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Superman Infinite Tome 1

Superman Infinite : Tome 1 – Urban Comics – 18€

  • Scénario : Phillip Kennedy Johnson
  • Dessins : Daniel Sampere, Siya Oum, Scott Godlewski

Avec Infinite Frontier, Superman aussi a droit à son nouveau départ. Après Peter Tomasi, Dan Jurgens et Brian Bendis pour la période Rebirth, c’est à Phillip Kennedy Johnson que revient la tâche d’écrire cette nouvelle page de l’histoire de l’homme d’acier. Après son excellent travail dans Future State : Superman, dans lequel il teasait déjà les événements à venir dans son run, autant dire que les attentes sont hautes.

Un run accessible ?

Si vous vous posez la question de l’accessibilité de ce nouveau run, la réponse est simple et évidente : comme tout nouveau départ, Superman Infinite s’adresse à tout un chacun. Bien entendu, il n’est pas question de repartir à zéro mais bien d’ajouter une nouvelle pierre à un édifice déjà très conséquent. La lecture des runs précédents est alors forcément bénéficiable, mais rares sont les rappels explicites à des événements antérieurs (si ce n’est la destruction de la ville de Kandor, parvenue dans les pages du run de Bendis). De toute façon, Urban Comics fait comme à son habitude un petit topo de contextualisation en début de tome. On pourra toutefois reprocher à l’éditeur de ne pas avoir mentionné un détail relativement important : les numéros collectés dans ce premier tome ne sont pas les premiers écrits par Phillip Kennedy Johnson !

Superman Infinite Tome 1 - Le retour des Super Sons

Avant « L’ascension du Warworld », l’auteur a en effet écrit deux arcs de deux numéros chacun qui servaient à introduire l’idée que Clark n’était pas immortel et que Jon serait amené à le remplacer un jour. Un prologue davantage thématique, mais dans lequel intervient tout de même un élément important : la blessure mortelle infligée à Clark par une créature provenant d’une brèche spatio-temporelle. On comprend aisément qu’Urban Comics ait préféré les ignorer pour passer directement au plus intéressant, mais une mention de cet événement aurait été appréciable, autant par honnêteté que par soucis de compréhension pour le lecteur VF.

Superman Infinite, de quoi ça parle ?

Blessé, Clark perd peu à peu en puissance, ce qui n’est pas sans effrayer son fils Jon, convaincu par son voyage dans le futur (dans La Légion des Super-Héros de Brian Bendis) qu’il s’agit là des derniers jours de son père. De son côté, Clark semble en paix avec ce qui lui arrive et envisage de laisser Jon prendra sa place aux côtés de la Justice League. Si cette idée a été largement précipité par le vieillissement de Jon effectué par Bendis, PKJ saute à pieds joints dedans et la rend imminente. En réalité, il s’agit surtout d’une demande éditoriale, Jon étant destiné à prendre la place de son père en tant que Superman dans les pages de Superman Son of Kal-El. Pourtant, cela ne semble jamais gêner l’auteur dans ce qu’il souhaite raconter, bien au contraire : tout est parfaitement organique, naturel.

Review VF - Superman Infinite Tome 1 : L'ascension du Warworld 11

Alors que l’on ouvre ce premier tome, nous sommes immédiatement introduit à l’antagoniste que devra affronter Superman : le nouveau Mongul. Ayant terrassé son père, le Mongul historique que l’on connait depuis des décennies, celui-ci se veut moins impulsif et plus réfléchi. Son but est toujours de terrasser l’homme d’acier, mais moins par la force brute que par la stratégie : pour l’attirer dans son piège, il utilisera ses valeurs, que Mongul voit évidemment comme une faiblesse comme tout bon vilain. Quelques pages plus tard, un vaisseau de Warworld arrive sur Terre avec à son bord de mystérieux passagers qui rendront tout cela très personnel pour Clark

Pas le héros que l’on mérite, mais celui dont on a besoin

Superman a beau être vulnérable, il est sous la plume de Phillip Kennedy Johnson plus grand que jamais. D’une certaine façon, cela n’est pas très étonnant quand on considère le travail de l’auteur sur Future State, dans lequel il faisait l’éloge du héros par le biais de gens qu’il avait inspiré. Ici, sa noblesse et sa grandeur ne sont plus rendus à travers un regard extérieur, mais bien par ses actes présents. Si vous préférez un Superman très faillible, imparfait, à notre niveau, ce run ne sera peut-être pas votre tasse de thé. Selon ses propres mots, PKJ préfère un Kal-El « qui nous montre le chemin, ce à quoi on doit aspirer », et c’est exactement ce à quoi on a le droit ici.

