Black Canary and Zatanna : Bloodspell review
Les points positifs :
  • Black Canary et Zatanna réunies !
  • Ca sent bon le passé, c’est drôle et c’est fun !
  • Les visages et leurs expressions trop mignonnes !
Les points négatifs :
  • Une vilaine peu intéressante.
  • Une intrigue très très légère.

« I’ve already met my parents’ expectations. Let’s see if I can’t surpass mine. » – Zatanna, jeune


  • Scénario : Paul Dini – Dessins : Joe Quinones – Couleurs : Dave McCaig Couverture : Joe Quinones


Black Canary et Zatanna se connaissent depuis fort longtemps. Les premières pages du comics nous proposent de découvrir cette rencontre délectable. Des années plus tard, nous retrouvons Canary infiltré dans un gang de « pas belles » pour arrêter la chef, qui compte (et qui va) trahir tout le monde (mission que lui a confié la Justice League s’il vous plait) ! S’ensuit une course poursuite fantastique, qui va finir dans les airs et dans une mort à priori certaine pour la vilaine… Un an plus tard, alors que Canary vit paisiblement sa vie de super-héroïne en compagnie de son compère Oliver Queen (oui, nous sommes dans la continuité classique), des morts étranges des anciens membres du gang vont faire ressurgir cette affaire passée et légitimement oubliée par Dinah. Très vite, elle se rendra compte que la magie est fortement liée à cette affaire, et elle se tournera de manière naturelle vers Zatanna avec qui elle a lié une bonne amitié avec le temps.

C’est mignon et je vous emm**** !

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Enfin, surtout mes compagnons du dernier podcast ! Pourquoi ce terme tout simple et clairement pas assez vendeur ? Pour plusieurs raisons. Je vais faire une entorse à mes habitudes et commencer par vous parler du dessin. Joe Quinones nous offre des planches avec un style très cartoon que je ne peux que qualifier de mignon ! C’est beau la plupart du temps, ça respire la vie, et le nez retroussé de Dinah est tellement craquant ! À noter que l’histoire s’ouvre sur un flashback où l’on découvre une Zatanna toute jeune (12-13 ans) et toute mignonnette, avec une Dinah qui elle en a plutôt 18 et s’affirme déjà comme une guerrière. À noter que j’évoquais un nez un peu plus haut, mais on dirait que c’est le truc de Quinones, pour poser des différences sur ses visages. Ainsi, Dinah a le visage plus rond et toujours ce petit nez retroussé, tandis que Zatanna peut paraitre par moment un peu plus disgracieuse, avec un nez plus allongé, tout comme son visage. Mais ce qui fait vraiment la différence, ce sont les différentes expressions qu’elles peuvent avoir. Au delà des visages, on retiendra surtout un design qui revient au classique (tout comme l’univers donc), avec des bas résilles pour les deux protagonistes. On est tout de suite moins dans le « mignon » à priori, pour autant, on évite le vulgaire que l’on peut avoir rapidement aujourd’hui dans certaines oeuvres. Quand j’utilise le terme « mignon », c’est plutôt effectivement dans le sens « non vulgaire » ou presque « innocent ». Ensuite, il faut bien reconnaitre que même si l’ensemble est très propre, cela manque grossièrement de décors. Les fond sont souvent unis, Quinones préférant se focaliser sur la silhouette et le visage de ses personnages. Ce n’est pas gênant en soi, surtout qu’on a un peu de décor quand même, il ne faut rien exagérer, mais on ne peut s’exclamer de la richesse de l’ensemble comme on voudrait le faire. Sa Black Canary est tellement superbe, qu’on en vient presque à regretter qu’elle n’évolue pas dans un décor aussi riche que les expressions que son visage peut prendre. Les couleurs de Dave McCaig respecte cette orientation cartoon assumée (peut-être pour renvoyer aux heures de la Justice League Unlimited ?), c’est brillant, coloré, les fonds unis sont rarement neutres, mais plutôt colorés avec des tons plutôt vifs. Nous avons au final un bel ouvrage qui s’il n’est pas une masterpiece, reste tout à fait charmant ! Ou … Mignon donc… À noter aussi que j’aime beaucoup la place que prennent les sons dans les pages, on revient à la bonne vielle onomatopée qui mais du genre qui s’anime, c’est assez bien fait.

Un manque de fond évident.

