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Dossier – Qu’est-ce qu’un sidekick ?

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Sommaire

On pense souvent que les grands héros de DC Comics sont iconiques, comparés à ceux de Marvel, plus proches du peuple. Il y a plusieurs raisons à cela, dont l’une est le fait que DC préfère utiliser les sidekicks pour que le public, souvent jeune en tout cas aux États-Unis, puisse s’identifier, alors que son concurrent créera dans les années 60 des héros jeunes avec les problèmes qui leur sont propres, mais qui seront en même temps le personnage principal de leurs aventures, à l’instar de Spider-Man et des X-Men. Il est vrai que des sidekicks marveliens ont vu le jour depuis, notamment chez les Mutants, mais vous remarquerez que les premiers qui vous viendront en tête sont les apprentis des héros DC.

Dans cet article motivé par la diffusion de la série Titans (en vérité, c’est en regardant le film Teen Titans Go! cet été que j’ai commencé à y réfléchir), nous allons essayer de comprendre qui sont ces sidekicks que nous avons appris à aimer voire avec qui nous avons grandi, quel est leur rôle dans les histoires que nous lisons ou regardons et quelles limites le médium leur impose.

1. Qu’est-ce qu’un sidekick ?

Définition

Plus on réfléchit au terme de sidekick, moins il semble simple à définir. Pour preuve, un top 10 des sidekicks de DC Comics sortira en compagnon de ce papier (boom, teasing lourd et professionnel) et j’ai meurtri plusieurs cœurs dans le staff de DC Planet, qui en contrepartie m’ont mis à rude épreuve pour savoir qui rentrait dans le classement et qui était rejeté sans vergogne, et ce malgré le fait que tout le monde sait d’avance qui sera premier. C’est d’autant plus difficile que le comic book de super-héros tend à avoir sa propre vision de ce rôle, et qui pourrait ne pas coller avec des exemples venant d’autres médiums. Ce sera donc sujet à controverse, mais je vais m’essayer à l’exercice.

Tout d’abord, d’où vient le mot « sidekick » ? Il s’agit en fait d’un vieux terme de parieurs de jeux de cartes qui signifiait « un as dans la manche », un atout gardé en réserve en somme, mais ce qui est déjà plus valorisant qu’on ne pourrait le penser. Il est donc un soutien au héros principal dans sa quête, ce dernier ayant une certaine autorité sur le premier. Il ne s’agit pas que d’un ami ou d’un confidant, le sidekick doit avoir le même objectif. Dans un monde super-héroïque, les deux personnages ont quasi-systématiquement une relation de mentor à élève, ce qui cause leur jeune âge et tous les avantages que ça implique.

Court historique

Qu'est-ce qu'un sidekick ?

Le premier de ces jeunes compagnons super-héroïques est évidemment Dick Grayson a.k.a. Robin, l’allié de Batman qui aura eu une grande importance dans la gloire que connaîtra la chauve-souris. Il a été créé par Bob Kane et Bill Finger en 1940 dans les pages de Detective Comics #38 afin que Batman ait quelqu’un à qui donner la réplique lors de ses enquêtes, mais il servira également à attirer un public plus jeune et à égayer les histoires du Chevalier Noir, un surnom déjà mérité et qu’il venait tout juste d’acquérir. L’équipe créative va donner à Dick le même traumatisme qui a poussé Bruce à devenir Batman, c’est à dire assister au meurtre de ses parents, tués par des gangsters. C’est alors que notre héros le prend sous son aile pour lui apprendre à gérer et utiliser sa colère à ses côtés.

À partir de ce moment, rare sont les numéros de Batman et Detective ComicsRobin n’apparaît pas, ayant même droit à certains moments à ses propres aventures, du moins jusqu’au départ de Dick à l’université, puis son changement d’identité qui poussera Bruce à lui trouver un remplaçant qui ne fera pas long feu.

Qu'est-ce qu'un sidekick ?

