Review Grant Morrison Présente Batman Tome 7
Les points positifs :
  • L’originalité du scénario
  • Grant Morrison ne se fixe aucune limite
  • Tellement différent de ce que l’on voit habituellement
Les points négatifs :
  • Certains n’aimeront pas le changement opéré

« Léviathan est la réponse à toutes vos questions. »


  • Scénario : Grant Morrison – Dessins : Yanick Paquette, Cameron Stewart, Chris Burnham, Pére Perez et Scott Clark

Depuis 2006, et depuis que Tomasi lui ait proposé, Grant Morrison a fait en sorte de rassembler, de lier plus de soixante-dix comics sur le Chevalier Noir. Il a voulu à travers son long run rendre cohérent l’univers du Chevalier Noir. Grant Morrison a, au fil des années, égrené ses idées, créé de nouveaux personnages, ressorti d’autres du placard en prenant soin de les dépoussiérer. Tout en gardant en filigrane son fameux Dossier Noir ! Dossier où notre héros conserve toutes ses enquêtes ! Et le point d’orgue de toutes ces années, c’est Batman Incorporated ! Sans doute, l’un des plus gros combats que livrera Batman.

Enfin de retour à son époque, Bruce Wayne reprend les destinées de Batman, de façon inattendue. À la légende du justicier solitaire, il substitue une nouvelle organisation internationale financée par sa multinationale : Batman Incorporated ! Recrutant à travers le monde différents alliés pour sa croisade contre le crime, Bruce se prépare également à croiser le fer avec un nouvel ennemi : Léviathan ! (Contient Batman Incorporated #1 à 8 et Batman Incorporated Leviathan Strikes !)

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Avant d’arriver à Batman Incorporated, Batman aura traversé moult péripéties, que Grant Morrison aura mises sur son chemin afin de créer une cohérence dans son univers, de faire en sorte de lier tout ce qui a pu être écrit sur Batman depuis sa création. La découverte d’un fils (dans Grant Morrison présente Batman #1), des démêlés assez lourds avec le docteur Hurt (dans Grant Morrison présente Batman #2), un voyage dans la passé (dans Grant Morrison présente Batman #3 et Grant Morrison présente Batman #4), un retour difficile et éprouvant à notre époque (dans Grant Morrison présente Batman #5), un nouveau duo dynamique (dans Grant Morrison présente Batman #6). Ces six premiers tomes ont permis à Grant Morrison d’expliquer certaines zones d’ombres du passé de Batman, de remettre à la lumière du jour toute une galerie de personnages, dont le fameux Club des Héros. Six tomes pour une refonte totale et une nouvelle mise en lumière du protecteur de Gotham. Six tomes où Grant Morrison va faire de son mieux pour mêler le Golden et le Silver Age au Batman d’aujourd’hui. Six tomes pour préparer notre justicier à une nouvelle et terrible menace ! Six tomes pour nous préparer à Batman Incorporated !

Un nouvel ennemi donc, menace non pas Gotham, mais le monde entier. Un ennemi implacable semblant pouvoir œuvrer partout à travers le club ! Son nom : Léviathan ! Et ces huit premiers chapitres, composant la première partie de Batman Incorporated, servent à nous présenter la nouvelle organisation internationale de Batman. On suit notre héros de pays en pays pour essayer de « démarcher » de nouveaux héros pour rejoindre sa version surdéveloppée du Club des Héros. Tout commence au Japon, Batman, cherche à recruter un Batman à Tokyo, et il jette son dévolu sur l’Inconnu. Il va découvrir, avec la charmante et sensuelle Catwoman (merci les dessins de monsieur Paquette) qu’ils sont deux à se cacher sous cet alias. Et l’un ne pourra plus jamais porter le masque à cause de Lord Death-Man… L’autre sera alors mis à l’épreuve pour mériter son entrée dans Batman Incorporated.

