérique modifie les comportements 1

S’il est bien évidemment possible de lire un comics papier peu importe l’endroit, le numérique permet une portabilité bien plus simple. Sur Comixology, il suffit de télécharger une oeuvre et nous pouvons la commencer sur sa tablette et la reprendre sur son smartphone exactement là où on l’avait laissée. Un avantage non négligeable, notamment pour celui qui prend régulièrement les transports en commun. La lecture n’a pas de fin, pas de frontière, il n’y a plus besoin d’attendre de se poser tranquillement dans son fauteuil pour s’y atteler.

Néanmoins, cet acte perd alors de sa presque sacralité. Le rapport qu’entretient le lecteur avec l’oeuvre se voit amoindri. Il ne s’agit plus nécessairement d’un moment unique, silencieux, mais d’un “passe-temps” effectué au milieu d’une foule, entre deux arrêts de métro. Dans ces conditions, l’expérience devient malheureusement moins mémorable.

Après deux ans de lecture numérique, je suis largement conquis, les avantages étant légion (Cosmos, un membre du forum, en avait d’ailleurs listé un bon nombre ici). Les inconvénients ne sont pas inexistants, loin de là, mais sont davantage liés aux habitudes de lecture et de consommation qu’elle tend à entraîner, mais qu’il est facile de contrôler. Si mes achats se font très majoritairement sur Comixology, les comics papiers ne me sont pas devenus étrangers pour autant. Rarement, quand un récit m’est véritablement important, je décide de lui accorder une place dans ma bibliothèque, comme s’il s’agissait d’un honneur réservé aux plus méritants.

6 Commentaires

  1. Je suis également passé au numérique sur ComiXology depuis la reprise de JL de Snyder. Grâce au format ça me permet d’avoir le plein de nouveautés DC chaque mercredi. Étant situé dans le fin fond de la Manche aucun Comic Shop n’est à proximité. De plus, acheter en numérique me permet un gain de place non négligeable. Pour autant ça ne m’empêche pas d’acheter de la VF Urban quand cela le mérite même si j’ai déjà son alter égo sur tablette. Par exemple j’ai acheté Green Lantern de Morrison en VF car mon anglais n’est pas assez fiable pour comprendre l’écossais. A contrario même si j’ai adoré DCeased de T.Taylor j’ai pas trouvé d’intérêt à faire la doublette. Pour terminer, le numérique me permet, comme tu l’as justement écrit, d’obtenir des TPB promo à un prix dérisoire. Ainsi pour pallier à l’absence de VF je peux me permettre de dépenser 6,99€ pour des TPB qui ne seront jamais publier tels que les ties-in de Flashpoint, les anciens numéros des Omega Men, etc… J’ai même profité d’une promo pour me prendre les 4 tomes de 52 en VO, ce qui m’a permis d’économiser quelques pépettes par rapport à la VF.
    Concernant le confort de lecture, on s’habitue bien l’écran (même si ma Kindle Fire HD 8 commence à être un peu petite) et le fait de pivoter la tablette ne pose pas de problème particulier. Bref pour moi, malgré l’augmentation du prix, j’ai décidé de continuer le numérique et l’achat physique.

  2. Tu cites là des avantages non négligeables également. Et en effet, pour peu qu’on dispose d’une bonne tablette, le confort de lecture est vraiment très très bon. Pour ma part je n’ai plus que mon portable pour les lire, ce qui suffit pour profiter de l’oeuvre, mais pas à son plein potentiel visuel c’est clair. Je pense, comme tu le dis d’ailleurs, que l’équilibre entre le numérique et le papier (et la sélection que ça implique) est le meilleur choix possible ! Merci d’avoir partagé ton expérience !

  3. Voilà un article qui apporte un point de vue intéressant sur le numérique, notamment avec le fait qu’en lisant des livres numérique les pulsions consuméristes (ou de posséder) qui se retrouve réduite. Même si pour ma part je continuerais à favoriser les livres papiers car les livres numériques ont tendance à plus fatiguer ou user mes yeux d’où la préférence Papier. Et aussi car je préfère avoir mes livres en mains propres qu’en version dématérialisé.En tous cas c’est très intéressant d’avoir le point d vue d’un lecteur de livre numérique.

  4. Concernant le côté consumériste je serai plutôt en désaccord. En effet les promos ont une petit coté « Steam », tu engranges nombre de jeux auxquels finalement tu ne joues pas. Pour les promos ComiXology c’est un peu la même chose en ce qui me concerne. J’ai acheté quelques TPS que je n’ai toujours pas lu car l’envie est passée (peut être reviendra t’elle un jour). Concernant les séries, c’est pareil, ayant tout à portée de clic, j’ai tenté des trucs que j’ai jamais continué.

  5. Tout d’abord, merci pour ton retour Urbs !

    Pour le côté consumériste, en effet l’attractivité des prix de Comixology tend d’abord à le renforcer. Néanmoins, ça survient surtout quand on commence à utiliser ce site/cette application, une fois qu’on en prend conscience, on réduit facilement. Dans mon cas tout du moins. Mais en acceptant de ne pas posséder physiquement les comics, il y a surtout eu pour moi un certain déclic bénéfique qui s’est appliqué plus généralement dans l’ensemble de mes consommations.

  6. De mon côté je lis toujours au format papier. Celui-ci me paraît plus agréable pour de multiples raisons. Tout d’abord autant je n’en ai rien à faire de l’accumulation de produits dérivés et goodies divers (qu’on arrête de m’offrir ça à noël ptain), autant j’ai un plaisir face à l’objet livre, et à la constitution d’une bibliothèque. Ensuite je préfère toujours la lecture papier face à celle sur écran. J’ai l’impression de passer déjà ma vie sur écran : pour les cours, pour les films, pour les réseaux sociaux… Finalement la lecture est le seul moment de divertissement où je décroche mes yeux d’un écran. Enfin, j’ai côtoyé une personne qui lisait des comics sur écran, il en avait une consommation industrielle, mais était assez incapable de se souvenir de quoi que ce soit. J’ai l’impression que sa consommation de comics se rapprochait du scrolling sur twitter : une action perpétuelle de clic à la recherche de la satisfaction numérique.
    Ayant une consommation de comics/BD en général assez modérée, la question du prix ou même de la place ne se posent pas (encore ?) pour moi. Tout ça pour dire que le format papier a toujours ma faveur.

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