The Lego Batman Movie
Les points positifs :
  • Visuellement époustouflant
  • La richesse et la générosité des univers Batman/DC
  • Le côté méta-culturel ultra référencé
  • Un propos intéressant sur le personnage de Batman
Les points négatifs :
  • Une VF pas à la hauteur
  • Ca va, on les a vus vos sets Lego à vendre ^^

« I work alone, that’s my memo. © Batman. » – Batman


  • Réalisation : Chris McKay  Scénario :  Seth Grahame-Smith Producteurs : Phil Lord, Chris Miller, Roy Lee et Dan Lin
  • Animation Warner Animation Group, Vertigo Entertainment, Animal Logic, Lord Miller productions
  • Avec les voix de : VO : Will Arnett, Michael Cera, Rosario Dawson, Zach Galifianakis et Ralph Fiennes ; VF : Philippe Valmont, Rayane Bensetti, Natoo, Philippe Bozo et Stéphane Bern
  • Warner Bros – The Lego Batman Movie – 104 minutes – 8 février 2017

Le succès critique et commercial de The Lego Movie sorti en 2014 a poussé Warner a étendre l’univers des briques de la célèbre firme danoise, pour le plus grand bonheur des petits – et des plus grands. Car si le film était réussi, ce n’était pas qu’à cause de son animation et sa créativité gigantesque, mais pour un humour décalé et un ton référentiel hyper marqué… ainsi que la présence de Batman dedans. Et ça tombe très bien puisque c’est ce Lego Batman que l’on retrouve dans ce premier spin-off estampillé Lego. Voyons donc ce que le personnage phare de DC Comics a à nous apporter en ce début d’année.

Autant le dire tout de suite : que du bon ! On retrouve le Batman croisé dans le précédent film dans toute sa splendeur. Un Chevalier Noir qui est bien conscient d’être le meilleur super-héros de tous les temps (mais si, mais si), et qui, imbu de sa personne, ne jure que par lui-même. Bat-par ci, Bat-par là, il n’y en a que pour sa personne, poussant le vice au point d’avoir une (nouvelle) chanson de métal pour lui-même, qui fait partie de l’ouverture du film et donne le ton parfaitement barré du long métrage. On remarque assez vite que passé sa popularité et son égo extrême, Batman est un personnage bien seul. Une caractéristique du personnage que l’on connaît bien, lui qui rechigne souvent au travail en groupe, et qui est là aussi poussée très loin, au point d’en être le point central du film. Car à cette grande solitude viendront se heurter le problèmes des relations de Batman aux autres. Avec ceux qui lui sont proches et pourraient être de fidèles alliés, mais également vis-à-vis de ses ennemis, et particulièrement de Joker, qui souhaite faire admettre à Batman qu’il est son plus grand ennemi.

La relation entre le Chevalier Noir et le Clown Prince du Crime est prise véritablement comme une relation amoureuse, en reprenant énormément de codes – mais détournés de films à l’eau de rose, et le double discours que l’on peut voir, avec une tension homosexuelle presque palpitante, est un délice à voir. De l’autre côté, l’arrivée impromptue de Dick Grayson dans la vie de Batman et la nomination de Barbara Gordon (ici, adulte, ce qui permet de jouer sur un côté love interest très léger, mais qui ne fera pas hurler les fans et autres détracteurs de Bruce Timm) au poste de nouvelle Commissaire de Gotham City vont l’amener à affronter sa plus grande peur : celle de pouvoir à nouveau compter sur d’autres personnes. Et concernant l’histoire, si dans l’ensemble elle suit un fil très agréable, elle apporte également son lots de rebondissements que je ne saurais vous dévoiler ici, mais vous risquez d’être très agréablement surpris.

En tant que fan de Batman et de DC ComicsLego Batman est également jouissif tant par la générosité de l’univers qui nous est montrée (un nombre incalculables de vilains, les costumes, les véhicules, etc) mais par le côté ultra-référencé qui pointe son nez à tout bout de champ. Du cinéma à la télévision, l’histoire de Batman est valorisée et on sent que le scénariste aime beaucoup Batman ’66 (ils poussent même à faire apparaître les vieux sérials Batman des années ’50, ce nerdgasm) ; mais de nombreux autres personnages de DC auront également droit à leur apparition, et les références ont parfois même un discours méta, et à ce titre je peux juste vous dire que certains récents films de Warner Bros en prennent pour leur grade ! L’humour est délicieusement absurde et fera autant rire les petits mais – à mon avis – bien plus les grands. Autre point ahurissant, c’est la qualité de l’animation du film. Comme pour le précédent opus, le niveau de détails des personnages et décors de briques est dingue, les effets visuels toujours aussi bien trouvés, et le dynamisme de certaines scènes est à couper le souffle. Le film intègre certains effets numériques « normaux » qui dénotent avec le précédent film Lego (notamment pour certains effets de fumée ou aquatiques) mais ça ne vient pas gâcher l’atmosphère d’une Gotham City parfaitement retranscrite.