Dans les années 40, sa création amènera évidemment plusieurs créateurs à donner un sidekick à leur héros, que ce soit chez le futur Marvel avec Bucky pour Captain America ou chez DC avec Speedy pour Green Arrow ou encore Sandy the Golden Boy pour Sandman. Superman fera les choses un peu différemment, puisque son premier sidekick est réellement Jimmy Olsen, créé fin 1941 et qui n’aura généralement pas de pouvoirs mais possède toutes les caractéristiques de ce rôle. Il faudra attendre mai 1959 pour voir sa première partenaire douée de pouvoirs avec l’apparition de Supergirl dans Action Comics #252, étant par ailleurs la première sidekick féminine chez DC (même si ses origines actuelles ne la considèrent plus comme tel). Nous sommes alors dans le Silver Age, les jeunes super-héros semblent à la mode et l’éditeur décide d’offrir un soutien à presque tous ses héros phares puisque c’est dans les années 60 que naîtront Kid Flash, Aqualad et Wonder Girl, qui rejoindront Robin et Speedy dans le titre fait pour les fans de sidekicks, les Teen Titans.

C’est donc en 1966 (après un premier récit en 64 dans The Brave and the Bold) que débarquent les Teen Titans, dont le but est de créer des histoires autour des jeunes super-héros, loin de leur mentor et offrant ainsi beaucoup d’originalités et une belle concurrence aux X-Men. La série a fait les beaux jours des héros en herbe, accueillant les héritiers des vieux costumes aux côtés des pures créations des auteurs. La suite, vous la connaissez, certains sidekicks sont devenus des favoris des fans tandis qu’on essaie de cacher les autres discrètement sous un meuble en espérant que tout le monde oublie leur existence, n’est-ce pas Scott Snyder.

2. La fonction du sidekick

Si le sidekick est si présent dans les comics DC, ce n’est pas pour lécher les bottes du super-héros ou pour faire joli, ce type de personnage possède plusieurs utilités qui aidera son mentor, le récit et plus globalement le lecteur. On peut les partager en trois archétypes, et même si les sidekicks actuels piochent évidemment dans chacun de ces points, certains personnages n’ont eu qu’une de ces facettes pendant une partie de leur carrière.

Le fan : élever le héros

Qu'est-ce qu'un sidekick ?

Comme nous l’avons vu avec la création de Robin, son but premier est de renforcer le héros qu’il accompagne. Grâce à leur lien, le scénariste a la faculté de créer de la perspective pour le lecteur. En effet, nous verrons bien mieux les qualités du protagoniste si elles sont soulignées par le sidekick ou par leur lien d’affection, le rendant plus attachant. Notez d’ailleurs que l’inverse est tout aussi plausible, si le but de l’auteur est de faire passer son mentor pour une raclure, ce que l’on retrouve du coup chez les vilains (sur qui nous reviendrons plus tard). C’est l’archétype du fan, omniprésent dans le Golden Age et le Silver Age, et vous y retrouverez Robin (Dick Grayson et Tim Drake) ou Kid Flash à leurs débuts.

Le rebelle : défier le héros

Qu'est-ce qu'un sidekick ?

Autre possibilité, sa présence et son comportement peut diverger de celui du héros et créer parfois une tension qui n’implique donc pas obligatoirement un super-vilain et qui est donc rafraîchissante. C’est même le moment opportun pour faire évoluer les deux personnages et leur lien, mais cette utilisation restera très rare dans les comic books DC jusqu’à l’aube du Bronze Age où on osait déjà plus mettre en avant des conflits internes. C’est l’archétype du rebelle, le sale gosse qu’on essaie de mettre dans le droit chemin qu’il remet en question constamment, à l’instar de Jason Todd et Damian Wayne, Arsenal ou encore Blue de DC Planet. Cependant, il humanise et souligne à sa manière les qualités de son mentor qui prouve de nouvelles faiblesses en étant moins doué pour le social que pour enfermer des criminels ou qui se montre au contraire patient, à l’écoute et arrive à régler le conflit grâce à une belle tirade ou une gifle humiliante comme le Goddamn Batman de Frank Miller.

Le comic relief : humaniser le héros

Qu'est-ce qu'un sidekick ?

Bon celui-là, tout le monde le connaît et beaucoup le détestent, à tort ou à raison. Le sidekick a régulièrement le rôle du comique de service, surtout si le héros n’est pas quelqu’un de très marrant. L’exemple parfait est donc encore une fois Batman et Robin, qui est aussi là pour égayer la noirceur de notre ami chauve-souris. Ses répliques apportent certes de l’humour, mais le véritable but est d’humaniser les deux personnages, chose souvent abordée dans le Dynamic Duo quand les créateurs impliquent que Batman a besoin de la lumière d’un Robin pour ne pas sombrer. Si c’est bien dosé, ça donne de très bons personnages comme Skeets, et dans le cas contraire on a la lourdeur de Robin et Batgirl dans la série animée The Batman.

