En comics, il y a toujours des périodes sombres selon les personnages. Si la période Rebirth est plutôt généreuse avec Aquaman ou Batman, elle est toute autre pour certains. La Justice League peine à revenir, et l’éditeur a du sortir Scott Snyder pour remédier à la situation. Bien plus qu’une période sombre, un certain acharnement déferle sur les personnages secondaires de la Bat-Family.

Qu’est-ce que la mort chez les super-héros ?

Comment un super-héros meurt-il ? La Mort de Superman l’a bien prouvé, la mort est l’ultime barrière en cas de ventes critiques. La mort est un événement, une célébration. Qu’il s’agisse de Superman, de Flash ou de Green Lantern, la mort est l’échec fatal. Le retour évident du super-héros laisse désormais passer cet événement pour une maladie chronique, comme on peut le voir avec l’ennuyeux Return of Wolverine. La mort est donc toute autre pour un personnage fictif.

Off My Mind #75 - Nightwing : Comment tuer un héros ? 1Sa mort, c’est l’oubli. L’oubli est très relatif. Il peut s’agir de l’oubli des éditeurs, et/ou de leur faillite (il n’y a qu’à voir le nombre de personnages tombés dans les droits publics). Devenus libres de droit, ces personnages désintéressent. L’éditeur n’en retiendrait aucune exclusivité et s’adresserait à un public de niche, s’il existe encore. Car l’autre mémoire est celle du lecteur. Lui n’oublie pas les personnages auxquels il tient, et peut transmettre cette passion autour de lui. Le héros n’est pas mort, mais il agonise, et risque de disparaître. Pire que l’oubli, c’est le désintérêt qui peut tuer un héros. La mort, à nos yeux, est tout le contraire.

L’exemple le plus probant a été le statut des Quatre Fantastiques chez Marvel entre 2014 et leur retour cet été. Le désintérêt forcé par l’éditeur a entraîné un certain oubli, excepté chez les fans les plus ardus de la famille. Au vu des décisions prises par DC Comics, nous sommes en droit de nous demander si ce n’est pas un destin similaire qui attend notre acrobate préféré.

Éternelle jeunesse

Off My Mind #75 - Nightwing : Comment tuer un héros ? 2Le désintérêt (ou la haine ?) de Dan Didio envers les sidekicks et autres jeunes personnages n’est pas un secret. Nightwing en est presque le souffre-douleur. Après Forever Evil le personnage est torturé, se fait passer pour mort et devient un agent infiltré : Grayson. Entre la fin de Grayson et la dernière balle dans la tête tirée, il ne s’est écoulé que deux années.

Le rapport entre Nightwing et Dan Didio ne date pas d’hier. Dès ses premières années, Dan Didio avait déjà une certaine lubie pour le personnage. Au début des années 2000, DC cherchait à élaborer une nouvelle Crisis. Dan Didio suggérait, parmi les tenants ou les aboutissants, de faire de Nightwing un personnage sombre et violent. L’idée refusée, il retenta lors d’Infinite Crisis (2006), en suggérant de tuer Nightwing. Geoff Johns et Mark Waid refusent, et Superboy est tué comme prévu initialement. Coïncidence, dans Teen Titans #33 voit coopérer Nightwing et Superboy, les deux supposées victimes de l’événement.

Off My Mind #75 - Nightwing : Comment tuer un héros ? 3En Octobre dernier, alors que Nightwing venait de tomber sur le sol, Dan Didio expliquait ce qu’un journaliste exprimait comme de la haine pour le personnage. Il ne s’agirait que du simple fait de ne pas pouvoir faire vieillir ce personnage, sans faire vieillir Batman. Nightwing est un personnage progressiste, alors que Batman ne peut plus prendre de l’âge.

Ces dernières années, Nightwing a été « tué », est revenu, pour évoluer hors de tout et devenir, aujourd’hui, un personnage méconnaissable, plus sombre. Une évolution des plus similaires à Red Hood, avec qui le personnage partage le même scénariste : Scott Lobdell. Si bon nombre de lecteurs pensent que Dan Didio ne fait que rire de cette idée présupposée d’une haine envers le personnage, ses projets le concernant finissent tout de même par aboutir, quelques années plus tard.

La dernière corde du trapèze

Off My Mind #75 - Nightwing : Comment tuer un héros ? 4Plus qu’un cas critique pour Nightwing, c’est un cas critique pour les deux premiers Robin. Jason s’enferme dans une représentation caricaturale de lui-même, alors que Nightwing devient méconnaissable. Dirigés par Scott Lobdell, ces personnages perdent leurs différences. Ils se confondent, alors qu’ils ne faisaient que se ressembler pour mieux se comparer – en témoigne le cinquième épisode de la série Titans.

Le titre Nightwing ne possède plus rien du personnage, sinon un nom, et une bande déguisée en Nightwing, pour y laisser traîner une comparaison peu subtile avec Dick/Ric. Il est encore trop tôt pour juger des conséquences qu’aura cet arc. Même savoir s’il ne s’agit que d’un arc, ou d’un statut-quo pour les années à venir. Toujours est-il que Nightwing s’embourbe et disparaît. Le titre Titans se perd sans lui et son titre solo ne possède plus aucun intérêt. On aurait pu penser qu’il s’agissait d’une démarche commerciale pour tenter de créer l’événement autour du personnage. Si tel était le cas, ces facteurs auraient été pris en compte. Il y a même à se demander si on pouvait penser à bien avec cette idée-ci.

Off My Mind #75 - Nightwing : Comment tuer un héros ? 5La présence de Scott Lobdell est d’autant plus dangereuse. Il a officié sur le personnage de Red Hood et l’a changé de manière définitive. Red Hood était un personnage solitaire, errant et torturé. Malgré une relation rétablie avec Batman, il était glacial, imperturbable et violent de nature. Scott Lobdell a voulu en faire un outsider mainstream, bourrin à plein temps. La dimension psychologique est aujourd’hui effacée. Le personnage se résume à un Robin revenu des morts plus violent encore qu’il ne l’était auparavant. Le futur de Nightwing s’annonce aussi peu radieux.

C’est la dernière corde du trapèze. Celle à laquelle pend un personnage, qui ne finira pas dans l’oubli bien longtemps. Mais qui traverse une période rude, possiblement longue, et dont la chute pourrait laisser des cicatrices.