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DC You
Sommaire

Bonjour à toutes et tous et bienvenue dans ce tout premier dossier de l’année 2016 ! Hé oui, on attaque dès le départ, parce qu’on a envie de vous faire lire, on est comme ça. Profitant de la rentrée et de la toute récente annonce de la venue de DC You dans les nouveaux kiosques Urban Comics, et après une demi-année (bon, sept mois en vrai) de publication depuis le lancement de l’initiative en juin 2015, alors que la première vague de mini-séries est terminée, que de nouveaux titres arrivent, il nous a paru plus que pertinent de vous livrer un premier bilan sur ce que tout cela a apporté, de bon et de moins bon, aux lecteurs de DC Comics.

Nous avons tenté de suivre une structure similaire à celle adoptée lors de nos derniers dossiers de bilan, mais la structure même de DC You nous a obligé à adopter ici un découpage un poil différent, qui je l’espère ne vous perturbera pas de trop. Bien entendu, il est fortement déconseillé aux lecteurs VF (et aux lecteurs VO qui ne sont pas à jour) de lire le dossier, sous peine de passer à côté de quelques spoilers (enfin pas vraiment puisque les numéros sont publiés, mais tout dépend du point de vue).

Je profite également de cette introduction pour remercier l’ensemble de mes fidèles compagnons rédacteurs qui m’ont aidé pour la rédaction du dossier (vous retrouverez leurs pseudos à chaque fin de partie), vous pensez bien que résumer six (oui, sept, ça va!) de DC You ce n’est pas une mince affaire ! N’oubliez pas non plus que certains de nos avis ne seront pas en accord avec les autres, et que nous n’estimons pas que nous ayons toujours raison (même si, un peu quand même, en fait).

Pour les nouveaux venus, je vous propose de retrouver nos précédents Bilans à ces liens :


C’est quoi DC You ?

Mais avant de commencer à vous faire un bilan sauvage, il nous faut commencer par quelques préliminaires et parler un peu de DC You. Mais quel est donc réellement ce nouveau nom de marque, à quoi correspond-il ? Un relaunch ? Un reboot ? Un simple changement de nom ? Une recette de cake DC Comics ? Explications.

Si vous prenez le temps de lire les dossiers listés dans la précédente introduction, ou que vous lisez des comics depuis quelques années, vous êtes sans doute familier avec le concept des New 52, cet énorme relaunch/reboot opéré par DC Comics en septembre 2011, qui a donné un véritable coup de fouet à l’éditeur tout en se proposant d’être bien plus accessible au nouveau lectorat. Seulement, dans New 52, il y a New. Et il y a 52. Et les deux termes commençaient, après presque quatre ans de publications, à ne plus du tout correspondre à cette marque éditoriale. Déjà, parce que depuis de nombreux mois le nombre total de publications de DC Comics était bien loin d’être égal à 52. Et parce que labelliser (pardon pour l’anglicisme) quelque chose de « nouveau » après plus de 3 ans, c’est un peu sujet à moqueries. Il fallait donc à DC Comics trouver moyen de se débarrasser de ce sigle devenu un poil embarrassant.

L’année 2015 était assez spéciale à bien des niveaux pour l’éditeur. Au printemps, DC Comics devait déménager la totalité de ses locaux de New York à Burbank, en Californie. Un déménagement titanesque pendant lequel les éditeurs et les créateurs seraient bien trop occupés pour assurer la publication des titres habituels. D’un autre côté, 2015 marquait également le trentième anniversaire de Crisis on Infinite Earths, la première des grandes Crisis de DC Comics, qui a marqué le paysage de la bande dessinée américaine et celle des personnages du DCU bien plus encore. Il fallait donc trouver un moyen de fêter dignement ces trente ans passés depuis le formidable récit de George Pérez et Marv Wolfman.

Le hasard faisant bien les choses, DC Comics a donc choisi de célébrer le dit anniversaire en même temps que le déménagement serait en cours. Cette idée a pris la forme d’un énorme event pendant lequel toutes les publications régulières de DC seraient momentanément mises en pause, certains étant carrément annulées. Le nom ? Convergence. La publication : une mini-série hebdomadaire en neuf numéros qui serait accompagnée en avril et mai de 40 mini-séries en deux parties. Vous pouvez par ailleurs inspecter le site pour retrouver nos reviews consacrées à l’event (qui débarque bientôt en VF, vous aurez droit à de nouveaux avis à ce moment là). Mais le plus important alors était de savoir ce qui viendrait après.

Et la réponse ne s’est pas faite attendre en portant le nom que nous utilisons couramment depuis : DC You. Annoncé en février 2015, ce « soft-relaunch » a permis à DC Comics de mettre définitivement fin au sigle des New 52 tout en conservant de façon intacte l’univers installé depuis Septembre 2011. DC You, c’est néanmoins plus qu’un simple nom, et était également caractérisé par des changements au niveau éditorial, du moins au niveau des intentions énoncées :

  • Plus de diversité dans les titres proposés, suivant le succès de titres qui avaient opéré des changements d’orientation importants, comme la série Batgirl ou le nouveau titre Grayson, mais aussi le développement de titres du Bat-verse qui ciblaient un lectorat différent comme Gotham Academy ou Gotham By Midnight. L’idée est alors de proposer des comics pour tous types de lecteurs, afin également de séduire ceux qui recherchent plus que du simple mainstream, qui souhaiteraient une approche plus « indé » dans leurs lectures. Pour beaucoup, on aura d’ailleurs utilisé le terme de « Batgirlisation » pour cette approche qui se manifestait autant par une diversité dans l’approche graphique, que la diversité dans le contenu.

  • Une fin de la sacro sainte Continuité installée par les New 52 ; cette décision était aussi liée à la fin de Convergence qui stipulait que tous les univers et continuités existant depuis la création de DC Comics existent toujours, et peuvent donc être utilisés dans de futures publications, et même certains qui n’ont pas encore été montré. Un concept de Multivers infini laissé censer libre cours à toutes les sortes de séries possibles.

  • Et en termes de publication, une décision d’axer DC You avec un noyau de séries ongoing (chacune étant promise à au moins douze numéros avant annulation) autour desquelles graviteront des mini-séries de six numéros, qui tourneront par petites vagues

Voilà donc un assez grand chamboulement éditorial pour DC Comics qui misait assez gros sur cette nouvelle approche, visant à élargir considérablement son lectorat et tenter d’apporter de nouvelles choses, une plus grande diversité à ses titres – et après plus d’une demi-année de publication, il est donc l’heure de faire le bilan sur ce que ces nouveaux nous ont apporté. L’ensemble des publications sera divisé en quatre parties, et je vous attend dans la dernière pour apporter une conclusion générale. Bonne lecture !


Les nouvelles séries

On commence par les nouvelles séries lancées par DC Comics, et qui comme je le précisais avant, étaient censées tout avoir droit à au moins douze numéros, histoire que les équipes créatives aient le temps et l’espace pour pouvoir raconter ce qu’ils avaient envie. On y retrouve de tout, des titres blockbuster comme JLA de Bryan Hitch, d’autres qui profitent du succès de certains auteurs comme Starfire qui a droit au tandem de scénaristes d’Harley Quinn, et d’autres titres bien plus farfelus comme Doomed ou The Omega Men. Que valent toutes ces séries pour le moment ?

Batman Beyond

Plus que d’être un véritable nouveau titre, Batman Beyond se propose d’être la suite directe de The New 52 : Futures End, qui s’était finie de façon très abrupte et décevante avant le lancement de Convergence. Mais de cette dernière série hebdomadaire, Dan Jurgens n’en retiendra que la partie concernant Tim Drake et son combat contre Brother Eye, dans un futur à sa merci ou presque. Exit donc toutes les intrigues secondaires de Futures End – du moins pour le moment ? Passé cet amer constat, le titre commencera par conclure, donc, la série hebdomadaire tout en proposant des éléments qui s’inspirent allègrement et de la série animée du DCAU (avec certains concepts plutôt bien repris, d’autres un peu plus bancals) mais également de la continuité présente du DC You, et ce de façon assez maline. Mais passé le premier arc, c’est à présent que les véritables enjeux pour le titre vont se révéler, car il faut que Jurgens puisse raconter quelque chose d’intéressant, en jouant habilement sur la fibre nostalgique des fans de Batman Beyond, tout en profitant des grosses différences qu’il a avec la série originelle (les liens entre les personnages, l’identité du Batman) pour proposer une histoire originale. Du côté graphique, le titre a au moins le mérite d’avoir une vraie personnalité avec un Bernard Chang qui se montre régulier, avec néanmoins quelques faiblesses. Ce premier bilan donne donc dans l’optimisme, mais on attend vraiment les prochains mois pour voir si le « revival » de l’univers du côté canonique plutôt que Digital First se montre payant.

Bilan DC You - 1

Black Canary

Enfin Black Canary a eu droit à son propre titre sur la dernière année. Après le lancement de la Batgirl de Burnside sur les chapeaux de roue, Dinah a eu droit à son histoire, pleine de Rock n Roll, de baston mais surtout, pleine de fond avec une histoire qui nous ramène à l’époque des Team 7. Un groupe de musique en tournée, un mystère, des ninjas à ses trousses, son ex-mari amnésique qui vient à la rescousse, ça pourrait partir en vrille mais pourtant cela reste bien ficellé, on prend plaisir à lire. L’équipe créative s’amuse avec une nouvelle histoire mais respecte quand même le personnage et son histoire passée (elle au moins n’est pas bafouée). Cette nouvelle série peut même peut-être donner envie aux lecteurs d’en savoir plus en se dirigeant vers Team Seven ou encore vers Birds of Prey et Suicide Squad (avec l’histoire de Kurt Lance). De plus, les planches sont très originales avec le style d’Amy Chu très prononcé et très brut, convenant très bien à l’ambiance “Rock n Roll ça dépote et ça cogne du titre”.  Pour une nouvelle série solo, c’est franchement à garder sous la main en cas de pénurie de lecture !

Bilan DC You - 2

Constantine : The Hellblazer

Après une piètre prestation dans le DC Proper, John Constantine retrouve un semblant d’indépendance dans la non-continuité des séries DC You. Initialement présentée par Tynion IV et Ming Doyle comme un retour au héros de Moore plus qu’à celui d’Ennis ou Ellis, l’impression est différente une fois le numéro sorti du blister. Cet exorciste là reprend en grande partie la formule établie par Batgirl. Des récits plus courts, plus autocentrés, une certaine tendance à mettre la vie intime et amoureuse du personnage au premier plan, et un éloignement graduel du long terme et des intrigues apocalyptiques chères à Moore, pour aller vers quelque chose d’apparence plus légère. En surface, cependant, puisque ce Constantine parvient intelligemment à faire la transition avec son Hellblazer d’antan : des récits de sa vie de jeune musicien, le rapport à ses conquêtes qui disparaissent tragiquement, un quotidien de chasseur de démons et son adresse à la bouteille et au smart-talk, on retrouve, à l’instar de Midnighter, les qualités d’un héros capable de tenir debout et d’être fidèle à son esprit sans oublier de se moderniser. C’est assez beau, quoi que les meilleurs numéros sont à attribuer à l’extraordinaire Vanesa Del Rey (qui mériterait une ongoing, quelque part), et les trouvailles graphiques rendent justice à l’imaginaire et au bestiaire associé à l’exorciste. A découvrir si vous voulez aborder le personnage sans commencer par le début.