La projection du lecteur

On en revient à l’une des particularités de DC, la projection du jeune lectorat se fait par le sidekick, mais même l’adulte verra d’abord l’histoire à travers lui. Cela est dû au fait qu’il porte un regard aussi neuf que nous pendant la lecture sur l’univers qui l’entoure et ses règles ainsi qu’avec la même fascination pour le héros inatteignable qui lui sert d’autorité. Ce procédé est d’ailleurs particulièrement marquant dans La Forteresse Cachée d’Akira Kurosawa, un film au point de vue des deux personnages qui ne sont que victimes des événements, et qui fonctionne aussi très bien avec Carrie Kelley dans The Dark Knight Returns de Miller. Les réactions du sidekick sont plus émotives et donc plus humaines, ce qui favorise l’attachement qu’on a pour lui, sans parler qu’il commet des erreurs, se pose les mêmes questions que nous et apprend les mêmes messages.

L’identification est donc plus simple pour n’importe qui, mais un auteur appréciera tout autant un sidekick pour les opportunités scénaristiques qu’il ouvre avec ce statut. Il peut en effet aborder directement les thématiques de la délinquance et de la drogue – plutôt restreints aux plus rebelles – mais aussi des dangers de leurs activités et bien entendu les premières romances, plus passionnelles dans la fiction en général. Pour résumer, il peut être mis en péril bien plus facilement que le grand héros infaillible, qui peut justement commencer à douter de lui à partir de là. Enfin, il peut tout bêtement être d’une grande utilité s’il a des compétences complémentaires avec son modèle.

3. Et chez les vilains ?

Théoriquement, un antagoniste ne peut pas avoir de réel sidekick, car il implique une relation de confiance alors que le super-vilain ne l’accorde pas en général. Il préfère s’entourer d’hommes de main, motivés par une récompense plutôt que par la volonté de suivre un personnage inspirant, à l’exception des sbires fanatiques. Encore une fois, le comics a de spécial sa quantité de publications sur les mêmes personnages pendant des dizaines d’années, et certains criminels auront droit à leur propre série à commencer par le Joker en 1975 et la Secret Society of Super-Villains un an plus tard (à ma connaissance en tout cas, si vous avez quelque chose de plus vieux, n’hésitez pas à le mentionner). Ils commencent donc à être les propres protagonistes de leurs histoires, sans compter l’attachement que nous avons à force de les voir évoluer en même temps que les super-héros. C’est après cette démarche que nous constaterons les premiers cas de sidekicks maléfiques, même si leur statut est très discutable.

L’amour

Qu'est-ce qu'un sidekick ?

Il est encore une fois difficile de situer le premier sidekick de super-vilain, mais l’une des pionnières est selon moi Terra dans les années 80. Cette dernière se fait passer pour une héroïne auprès des Titans, alors qu’elle travaille finalement pour Deathstroke dont elle est amoureuse. Elle peut donc être considérée comme sa sidekick puisque Slade a beaucoup d’autorité sur elle, qu’elle est jeune et qu’elle partage ses motivations à cause de son amour pour Deathstroke. Cependant, cette romance n’étant qu’unilatérale, la relation de confiance l’est également et on le voit bien dans le célèbre récit The Judas Contract. Il en est de même pour une autre femme aveuglée par l’amour qui arrivera dans la série animée de Batman quelques années plus tard, Harley Quinn. Certainement pas l’égal du Joker, elle est un soutien dont il profite sans toujours lui redonner la faveur, bien que leur couple chaotique est difficile à ranger dans une case. Et pourtant, elle permet d’humaniser le Joker en même temps qu’elle dénonce ses mauvais comportements (dans Batman : TAS, tout du moins), ce qui rend le tout très problématique et laissé à l’interprétation de chacun. Il faudrait juste un couple où règne la confiance entre deux super-vilains, vous me direz, mais ça ne fonctionne pas non plus comme le prouve le très récent duo de Doomsday Clock Mime et Marionette. Les deux personnages s’aiment, mais sont du coup sur un pied d’égalité, et aucun n’est le sidekick de l’autre.

La famille

Qu'est-ce qu'un sidekick ?

