Review Gotham Central #1
Les points positifs :
  • Intense
  • Riche
  • Intelligent
  • Passionnant
  • Addictif
  • Encore !
  • Brubaker, Rucka et Lark
Les points négatifs :
  • La couverture hors-propos ?

« Je déteste ce monde pourri… et toi aussi… »


  • Scénario : Ed Brubaker et Greg Rucka – Dessins : Michael Lark – Couleurs : Noelle Giddings, Matt Hollingsworth and co – Couverture : Michael Lark

Quand j’ai commencé les comics, j’étais jeune, j’étais con. Pour moi un bon comics c’était de l’action, des super-slips et encore de l’action, avec peut-être une petite dose d’action en plus. Le moins de dialogues possible et des dessins qui m’en mettaient plein la vue. Les trucs d’auteurs, les trucs matures, « baaah !!! très peu pour moi, je vais avoir mal à la tête. ». Puis heureusement j’ai grandi, on grandit tous, et on se rend compte que les super-slips c’est bien, l’action c’est bien, mais que sans histoire prenante, intelligente et ben ça sonne quand même vachement creux. On s’oriente vers de nouvelles lectures, on se fait plus critique, on vit de nouvelles choses et cela se répercute sur ce qu’on a envie de lire. Une soif de lecture qui nous amène à réfléchir, à nous poser un moment, à nous questionner. C’est alors une nouvelle expérience de lecture, une lecture qui nous touche, qui nous fait réagir. Mais forcément on se retrouve alors loin des comics mainstream faits pour attirer le plus de lecteurs possible. Et ce genre de comics plus « matures », plus « adultes », comme Gotham Central, où l’accent est mis sur des gens comme vous et moi, sur des situations plus proches du quotidien peinent à trouver leur public alors que c’est pourtant tellement bien écrit, tellement proche de nous, tellement bon tout simplement.

La vie de flic n’est pas simple à Gotham City. Protégée par un justicier taciturne, elle est la cible des pires criminels qui soient. C’est ce que vont apprendre à leurs dépends l’inspecteur Marcus Driver lorsque son partenaire est abattu par Mr Freeze, ou Renée Montoya lorsque son homosexualité est révélée au grand jour. (Contenu : Gotham Central #1-10)

Gotham Central #1

Dans Gotham Central pas de Batman omniprésent, pas de super-héros pour attirer et attiser les foules. Non ! Ed Brubaker et Greg Rucka mettent la lumière sur les flics de Gotham. Dans sa série éponyme nous suivons notre justicier combattre les criminels, mais les policiers de Gotham, eux aussi, œuvrent à veiller au bien-être des habitants de la ville. Et si Batman agit la nuit, c’est vingt-quatre heures sur vingt-quatre que les hommes et les femmes du commissariat central sont sur le pont pour combattre le crime ! C’est une plongée dans leur univers que nous proposent les auteurs. Et on y découvre que les policiers de Gotham ne sont pas si ravis que cela à l’idée d’avoir un justicier masqué dans leur ville. Et ils traînent même souvent du pied avant de se décider à lui demander de l’aide. D’ailleurs tant que j’y pense, premier souci (et peut-être le seul) de ce tome : la couverture, qui ne rend pas hommage aux véritables protagonistes de ces histoires. Notons que si Batman est quasiment absent de l’ouvrage, c’est aussi le cas de James Gordon, ayant pris sa retraite après avoir échappé à la mort de justesse. Nous suivons les équipes du capitaine Maggie Sawyer, fraîchement arrivée de Metropolis, et du lieutenant Ron Probson. Pas moins de seize inspecteurs œuvrent sous leurs ordres. Le volume est divisé en « affaires ». La première est écrite à quatre mains par Rucka et Brubaker, ce dernier signant la deuxième seul et Greg Rucka s’occupant de la troisième. Le tout est dessiné par Michael Lark.

Gotham Central #1

La première affaire, « Dans l’Exercice de ses Fonctions », voit les inspecteurs Marcus Driver (dernier nommé par Gordon) et Charlie Fields se lancer à la poursuite d’une petite fille disparue. Des indices les mènent dans un appartement où se trouve Freeze. Et malheureusement l’inspecteur Fields ne ressortira pas vivant de cet appartement… Si l’histoire n’est pas génialissime elle offre cependant une merveilleuse porte d’entrée pour cette série. Notamment en nous présentant pas mal de protagonistes, et Dieu sait qu’ils sont nombreux, leurs différents atomes crochus ou leurs divergences d’opinion. Et force est de constater que ce flux d’informations passe formidablement bien. En même temps c’est tellement bien écrit et déjà si immersif. Et elle nous soumet néanmoins à une importante tension.