Au delà de la caractérisation que PKJ prête à Superman par ses mots et ses actes, il y a aussi le dessin de Daniel Sampere. Après avoir vu le travail du dessinateur sur ce titre, difficile d’imaginer un artiste mieux placé que lui pour dépeindre l’homme d’acier. Sous son trait, Clark est à la fois imposant, charismatique, puissant, mais aussi doux, chaleureux, compatissant. Un parfait mélange.

Superman Infinite Tome 1 - La Super Family

Pour autant, ce Superman ne fait pas forcément l’unanimité. Bien qu’il soit dépeint comme cette figure du sauveur reconnu de tous, PKJ n’hésite pas non plus à lui faire prendre des décisions qui le mettront dans une position difficile. En effet, « L’Ascension du Warworld » met en scène un conflit entre deux nations auquel les lecteurs sont bien habitués, mais qui est avant tout utilisée ici pour mettre en difficulté l’homme d’acier lui-même. PKJ montre une compréhension formidable du personnage en lui faisant refuser les choix binaires : Superman trouve toujours une troisième voie, qu’importe si elle est plus difficile. Il fait ce qui lui semble juste, qu’importe si cela lui coûte. Il est l’incarnation de l’abnégation, le héros dont nous avons besoin même si nous ne le méritons pas toujours.

Un titre ambitieux

Si vous ne le saviez pas, DC Comics publie continuellement et parallèlement deux séries liées à l’homme d’acier : Superman et Action Comics. Auteur de la seconde, Phillip Kennedy Johnson y apporte exactement ce que l’on attend d’un tel titre : de l’ampleur et un aspect choral. Bien que le récit devienne très personnel pour Clark, les enjeux sont paradoxalement très grands puisqu’ils sont à la fois internationaux et galactiques, et impliquent aussi bien la Justice League que la Super-Family. C’est un véritable plaisir de retrouver cette dernière dans une telle unité et une si bonne écriture, chaque membre ayant son rôle, son point de vue. La partie graphique de Daniel Sampere et Adriano Lucas ne fait que renforcer cette envergure grâce à des scènes d’action impressionnantes et des personnages rayonnants et plus grands que nature.

De plus, comme chaque auteur, Phillip Kennedy Johnson apporte à Superman ses propres affinités. Habitué à la fantasy, on sent chez lui un intérêt certain pour le développement des civilisations, des lores. Il n’y a qu’à voir la façon dont il réinvente Warworld avec l’aide des designs de Sampere et des couleurs sanguines de Lucas. D’un redoutable satellite militaire, ils font de Warworld une société complexe avec sa culture et son histoire esclavagiste, ainsi que ses codes et son vocabulaire moyenâgeux. L’ambition de PKJ ne s’arrête d’ailleurs pas ici puisque l’auteur s’attache également à approfondir le lore de Krypton, spirituellement fort présente dans ce tome.

Superman Infinite Tome 1 - La Maison des El du futur

Plus encore, l’auteur va jusqu’à imaginer l’avenir de la maison El dans un numéro spécial prenant place des siècles plus tard, comme il l’avait déjà fait dans Future State. Bien que la temporalité en soit très éloignée, le récit est en fait intrinsèquement lié à la saga Warworld et nous en dévoile même l’issue. La proposition de PKJ est d’autant plus intéressante qu’elle ne repose pas sur un faux mystère –Superman vaincra-t-il Mongul ?- mais s’attache davantage à la portée de son symbole et la façon dont il peut persister à travers le temps et l’espace, même dans les recoins les plus sombres et désespérés.

Superman Infinite est un nouveau départ qui convainc de bout en bout. Que ce soit par la richesse de son univers, la justesse de l’écriture ou sa partie graphique éblouissante : rarement l’homme d’acier n’aura été aussi bien mis à l’honneur. Toutes les étoiles semblent maintenant alignées pour délivrer une saga épique qui marquera l’histoire du personnage d’une façon similaire à sa mort il y a trente ans, une ambition que ne cache pas Phillip Kennedy Johnson. Il était grand temps.

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Mocassin

Mocassin

Dernier représentant de la tribu des Mocassins, il prit le nom de celle-ci afin de la faire perdurer. Avant de s'exiler sur les terres dites civilisées, il trouva une pantoufle précieuse. Plus tard, il comprit qu'il avait en sa possession la pantoufle unique, la maîtresse des dix-neuf autres chaussons. Il était devenu le seigneur des godasses. Avec ce nouveau pouvoir, il fonda la communauté des fragiles, où seuls les braves osant exprimer leurs sentiments étaient acceptés.