Outre l’amour entre deux personnes, l’autre cas de figure d’un sidekick lié à un super-vilain semble être son propre enfant. Deathstroke, encore lui, a ainsi la parfaite sidekick avec la cinquième Ravager Rose Wilson, sa fille illégitime. Seul hic, elle était manipulée par son père et finira par rejoindre les Teen Titans, donc le statut est à nouveau discutable. Il est déjà rare qu’un super-vilain arrive à avoir un enfant, mais ce dernier semble plus facilement refuser son héritage pour choisir le bon côté, à l’instar de Rose justement, mais aussi de Soranik avec son père Sinestro. Dans ce cas, peut-on considérer Talia Al Ghul comme la sidekick de son père Ra’s ? Sachant que ce vieux monsieur dépend plus de sa fille que l’inverse, c’est tout aussi compliqué. Quant à Osiris et Black Adam, c’est carrément la nature de ce dernier qui est confuse, super-vilain qui n’en est pas toujours un (idem pour Holly Robinson et Catwoman). Le plus probant restera finalement Scorn, petit frère de Wrath et miroir maléfique de Robin dans la série animée The Batman, et qui fera une courte apparition dans le run de John Layman et Jason Fabok sur Detective Comics en 2013.

Deathstroke, le croque-mitaine du sidekick

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Il n’est d’ailleurs pas anodin de voir Deathstroke comme ennemi des Titans, et en particulier comme la némésis de Dick Grayson. Il sera assez simple de faire un lien entre Batman et le mercenaire, tous deux étant de parfaits combattants avec énormément de ressources, et Dick prouve qu’il n’est plus un sidekick au moment précis où il vainc Deathstroke. Il abat alors l’ombre de Bruce et devient son égal, et ce n’est pas pour rien que Dick abandonne le costume de Robin quelques numéros avant l’affrontement, comme s’il ne pouvait pas le défaire avec. Le mercenaire essaie d’ailleurs, dans la série animée Teen Titans, d’engager Robin comme son élève, évidemment forcé par son grand ennemi.

Autre point point à soulever à son sujet, vous aurez remarqué que les exemples liés à Slade – et en général ceux d’un amour non mutuel – concernent très majoritairement des femmes dépendant d’un homme. Les mœurs étaient certes différentes à l’époque, mais il s’agit en réalité d’un choix logique. Les créateurs de Slade, Marv Wolfman et George Pérez, mettent bien en avant qu’il s’agit d’un mercenaire machiste et détestable, une sorte d’exagération du mâle alpha qui n’a aucune considération pour les femmes, une pastiche prophétique puisqu’elle préfigure l’actioner des 80s au cinéma et les comics des 90s qui aimeront beaucoup copier et parodier Deathstroke dans tous les coins. Slade est en effet vu comme un individu qui ne vit que pour son contrat et sa récompense, et n’a aucun mal à manipuler une adolescente qui a eu le malheur de tomber sous son charme viril. Il était encore à l’époque un véritable super-vilain, c’est à dire tout sauf un modèle à suivre, et ceci explique cette manie de le voir, ainsi que les autres criminels, profiter honteusement d’une femme, puisque le public est censé ne pas cautionner ce comportement et peut-être permettre une prise de conscience sur des sujets comme les femmes et les enfants battues.

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Pour revenir à l’idée initiale, l’amour permet difficilement de créer un véritable sidekick, à l’instar du fanatisme qui ne crée aucune confiance du mentor envers son apprenti. La relation parent/enfant pourrait fonctionner, mais la tendance est de voir la progéniture s’émanciper de leur destin criminel. Si on sort de DC un instant, l’univers étendu de Star Wars met en évidence cette contradiction chez les vilains avec la Règle des Deux des seigneurs Sith, impliquant que l’élève se doit de trahir son maître pour prendre sa place. Il reste alors des hommes de main mineurs, Query et Echo pour le Riddler ou Gaggy (plus récemment Archie) pour le Joker, mais on douterait de leur fidélité mutuelle en cas de coup dur. Finalement, le seul exemple probant qui me vient à l’esprit est Dex-Starr, le chat Red Lantern qui accompagne Atrocitus et qui ont une vraie confiance l’un pour l’autre. La création de Geoff Johns et Ivan Reis est donc le premier véritable sidekick de super-vilain, en 2008 donc, mais il y a encore des contestations possibles. Atrocitus ne cherche-t-il pas plutôt à se faire justice ? Est-il donc un anti-héros ? On peut aussi discuter du fait que Dex-Starr n’est qu’un chat sans conscience, est-ce que ça fonctionne quand même ? Sans parler du fait qu’un anneau pourrait lui en donner une, ou encore peut-être qu’il est un chat conscient s’il arrive à exprimer une émotion humaine comme la haine. Vous avez quatre heures pour répondre à ces problématiques.