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Tournons nous maintenant vers l’intrigue. Paul Dini s’amuse avec les statu quo d’une continuité que l’on pourrait croire perdu aujourd’hui, mais qui subsiste grâce à ce genre d’initiative de la part des auteurs et de DC. Si le plaisir de retrouver cet univers plus classique et ses personnages féminins est vraiment présent (j’y reviendrai plus en détails par la suite), je déplore le manque d’intérêt général que soulève l’intrigue. En effet, le parti pris est simple : on mélange espionnage, filles badass et mignonnes, avec un zeste de magie, mais la finalité c’est que l’histoire n’a pas réellement de plus value autre que celle de revenir vers un univers classique et moins sombre que ce que l’on nous propose aujourd’hui. Bien sûr, il y a bien les héroïnes, que personnellement j’aime retrouver dans ce contexte. Mais et après ? Je dirais, sans vouloir faire mon intellectuel de bas étage, que l’histoire manque de fond. À moins que je sois totalement passé à côté de l’idée. La méchante de l’histoire est juste grossièrement égoïste et cupide, sa quête l’est tout autant. Paul Dini nous a tellement habitué à rendre ses vilains crédibles et imposant, et ses intrigues sans être compliquées avaient l’habitude d’être denses. Que cela soit à travers les différentes séries animées sur lesquelles il a officié ou même les différents comics qu’il a écrits (Heart Of Hush, Gotham City Sirens, Zatanna, etc.), il avait des idées à faire passer et rien n’était jamais vraiment gratuit. Il reste les héroïnes, qui, si elles font juste leur travail, restent relativement bien développées et soudées dans leur amitié. Peut-être que c’est ça, l’idée que deux personnes aux talents différents et aux origines bien distinctes puissent jouer de concert ! Pour présenter cette relation, Dini utilise des flashback (qui ont une grande place dans le récit), mais ils tourneront plus autour de Zatanna que de Dinah, qui sera elle plutôt survolée dans ce contexte. On apprend vaguement qu’elle a fait un tour à Nanda Parbat dans sa jeunesse, mais ça s’arrête là. Bien sûr, il reste sa générosité et son amitié et côté un peu « grande soeur » qu’elle a avec Zatanna par le passé. Mais tous ces éléments, qui auraient sans doute mérité d’un peu plus de développement, manque cruellement de fond. Et c’est un poil dommage.

Un plaisir simple.

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Mais soyons honnêtes, si j’aurais souhaité lire une histoire plus engagée, je ne peux cependant pas résister au charme et au côté aguicheur de cette bande-dessinée. Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, le fait de se retrouver de nouveau dans cet univers classique, qui renvoie à tout ce qui était pré-flashpoint et plus loin encore, avec des faux airs de Justice League Unlimited par moment, c’est réjouissant et rafraichissant. Certaines scènes n’ont pas d’autres raisons que d’appuyer le coté nostalgique du lecteur (les fameux flashbacks notamment). Ainsi, voir Oliver Queen version « barbichette » avec Dinah dans quelques scènes de couple marié, c’est touchant et ça rappelle de vieux souvenirs. Et c’est un peu plus vieux encore que Flashpoint, puisque Dinah et Oliver sont techniquement séparés depuis Rise and Fall. Un choix judicieux de Paul Dini qui s’insère dans une période plutôt positive et prospère de la Justice League, entre un Infinite Crisis qui a rétabli une certaine sérénité et un Final Crisis qui a ramené le drame sur l’univers DC (Black Canary et Green Arrow se sont séparés dans Justice League : Rise and Fall, peu de temps après Final Crisis). Il y a même quelques caméos de marque dans les flashback, qui renvoie là aussi à une autre époque dorée. Nous avons droit aussi à une Zatanna libre et parfaitement dans ce ton du spectacle et de la joie de vivre comme elle l’était avant les New 52, avec son fameux chapeau et son costume d’antan. Une fille légère mais puissante, qui manie les mots et se soucie plus de passer du bon temps que de combattre des engeances démoniaques, ce qui ne l’empêche pas de mettre du coeur à l’ouvrage quand il le faut. Nous avons donc au final le plaisir d’une histoire simple, positive, loin du drame et de la tristesse des héros d’aujourd’hui. Peut-être que finalement, tout le message qu’a essayé de passer Dini se trouve ici. Si j’aime que la vie dans l’univers DC soit parfois compliquée, cette petite bouffée d’air frais que propose Bloodspell m’a fait un bien fou, de la manière que peuvent le faire les séries plus légères des New 52, comme Larfleeze ou Harley Quinn. Une titre nécessaire en ces temps sombres d’histoires de fin du monde et de vilains partout, dans la plus pure tradition des histoires que Paul Dini a pu nous offrir. Serait-ce là aussi un appel de l’ancienne continuité et d’un univers plus lumineux ? Un test innocent de la part de DC pour préparer le terrain avec l’insertion de personnages d’anciennes continuité dans l’univers des New 52 ? Ou alors, il s’agirait d’une simple coïncidence ? J’aime à croire que dans leur coeur meurtri, Dan Didio et consorts n’ont pas oublié que des héros « heureux », ça peut encore exister, d’une manière ou d’une autre, et que si cela ne peut s’affirmer sur le long terme, il reste encore de la place pour des histoires comme ce Bloodspell.

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Je viens d’entamer ma conclusion dans la fin du dernier paragraphe, mais vous avez je pense, totalement compris mon ressenti quand à cette oeuvre. J’aurais souhaité qu’elle soit sans doute plus ambitieuse dans son intrigue. Mais retrouver Black Canary et Zatanna dans ce contexte pré-Flashpoint, voir pré-Final Crisis, c’est nous prendre à revers et brandir la carte imbattable de la nostalgie à notre face ! Parce comme on le sait tous « c’était toujours mieux avant », et même si c’est techniquement faux la plupart du temps, notre cerveau refuse d’y croire. Ce qui est d’ailleurs globalement absurde en ce qui me concerne, puisque je ne lisais même pas encore de comics à cette époque là ! Pour autant, si Bloodspell, c’est pas génial ou incroyable, c’est tout de même très plaisant. Et tous ceux qui souhaitent voir d’autres ambiances, ou les autres, qui veulent replonger dans l’ancien univers, je les invite cordialement à franchir le pas pour ce titre. Pour les autres, ceux qui ne jurent que par la violence, le sang et les situations dramatiques… Passez cordialement (aussi) votre chemin !