Bilan DC You - 3

Cyborg

On était en droit de douter de l’intérêt d’un titre consacré au personnage de Cyborg, qui, depuis le début des New 52, n’avait servi qu’à téléporter ses coéquipiers à divers endroits, à la manière d’un Scotty de Star Trek. Il est évident que le titre avait toutefois un peu de potentiel, tant le personnage bénéficie d’un véritable capital sympathie, mais il fonctionne clairement mieux au milieu des Teen Titans qu’en solo. Ivan Reis était le seul véritable atout de la série, et le fait qu’il soit de plus en plus absent n’a pas du tout aidé à relever le niveau de qualité de ce comic-book. Reste une sorte de petit blockbuster sur papier, qui a le mérite de faire apparaître les Metal Men, mais qui repose sur une histoire de “Techno-Virus” digne des pires films de science-fiction low-cost diffusés sur la chaîne Syfy… Cyborg n’est pas forcément un véritable naufrage, mais c’est un titre anecdotique qui sera rapidement oublié.

Bilan DC You - 4

Doomed (annulée)

L’idée de départ de Doomed ne semblait pas si idiote, en reprenant un concept du crossover Superman : Doomed et en voulant jouer sur un ton léger et parodique d’un récit super-héroïque à la Spider-Man. Dans les faits, on suit un jeune de Metropolis un peu simplet qui est contaminé par le virus Doomsday et essaie tant bien que mal de concilier ceci avec sa vie quotidienne. Outre un aspect graphique assez sympathique aux premiers abords, les enjeux du titre sont hélas vite retombés. Pourtant Scott Lobdell avait quelques chouettes idées, et un ton parfois loufoque efficace, mais les faibles ventes du titre ont dû précipiter son annulation, puisqu’au lieu des douze numéros promis par l’initiative DC You, le titre s’arrête à son sixième en retombant dans une ambiance super-héroïque très banale, alors que l’éditorial essaie de faire croire que Doomed avait été prévu dès le départ pour être une mini-série. Un coup d’essai qui aurait pu marcher, mais qui est tombé à l’eau. Franchement, même en TPB, pas sûr que ça vaille la peine d’y investir du temps (ou de l’argent). Tout n’est pas perdu pour l’artiste Javier Fernandez, puisqu’il est resté avec son compère Scott Lobdell sur son autre titre, Red Hood/Arsenal.

Bilan DC You - 5

Dr. Fate

Sur le papier, ce Dr. Fate avait tout de la série représentant au mieux l’initiative DC You. Un personnage tout nouveau sous le casque de Fate, un artiste très loin du style mainstream dominant et une ambiance lorgnant du côté du comics indé pour attirer un public différent. Dans les faits, l’espoir n’aura, hélas, été que de courte durée. La faute, en grande partie, à des scripts de Paul Levitz pas très inspirés, tirant en longueur la plupart des situations et à un rythme poussif qui n’a jamais permis à l’histoire de réellement décoller. La série a, au moins, le mérite d’avoir fait un réel pari graphique et de ce côté-là, c’est payant. Il n’y a plus qu’à espérer qu’à l’avenir le fond rattrape la forme pour offrir un vrai titre unique dans le roster des séries DC.

Bilan DC You - 6

Earth 2 : Society

Comme certains autres titres, Earth 2 : Society n’est pas complètement nouveau, mais subit simplement un changement de titre (et vaguement d’équipe créative) pour poursuivre l’histoire d’Earth 2 : World’s End et Convergence. Après le gros event, les super-héros de cette Terre se retrouvent avec une nouvelle planète à habiter, et tentent de rebâtir une société. Mais tous n’ont pas les même intentions et des oppositions apparaissent bien vite. On appréciera sur les débuts de la série sa forte identité graphique mais Daniel H. Wilson a beaucoup de mal à passionner avec son histoire, à cause d’une narration parsemée de flashbacks assez lourde, l’utilisation d’ennemis qui commence à traîner en longueur, et une ambiance maussade avec des super-héros bien trop colériques et bagarreurs pour s’attirer la sympathie. Le premier arc, assez décevant au final, s’est achevé et c’est le suivant qui aura la lourde tâche de passionner, d’autant plus que le job de scénariste revient maintenant à Dan Abnett. M’est avis qu’il n’est pas impossible que le titre ne continue pas plus de six numéros cette année.

Bilan DC You - 7

JLA

Bryan Hitch aux commandes d’une série Justice League (plus ou moins) hors-continuité, ça a le mérite d’être alléchant sur le papier, et c’est avec une curiosité certaine que l’on a pu découvrir l’écriture de ce dessinateur bien connu. Soyons clairs, il ne s’agit pas du tout d’un titre immanquable, mais ça reste plutôt sympathique. L’intrigue tourne autour d’une invasion kryptonienne de la terre, menée par le dieu Rao, qui compte bien étendre son culte sur la planète bleue. On a droit à un titre qui repose sur un concept intéressant, qui pose les jalons d’une véritable réflexion sur la religion et le fanatisme, thème fort actuel au demeurant, et qui a le mérite de porter un regarde nouveau sur la Justice League, dont la caractérisation diffère légèrement de celle à laquelle on est habitué, sans être totalement “out of character”. Et que dire des dessins ? En dehors d’un numéro filler, tous sont signés Hitch, et il faut avouer que le bonhomme n’a rien perdu de son talent, c’est franchement beau et l’on atteint parfois le niveau de perfection qu’il avait sur des titres comme The Authority. Sans être une référence absolue, JLA a su nous proposer un titre estampillé JL qui a le mérite de nous proposer quelque chose d’original, et il serait dommage de passer totalement à côté, c’est assurément à essayer, mais ne vous attendez pas à un chef-d’oeuvre absolu.

Bilan DC You - 8

Justice League 3001

Dans la temporalité des comics, on oublie souvent le passage du temps. Sauf chez Giffen et DeMatteis, qui ont remarqué qu’après un an de Justice League 3000, l’an 3000 était passé. Une conscience du temps qui ne les empêche pas du tout de servir exactement la même écriture que dans des séries vieilles de vingt ans, mais le paradoxe sied à ces deux auteurs, capables de moments d’humour extraordinaires, et plus récemment, d’un sérieux solennel, voire sacrificiel. Les premiers numéros de la série mettent du temps à trouver leur rythme, bien que l’ensemble reste bien écrit, drôle, et bien illustré par Howard Porter, avant une période molle servant de transition avec le nouvel arc en cours, qui définit une nouvelle Justice League – féminine – sur les restes de l’ancienne. Par deux vétérans de la plus célèbre des équipes, et parce qu’il faut soutenir ce genre de projets bizarres, 3001 reste un très bon titre, rare, et qui a trouvé la meilleure manière de faire du neuf avec du vieux : raconter les mêmes histoires dans 1000 ans en priant très fort pour que personne ne remarque rien. Hé, mais en plus, ça marche !

Bilan DC You - 9

Martian Manhunter

Depuis le lancement des New 52, beaucoup de fans pestaient contre DC à la vue du rôle mineur que jouait le Martian Manhunter dans l’univers global. Il aura finalement fallu attendre près de quatre ans et le lancement de DC You pour, enfin, revoir notre martien favori à la tête de sa propre série. Pour le coup, c’est sous la plume de Rob Williams que J’onn J’onzz évolue. En effet, tout en jouant avec les thèmes fort qui accompagnent le personnage depuis des années (la solitude, le désir d’être accepté…), l’auteur est parvenu à imposer sa patte sur l’univers du Manhunter avec un mélange des genres plutôt agréable. Prenez alors un peu de récit super-héroïque classique, ajoutez-y un pincée de S-F paranoïaque et pour le fun balancez en guest des membres de la Justice League et vous obtenez ce Martian Manhunter nouvelle version. Forcément, il ne s’agit pas peut-être pas du titre qui représente au mieux la tentative de DC d’attirer un nouveau public mais peu importe puisque l’ensemble fonctionne à merveille. Au final, sous ses aspects très mainstream, Rob Williams livre donc une série pleine de personnalité et qui s’impose comme une des meilleurs nouveauté de l’année dernière.

Bilan DC You - 10

Midnighter

Prenez Batman. Prenez Deathstroke. Enlevez Catwoman. Voilà. Vous avez le Midnighter. Un excellent travail de Steve Orlando et Aco entamé en début de DC You, après un retour en force par le biais de Grayson. On retrouve dans ce début de série les éléments constitutifs posés par King, Seeley (mais plutôt King) et Janin : l’envers du décor des politiciens de Earth-0, ses organisations maléfiques et ses patrons ripoux. Le Midnighter évolue de single en single, dans un récit lié presque seulement par la relation amoureuse qu’il entretient avec un jeune quidam lambda gay – ça reste lambda, bande de réacs – et des crossovers occasionnels avec son ami espion, l’agent 37. Tout est bien, c’est bien écrit, bien rythmé, fidèle à l’école d’écriture intelligemment violente des années ‘90, là encore rattrapée par la digestion éditoriale des derniers succès de DC, Batgirl et Grayson, tout en en étant le miroir inversé moins cucul (ou juste moins cul) et plus profond, derrière une couche de fausse gratuité. C’est donc un excellent boulot.

Bilan DC You - 11

Red Hood/Arsenal

Vous vous souvenez de Red Hood & The Outlaws ? Ce titre à la longévité assez exceptionnelle dans les New 52 malgré sa médiocrité ? Oubliez Starfire qui avait besoin de faire ses aventures et solo, et bienvenue à la suite directe de l’équipe (maintenant transformée en duo… mais pas pour longtemps !). Après un premier numéro très peu encourageant, Scott Lobdell a su trouver un fil directif assez intéressant pour son premier arc. Les deux parias s’improvisent comme super-héros sur commande, un peu à la Über, et les numéros sont très dynamiques, regorgent d’idées un peu folles (surtout visuellement) et de passages complètement barrés et très drôles. Certains numéros étaient vraiment un pur plaisir à lire, mais cette bonne surprise n’est hélas pas restée longtemps ; en fin d’année, des idées moins bien appliquées apparaissent, comme celle de faire rejoindre la Joker’s Daughter dans l’équipe, même si le personnage n’est pas aussi mal caractérisé qu’avant. La dynamique entre les membres de cette équipe s’annonce toujours aussi explosive, surtout avec ce petit grain de folie, et Red Hood pourrait bien rester l’un de ces titres qu’on lit par pur plaisir coupable, si on arrive à faire fi des défauts de narration inhérents à notre bon Scott Lobdell.

Bilan DC You - 12

Robin : Son of Batman

Après la fin de la série Batman & Robin, on retrouve “pitchoune” (c’est comme ça que l’appelle sa plus grande fan), Damian Wayne, l’enfant du Démon, ex Robin et ici ex membre de la famille Al Ghul et de son clan machiavélique. Ce pan des récits de Batman est souvent passé sous silence par les scénaristes qui lui préfèrent des aventures plus urbaines, et c’est pourtant là que Patrick Gleason, qui fait ses débuts au scénario, trouve l’inspiration d’un récit initiatique pour Damian en tant que héros solitaire, mais pas que. Le dernier héritier de la famille démoniaque va tenter de racheter les erreurs commises par celle-ci au cours de l’Année du Sang, rapidement rejoint par Nobody, la fille d’un de ses anciens ennemis avec laquelle il va tisser une relation d’amitié (c’est bon, ils s’aiment, soyez pas relous). Derrière de vraies erreurs d’écriture, Gleason parvient à créer un récit attachant et emprunt de sincérité. On retrouve beaucoup des qualités de caractérisation de Tomasi, dans un Damian plus mature, qui grandit, et se cherche entre l’homme et l’enfant, et qui commence à tracer sa propre route. Avec son style graphique poétique et coloré, loin des gratte-ciels de Gotham City, Gleason arrive à faire accepter ses maladresses en trouvant le ton juste, un récit imparfait mais qu’on finit par aimer, au devant de ses défauts.