Loin de moi l’envie de trop intellectualiser un film qui, à ce qu’il paraît, se destine en premier lieu aux plus jeunes, mais je ne peux m’empêcher de trouver ce film intelligent à beaucoup de niveaux. Plus que le divertissement et la comédie d’action pure, on y retrouve un hommage appuyé à l’histoire de Batman (et DC) dans ses divers supports, une réflexion sur certains aspects paradoxals de Batman – donc, vous l’aurez compris, dans sa relation aux autres – et le personnage, représenté à juste titre par moments comme un gamin incontrôlable permet aussi de prendre du recul sur l’admiration qu’on peut vouer à un type qui se grime en chauve-souris pour taper des méchants. Alors certes, le scénario comporte quelques petites facilités (notamment des personnages qui arrivent un peu à se déplacer trop vite, à la limite de la téléportation) mais ce serait vraiment chipoter : laissez-vous emporter par le voyage.

N’oublions pas également que nous nous trouvons dans un film Lego censé être un spin-off d’un premier film. Et sans en dire plus, le film le montre clairement et ne se limite pas qu’à l’univers DC et aborde tous les aspects de la pop culture/culture geek (appelez ça comme vous voulez) des années 80 à nos jours : il y en aura décidément pour tous les goûts. Je vous ai dit que le film était généreux ? On retrouve également des allusions à certains concepts de The Lego Movie – on n’oublie pas, par exemple que Batman est un « master builder » mais un petit caméo d’Emmett ou une référence à Cool-Tag n’aurait pas été désagréable. Et puisqu’il faut un seul point négatif à cette review, je dirais simplement qu’on sent beaucoup par moments la présence des sets Lego vendus dans les magasins de jouets – mais hé, on ne va pas se leurrer là dessus. Puis personne ne nous oblige à les acheter (même si de les voir s’animer donne teeeeellement envie…).

Il me reste à aborder le point des doublages. Le casting en VO est prestigieux et Will Arnett est un Batman on ne peut plus excellent, mais il nous l’avait déjà montré. Le reste du casting n’est pas en reste, Zach Galifianakis arrivant à donner une voix singulière à ce Joker, avec une personnalité qui colle plus à l’univers Lego (comprenez qu’elle fait, malgré tout, moins méchante que celle d’un Mark Hamill), Michael Cera et Rosario Dawson assurent en Robin et Barbara Gordon, et l’Alfred de Ralph Fiennes a ce côté aristocratique britannique que l’on aime à entendre. Les nombreux invités sont également de la partie mais leur temps de présence ne sera pas forcément bien mis en valeur ; et du côté français alors ? Est-ce la catastrophe que je prédisais dans un précédent édito ? Soyons francs : le doublage n’est pas à la hauteur de la VO mais ce n’est pas un désastre. Valmont réussit à donner un timbre convaincant à son Batman et Philippe Bozo, bien qu’il soit étranger aux univers DC, ne s’en sort pas mal. Stéphane Bern est même plutôt une réussite pour son Alfred et si Rayane Bensetti ne m’a pas convaincu en Robin je reconnais qu’il fait des efforts pour jouer le personnage. En revanche Natoo est complètement à côté de la plaque, sa prestation n’offrant aucun relief, et du côté des autres « stars » invitées, c’est la catastrophe. Avec même une ou deux répliques, Griezmann arrive à plomber Superman, et les Matuidi et Wartek ont tellement peu de temps de parole que je ne comprends même pas comment on a pu vouloir les faire rentrer dans la promo du film. Vous l’aurez donc compris : la VO avant tout !

Ainsi The Lego Batman Movie est une réussite incontestable. Je ne sais pas ce qu’en pensera le grand public, mais à vous, fans de comics, de DC et de Batman, et de culture pop en générale, clairement ce film à quelque chose à vous raconter. Il vous amusera, vous fera rire, parlera à votre culture, jouera sur les codes que vous connaissez et pourra même vous faire réfléchir aux personnages que vous aimez tellement. Doté d’une animation redoutable et d’un casting VO phénoménal, une VF qui sans arriver au niveau, n’est pas non plus horrible, c’est assurément le film DC de cette année à ne pas manquer (en attendant de voir les autres) !