Review VF - Superman : Red Son 1
Les points positifs:
  • Une uchronie intelligente
  • Scénario sans manichéisme
  • Ambiance graphique qui représente bien chaque époque
Les points négatifs:
  • Superman aussi super économiste
  • Rien d’autre…
  • … Circulez y’a rien à voir, j’vous dis !

“Un peuple prêt a sacrifier un peu de liberté pour plus de sécurité finit par perdre les deux.” – Benjamin Franklin


  • Scénario : Mark MillarDessins : Dave Johnson, Killian PlunkettCouleur : Paul Mounts

Voilà un livre que j’avais très envie de parcourir, d’abord parce que j’aime les uchronies, ces histoires qui partent d’un postulat fou – « Et s’il s’était passé ça à ce moment de l’Histoire ? » – pour accoucher parfois d’un chef d’œuvre. “Et si des super-héros étaient apparus dans les années 30 ?” : pan, Watchmen. “Et si l’attentat sur Kennedy avait été empêché ?” : crac,  22/11/63 de Stephen King (que je conseille absolument). “Et si les nazis s’étaient réfugiés sur la lune en 44 ? ” : plouf, Iron Sky (bon là c’est une bouse, ok).

Ensuite car je suis un fanatique de l’histoire contemporaine du monde depuis 1918, et que j’étais très curieux de voir le traitement réservé à l’homme d’acier en URSS. Il faut dire que le traitement de la guerre froide dans la culture populaire, a beaucoup accouché de chefs-d’œuvre de propagande (notamment dans les années 80-90) où le soviétique ne peut être qu’un immonde espion sans foi ni loi ou un guerrier au cœur froid comme les steppes de Sibérie (je ne citerais que Rocky IV, avec le redoutable Ivan Drago interprété par le cultissime Dolph Lundgren), ou beaucoup des James Bond de l’époque pour se rendre compte qu’à l’époque le seul scénario qui valait, pourrait être résumé par cette phrase issue de “Red is dead” dans le film ” La Cité de la peur ” : “Meurs, pourriture communiste ! ”.

Je digresse, mais voir un livre qui échappe au manichéisme de bon ton à ce moment-là (et les origines britanniques du scénariste y sont probablement pour quelque chose) ça fait  du bien, surtout quand il s’agit d’un chef-d’œuvre.

Car pour moi Red Son est un chef-d’œuvre du comics. Un chef-d’œuvre car peu de comics arrivent à réinventer le mythe de Superman avec autant de talent, d’intelligence et d’inventivité.

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“Et si Superman avait atterri en Ukraine en 1938 ?” Voilà l’idée toute simple qu’a eu Mark Millar dès 1995, et qu’il a développé jusqu’en 2003, année de sortie aux US. Superman, donc, est repéré à l’âge adulte par les caciques du parti communiste, dont Staline, qui en font un pilier de leur propagande et de leur dissuasion vis-à-vis du reste de l’Europe et, bien sûr, des Etats-Unis. Ces derniers font donc appel à leur meilleur scientifique, pour trouver une parade : Lex Luthor. Un Lex Luthor surdoué, passionné d’échecs et Marié à… Lois Lane !  À la mort de Staline, Superman est désigné à son corps défendant comme étant son successeur, il va donc mettre toute son âme pour mettre sur pied son idéal de société sûre et prospère. Des obstacles ne vont avoir alors de cesse de se mettre en travers de son chemin, les inventions de Luthor ou les attaques de  Brainiac et de Batman. Un Batman anarchiste et opposant au régime aux motivations très personnelles.  Sup’ arrivera malgré tout à son objectif en faisant prospérer économiquement son empire et en mettant en place une sécurité pour tous, mais à quel prix ! Les Etats-Unis eux se retrouvent isolés, car seul pays avec le Chili à ne pas faire partie du pacte de Varsovie, et exsangues financièrement. Un homme providentiel se dresse et mène le pays vers l’affrontement final contre l’URSS du camarade Superman.

Que dire du scenario de Millar, si ce n’est que c’est un modèle du genre, c’est fin, bourré de références à l’univers DC retravaillées à la sauce Red Son. Tous les adversaires habituels sont là mais revisités, avec une préférence pour Bizarro qui s’avère décisif dans l’histoire. Les origines du Batman soviétique sont aussi un modèle du genre, comme son affrontement avec Sup’. Le climax de l’histoire est atteint avec la bataille finale et son dénouement tout en finesse, et que dire de la mise en abyme du final vraiment géniale !