Bilan DC You - 13

The Omega Men (annulée, puis sauvée)

Il est évident que la partie cosmique de l’univers DC n’est pas très développée depuis l’arrêt des titres consacrés à la Légion des super-héros, et le tout pouvait quasiment se resumer aux titres estampillés Green Lantern. Fort heureusement, la série Omega Men est venue remédier à ce manque. Le titre commençait doucement comme un titre de science-fiction un peu provocateur, mettant en scène dès le début une vidéo de propagande montrant “l’éxécution” de l’ex-Lantern Kyle Rayner, et nous présentant une équipe de pirates sans foi ni loi qui compte bien s’imposer. Si Tom King a su faire de son titre une réussite, c’est grâce à un scénario hautement imprévisible, riche en rebondissements, qui se déroule dans un monde extrêmement riche, qui donne une profondeur nouvelle à la toile de fond de l’univers super-héroïque que l’on connaît. Ici, il n’est point question de défendre l’honneur et la justice, mais plutôt de s’en tirer à bon compte, en faisant parfois fi de la morale. L’aspect graphique et l’utilisation habile du découpage traditionnel en neuf cases, souvent employé, en fait aussi un titre qui se distingue sur la forme autant que sur le fond, et il est évident que l’on tient là un titre efficace, qui mériterait d’être un peu plus mis en avant par l’éditeur. On en attendant beaucoup de la suite, qui devrait se focaliser un peu plus sur l’errance de Kyle Rayner, qui a su gagner en charisme depuis le début des New 52, surveillons donc de très près ce comic-book.

Bilan DC You - 14

Starfire

Des roploplos oranges, le cauchemar du lectorat féminin engagé, et une équipe qu’on sent parachutée par le succès d’Harley Quinn pour renouveler l’exploit : Starfire hérite elle aussi dans le DC You de sa série solo. Et si le jeu de ces petits paragraphes de bilan est de faire le résumé des intrigues de chaque série, ne m’en veuillez pas d’être aussi elliptique, puisque, en gros : Starfire, humains, jeux de mots, ouragans, plages, dauphins, et : voilà. Intrigues légères, enjeux légers, la série Starfire ressemble à un comics de vacances qu’on lit avant d’aller se baigner (en regrettant d’avoir choisi cette année encore la Bretagne à la Méditérannée). Avec ses airs de fiction de bord de mer, Starfire reste un titre plaisant, souvent drôle et sympathique, avec ses limites et ses faiblesses selon ce que l’on en attend. En tant que fiction, elle reste limitée par son choix de narration très épisodique, et le manque d’un arc de long terme ou d’une orientation vraiment centrée sur l’humour, pour être autre chose qu’une déclaration d’amour à la candide alien orange, drôle, mimi et qui cherche à s’intégrer dans une communauté de gens super sympas où tout le monde est beau et accueillant. Reste les superbes dessins de Luppacchino, et une série qui fait le job, si on sait quoi en attendre, à savoir une page de publicité entre deux titres grim & gritty avec de jolis dessins et de l’humour. Pas un indispensable, mais un bon moment quand même.

Bilan DC You - 15

We Are Robin

Avec DC You, l’éditeur veut lancer des concepts novateurs ; We Are Robin fait partie de ces titres. Suite à la disparition du vrai Batman, et avec un Robin parti aux quatre coins du monde, la ville se peuple d’une nouvelle vague de justiciers, qui vient des rues, qui n’a aucun entraînement, recrutée par un mystérieux homme, et qui se revendique du sidekick le plus célèbre du DCU en portant fièrement le « R ». On surfe sur une vague rebelle, qui rappelle les mouvements sociaux récents tels qu’Occupy Wall Street, qui fait un usage très prononcé des réseaux sociaux, et qui arrive à vouloir se faire jeune sans trop tomber dans le cliché, d’autant que Lee Bermejo arrive à proposer une histoire assez forte en rebondissements, malgré un numéro fill-in qui était trop juste. L’incursion dans le crossover Robin War a hélas montré les quelques faiblesses du titre, qui aurait pu se contenter d’être une mini-série. Malgré toute leur bonne volonté en effet, ces apprentis Robin n’arrivent pas à la cheville de ceux qui ont officiellement porté le costume, et une fois que le vrai Batman sera de retour dans Gotham, je ne suis pas sûr de la pertinence d’un tel titre au sein du futur DC You. L’avenir nous le dira.

Bilan DC You - 16

Pour conclure…

D’un point de vue qualitatif, on peut dire que le bilan est globalement positif pour ces titres : on remarquera que chacun propose quelque chose de différent, ce qui est déjà une bonne chose en soi. Après dans l’exécution, il y a forcément des séries qui sont de meilleure qualités que d’autres, mais il n’y a pas eu de titre qui soit foncièrement détestable, malgré les faiblesses évidentes de certains comme Doctor Fate ou Earth 2 : Society.

Ici, on prendra surtout compte du premier couac de DC Comics par rapport à ses engagements pour les ongoing : en effet, Doomed sera stoppé au bout de six numéros (l’éditorial se défendant avec un prétexte que, en fait, le titre avait été prévu pour être une mini-série) et The Omega Men faillira connaître le même sort : annoncée comme terminée elle aussi au bout de six numéros, les réactions des fans sur les internets auront réussi à faire pression sur l’éditeur, qui permettra finalement au titre de continuer (au moins) jusqu’au numéro #12. Malgré tout, ce n’est pas ce qui fera remonter le niveau des ventes, mais le geste est là.

– ArnoKikoo, Corentin, Harley, n00dle, Zeppeli


Les mini-séries

En plus des nouvelles ongoing, le lancement de DC You s’est accompagné de quelques mini-séries. Ce format de publication a plusieurs avantages : il permet déjà aux créateurs les plus demandés de ne pas leur prendre trop de temps (ou à défaut, de ne pas accumuler les retards sur le moyen terme) ; d’avoir une histoire clairement délimitée, ce qui peut éviter de tourner en rond, ou de ne plus rien avoir à raconter avec des concepts qui ne sont pas faits pour durer trop longtemps ; et au lecteur de s’investir dans des choses qui sortent du traditionnel, tout en sachant que l’investissement ne sera pas trop important. Bien entendu, il y a aussi des revers, comme le fait que beaucoup de lecteurs peuvent choisir d’attendre directement la sortie en TPB (ce qui peut, en même temps, être profitable pour le titre concerné). Quoi qu’il en soit, cette première fournée de titres permet à DC de proposer des titres qui sortent des carcans habituels, en mettant des personnages particuliers en lumière comme Bizarro ou Bat-Mite, ou miser sur le succès d’autres comme pour Harley Quinn. La majorité de ces titres est à portée humoristique, Lost Army excepté, qui sert surtout à maintenir un semblant de publications Green Lantern après l’annulation drastique de ses séries en mars 2015. Que peut-on retenir de ces mini-séries ?

All-Star Section Eight

De retour après des années passées à pousser plus loin les limites (vous connaissez Crossed ?), Garth Ennis ressucite d’un claquement de doigts le Sixpack de Hit-Man dans une mini en six où l’envie de mettre un gros nom a sans doute primé sur la pertinence du projet. Section Eight, c’est la réunion de huit héros parodiques, aux pouvoirs (?) absurdes hilarants à une autre époque, et rattrapés aujourd’hui par d’autres séries comiques ou satiriques, à cause desquelles il ne reste plus à l’ami Garth que la bonne vieille nostalgie pour exister. Persuadé qu’un danger guette, Sixpack refonde l’équipe et tente de persuader les membres officiels de la Ligue de Justice de les rejoindre, numéro après numéro. On retrouve le culot jemenfoutiste du scénariste irlandais, qui semble encore s’amuser malgré un gros manque d’inspiration. Certains numéros font le job (les plus crades), la fin reste bien écrite en cherchant un peu de poésie au délire, mais finalement, si vous avez un peu aimé Section 8, lisez Hit-Man. Si vous aimez les bons comics, lisez Hit-Man. Si vous aimez les phoques zombies, le western, les flingues, les films de Guy Ritchie, l’absurde, l’humour, les personnages forts et les fins dramatiques, lisez Hit-Man. Bon, bref, allez lire Hit-Man et foutez moi la paix, et d’ailleurs si DC lit ses lignes (déjà, Geoff, tu peux demander à Kreisberg d’arrêter de déconner sur Arrow ?), filez Hit-Man à DeMatteis et Giffen, ou engagez Garth Ennis pour un nouvel Etrigan, et ne me refaites plus le coup de l’ascenseur émotionnel de Section 8, parce que c’était quand même très moyen.

Bilan DC You - 17

Bat-Mite

Bat-Mite, c’est Bat-Mite. C’est le petit personnage complètement dingue et attachant qui nous fait rire au fil de ses bêtises. Avec lui chaque aventure se solde en joyeux bordel, n’ayons pas peur des mots. Après un bon départ, les numéros se sont vite ressemblés, et l’impression de tourner en rond s’est vite imposée. C’est dommage car cette mini-série avait vraiment du potentiel surtout après la lecture du premier numéro. Mais ça vaut quand même le coup de jeter un oeil pour ceux qui aiment le personnage, ou qui aiment les duos inattendus avec tous les guests rencontrés. Bon par contre, ne cherchez pas un intérêt plus général, ou une implication de ses aventures dans les autres titres. C’est juste comme ça, et puis de toute façon, Batman ne laisserait jamais Bat-Mite faire joujou avec sa Bat-mobile. Quoique…

Bilan DC You - 18

Bizarro

Sans prétention, sans une grand ambition, pour le fun ! Voilà comment décrire Bizarro, une vraie surprise que cette série. Celle-ci raconte le périple de Bizarro et Jimmy Olsen à travers l’Amérique avec à la fois son lot de rencontres, des références à l’univers DC et ses personnages. L’aventure se suit sans difficulté et avec un énorme plaisir. L’humour est le moteur de cette série, et il est précis tout en restant bien dosé. La qualité graphique est également au rendez-vous, Bizarro est sublime et le reste ne l’est pas moins. L’esprit est à la fois enfantin et « stupide » de Bizarro fait réellement mouche et pour cette fois là, le format 6 chapitres aura été un excellent choix.

Sans en faire trop, la série est là pour passer un moment cool, elle ne marquera pas l’histoire DC mais ce n’était pas le but de départ. Dans DC You, il y avait l’idée de diversifier un peu les séries, ça a marché pour certains et pas pour d’autres. Selon moi, c’est un succès pour Bizarro. La série étant terminée, on ne peut pas parier sur une suite ou un dérivé. Cependant attention, si suite il y aura, il faudra attendre un peu. L’humour de cette série peut être lourd à la longue et il faut savoir savourer une série comme celle-ci. C’est pourquoi je n’espère pas revoir bientôt Bizarro dans ce style mais j’espère le revoir un jour quand même.

Bilan DC You - 19

Green Lantern : The Lost Army

La mini série de Green Lantern focalisée sur John Stewart et un petit groupe perdu dans un autre espace temps. On ne peut pas dire qu’il y avait vraiment de l’espérance pour cette série. La série est en parallèle de la série Green Lantern, Jordan découvre la disparition du Corps des Lantern ; cette série a ainsi présenté, sans réellement l’expliquer, où ils étaient.