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Puis, changement de décor. Nous nous retrouvons en Argentine, où Batman et El Gaucho sont opposés à El Sombrero (qui garde un mauvais souvenir de ce qui touche à Gotham et plus particulièrement au Joker) et à Scorpiana l’empoisonneuse. Durant le combat, ils vont se découvrir un même amour passé pour la jolie Kathy Kane ! L’ancienne Batwoman, qui avait été engagée par un criminel nazi, le docteur Dédale, pour enquêter sur Batman… Cette confrontation va mener tout ce petit monde, ainsi que l’actuelle Batwoman et le Masque sur les îles Malouines où fut emprisonné, il y a des dizaines d’années, le sinistre docteur Dédale par d’anciens super-héros britanniques. Et alors que tous réalisent que l’ennemi n’est plus là depuis fort longtemps, Batwing découvre que Léviathan contrôle déjà complètement un pays en Afrique…

Dès lors, Batman Incorporated lance sa riposte à l’encontre de Léviathan, partout à travers le monde. Avec encore d’autres membres, Red Robin et les Outsiders, le Parkoureur, Black Bat, Dark Ranger ou encore un Wingman bien mystérieux. Bientôt rejoints par Frère Chiroptère et Corbeau Rouge. Le combat entre Batman Incorporated et Léviathan n’est pas uniquement visible sur la terre ferme, non, il se déplace également dans le monde numérique avec l’internet 3.0 comme théâtre ! Mais Batman Incorporated n’est pas le seul organisme à se renforcer. Non ! Léviathan aussi cherche à faire grossir ses rangs déjà démesurés. Batman dépêche Stephanie Brown dans une école assez particulière, où des jeunes filles sont entraînées à tuer et à obéir sans le moindre libre arbitre. Avec des professeurs aussi barges que le professeur Pyg, deuxième du nom. Et alors que le duel tant attendu démarre vraiment avec Léviathan Strikes ! Le premier sang est versé, le docteur Dédale est retrouvé et dans un ultime chapitre psychédélique le visage du chef de Léviathan nous est révélé !…

Oui, c’est un sacré virage que nous propose Grant Morrison ! Oui cela ne plaira, hélas, pas à tout le monde. Mais bon dieu qu’il est bon de voir Morrison prendre de tels risques, de le voir sortir des sentiers battus pour nous proposer l’une des meilleures histoires de Batman depuis tellement longtemps. C’est tellement bon de lire une saga de Batman différente, colorée, brillante, intelligente et qui casse les schémas répétitifs auxquels nous somme habitués. Les histoires défilent sur un sacré rythme, sans réel fil rouge en toile de fond, si ce n’est l’ombre menaçante que représente Léviathan.

Et il est grisant de sentir un tel vent de fraicheur battre les pages de Batman, alors que Grant Morrison puise quasiment la plupart de ses personnages des méandres du milieu des années 50. Des personnages comme Kathy Kane, El Gaucho, Frère Chiroptère ou encore Corbeau Rouge. Mais il n’y a pas que les personnages qui rappellent ces folles années riches en créativité. La construction de ces premiers chapitres, avec ce rythme effréné, ce déferlement de personnages, d’action, de rebondissements, sans liens visibles les uns entre les autres. Et pourtant, plus on avance, plus on se laisse aller dans cette folle aventure et plus l’on découvre que Grant Morrison s’amuse avec la toile qu’il a tissé sur sept ans, mêlant à la perfection le old school et le moderne.

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Graphiquement, nous retrouvons également ce mélange. Les premiers épisodes sont l’œuvre de Yanick Paquette avec des dessins où la dureté et la sensualité transpirent, des couleurs assez pastel et une action merveilleusement bien retranscrite. Puis arrive Chris Burnham, avec l’épisode #4, centré sur la belle Kathy Kane, un épisode dans le passé et dessiné en conséquence, on a l’impression de tourner les pages d’une vieux strip. Chris Burnham et son style si en adéquation avec cette série ne quitteront plus Grant Morrison. Hormis un petit voyage dans l’internet 3.0 plus que futuriste de Scott Clark. Dessins un peu trop novateurs pour moi, pour le coup. Trop informatiques, trop 3D. Et la visite d’une école avec les traits d’un Cameron Stewart en grande forme. Ses personnages féminins sont si beaux. Il se permet même le délire de faire apparaître Madonna, Katy Perry, Rihanna ou encore Lady Gaga parmi les professeurs !

Bref, vous l’aurez compris, je suis sous le charme. Grant Morrison tape dans la fourmilière et bouge un peu notre Batman, lui offrant une aventure inédite, rafraîchissante, innovante, merveilleusement bien écrite tout en utilisant des éléments old school que l’on avait plus l’habitude de voir depuis tellement longtemps. Alors oui, cela ne plaira pas à tout le monde, tout le monde n’est pas friand de changement, d’innovation, et pourtant cette histoire est tellement bien écrite, cette histoire est tellement intelligente, cette histoire est tellement passionnante !