4. Briser ses chaînes

L’héritage

Après tant de séries et tant d’années, il se crée quelque chose d’unique autour du sidekick. Dès le Silver Age, les créateurs évoquent l’idée que les super-héros ne seront pas là éternellement, et que ce seront à leur protégé de les remplacer. Il y a l’arrivée d’un nouveau Flash et d’un nouveau Green Lantern, mais un récit de Batman imagine déjà un futur où Bruce se marie à Selina Kyle et Dick Grayson s’est imposé en tant que Batman, ou du moins un mélange entre cette nouvelle identité et l’ancienne. Il est pour la première fois question d’héritage.

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Il s’agira d’un thème très marquant pour ces personnages et leur évolution, passant d’éternel bras droit à véritable relève et nous offrira de grands moments des comics DC. Les sidekicks commencèrent à vieillir dans les années 70 mais c’est plus tard, durant Crisis on Infinite Earths en 1985, qu’un sidekick prendra enfin la place de son mentor. Avec la mort de Barry, Wally West abandonnera en effet l’identité de Kid Flash pour reprendre le costume de son modèle et restera le Flash de la continuité pendant plus de 20 ans. Avec trois porteurs qui sont restés aussi longtemps, Flash représente le plus cet héritage dans les comics qui rend ces histoires d’autant plus fortes et appréciables, mais de multiples héros suivront le pas. Dick Grayson portera le masque de Batman à deux reprises pendant la continuité et de manière assez longue pour que ça ne passe pas pour de l’anecdotique. Quant à Superman, c’est à partir de sa mort que des remplaçants ont tenté de s’imposer comme l’héritier de son symbole. C’est à ce moment que sera créé Superboy d’ailleurs, mais ce récit souligne bien que personne ne peut se vanter d’être à la mesure du Man of Steel. Son héritage semble alors plus symbolique, et naît à chaque fois que Superman inspirera quelqu’un à aider son prochain.

Enfin, si Robin sert l’héritage de Batman, il sert intrinsèquement le sien. Peu importe si Dick délaisse ce costume, un remplaçant sera trouvé et le nom de Robin a survécu à tous ses détenteurs, chacun apportant quelque chose de neuf au personnage. Peu importe si c’est un rôle ingrat, il est le sidekick dont Batman a besoin, alors il y en aura toujours un, parce que ce n’est pas un héros, mais un héritier vigilant…un Chevalier Blanc (désolé, je me suis pris pour Nolan pendant une minute).

La rupture avec le mentor

Si Wally a su se libérer de son statut par la force des choses et incarner le héros qu’il a toujours suivi, la plupart des sidekicks n’ont pas cette chance (terme relatif, il vient tout de même de perdre son père spirituel). Difficile d’effacer Bruce, Diana ou Arthur dans leur rôle de Batman, Wonder Woman et d’Aquaman, que ce soit pour les fans et pour l’argent. C’est pour cela qu’il s’agit plus de coups marketing éphémères, et les protégés reprennent vite leur place, à moins qu’ils trouvent une autre alternative : l’indépendance.

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Ce qu’il y a de plus palpitant et de satisfaisant à voir chez le sidekick, c’est lorsqu’il tente de se forger sa propre identité, cette quête de reconnaissance et de liberté qui a poussé beaucoup d’entre eux à s’affranchir de leur maître. Comme il était le premier des sidekicks, Dick Grayson a aussi mené la marche vers l’indépendance lorsqu’il choisit de prendre le pseudonyme de Nightwing, nom prouvant qu’il est aussi l’héritage de Superman d’une certaine manière, puisqu’il vient de Krypton et que Clark et lui se sont côtoyés depuis le début de la carrière super-héroïque de Dick. Les autres héros suivront le pas dans la décennie qui suivit et on aura donc droit à Troia, Arsenal et Tempest au lieu de Wonder Girl, Speedy et Aqualad par exemple. Malheureusement, cette décennie en question, c’est les 90s, les années des anti-héros et des « badass » énervés avec des flingues et des pochettes. Tout le monde fronce les sourcils et s’éloigne de son mentor, mais cette mode aura eu son utilité puisque nos sidekicks grandissent et amèneront de très bonnes choses par la suite.