La série n’était ni bonne ni mauvaise. Une focalisation trop accentué sur John Stewart, ou plutôt le fait de trop valoriser ce personnage pour ne pas réellement finir le travail. L’histoire commençait bien, le côté réaliste avec la décharge des anneaux alors que les porteurs sont dans l’espace. Des rencontres de futur ennemis, ou d’anciennes espèces. L’idée était bonne, mais elle manquait de profondeur, il fallait accentuer des effets, valoriser des sentiments comme la perte ou la détresse des Lantern. Le format de 6 chapitres n’a pas aidé, il fallait conclure la série plus ou moins rapidement avec quelque chose qui se doit de tenir la route. Sauf qu’il en a résulté une série trop rapide. Le but de départ de Stewart et son équipe, était de retrouver les autres Lanterns sans réellement savoir comment faire. Ce problème fut résolu rapidement, tout le monde se retrouve en prison, évasion, tout le monde est content. Ce n’est pas assez pour satisfaire le lecteur : nous voulions savoir pourquoi. Pourquoi sont-ils là ? Comment ? La série n’a apporté presque aucune réponse à ces questions.

Pour conclure sur Green Lantern : The Lost Army. Cette série se voulait courte, c’est un choix qui se respecte mais alors il faut savoir adapter son histoire. The lost Army n’apporte rien, au pire on peut lire les chapitres 1 et 6 et voilà. L’univers Green Lantern ne subit pas réellement de changement ou d’impact. Une autre série va suivre à The lost Army, Green Lantern Corps : Edge of Oblivion. Vouloir prolonger n’est pas une mauvaise idée, vu que rien n’a été réellement fait dans cette série. Cependant, il aurait peut être été mieux de faire une grande série, de prendre son temps et développer absolument les personnages du Corps. En savoir plus sur d’autres que John aurait été agréable. Il n’y a pas que les humains chez les Lantern. Au final, aucune déception car aucune attente, cette lecture est passable autant dans l’histoire que le graphisme. Elle ne marquera pas l’histoire de Green Lantern et sera vite oubliée. Dommage …

Bilan DC You - 20

Harley Quinn & Power Girl

Le succès de la série consacrée à Harley Quinn a motivé DC Comics à publier cette mini-série, Teamp-Up entre deux héroïnes connues pour avoir été mises en scène de façon plus ou moins efficace (plutôt plus, si l’on en croit le succès commercial et la bonne réception critique de ces comics) par le duo Jimmy Palmiotti-Amanda Conner. Le couple nous a donc proposé une mini-série en six parties, qui voit les deux héroïnes s’associer, dans une histoire loufoque plutôt efficace, même si l’effet de surprise n’est plus là, et que l’on sent la routine s’installer. Certes, on se marre bien lorsque l’on retrouve Vartox, et certains dialogues sont savoureux, mais le tout reste assez convenu et l’on a l’impression que la “formule” de l’équipe créative est simplement appliquée, sans réelle créativité. Cette mini-série reste une agréable surprise, et la plupart des lecteurs y trouvera sans doute son compte, mais on sent un petit manque d’inventivité qui déçoit un peu.

Bilan DC You - 21

Prez

Prez est l’exemple parfait pour démontrer qu’on peut reprendre un vieux concept de DC d’il y a trente ans et en faire un titre absolument incontournable lorsqu’on y met la bonne équipe créative. Certes, faire une satyre de notre société moderne n’est pas l’apanage de la modernité, mais en choisissant de nous montrer le destin d’une jeune adolescente, élue présidente des USA via Twitter, l’auteur Mark Russell en profite pour dépeindre une société où tous nos travers actuels sont amplifiés par dix. Et si au départ, c’est avec un humour ravageur que le titre commence, on bascule progressivement dans une certaine noirceur qui hésite à nous dérider. De l’humour noir, cynique, on commence à rire jaune, et surtout on réfléchit avec une certaine inquiétude sur l’absurdité déjà présente dans notre quotidien.

La seconde force, c’est que Ben Caldwell (et son remplaçant Dominike Stanton sur un numéro) arrivent à marier complètement le propos de Russell avec leur titre graphique, qui adopte un style cartoon léger et une mise en page très riche et colorée, bourrée de détails tordants, où les personnages sont hyper attachants (ou effrayants, selon leur caractérisation) : en bref, une touche de personnalité qui achève de rendre, pour moi, Prez, comme l’un des meilleurs titres du DC You. Le seul problème tient de ses faibles ventes, qui font que le titre a été découpé en deux parties de six numéros chacun, et si on veut bien croire Mark Russell lorsqu’il nous dit que DC lui a promis de publier cette seconde histoire, on craint un peu que ça ne soit pas le cas. Reste que le titre pourra bénéficier d’une bonne seconde vie lorsque le TPB sortira.

Bilan DC You - 22

Pour conclure…

Mis à part pour Harley Quinn & Power Girl (et dans une moindre mesure, pour Lost Army), force est de constater que les lecteurs n’ont pas beaucoup cherché à rigoler, ou à donner leur chance à ces mini-séries. Les ventes sont restées extrêmement faibles et le format a été salutaire, puisque l’annulation aurait certainement été de mise si la publication avait été en ongoing. En outre, une chose bizarre s’est passée avec Prez qui a vu sa publication restructurée en deux mini-séries de 6 numéros chacun.

Pourtant, qualitativement, on peut dire que le contrat était bien rempli pour ces mini-séries. Si tout n’est pas excellent, les auteurs ont su majoritairement exploiter leur concept dans l’espace et le temps qui leur étaient dédié, et a notamment permis de révéler quelques pépites comme Bizarro ou Prez. Nous y reviendrons plus en détails dans la conclusion, mais si le concept DC You voyait dans l’idéal une poignée de mini-séries se renouveler tous les 6 mois autour d’un noyau dur d’ongoings, les résultats financiers sur cette première salve de mini’s auront poussé DC à revoir ses plans pour la suite.

– ArnoKikoo, Capugino, Harley, n00dle, Zeppeli


Les retardataires

Ces trois titres là sont un peu particuliers à plusieurs égards. En premier lieu, parce qu’ils ont commencé leur publication après tout le monde, en octobre 2015 (après une annonce tonitruante lors de la SDCC 2015). En second lieu, parce qu’ils sont présentés (et sont, en effet) comme des titres directement rattachés à Convergence, le méga-event publié durant le printemps 2015 pour masquer le déménagement des locaux de DC Comics de New-York à Burbank, Californie. Il faut reconnaître que lors du mois d’avril, l’évent a plutôt bien commencé et que les premiers numéros de Convergence se sont bien vendus. D’autant plus qu’à sa conclusion, un certain nombre d’éléments étaient laissés sans réponse. Certes, le devenir des habitants d’Earth 2 continue de se suivre dans Earth 2 : Society et la suite de Futures End se trouve dans Batman Beyond. Mais quid des personnages qui ont tentés d’arrêter Crisis on Infinite Earths ? Qui de Telos, parti à la recherche de sa famille ?

La fin de Convergence laissait entendre que dans le nouveau Multivers infini, toutes les continuités existent ; une occasion en or pour l’éditeur de faire revivre des personnages de leurs anciennes continuités, à commencer par le très réclamé Superman pré-New 52, ou les New Teen Titans. Pour autant, le lancement de ces titres (annoncé comme des ongoings, puis comme des maxi-séries en 12 numéros) aura-t-il été réussi ?

Superman : Lois & Clark (raccourcie à 8 numéros)

La série de 2015 selon moi. Après l’event Convergence qui montrait différents univers pré-52, une nouvelle série particulière faisait son apparition. Fini le mur que New 52 avait instauré. On peut remélanger les univers. C’est ainsi, que le Superman pré-New 52 se retrouve avec sa femme dans l’univers du Superman New 52. Une idée à la fois dangereuse et qui peut fonctionner si on maîtrise le sujet old Superman.

L’effet a été immédiat. Nous n’avons pas encore eu beaucoup de chapitres, on ne connait pas donc tous les aboutissants de cette série. Une présentation globale a déjà été faite et on peut imaginer les enjeux futurs. Mais au départ, la présentation du quotidien du couple phare de DC a réellement ravivé des sentiments chez les lecteurs habitué à ce genre. Superman sauve le monde mais dans l’anonymat. Aucun des deux ne veut être découvert, tout se fait sous couverture et même leur enfant ne sait pas quels héros sont ses parents. C’est ainsi que Superman arrête des catastrophes naturelles et montre un niveau que le Superman DC You n’a pas encore atteint. Une maîtrise et un dépassement de lui-même. Il contrôle ses pouvoirs, il sait éviter des dégâts et gérer à la fois son environnement et son corps. La différence entre ces Superman est visible, on ne peut que aimer ça. Mais ça a également un autre effet plus néfaste. Ce old Superman est tellement bien caractérisé et si classique à notre vision du Superman de notre jeunesse, que la série peut être néfaste au Superman actuel. Elle peut souligner les défauts de ce Superman, le fait que malgré tous les efforts des auteurs, on ne retrouve pas encore réellement Superman à travers cet univers ex-New 52 si controversé. La performance est également graphique, c’est magnifique. Dès le premier chapitre, mélanger un graphisme actuel pour présenter le présent avec un graphique vintage pour présenter le passé était tout bonnement énorme.

Au final, c’est un potentiel énorme qui est présenté ici. DC semble vouloir valoriser un peu plus Superman et veut satisfaire le public nostalgique. Même si il n’y a pas encore beaucoup de contenu à l’heure actuelle, le peu déjà paru est très agréable et donne envie de lire la suite mais aussi d’aller jeter un coup d’oeil à de vieux albums pré-New 52.

Bilan DC You - 23

Telos (diminuée de moitié)

Lancer trois titres dérivés de Convergence ? Pourquoi pas. On a déjà eu des idées plus loufoques chez DC Comics et les deux premiers annoncés semblent être assez logiques par rapport à la fin de l’event ou aux attentes d’une partie du lectorat. En revanche, consacrer une ongoing entière (oui, parce qu’avant que ces 3 titres ne soient ramenés au rang de maxi-série, ils avaient été présentés comme des ongoing) sur l’un des vilains les plus insipides et mal écrits des dernières années tient tout autant de la vaste blague que du suicide commercial. Surtout lorsqu’on décide de remettre Jeff King (à qui l’on doit Convergence) dessus. Le résultat est à la hauteur des non-attentes : c’est un titre écrit avec les pieds pour un personnage qui n’intéresse pas grand monde et qui mélange pelle-mêle des personnages plus ou moins obscurs du DC Universe pour un récit qui, ici, a l’air en plus d’être complètement déconnecté du reste de DC.

Je sais pas, au vu du background du personnage, j’imagine que la chose minimale à faire aurait été de le faire se balader au travers du multivers – dommage que Multiversity soit passé par là. Enfin, quoi qu’il en soit, celui qui a parié sur Telos chez DC Comics doit s’en mordre les doigts, puisque le titre a beau être mauvais, pour une fois, les ventes suivent la qualité : à peine 20k exemplaires pour le numéro #1, moitié moins pour le #2 : le résultat est sans appel et la série sera arrêtée directement à son sixième numéro. Mais honnêtement, DC pourrait juste arrêter la publication dès maintenant, je suis sûr que personne n’en aurait à redire.

