Forever Evil #6
Les points positifs :
  • La double révélation
  • La narration maitrisée
  • Des personnages fantastiques
  • Un pression sourde et une ambiance malsaine
  • Une dureté justifiée et compréhensible

Les points négatifs :
  • Tu veux que je t’arrache un bras ?

« You think that hurts ? » – Cold


  • Scénario : Geoff Johns – Dessins : David Finch
  • DC COMICS – Forever Evil #6 – 05 Mars 2014 – 27 pages – 3,99$


Nous vous le répétions régulièrement, presque à chaque numéro. Forever Evil c’est vraiment pas mal, mais il manque toujours quelque chose, presque à chaque numéro. Pourtant nous ne sommes plus qu’à 2 numéros de la fin, et en comptant celui-ci, un de moins. Il était donc temps pour Geoff Johns de mettre les petits plats dans les grands et de ne pas faire ce qu’il a fait presque à chaque numéro. Il reste tant de choses à accomplir en si peu de temps que la peur de voir une conclusion indigne du crossover s’est faite ressentir, presque à chaque numéro. Maintenant Forever Evil #6, qui s’est fait attendre, est disponible et je peux vous dire qu’il ne s’agit pas d’un autre « presque à chaque numéro ».

Il n’est pas encore temps de faire la conclusion générale de ce premier crossover à l’échelle de la totalité du DC Universe mais ça me démange vraiment très fort. Personnellement, si Forever Evil est jusque-là très divertissant j’en voulais vraiment plus, mais vraiment, surtout de la part de la mini-série principale. C’est donc avec beaucoup d’espoir et d’attente que je me lance dans la lecture de ce sixième chapitre…et il y a tellement à dire. D’abord l’ouverture que je trouve honteusement moche ! Voilà, je l’ai dit, je me sens mieux. Je ne vous dirai évidemment rien concernant l’histoire mais il va falloir que je rentre tout de même un peu dans les détails. Le numéro s’ouvre sur le groupe d’anti-héros mené par Lex Luthor qui va enfin passer à l’action, prendre les devants pour ne plus être dans une position défensive, mais être ceux qui imposent le nouveau rythme. Parce que le Crime Syndicate a maintenant bien trop de choses à gérer et leurs liens sont bien trop faibles pour réellement agir comme une équipe. Si cette scène n’a rien de particulier en soi, c’est les personnages qui sont le point fort. Ce Luthor n’a sans doute jamais été aussi intéressant à lire et à suivre, Batman se trouve dans une situation qu’il ne maitrise absolument pas, chose totalement nouvelle pour lui et il essaye tant bien que mal de sauver les apparences. Dans ces moments inédits pour tous, ils se révèlent de nouveaux traits de caractères ou d’autres que l’on soupçonnait remontent à la surface.

Forever Evil #6

Le premier grand coup de maitre de ce numéro c’est de donner du temps à chaque personnage. Non pas qu’ils ont tous droit à un développement équivalent, c’est surtout que d’une manière complètement naturelle ils gagnent chacun une intervention qui ne fait que compléter l’ensemble d’un tableau qui se peint à chaque case. Un tableau que l’on imagine d’abord assez classique, dans la grande tradition du récit de super-héros. Ce serait se méprendre très fortement. Il ne faut pas oublier que le titre de ce crossover est Forever Evil et que ce sont les New 52. Les récits des Ages passés n’ont pas leur place ici et c’est ce n’est plus avec de la peinture que Geoff Johns complète son œuvre. L’auteur décide de se salir les mains et les trempe dans une mare de sang pour donner des coups de pinceaux d’une brutalité et d’une cruauté sans nom pour une ligne aussi grand public. C’est là que le second coup de génie fait son effet. Il ne s’agit pas de jouer sur cette corde de manière gratuite. À l’image d’un Tarrentino qui exprime les sentiments de ses personnages à travers une violence stylisée, Geoff Johns parvient à tirer la substantifique moelle des personnages incriminés pour révéler des vérités qui n’étaient jusque-là que sous-entendues. Black Manta est complètement fidèle à lui-même et la rage qui l’habite n’est plus qu’un trait de caractère de plus qui définit complètement le personnage alors que Cold, nous gratifie d’une scène à tomber de justesse, une justesse qui ne fonctionne que pour lui.