Que ce soit chez des Titans vieillis, les Outsiders, les Birds of Prey ou dans leurs propres aventures, beaucoup arriveront donc à sortir de l’ombre, mais c’est un dépassement de soi mis à rude épreuve par l’éditeur. Dick Grayson sera rattrapé par son côté héritier de Batman lorsqu’il remplacera ce dernier, disparu de notre époque pendant un temps. Heureusement, il s’était déjà forgé son identité de Nightwing, que Grant Morrison arrive à faire transparaître dans son run sur le Batman de Dick. Le principal danger pour les anciens sidekicks est qu’ils sont les victimes préférés de DC, et surtout de son co-éditeur Dan Didio.

Certes, il est compliqué de faire vieillir des personnages qui ont pour certains déjà plus de 50 ans et qui devront survivre 50 années de plus. Il faudrait alors vieillir les adultes, et personne ne semble vouloir des héros qui ont dépassé la quarantaine, les jeunes étant encore et toujours le public le plus visé, le plus intéressé et en même temps le plus influençable. Mais est-on obligé de vieillir pour évoluer, ce qui signifierait que l’expérience ne vient que de notre âge et pas de ce que l’on vit ? Et est-ce une raison pour les sacrifier à chaque event qu’on tente désespérément de hyper en teasant que quelqu’un va mourir et attraper la curiosité morbide des lecteurs occasionnels ? Avec ce traitement, ces personnages retournent dans le plus mauvais côté de leur situation passée, ils redeviennent des faire-valoir, des pertes acceptables pour l’éditeur mais qui créera une émotion assez forte chez le grand héros et les fans. Sur ce point, je vous invite d’ailleurs à lire le Off My Mind de Watchful Comment tuer un héros ?, très pertinent en plus de tomber à pic pour ce dossier.

Se réapproprier son identité

On en arrive au dernier cas, le sidekick qui brise ses chaînes en gardant son nom, préférant changer le regard des autres. Et c’est là qu’intervient un très bon film que trop peu de gens ont vu cette année, Teen Titans Go! To The Movies. Si vous êtes surpris, je vous invite à lire ma critique de ce film très généreux, mais je vais revenir sur l’un de ses messages dans un dernier paragraphe plus personnel.

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Comme beaucoup, j’ai grandi avec Batman : La Série Animée, et si j’adorais le héros principal, je m’identifiais bien plus à Robin pour son côté justement outsider, moins fort mais peut-être plus malin que le grand Chevalier Noir. Mais Dick a saisi sa liberté, est sorti de l’ombre de Batman dans la dernière saison en devenant Nightwing, mais aussi un véritable exemple pour moi et plein d’autres enfants à n’en pas douter (ça devrait parler à tous ceux qui ont un grand frère, j’imagine). Cet aspect du personnage est très bien présenté dans Teen Titans Go! To The Movies. Nos cinq jeunes Titans vivent dans un monde où les super-héros ont réellement des films sur eux sans arrêt, comme dans notre monde en somme, mais rien sur Robin. Toute l’histoire sera donc la quête du sidekick pour avoir son propre film, et il apprendra à ses dépends le coût de la vaine gloire et de son égo. Cependant, il finira par apprendre de ses erreurs et aura l’occasion de prouver sa valeur et celle des Teen Titans auprès des autres héros, et de la bonne manière. Dans ce film, Robin se libère de son statut de sidekick sans intérêt que Batman semble presque désavouer et dont le reste se moque. Il obtient son indépendance en trouvant qui il est, c’est à dire un Titan, équipe où ils sont tous égaux malgré son poste de leader. Il renverse donc la tendance en trouvant sa véritable identité en tant que Robin et ainsi gagne le respect de ses paires. Teen Titans Go! To The Movies a donc montré à une nouvelle génération ce qu’est de vivre dans l’ombre de quelqu’un et comment retrouver son identité en restant fidèle à ce(ux) qu’on aime. En plus d’être vraiment drôle, meta et très référencé.


Voilà, vous savez maintenant ce qu’est vraiment un sidekick, ses fonctions, ses limites et comment les briser. J’espère que ce dossier vous aura appris des choses ou vous aura intéressé, malgré un début très théorique. Si cette analyse du sidekick vous a plu, n’hésitez pas à m’en faire part et de partager vos points de vue sur les différents points abordés, je pense que tout est sujet à débat. Si les retours sont positifs, il y a de fortes chances pour qu’un dossier de ce genre voit le jour sur les super-vilains, personnages qui me sont particulièrement chers (et où je pourrai continuer ma thérapie de petit frère chétif). Merci de m’avoir lu jusqu’au bout et à la prochaine !

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