Bilan DC You - 24

Titans Hunt

Difficile d’émettre un jugement définitif pour une série si jeune mais après des débuts peu convaincant, Titans Hunt semble sur la pente ascendante avec son troisième épisode. Plus qu’à DC You, c’est bien à Convergence que se raccroche la série en regardant dans le rétroviseur plutôt que vers l’avant. Ainsi, il ne s’agit pas d’une oeuvre cherchant un nouveau public mais bien d’un titre qui fait du pied aux anciens lecteurs en s’inspirant, entre autre, du run des années 80 de Marv Wolfman tout en essayant de se réconcilier avec les nombreux déçu (à juste titre) du titre Teen Titans des New 52. Même si elle n’est peut-être pas aussi utile qu’on veut bien nous le faire croire, la série a, au moins, le mérite de placer les Titans au sein d’une histoire qui tient à peu près la route. C’est le minimum, certes, mais à la vue des quatre ou cinq dernières années, c’est déjà une évolution intéressante.

Bilan DC You - 25

Pour conclure…

Dans les faits de qualité, il y a 3 cas de figure : un récit de (très) bonne qualité avec un Superman qu’une bonne partie des lecteurs attendait, un récit qui se cherche encore et qu’il est difficile de juger après 3 numéros, et une immondice sans nom que l’éditeur devrait avoir honte de publier (bon, soyons objectifs : c’est juste un mauvais comicbook). Le résultat est donc assez attendu, puisque tout ne peut pas être forcément bon ou mauvais. Mais le devenir de ces titres laisse songeur. En effet, les 3 titres ont bien du mal à se vendre correctement, et si on peut comprendre que Telos soit réduite de moitié, il est un peu plus difficile de comprendre la réduction de longueur pour un titre comme Superman : Lois & Clark. Certes les ventes doivent rester décevantes pour un titre qui porte Superman dans son nom, mais les critiques sont bien plus élogieuses que pour certaines autre séries, qui continuent malgré tout d’être publiées. On ne sait pas encore à l’heure actuelle si la longévité de Titans Hunt sera maintenue jusqu’au bout. Quoi qu’il en soit, le pari semblait moins risqué qu’il n’en avait l’air pour DC Comics avec ces trois titres (sauf pour Telos, hein, faut pas pousser), et le constat est décevant. Comme quoi, tirer sur la corde nostalgique des lecteurs ne suffit pas toujours !

– ArnoKikoo, Capugino, n00dle


Les ex-New 52

Après le grand nettoyage des titres New 52 opéré en mars 2015, une bonne poignée de séries pouvait malgré tout continuer leur chemin et reprennent leur publication en juin. Pour autant, le mot qui lie tous ces titres (ou presque), c’est le changement (et n’y voyez pas quelconque référence obscure à un slogan politicien de 2012). Car il y aura pas mal de bouleversements apportés sur une bonne partie des titres : notamment parce qu’il y aura des changements sur certaines équipes créatives (artistes, auteurs, voire les deux), mais aussi parce que les nouveaux arcs vont permettre d’aborder de nouvelles directions : du simple changement de costume à des bouleversements radicaux de statu quo, il y en aura pour tous les goûts. Mais bousculer les lecteurs de la sorte, est-ce toujours payant ?

Action Comics

Superman aura beaucoup subi durant l’année 2015. Perte de pouvoirs et de son identité secrète, il s’en prend plein la gueule par ses amis, et est abandonné par ses collègues. Certes Clark avait de quoi faire une dépression, mais cet événement était aussi l’occasion d’approfondir le personnage, lui donner un nouveau souffle et un côté humain. Actions Comics aura été le seul titre à réussir à faire un Clark fort et combattant qui ne se morfond pas de ses malheurs.

La série présentait ainsi comment Clark arrive à se débrouille sans pouvoirs. Tout simplement avec ses poings, à la Luke Cage. Devenu plus humain que jamais, il se doit de changer ses méthodes et se retrouve aussi plus bas que terre, face à des gens qu’il n’avait jamais vraiment appris à connaître. La série ne s’est pas perdue dans du larmoyant, les auteurs étaient conscient de la signification d’ACTION Comics ! Clark se battait pour survivre et garder son titre de héros. Que cela soit devant des criminels ou devant Wrath. La qualité de la série était vraiment bonne et surtout constante depuis DC You. Que cela soit au niveau du scénario ou du graphisme, c’était agréable et digne de Superman. Ce n’était pas à cette série de caractériser au mieux Clark dans cet nouvelle situation, le rôle incombait à la série principale Superman.

Ainsi, Action Comics a rempli parfaitement sa mission durant 2015 et avec DC You. Montrer de l’action à travers Superman. Que ça soit par les combats ou par un Clark musclé, puissant et à la limite de l’excès de violence. C’est une réussite !

Dossier DC You - 1

Aquaman

Depuis le départ de Geoff Johns, la série Aquaman a vu sa “hype” baisser de mois en mois, bien que le run de Jeff Parker soit loin d’être mauvais. La période DC You a vu arriver Cullen Bunn sur le titre, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le titre a été controversé. On se retrouve dans un arc assez bancal, qui voit le roi d’Atlantide être confronté à Siren, la soeur maléfique de sa femme, Mera, qui a abusé de lui dans tous les sens du terme (ce qui a choqué la frange puritaine du public des comics) et l’on se retrouve dans un schéma classique de lutte pour le pouvoir. C’est loin d’être aussi mauvais que l’on peut le croire, mais le titre est devenu tristement quelconque. Rien n’impressione et rien ne surprend réellement le lecteur. Aquaman est redevenu un titre anecdotique, qui s’enferme dans une atmosphère pseudo-Game of Throne, ce qui déçoit fortement. Espérons que le titre évolue en bien après le départ de Bunn, qui s’est laissé dépasser par les aventures de notre ami Arthur Curry.

Dossier DC You - 2

Batgirl

A l’inverse des nouvelles séries du DC You, Batgirl a duré toute l’année, il est donc plus difficile de faire un bilan scénaristique étalé sur autant de numéros, avec ses hauts et ses bas. Le résumé général est bon – pas forcément pour tous, remarquez. Jolis dessins, une trame qui emprunte des codes de narration au dessin animé, et un ciblage qui fera plaisir aux réfractaires du fun et de la bonne humeur déployé par Gail Simone sur le run précédent. Derrière, pas mal de numéros ont peiné en cette fin d’année, et sans chercher à théoriser sur la sur-présence des réseaux sociaux (on en parlera un jour, mais ça fonctionne dans Prez, par exemple), c’est surtout le concept qui peine à se renouveler passé le premier arc. On trouve encore de temps à autres de bons exercices de style, les planches de Babs Tarr à elles seules valent encore le coup de revenir le mois suivant, mais des cas d’école de type Batgirl #45 (encré à l’eyeliner, probablement), ou la réaction de Cameron Stewart sur la cover “polémique” d’Albuquerque sur les Joker Variants suffiraient à donner raison à ce pan du lectorat qui accuse la série d’être un produit marketing ciblé féminin, et qui abuse de ses codes sans rien développer d’intéressant. La série n’en est encore néanmoins qu’à ses débuts, aussi on concluera ce bilan par un “doit se reprendre en main”. Allez, maintenant on remplace toutes les reviews par des évaluations de profs de lyçée. Qui est chaud ?

Dossier DC You - 3

Batman

C’est l’un des plus gros changements pour les héros de DC Comics qui est apporté avec le lancement de DC You. Après la fin d’Endgame, le Batman est considéré comme mort, mais il faut que quelqu’un prenne la relève pour que le symbole persiste à GothamBatman est comme ainsi dire privatisé, et c’est le commissaire Gordon qui est chargé de porter une armure (et un costume léger en dessous), assisté dans ses actions par un gigantesque vaisseau volant – et qui doit faire face à nouvel ennemi inquiétant, Mr. Bloom. On se rendra compte assez vite que Bruce Wayne est toujours vivant, mais complètement amnésique, et a oublié qui il était auparavant.

Comme toujours, les histoires de Scott Snyder sur Batman ont droit à leur controverse, et ici, pas la peine de se demander pourquoi. Mais sous les idées farfelues et le côté mégalomaniaque de l’auteur (qui tient toujours à faire SON Batman), se cache une véritable volonté de défaire le Chevalier Noir, pour mieux le reconstruire. L’auteur cherche à retrouver ce qui fait l’essence du Dark Knight, en le faisant disparaître, et il faut avouer que Mr. Bloom est un nouveau venu charismatique et terrifiant, grâce au trait de Capullo, toujours en grande forme. On appréciera même la venue en invité de Brian Azzarello (successeur à Snyder ?) et Jock le temps d’un numéro fill-in. Mais que les choix de Snyder plaisent ou non, il faut reconnaître à son histoire un sacré culot et une certaine efficacité dans la narration. Un titre qui réussit à conquérir en tout cas son public malgré tout (les ventes suivent pour le moment), reste à savoir si toute cette période aura des conséquences véritables pour la suite ou non.

Dossier DC You - 4

Batman/Superman

Beaucoup de changement dans l’univers DC et qui ont impliqué très fortement cette série. Superman n’a presque plus de pouvoirs, Batman n’est plus ce qu’il était et est remplacé. Comment faire en fonction de ça ? Tout simplement en revenant aux fondamentaux de la série. Un conflit !

C’est ainsi que la relation entre Batman et Superman ou pour mieux dire entre Bat-Chappie (Gordon) et Clark n’est pas très propice à une collaboration. En clair, Gordon ne veut pas travailler avec Clark. En partant de ce point, on se dit que la série n’a plus lieu d’être, erreur ! Clark va se mettre à travailler avec les équipiers de Batman, la série peut garder son nom et nous offre ainsi une saga très belle et à la fois liée à d’autres série comme Action Comics ou Superman. La qualité graphique fut magnifique et tout aussi constante depuis juin 2015. Un réel plaisir à lire. On ne peut pas reprocher à la série d’avoir écarté Bat-Chappie, l’apparition de Dick, Batgirl et Redhood était un bon vent de fraîcheur dans la série. Notons tout de même, que la collaboration finale entre Gordon et Clark semble plus que jamais proche d’après les dernier chapitres.

Pour conclure, une série constante autant dans son graphisme et que dans son déroulement. Ca ne va pas trop vite, ça prend son temps et surtout a propose du contenu pour les fans avec des apparitions ou simplement Clark qui utilise du matériel à l’ancien Batman. Un sans-faute pour cette série qui a réussi à se renouveler. Un gros avenir pour la suite.

Dossier DC You - 5

Catwoman

Une année entre parenthèses pour Catwoman, sous l’ère Genevieve Valentine/Garry Brown (plus occasionnel) où l’héroïne est parvenue à redevenir un personnage intéressant, loin de la simple caution sexy de Gotham, en tant que femme forte leader du crime organisé et des mafias de la cité maudite. Très orientée pulp, cette fin de récit qui a structuré l’année de Selina Kyle Calabrese aura été passionnante à bien des égards, en tant que récit d’une femme forte dans la pègre, d’une saga familiale, et des guerres intestines entre les différents caïds du crime souvent en arrière-plan des fous d’Arkham obsédés par le Chevalier Noir. Il en ressort un run excellent, engagé, qui prend en exemple les grandes femmes de pouvoir de l’Histoire et de la littérature, dans des pages superbes et des dialogues écrits avec talent par une scénariste plus à l’aise dans son sujet que ses prédécesseurs. A l’image de la Catwoman de Loeb ou de Brubaker, cette Selina est une héroïne à part entière, dont l’existence va plus loin que le glamour du cambriolage ou l’aura de sex symbol dominateur dans sa relation avec Batman. Malheureusement, l’année se termine sous d’autres augures pour Catwoman, qui passe sous la plume d’un Frank Tieri peu convainquant en ce début de run, et qui refait exactement ce qui se faisait avant au lieu d’exploiter ce nouveau statut de la Catwoman de pouvoir. C’était bien, Genevieve, t’inquiète, nous on oubliera pas.