Il serait trop bête de s’arrêter en si bon chemin et vous avez bien raison puisque la folie de cette lecture n’en reste pas là. La partie qui se joue entre Lex Luthor et Batman prend une nouvelle dimension plus tard dans le chapitre. À cette prise de la Bastille s’ajoute une pression psychologique supplémentaire qui va rentrer en conflit avec celle du cœur qui donne à l’ensemble du numéro une ambiance vraiment oppressante. Quand ce qui fait de nous des humains capable de sentiment et d’empathie n’est autre que ce qui nous fait perdre nos moyens et peut causer notre propre fin en obscurcissant notre jugement. Ce passage-là est réellement fort, il vous prendra inévitablement aux tripes et les frissons ne m’ont pas loupé. Depuis les New 52 c’est l’une des rares fois où les sentiments exposés directement ne sentent pas le soap made in CW et les éclairages foireux. Très honnêtement, si vous ne ressentez rien lors de cette scène c’est que soit vous n’avez aucune affinité avec le DC Universe ou alors que vous n’avez pas de cœur !

Forever Evil #6

Les mystères que l’on nous met sous le nez depuis quelques temps ne trouvent malheureusement pas tous une réponse et je conçois qu’il faille en garder un peu sous le pied. De toute façon, la grosse révélation du numéro est suffisante. Si beaucoup d’entre vous, dont moi, avait vu juste et n’auront donc pas de surprise de ce côté-là, je mets ma main à couper que la surprise qui suit directement la première vous mettra sur le cul, définitivement et vous achèvera d’un coup de pied dans les bijoux de famille (oui, ici le doigt long n’est pas suffisant). Comme si Geoff Johns nous disait : « Et celle-là tu l’as pas vu venir BITCH ! ». Il plante aussi, comme à son habitude, des graines parfois très bien cachées, de ce que le futur nous promet.

D’une manière simple, Forever Evil #6 est la réalisation sans défaut (ou presque) d’une narration parfaitement maitrisée, de personnages caractérisés avec justesse et précision, que l’on enrobe dans une situation explosive où la vie même est en jeu. Il est toutefois vraiment dommage que David Finch ne soit toujours pas au top de sa forme pour nous magnifier tout ça. C’est sans doute son travail le plus abouti sur la série et cela peut paraitre vache de ma part de l’enfoncer de cette manière mais j’en veux encore plus de sa part, surtout lorsqu’il s’agit d’un récit de cette trempe, il doit être parfait !

Ce chapitre marque clairement un tournant dans le crossover et plus certainement pour l’univers DC dans sa globalité et le retour à la « normale » risque d’être bien compliqué tant la situation est compliquée. La linéarité que je trouvais gênante jusque-là s’est effacée pour laisser place à une histoire à plusieurs plans qui s’éloigne très fortement des histoires de super héros. Je ressors de cette lecture  chamboulé, triste et dépressif parce l’espoir m’a été retiré et pourtant, je n’ai jamais autant excité de connaitre la suite, une excitation qui me parait presque malsaine ! Aux lecteurs VO, ne passez pas à côté, ce serait comme vous faire démembrer au shotgun. Aux lecteurs VF, FAIL ! À tous les lecteurs, Forever Evil en TPB sera sans conteste la meilleure façon de lire le crossover !

UN DEUXIÈME AVIS C’EST BIEN AUSSI !!

Promis, je ne vais pas passer dix plombes à me justifier cette fois. Mais ce numéro est de toutes façons une parfaite réussite, il faut être fou pour ne pas le voir. La tension avec Nightwing est bien menée (et très oppressante). La révélation sur l’identité du mystérieux « prisonnier » est assez énorme en soi, non pas vraiment pour le personnage lui-même (car on aurait pu s’y attendre), mais pour ce qu’il est capable de faire ! Les dialogues sont bons. Batman n’est pas en position de force et se montre faillible, ce qui est fait de manière juste et cohérente (et explique plus ou moins la suite de sa relation avec Luthor). L’action prend un nouveau tournant et le combat final arrive et le début du combat est très intense. Y’a des pertes, du combat, du cassage… Alors oui, on va nous dire que c’est ce que nous attendions depuis le début pour cet event, mais la tension s’est vue progressive et il aurait été complètement idiot de griller toutes les cartouches d’entrée de jeu. Sa lecture en TPB, je peux maintenant l’affirmer, lui rendra pleinement justice. J’attends maintenant le final avec impatience ! Sinon, les dessins de Finch sont bons, je ne dénote pas d’erreurs majeures dans son trait, le petit retard sur le titre a dû lui être salutaire, car il nous fait de belles choses ce mois-ci. Vraiment un must-have absolu…

– Freytaw