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Le scénario évite aussi tous les écueils du manichéisme et aucun des deux camps n’est tout blanc ou tout noir. Quant à la dérive totalitaire de Superman elle est expliquée magnifiquement par son désir de rendre service à tout le monde et son habituel coté boy-scout. La route de l’enfer est toujours pavée de bonnes intentions et Millar nous en offre un exemple parfait. La seule faiblesse, je trouve, est dans le rapide succès sur le plan économique du président Superman, je ne savais pas que dans ses super-pouvoirs il y avait prix Nobel d’économie. Mais c’est vraiment un détail.

Pour les dessins c’est là aussi fantastique,  c’est beau, bourré de détails et l’ambiance de chaque époque est très bien retranscrite. Et on sent que les dessinateurs se sont éclatés à détourner les affiches de propagandes de l’URSS, notamment une illustration représentant Superman qui aiguille un train de justesse dans une pose très proche de ce qui se faisait à l’époque. Les costumes revus pour cet univers sont justes, expliqué par les besoins de propagande de chaque camp. Batman avec une chapka est tout simplement irrésistible.

Je pense que je pourrais en faire des pages sur ce livre qui, je le répète, est un chef-d’œuvre, car s’il touche à des thèmes qui me tiennent à cœur, il le fait avec intelligence et inspiration. D’ailleurs les illustrations présentes à la fin du volume montrent que d’inspiration, ils n’en ont pas manqué car les dessins préparatoires montrent le fourmillement d’idées provoqué par cet univers.

Un chef-d’œuvre, c’est la rencontre entre une bonne idée (celle-ci est énorme), une bonne exécution de celle-ci (et que ce soit du côté scénario ou dessin tout est au diapason) et son public (ce qui pour ma part est largement le cas), donc je n’hésite pas et l’affirme : ce livre est un des meilleurs, voire le meilleur, que j’ai jamais lu sur Superman.

22 Commentaires

  1. Je l’ai finis hier soir et je suis d’accord avec Darthfry. C’est un chef d’oeuvre. La séparation en 3 chapitres est très bien faite on voit la progression de superman (mais pas que) au sein de son “empire”.

    Je tiens juste à tirer mon chapeau pour la fin qui est vraiment bien trouve. On a une chute très bien ficelé.

  2. Apparemment, la fin a été glissée à Millar par Grant Morrison, et le refus du premier de reconnaître sa contribution serait la source de leur éloignement de ces dernières années. Quand on y pense, la fin est en effet infiniment plus “Morrissonienne” que “Millarienne”.

  3. Je le recommande aussi. Dés le départ, le concept est brillant. La mise en scène des personnages est excellente. Je ne “spoilerai” pas au sujet de “la mise en abyme du final” que cite DARTHFRY, c’est un peu “la cerise sur le gâteau” scénaristique. Je pense que juste pour découvrir ça le bouquin vaut le coup d’être lu. L’un des meilleurs livre sur Superman que j’ai pu lire jusqu’à présent.

  4. Excellent ouvrage, un classique extrêmement plaisant et bien réfléchi.
    Au sujet de l’économie, il ne faut pas oublier que Superman n’est pas super que sur le plan physique, il est aussi très intelligent, c’est pourquoi il arrive à tenir tête(et à battre) à Lex Luthor, l’homme le plus intelligent du monde, notamment aux échecs.
    D’ailleurs ceci me rappelle le tome 2 d’Urban sur la Justice League ou un journaliste dit qu’à eux 7 (la ligue), ils pourraient rétablir la balance économique mondiale.

  5. Très bon, aisément l’un des meilleurs travaux de Millar (cela dit, je préfère son travail sur Superman Adventures) et l’un des meilleurs récits sur Superman.
    Alors, perso, je ne le vois pas comme LE meilleur. Il n’est même pas dans mon top 5 et je pense qu’il entrerait tout juste dans mon top 10. A part le changement de dessinateur, ce qui pour moi est assez inexcusable pour une minisérie, j’ai pas vraiment de reproches mais j’ai juste été plus touché par d’autres comics.

  6. Superman Red Son est un de mes comics préféré de Superman mais je préfère la version Panini à celle d’Urban. La traduction n’est pas la même et pourtant elle a apparemment été faite par la même personne.
    Je trouve quelle s’accorde beaucoup mieux avec le caractère des personnages, leur personnalité et les dessins que dans celle choisi par Urban, mais ce n’est que mon avis personnel.
    J’ai pris beaucoup moins de plaisir à lire l’édition Urban que Panini.

    • Souvent la première lecture est celle qui garde notre préférence, après je n’ai pas lu la version Panini, je ne peut pas juger

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