Dossier DC You - 6

Deathstroke

Le second titre Deathstroke depuis le lancement des New 52 avait quelque chose de très série B. Dans le premier arc, Tony S. Daniel s’amusait à changer le Slade Wilson qu’on connaissait en le rajeunissant, et livrait une histoire de guerre intra-familiale très sanglante, et malgré tout assez intéressante, d’autant plus que l’artiste est plus réputé pour ses dessins que ses scénarios. Pour le lancement de DC You, la série démarre avec un nouvel arc blockbusteresque et démesuré, dans lequel Deathstroke doit tuer un dieu, tout simplement. Un titan issu de la mythologie grecque plus précisément. Il y a un côté grandiloquent dans le titre mais l’écriture est beaucoup moins réussie qu’auparavant (Daniel est pourtant vite secondé par James Bonny) et la caractérisation des invités (Wonder Woman en premier) en pâtit sévèrement. Néanmoins on apprécie toujours autant la qualité des dessins (par Daniel, mais aussi Tyler Kirkham) qui aide grandement à faire passer la pilule. Plus récemment, l’auteur renoue avec le passé de la Suicide Squad du personnage pour une ambiance plus espionnage/bourrin en multipliant les invités, avec un retour d’Harley Quinn, que Daniel semble bien affectionner (puis la mettre sur la cover, on suppose que ça fait vendre).

Le titre ne fait donc pas de grosses vagues depuis juin 2015. Il se lit plus comme un plaisir coupable qu’un véritable monument de bande dessinée, sa force étant encore actuellement du côté graphique plutôt que de l’histoire, même si on admettra bien volontiers qu’il y a des histoires bien plus mauvaises à côté. Au moins, on ne peut pas dire que l’ennui soit au rendez-vous : Deathstroke, c’est un peu le comicbook très « popcorn » du DC You.

Dossier DC You - 7

Detective Comics

Là encore, une année à cheval sur deux scénaristes. D’un côté, Brian Buccellato, et son fidèle sidekick (bon, d’accord, en vrai, c’est lui le génie des deux) Francis Manapul, et de l’autre, Peter Tomasi en total automatisme. Après une série d’arcs anthologiques plus proches du Batman “toute continuité”, Buccellato a suivi la piste tracée par Snyder dans son invention du Bat-Chappie, et extrapolé sur la présence fréquente de Bullock dans son run pour construire un petit arc agréable centré sur le GCPD. Il en ressort un esprit Gotham Central (versus Patlabor) très réussi, et qui conclut avec habileté un run qui reste le meilleur de la série jusqu’ici. Puis arrive Tomasi, qui n’a pas la place de déployer son propre arc avant l’arrivée de Robin War, et livre une exécution vite fait bien fait dans son coin de scénario anecdotique sans intérêt, et mal dessiné. D’ici à ce que cette nouvelle époque fasse ses preuves, la série aura au moins passé une bonne année, à quelques mois près.

Dossier DC You - 8

Gotham Academy

Le titre le plus enfantin du Bat-verse ne connaît pas d’énormes bouleversements dans sa transition du DC You, et pour cause, il était l’un des pionniers de l’initiative de cette recherche d’un nouveau lectorat par l’éditeur américain (et poussé plus précisément par l’éditeur Mark Doyle). En guise de nouveauté, le mois de juin 2015 verra Damian Wayne apparaître dans les pages du titre, mais très rapidement la série reprend un cours normal et prend un format plus épisodique, qu’on suit un peu comme un croisement de Scooby-Doo, du Club des 5 et de Harry Potter, le tout à la sauce Gotham. Le charme opère encore pour beaucoup et le background d’Olive Silverlock et sa famille sont approfondis, ce qui offre un tant soit peu d’instants dramatiques également. Le titre commence néanmoins à tourner un peu en rond et sera greffée en décembre au crossover Robin War, signe éloquent du besoin de relancer ses ventes, alors que l’artiste attitré Karl Kerlsch subit également plusieurs remplacements avant d’annoncer son départ de la série.

Le début de 2016 sera sûrement décisif pour le titre, qui débute un arc « Yearbook » avec un nombre gigantesque d’artistes invités. Une sorte de pause pour le titre, a récemment déclaré Brenden Fletcher, qui a promis que l’histoire principale reviendrait dès après. En attendant, le titre se suivra toujours avec plaisir pour qui recherche une aventure plus légère dans un monde avec lequel il est familier.

Dossier DC You - 9

Gotham By Midnight (annulée)

La venue de DC You aura été assez importante pour Gotham By Midnight, le titre horrifique du Bat-verse, puiqu’il perdait son artiste Ben Templesmith, qui avait été un peu l’argument de vente sur les 5 premiers numéros. Ray Fawkes reste à l’écriture et est rejoint par un artiste à la renommée assez relative dans le comicbook mainstream, Juan Ferreyra. Celui-ci aura tôt fait de se montrer tout aussi efficace que son prédécesseur, si ce n’est plus, tant il arrive à imposer un style unique et qui se marie très bien à l’horreur rencontrée dans Gotham. Et si Ray Fawkes débute DC You avec des histoires se tenant à chaque fois en un numéro, il amène petit à petit les pièces pour un final angoissant et apocalyptique, qui viendra conclure le titre hélas annulé en décembre 2015. Une grosse année d’existence pour un des meilleurs titres différents de DC ComicsGotham By Midnight s’appréciera en tant qu’histoire complète et Juan Ferreyra reste un artiste à suivre de très près du côté de DC. Son prochain projet est déjà trouvé : New Suicide Squad.

Dossier DC You - 10

Grayson

Ah, oui, c’est vrai, Grayson (je me disais, on en a pas encore parlé : qu’est ce qui se passe ?). Vous aimez Grayson ? Ne répondez pas, votre avis n’a pas d’importance (et puis je vous entends pas, là. Hein, soyez réalistes à un moment donné). Parce que moi, j’aime bien Grayson, voire j’aime vraiment Grayson. Une année presque entière à jouer sur le même humour, les mêmes routines d’espionnages ouvertes et refermées, et la même rengaine sur l’identité de ce héros ni Robin ni Nightwing, et pas vraiment l’agent 37 non plus. Sans en dire trop sur l’intrigue qui se suffit à elle même, la sphère des espions du DC-verse inspirés par l’imaginaire colorés des héros et des vilains, une forme d’hommage permanent à l’esthétique années ‘60 et aux films d’espionnage classiques (non, par contre, sérieux, ça ressemble vraiment à Archer par moments, faut arrêter), un humour tout en auto-dérision toujours efficace, et une sexualisation du héros qui rétablit un peu la balance des push-up de super-héroïnes très exagérés, avec d’excellents numéros comme le Grayson #12 et le meilleur épisode de Robin War jusqu’ici : bref, je pense qu’on vous a assez saoulé avec cette série, qui reste juste bonne et pas extraordinaire dans l’épicentre de la culture super-héros, mais assez bonne au moins pour être appréciée sans lui chercher de poux dans la tête. Tiens, d’ailleurs j’ai failli oublier de dire que c’était beau. On est distrait, des fois.

Dossier DC You - 11

Green Arrow

Le passage de Kreisberg et Sokolowski étant déjà un mauvais souvenir, Ben Percy et Patrick Zircher se sont installés sur le titre Green Arrow pour la deuxième moitié de 2015. Au programme rien de révolutionnaire mais un héros qui a, malgré tout, retrouvé des couleurs (vertes si possible) au sein d’une série qui tente de capitaliser sur le travail brillant de Lemire et Sorrentino. Le retour d’Emiko, qui avait été oubliée durant le run de Kreisberg, fait plaisir et plus qu’une réelle rupture pour marquer l’arrivée du DC You, c’est un travail dans la continuité que tente de mettre en place Percy au scénario. On peut alors regretter un certain manque de prise de risques et un traitement assez éculé du personnage principal en mode anti-héros cherchant sa voie mais la qualité d’écriture est là. De plus, Zircher maitrise suffisamment son sujet sur la partie artistique pour créer une ambiance qui sied parfaitement au titre. En définitive, ce Green Arrow là n’est pas ce qui se détache de ce qu’étaient les New 52 mais demeure un titre sur lequel il faut compter.

Dossier DC You - 12

Green Lantern

Gros changement pour Jordan également. Devenu un exilé, un paria pour son propre Corps, il est devenu chasseur de prime avec le pouvoir du « gant de la volonté ».

On apprécie un tel changement, car oui c’est un gros changement de voir Jordan seul et sans une armée derrière soit pour l’aider, soit pour l’embêter. Jordan chasseur de prime c’est très attirant comme perspective mais c’est tombé à l’eau. Le chasseur de prime n’a pas duré longtemps, la série s’est perdue à vouloir essayer de garder le Corps des Lantern. Le laisser de côté un moment aurait été profitable. Il faut savoir faire montrer l’attente et le manque chez le lecteur. La série n’a pas réussi mais reste de qualité. La venue de Black Hand certes a été agréable mais pas suffisante pour renouveler la série. Il aurait fallu totalement réinventer la série pour un certain temps, exit les méchants de Hal Jordan et ses problèmes d’humain. Faisons place à un vrai exilé qui ne doit rien à personne sauf à lui même. Bien dommage d’avoir loupé ainsi une telle occasion. Dernièrement Jordan est revenu sur Terre, toute cette partie est très agréable, que ça soit dans la caractérisation des personnages ou la qualité visuelle des pages. Sauf que c’est trop rapide… L’impression que l’on va vite revoir l’ancien Green Lantern est là et c’est encore dommage. On peut avoir une surprise mais on sent que fin 2016, tout reviendra comme avant ou presque. A voir pour la suite.

Dossier DC You - 13

Harley Quinn

La série Harley Quinn a continué sur sa lancée, en continuant d’être un peu le “Deadpool” de l’univers DC (oui, je sais, la comparaison n’est pas bien originale, mais c’est complètement vrai, ouvrez donc les yeux). On a donc droit à un titre totalement loufoque, qui vient se moquer de pas mal de clichés issus des comics et qui impose son humour “méta” qui commence toutefois à se montrer très répétitif. Les chiffres de vente restent tout à fait corrects et la série reste un succès commercial, mais on commence à l’impression que ça tourne en rond et que les auteurs sont allés au bout de leurs idées. Il est évident que ça reste assez sympathique dans l’ensemble, mais c’est loin d’être renversant et c’est bien moins percutant qu’aux débuts du comic-book. Ce n’est pas une catastrophe, mais on risque l’overdose d’Harley Quinn, d’autant plus qu’une seconde série, Harley’s Little Black Book, lui est consacrée…

Dossier DC You - 14

Justice League

Avec l’arrivée de DC YouGeoff Johns lance une énorme épopée pour le titre locomotive de DC Comics, avec Darkseid War. Puisant dans les éléments teasés à la fin de Forever Evil et grosse déclaration d’amour aux travaux de Jack Kirby, cet event blockbusteresque, presque situé hors continuité (puisque tous les changements opérés sur les héros dans le reste de la ligne éditoriale ne s’appliquent pas ici), voit les entités parmi les plus puissantes et dangereuses du DCU s’affronter jusqu’à la mort, alors que les membres de la Justice League voient leur statu quo radicalement (mais on suppose, temporairement) changé. Ce sera également l’occasion pour DC Comics de capitaliser là-dessus en proposant une série de one-shots (certains plutôt réussis) qui se chargeront d’explorer le statu quo.