Nous rentrons vraiment dans le vif du sujet avec la seconde affaire « Le Mobile »Marcus Driver refuse de prendre des congés après l’épreuve qu’il a traversée et décide de continuer l’enquête sur la petite fille disparue de la précédente histoire. Enquête sur une disparition qui se transforme en enquête sur un homicide ! Il fait alors équipe avec l’inspecteur Romy Chandler. Nous y découvrons un peu plus le travail des différents inspecteurs de Gotham, les motivations qu’ils peuvent avoir, les relations qui les lient entre eux. On comprend aussi, et surtout, que nous nous trouvons dans une série policière réaliste où les émotions sont intenses, les personnages secondaires nombreux, variés et riches. Brubaker excelle dans les dialogues à travers lesquels les inspecteurs arrivent à transmettre leurs émotions, leurs certitudes ou encore leurs interrogations. Nous n’avons pas seulement l’impression d’assister à ces enquêtes mais de les vivre.

La troisième affaire, prenant la moitié du tome, « Pour Moitié », se concentre sur Renée Montoya. La jeune femme se retrouve avec l’inspection des services sur le dos pour le meurtre qu’elle nie avoir commis. Et comme si cela ne suffisait pas voilà qu’une photo la forçant à faire son coming-out est dévoilée en plein commissariat et envoyée à ses parents. Formidable travail de la part de Greg Rucka sur toutes les scènes d’interrogatoires. On pourrait presque sentir la sueur couler sur les visages des personnages lors de ces huit-clos oppressants où tous les moyens sont bons pour faire craquer la présumée coupable. Souci, c’est que Renée Montoya connaît toutes ces méthodes. Et surtout elle refuse de se poser en victime, elle est persuadée de son innocence et refuse de faciliter la tâche des inspecteurs.

Review Gotham Central #1

L’autre gros point fort de cette histoire, pour moi, est le fait d’aborder le sujet de l’homosexualité. Ce n’est pas le fait d’aborder le sujet qui m’intéresse, c’est la façon dont Rucka dépeint le coming-out de Renée. On sent toute la honte qu’elle éprouve à parler à ses parents. Une honte horrible ! Et nous ressentons sa douleur tellement elle souffre d’être différente. Différente selon qui ? Selon quoi ? Par le fait des façons archaïques dont les gens s’imaginent que nous devrions tous être ? Comme le dit Rucka nous ne sommes pas tous blancs, chrétiens et hétérosexuels. Encore heureux, c’est la diversité qui nous rend tous si intéressants, et c’est cette même diversité qui nous permet d’avoir de si bonnes histoires de comics. Surtout quand ces comics nous offrent de telles expériences, de telles histoires fortes, touchantes et si réalistes.

Un petit mot sur Michael Lark. Le dessinateur a beaucoup travaillé sur cette série et cela se ressent ! Les salles du commissariat nous paraissent familières très vite, selon l’angle de vue on sait inconsciemment où l’on se trouve comme si nous y travaillions nous-mêmes. Les autres décors, les autres lieux d’enquêtes sont tous travaillés, ont tous leurs identités propres. Beaucoup de scènes de dialogues, et pourtant Michael Lark se renouvelle à chaque fois, nous offrant différents points de vue ou mises en scènes, toujours dans l’optique de nous offrir une série vivante, une série réaliste.

Bref, Gotham Central est une merveilleuse découverte. Le genre de lecture qui nous prend en otage et dont je n’arrive à retirer mes yeux et mon esprit avant d’être arrivé au bout ! Des personnages auxquels on s’intéresse très vite, on s’attache même à certains, des intrigues prenantes, haletantes et avec une bonne dose de suspense. Une lecture mature, des dialogues savoureux, travaillés et passionnants, des dessins immersifs, le genre de série dont je deviens vite accro !  D’ailleurs je suis accro ! Oui ce n’est pas une série sur un super-héros, mais sur des héros tout court, qui risquent leur vie. Oui ce n’est pas bourré d’action, mais c’est une ambiance avec un suspense et une tension indéniable, un réalisme et une approche de sujets de société qui nous pousse à réfléchir.

Un conseil, si vous ne devez avoir qu’un seul achat ce mois-ci, ce doit être Gotham Central.


UN DEUXIÈME AVIS C’EST BIEN AUSSI !!

Un vrai bijou ! La simplicité des dessins, la crédibilité des dialogues, l’ambiance « quotidien de flic » qui rappellera Top 10 aux urbanophiles, Gotham Central accumule les qualités ! On se perd peut-être au début dans la profusion des personnages, sans compter que l’intrigue avec Freeze n’est pas le meilleur arc avec la série, mais dès le moment où Renée Montoya, la fliquette métisse créée dans la série animée de Bruce Timm, prend le premier rôle, le rythme de l’histoire s’emballe et on en savoure les rebondissements. Le développement du personnage de Montoya est d’ailleurs mémorable et exemplaire, trouvant son apothéose dans l’ultime scène du volume, qui retournera les coeurs les plus endurcis. Si certains craignaient que le traitement de son homosexualité tombe dans le convenu sans rien apporter à l’intrigue sinon une bien-pensance calculée (à la Alan Scott dans les New 52), qu’ils soient rassurés car il n’en est rien. Le ton que Rucka utilise pour aborder la question est naturel, et les réactions du monde de Montoya lorsque son homosexualité est révélée au grand-jour sonnent juste. Rien que pour cette dernière, ce premier tome de Gotham Central vaut le détour. Jetez-vous dessus.

 – TheRiddler