Pour le moment, Darkseid War continue de rouler tambours battants sur son 3ème acte ; il faut aussi rajouter que depuis le lancement de DC You (et même avant), c’est Jason Fabok qui s’occupe de donner vie à l’histoire de Geoff Johns, et l’artiste est un peu la crème de la crème du mainstream, et les numéros sont tous plus beaux les uns que les autres. Un artiste idéal pour ce genre de titre, et ce genre d’histoire. Darkseid War se terminera avec son cinquantième numéro, et si les 6 derniers mois ont été vraiment satisfaisants, on peut commencer à se demander comment le titre survivra-t-il à l’après, si Geoff Johns ne serait pas en train de livrer son dernier arc avant une reprise par un autre auteur – voire encore, un relaunch du titre ?

Dossier DC You - 15

Justice League United (annulée)

Après le départ de Jeff Lemire d’un titre qu’il avait pourtant lancé, c’est à un autre Jeff, Parker cette fois, que revenait la tâche de continuer la série. Pour l’occasion, exit l’ambiance cosmique qui faisait du pied au Silver Age et place à des récits plus courts avec un roster de personnages bien plus large et surtout qui change à chaque arc. Bien qu’en accord avec les principe du DC You, l’auteur pouvant régulièrement prendre ses aises avec la continuité, le titre n’aura pas attiré les foules et surtout pas vraiment convaincu la plupart des lecteurs. Résultat après six petits numéros dans cette nouvelle ère, Justice League United a subi une annulation compréhensible dans l’indifférence générale. Au final, on peut quand même se demander si la série n’aurait pas dû mourir avec le départ de Lemire. En l’état, l’arrivée de Jeff Parker est apparue un peu aléatoire puisque, jamais, l’auteur n’a paru avoir de réels projets pour le titre. Ainsi Justice League United appartient maintenant au passé et n’est, sur ses derniers numéros, jamais parvenue à retrouver la flamme des premiers épisodes.

Dossier DC You - 16

Lobo (annulée)

Bon alors… Figurant dans mon flop 2015, vous comprendrez bien que je ne vais pas encenser ce titre et surtout la version nouvelle de Lobo, un personnage qui m’est très cher à mon petit coeur. Mais avec un auteur qui tente de faire de la violence pour de la violence au milieu d’un scénario sans queue ni tête, qui tente de jouer sur des guests stellaires en incluant des personnages nouveaux mais sans fond, et un personnage dont l’histoire est remaniée d’une façon à prendre le lecteur en pitié, non, ce n’est pas possible. Heureusement par moment c’était beau à regarder, mais pas non plus souvent donc du coup, les fans de la première heure prendront un gros coup, les autres pourront peut-être aimer cette version soft. Mais en tout cas, ce n’est pas pour rien que le titre s’est déjà retrouvé dans le C’était à Chier de notre ami Zep !

Dossier DC You - 17

New Suicide Squad

Pénible. De bout en bout. De bonnes idées, mais une impression de déjà lu numéro après numéro, des dessins qui ne font même l’effort d’être engageants, des situations vues et revues, et un emprunt aux scénarios d’Ostrander dans le réalisme ou la variété des localisations, sans que le scénariste semble avoir compris le génie ou la force des premiers volumes. Ce New Suicide Squad est un bon exemple de pourquoi privilégier la qualité n’est jamais une perte de temps, vu qu’avec son pitch et son roster, la série avait tout pour être l’outsider du super-héros conventionnel. Plus violent, outrancier et subversif, une porte ouverte vers la réflexion sur les super-vilains forcés à devenir des héros, une bonne série d’équipe ou même une série drôle : rien n’y fait, Suicide Squad échoue à tous les niveaux, et on se demande en quoi elle mérite finalement son préfixe de New tant elle se borne à copier la formule de ces dernières années, en se reposant sur la présence de Harley et de Deadshot pour s’assurer son quotat de bénéfices indispensables. Je sais : il y a un film qui sort bientôt. Mais on annule pas Gotham by Midnight pour maintenir Suicide Squad. La balance karmique est partie bouder.

Dossier DC You - 18

Secret Six

Gail Simone a su continuer son titre en conservant son ambiance si particulièrement. Secret Six est une véritable exception dans le catalogue DC, c’est à la fois très fun et décomplexé et parfois un peu sombre, sans virer dans le grim & gritty le plus complet. On se trouve devant une série de péripéties rocambolesques menées tambour battant par la scénariste, qui s’amuse beaucoup à mettre en scène Catman et sa clique. On est finalement assez loin de la version pré-New 52 du titre, mais il est évident que c’est totalement efficace, et on se marre bien en tournant les pages du comic-book. Il est évident que le potentiel du titre est cependant limité, mais il a le mérite d’exister et de proposer autre chose qu’une série d’aventures super-héroïques, sans sombrer dans le travers de la parodie éhontée. Je ne peux que vous conseiller d’essayer Secret Six, en ayant conscience qu’il s’agit toutefois d’un comic-book hautement imparfait mais très distrayant, et dépaysant.

Dossier DC You - 19

Sinestro

Les aventures de Sinestro et de son Corps ont contiuné d’être toujours aussi efficaces. Fort heureusement, Cullen Bunn a réussi à maintenir le cap et l’on se plaît à suivre les aventures de notre anti-héros et de sa bande dans l’espace. Le personnage est franchement bien écrit et l’on en vient à se dire qu’il est aussi bien caractérisé que dans le run de Geoff Johns, ce qui prouve la qualité de l’ensemble. De même, sa relation avec sa fille, Soranik Natu, est plutôt intéressante et le tout sonne plutôt vrai. Le travail du scénariste est réussi et l’on ne peut décemment pas passer à côté de cette série si l’on aime l’univers de Green Lantern. Il s’agit cependant d’un titre “de niche” que l’on ne peut conseiller qu’aux connaisseurs et aux amateurs de Sinestro, dans sa version moderne, ce qui est à la fois la plus grande faiblesse et la plus grande force du comic-book. Sinestro est probablement le meilleur titre de la gamme Lantern, gageons qu’il continue à l’être durant les prochains mois.

Dossier DC You - 20

Superman

Superman… J’ai failli arrêter la série à un moment. Depuis DC You, Clark n’a plus ses pouvoirs et se morfond, il est victimisé et n’a plus rien d’un Superman. Certes c’était à cette série de caractériser le personnage après cette perte. Mais ça a été mal fait, on s’est perdu bien souvent dans de la répétition ou des discours chiants et un Clark subissant, presque sans volonté. Quand on voyait le Clark d’Action Comics, puissant et qui se bat pour exister. Durant un long moment, chaque chapitre c’était du blabla d’un personnage secondaire soit qui soutient un peu Clark soit qu’il le rejette carrément malgré tout le bien qu’il a fait. Ça aurait pu rendre la série encore plus mauvaise qu’elle ne l’était depuis un long moment, sauf qu’il y a eu du changement. Tout a changé, Clark a commencé à se battre, que ça soit dans la vie, contre le crime ou dans un fight club.

La série a totalement changé dernièrement pour devenir réellement excellente. La qualité graphique était déjà bien présente depuis le début et ça a continué tout du long. Dernièrement, le gros méchant de la saga a été présenté en la personne de Savage. Cet ennemi est retrouvé un peu partout dans les séries DC en ce moment. Il aura été très bien amené dans les séries ou par le dernier annual. Un excellent travail qui a été fait dernièrement pour Superman. On espère que ça va continuer mais il faudrait également penser à revenir à un Superman plus classique. Classique ne veut pas dire avec des pouvoirs, mais plus classique dans ses ennemis (sauf Savage). Une bonne année 2016 attend cette série si elle continue ainsi.

Dossier DC You - 21

Superman/Wonder Woman

Plus je descends dans ce dossier, plus j’ai l’impression de vivre ma catabase virtuelle de 2h du mat. Un peu comme quand tu scrolles une recherche google sur la philosophie orientale et que le moteur de recherche finit par te proposer des vidéos dégueulasses d’asiatiques qui font des trucs louches. Superman/Wonder Woman… Pourquoi faire ? Arrivée de Peter Tomasi dans l’année, avec à l’époque l’aura de Batman & Robin et cette capacité à faire interagir deux personnages sur de vrais sentiments humains. Mais la paternité manquant, force est de constater que le scénariste est moins inspiré par l’amour (ou est ce la peur d’ennuyer ?), finissant par ne rien proposer d’autre que de bêtes arcs de confrontation héros contre vilains, où les seules différences culturelles de Clark et Diana restent pour former la base de quelques dialogues sympas. Et c’est tout – remarquez, ce n’est pas comme si cette relation était “canonique” ou utile au reste du DCU non plus. Derrière, plein de tie-in aux récits du Superman humanisé, des numéros de plus en plus longs et anecdotiques, ou on se demande si le super-couple n’a pas été qu’une idée éditoriale foireuse de plus lâchée à un moment T pour vendre des singles, sans que le projet d’en faire quoi que ce soit ait été discuté en amont. Il n’en reste qu’un fragment de relation, et là où le titre se base justement sur l’amour sensé unir les deux héros, chaque avancée ressemble à une relation entre deux exs qui se revoient encore de temps en temps (par nostalgie, ou parce que Tinder n’existe pas encore chez eux), sans s’avouer qu’ils sont déjà passés à autre chose chacun de leur côté. Si vous voulez lire des comics qui parlent d’amour, je vous conseille Preacher ou le Midnighter récemment. Si vous voulez lire des bons récits de super-héros, je vous conseille d’autres titres de cette liste, qui auront au moins pour eux d’avoir une vraie direction de fond.

Dossier DC You - 22

The Flash

Mêmes auteurs, même style graphique, mêmes personnages, The Flash fait partie de ces séries qui se sont contentées d’observer le lancement de l’initiative DC You de très loin. Ainsi emmené par le trio Robert Venditti, Van Jensen, Brett Booth, le bolide écarlate n’a pas changé une formule qui fonctionne assez pour, semble-t-il, satisfaire les hautes autorités chez DC Comics. Malgré tout, les fans du héros auront vécu six mois assez ternes, la faute à un arc plutôt inégal en terme de narration et qui n’a pour lui que le retour de Eobard Thawne sous le masque du Reverse Flash. L’avenir proche s’annonce du même niveau car, excepté le départ de Booth sur la partie artistique, l’équipe créative reste en place. On espère donc voir les deux compères Venditti et Van Jensen plus inspirés au scénario mais en l’état, tout s’annonce stable et tranquille mais pas forcément encourageant pour Flash et sa troupe.

Dossier DC You - 23

Teen Titans

Etait-il vraiment utile de relancer la série il y a plus d’un an après les méfaits de Scott Lobdell pour en arriver là ? C’est légitimement la question que l’on peut se poser maintenant que Will Pfeifer est confortablement installé sur la série. En effet, les derniers mois n’ont fait que confirmer ce que l’on pressentait déjà au début de son run, Pfeifer sur Teen Titans, c’est peut-être un peu mieux que Lobdell (mais vraiment un peu) seulement voilà, c’est tout aussi anecdotique. D’autant plus que le père Lobdell est parvenu à s’incruster sur les derniers numéros de la série en fin d’année. Là encore, voici un exemple de série qui n’a pas vraiment attrapé le wagon DC You et qui se contente d’utiliser la même vieille formule qui commence doucement à périmer. En définitive, il est grand temps que les choses bougent et ça tombe bien puisque le changement, c’est maintenant… ou en tout cas pour très bientôt. Dès Février, ce sont Greg Pak et Noel Rodriguez qui vont débarquer sur le titre pour, on l’espère, enfin proposer quelque chose d’intéressant sur les Titans. Non pas que le temps presse mais quand même, cinq années de récits médiocres sur une série, ça fait un peu beaucoup.

Dossier DC You - 24

Wonder Woman

DC You ou pas, le couple Finch aura été fidèle à lui-même durant ces six derniers mois à la tête de Wonder Woman. Ces deux-là semblent s’amuser et David Finch peut dessiner ce qu’il veut mais pour les lecteurs, par contre, ça n’a pas été la joie. Des scénarios clichés, des personnages méconnaissables, des dessins parfois corrects mais souvent moyens… Le run de Meredith et David Finch s’est donc poursuivi comme il avait commencé, c’est à dire sans briller. La fin des New 52 n’aura donc rien changé (excepté un nouveau costume pour Diana…) pour ce titre qui est pourtant un de ceux qui a le plus besoin de changement. Ce fut donc le calme plat sur le monde de Themyscira et il n’y a pour l’instant aucun signe de bouleversement à l’horizon. Reste donc à prendre son mal en patience mais en attendant, vous pouvez gentiment éviter la série. Wonder Woman mérite mieux et les lecteurs aussi.

Dossier DC You - 25

Pour conclure…

Certains titres comme Batman et Superman vont véritablement changer de direction, et concernant ce dernier on peut questionner la pertinence d’avoir voulu débuter les aventures du personnage dans DC You directement avec un crossover, qui n’est pas forcément la façon la plus habile pour attirer de nouveaux lecteurs. D’autres profiteront du soft-relaunch pour changer leur direction (avec ou sans changement d’équipe créative) alors que certaines séries continueront à faire exactement la même chose. De fait, les titres qui étaient bon avant DC You restent globalement bons, et ceux qui étaient mauvais continuent d’être mauvais.

En tous les cas, certains changements n’auront pas été profitables et DC Comics décidera d’annuler quelques titres, certains compréhensibles comme le mal-aimé Lobo, d’autres dont on a du mal à accepter l’annulation au vu de leur grande qualité (Gotham By Midnight), mais disons le : ça a été simplement fait en prenant les titres qui se vendaient le moins bien. La dure réalité du marché…

– ArnoKikoo, Capugino, Corentin, Harley, n00dle, Zeppeli


Et pour l’avenir ?

Si vous êtes attentids vous vous rendrez compte que malgré ce bilan très exhaustif, certaines publications récentes ne figurent pas dans les parties précédentes, alors je vais faire un bref point dessus. Il s’agit en premier lieu de la nouvelle série hebdomadaire Batman & Robin Eternal, que j’aurais pu classer parmi les « retardataires », puisqu’elle n’a commencé qu’en octobre dernier. Sorte de deuxième saison à Batman Eternal, cette série hebdomadaire ne fera que 26 numéros comparé aux 52 de la première, et englobe une équipe de scénaristes encore plus importante, même si Scott Snyder et James Tynion IV supervisent toujours le tout. Pour le moment, le titre a appris de ses erreurs et est bien plus agréable à suivre qu’Eternal, première du nom, et fait la part belle aux membres de la Bat-Family ; on pourra juste lui reprocher d’être en dessous des attentes en termes de dessins, malgré la présence de Tony S. Daniel sur quelques numéros, dont celui de lancement.

Enfin, je voudrais mentionner trois titres qui font plus office de travaux d’auteurs (et sûrement chargé de ramener des sous dans les caisses de l’éditeur) que sont Batman : EuropaDKIII : The Master Race et Superman : American Alien. J’aurai également pu les ranger avec les retardataires, voire les mini-séries, mais dans l’idée, ces trois mini-séries semblent très séparées de l’initative DC You, bien que ce point puisse être soumis à discussion : en effet, on se rappelle que toutes les continuités sont existantes à présent, et donc ces récits font donc légitimement partie du « Multivers infini ». Mais dans ce cas, il faudrait aussi alors parler de tous les titres Digital First et autres comme Batman/TMNT, et on ne s’en sortirait pas. Mettons juste que ces trois titres, entre suite inattendue et arlésienne, font honneur aux plus grandes figures de l’écurie DC et qu’ils font intervenir de très grandes figures artistiques du domaine et s’apprécieront tels quels. De toute façon à l’heure du bouclage de ce dossier il n’y a que 2 ou 3 numéros de sortis pour chacun, difficile d’émettre un véritable bilan, même si les retours sur chacune sont plutôt positifs pour le moment. Enfin, je mentionnerai également le titre Harley’s Little Black Book, nouvelle illustration du succès du personnage et de la capitalisation qu’en fait DC ; mais ce titre de team-up n’a eu pour l’instant qu’un seul numéro de paru, difficile donc de l’inclure dans le bilan.

On remarquera donc que si l’idée de DC You était plutôt pleine de bonnes intentions, dans les faits, l’éditeur s’est vu vite ramené à la dure réalité des chiffres de ventes, car malgré l’effet d’annonce, le mois de juin n’était pas si glorieux pour DC en termes de parts de marché. Aussi, les conséquences s’en sont vite faites sentir en fin d’année 2015 ; très peu de temps après le lancement des nouveaux titres, l’éditeur annonçait déjà annuler deux séries, Doomed et The Omega Men, contrairement à la promesse des 12 numéros garantis minimum pour chaque ongoing. Suite à la grogne des fans sur internet, The Omega Men a pu malgré tout poursuivre son chemin. On peut comprendre les raisons financières qui ont poussé à ces annulations si rapides, qui ne sont pas sans rappeler ce qu’il se passait très souvent dans les 2ème et 3ème année des New 52. Comme ce lancement n’a pas si bien marché, on verra également l’éditeur s’échapper de sa stratégie axée « diversité » pour retomber sur ses fondamentaux : à savoir, du Batman en veux-tu en voilà (avec les mini-séries Batman : Europa et DKIII : The Master Race, le lancement de la nouvelle hebdo’ Eternal, le crossover Robin War pour doper les ventes des séries du Batverse en difficulté) et également du Superman (avec les mini-séries de Max Landis puis Neal Adams). Les ambitions sur les mini-séries sont également revues à la baisse, puisque parmi les titres annoncés pendant l’été 2015, il y aura eu de gros remaniements : le titre Katana : Cult of the Kobra est transformé en Suicide Squad Most Wanted : Deadshot/Katana, certainement pour être raccord avec la venue prochaine du film de David Ayer ; les titres MetamorphoFirestormMetal Men et Sugar & Spike sont tous les quatre compilés dans une seule série appelée Legends of Tomorrow (comme une certaine série de la CW), et si Swamp Thing et Poison Ivy : Cycle of Life and Death vont bien être publiés, nous n’avons plus aucune nouvelle des titres Raven et The Outsiders…. Ce qui nous rappelle par ailleurs que deux titres annoncés en JUIN 2015, Mystic U et Dark Universe, n’ont toujours pas été publiés (et on a aucune nouvelle depuis longtemps non plus). La recherche de diversité a ses limites.

Mais comment essayer d’expliquer le demi-échec commercial de DC Comics avec DC You, alors qu’il se trouve quand même une bonne majorité de titres au moins plaisants, si ce n’est carrément bons parmi les nouveaux. L’un des problèmes assez flagrants, c’est le manque de communication de l’éditeur. Les premières campagnes de pub pour DC You ont été lancées a à peine un mois de l’arrivée des premiers titres ; et si l’initiative de proposer en mai 2015 des « Sneak Peeks » de chacune des séries dans les mini-séries de Convergence, ça n’aura pas suffi – et pour cause : ceux qui achetaient ces numéros sont des lecteurs à priori acquis à DC. Et même si les numéros étaient dispo gratuitement sur les plate-formes de lecture numérique, il aurait fallu encore plus communiquer pour atteindre les autres lecteurs, ceux qui sont visés par les nouvelles approches de DC. Comme souvent avec l’éditeur, les bonnes intentions sont souvent soumises à des difficultés dans l’exécution.

Au final, la seconde moitié de 2015 pour DC aura été assez semblable à la première en termes de chiffres de vente, Marvel dominant systématiquement les Top10 (avec même un mois pendant lequel DC n’a placé aucune série dedans), même si les deux derniers mois ont été un peu mieux, notamment grâce à DKIII : The Master Race (qui pour le coup, a eu droit à une campagne de comm’ hyper agressive), et l’on peut espérer voir l’éditeur grapiller quelques points encore en ce début d’année. Les variantes à thèmes sont toujours d’actualités chaque mois, sachant qu’elles permettent souvent d’augmenter les ventes des titres concernés ; janvier nous offre des variantes à colorier, février des variantes par Neal Adams, et mars des variantes Batman v Superman ; la suite du programme se fera donc attendre patiemment.

Terminons comme toujours avec ce tableau récapitulatif des titres qui sont publiés dans le DC You, qui sont au nombre de 47 si on enlève les quatre mini-séries d’auteurs (indiquées en italique), dont 22 qui existaient déjà avant le lancement de l’initiative, et donc 25 séries et mini-séries qui sont plus récentes.

Les séries existantes après 6 mois de DC You
1. Action Comics 27. Doctor Fate
2. Aquaman 28. Earth 2 : Society
3. Batgirl 29. JLA
4. Batman 30. Justice League 3001
5. Batman/Superman 31. Martian Manhunter
6. Catwoman 32. Midnighter
7. Deathstroke 33. Red Hood/Arsenal
8. Detective Comics 34. Robin : Son of Batman
9. Gotham Academy 35. The Omega Men
10. Grayson 36. Starfire
11. Green Arrow 37. We Are Robin
12. Green Lantern 38. Superman : Lois & Clark
13. Harley Quinn 39. Telos
14. Justice League 40. Titans Hunt
15. New Suicide Squad 41. Batman & Robin Eternal
16. Secret Six 42. Batman : Europa
17. Sinestro 43. Superman : American Alien
18. Superman 44. DKIII : The Master Race
19. Superman/Wonder Woman 45. Swamp Thing
20. The Flash 46. GLC : Edge of Oblivion
21. Teen Titans 47. Poison Ivy : Cycle of Life and Death (à venir)
22. Wonder Woman  48. Suicide Squad Most Wanted : Deadshot/Katana (à venir)
23. Batman Beyond 49. Legends of Tomorrow (à venir)
24.  Black Canary 50. Harley’s Little Black Book
25. Constantine : The Hellblazer 51. Superman : Coming of the Supermen (à venir) 
26. Cyborg

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Il reste maintenant à voir ce que cette année 2016 apportera pour ces publications, car des rumeurs voudraient que les titres à la plus forte longévité, qui n’ont pas été relaunchés depuis septembre 2011, soient bouleversés après la publication de leur 52ème numéro – ce qui arriverait en mai, et donc un éventuel relaunch pourrait se faire en juin 2016… date anniversaire de la première année du DC You. D’autres rumeurs veulent que certains titres passent à un format de publication bi-mensuel, une idée qu’on n’accueille pas forcément d’un très bon oeil. Et surtout, on attend d’avoir des nouvelles des quelques titres qui ont été annoncés puis ont disparu ; en espérant que les ventes s’améliorent pour que DC puisse avoir plus confiance en ses publications, et fasse le nécessaire pour croire en sa direction éditoriale, plus qu’elle ne l’a faite l’an dernier !

ArnoKikoo

ArnoKikoo