C’est aujourd’hui, le 17 février, que sort le dernier film animé de Warner Bros. Animation et DC en Blu-ray et DVD, Batman : Soul of the Dragon. Bruce Timm produit ce projet PG-13 qui explore le passé de Bruce Wayne chez un des sensei qui lui apprendra l’art du combat. Nous allons donc plonger dans ce film qui rend un bel hommage à une partie de la pop culture des années 70.

L’enfance de Timm, entre films d’exploitation et James Bond

L’objectif de Soul of the Dragon est très clair dès la première scène, il s’agit d’un bel hommage à ce que Bruce Timm a probablement dû regardé durant son enfance, les films d’exploitation. L’histoire se passe clairement dans les années 70, ne serait-ce que par les looks : petite afro pour Bronze Tiger, des rouflaquettes et des cols larges de partout, on joue la carte de la nostalgie un max pour coller diégétiquement à ce style de cinéma populaire qui a marqué cette décennie. Le but de ces films étaient de faire du profit rapidement, on est sur un budget très réduit, une production ultra-courte et un thème bien vendeur et souvent racoleur.

Batman : Soul of the Dragon, le film de Batsploitation 1

Un véritable culte est voué à ces films (ceux de Tarantino en sont sûrement une preuve des plus évidentes) où on retrouve le Grindhouse, le Giallo et surtout deux sous-genres qu’on retrouve dans Soul of the Dragon, la Blacksploitation et la Bruceploitation, l’un mettant l’accent sur la culture afro-américaine et l’autre copiant les films de Bruce Lee avec de multiples sosies après sa mort. Avec Bronze Tiger, on retrouve le héros macho typique à la Shaft de la Blacksploitation, tandis que Richard Dragon et à moindre mesure Lady Shiva rappellent largement les héros de Bruceploitation et plus généralement de films de kung fu. Richard ramène également un écho à une autre saga bien à la mode dans les seventies, James Bond.

Même si le film n’est pas aussi violent que le cinéma d’exploitation — le PG-13 vaut pour quelques traces de sang, des coups d’épée bien visibles et quelques grossièretés — il appuie fortement sur l’aspect arts martiaux et espionnage, avec l’entraînement dans les montagnes asiatiques d’un côté et la traque d’un grand truand à travers le monde de l’autre. Même dans la musique, les cuivres rappellent très fortement les films de James Bond à en devenir un pastiche, mais on pourrait regretter que la mise en scène ne force pas autant le trip. On aurait bien voulu des zooms, des transitions kitsch, tout ce qui faisait aussi le charme de ces productions.

Batman : Soul of the Dragon, le film de Batsploitation 2

Soul of the Dragon, héritier du Bronze Age

L’hommage aux seventies ne s’arrête pas au cinéma populaire qui a dû bercé Bruce Timm, mais s’intéresse aussi aux comics de l’époque. Les années 70, c’est le Bronze Age, les histoires sont plus sérieuses, se densifient et osent plus de choses. Chez DC Comics, un auteur va surtout marquer son passage dans cette ère et va servir d’inspiration pour tout l’univers qu’on retrouve dans Batman : Soul of the Dragon, Dennis O’Neil.

Le scénariste, aux côtés de l’artiste Neal Adams, va chambouler l’univers de Batman, faisant de lui le héros taciturne que l’on connaît aujourd’hui, et apportant beaucoup de lore au personnage. Il sera également à l’origine de la création des autres personnages importants du film animé avec le dessinateur Jim Berry : Bronze Tiger, Lady Shiva et surtout Richard Dragon, tous créés en 1974 d’abord en dehors de DC, puis amené chez l’éditeur dans le comics Richard Dragon, Kung Fu Fighter.

Ces deux mondes finiront par se croiser (il deviendra le maître de Question, Huntress, Renee Montoya ou même Nightwing), mais il n’est pas anodin que la plupart des personnages du film viennent du titre Richard Dragon, puisque ce dernier est, malgré toute attente, le protagoniste le plus développé. Bruce Timm et le scénariste Jeremy Adams ont pris la décision d’admettre que Bruce Wayne n’était plus à présenter, que ce soit son combat pour la justice ou la mort de ses parents. Il représente ici le regard du spectateur, nous permettant de découvrir en même temps que lui cet univers, mais ne sera que très peu l’instigateur de l’action. Cette tâche revient à l’espion Richard Dragon, qui est celui qui réunira l’équipe dans le présent et qui a une destinée racontée par l’O-Sensei (lui aussi provenant du comics Richard Dragon d’ailleurs), en plus d’avoir l’arc narratif le plus poussé.

Batman : Soul of the Dragon, le film de Batsploitation 3

Le reste des personnages n’ont tout de même pas à rougir, ils ont leur importance, apportent une belle diversité de personnalités et Batman, dans son costume à l’ancienne avec longues oreilles, finit quand même par avoir un léger discours sur la fierté qu’il essaie d’apporter à ses défunts parents (ce qui ne le prive pas de briser une ou deux nuques, mais sans que personne ne meurt, donc on fait genre de rien). Le super-vilain est cependant inintéressant, un prétexte comme un autre pour devoir réunir l’équipe.

Un casting intéressant

La VF est de bonne facture, avec notamment les voix de Philippe Ariotti, Gilles Morvan, Jean-Philippe Puymartin ou encore Annie Milon, et Emmanuel Jacomy en Batman, même si on aurait évidemment préféré Adrien Antoine, surtout pour un Bruce plus jeune. La VO a cependant quelque chose de plus. Pour Lady Shiva, il s’agit de Kelly Hu, actrice qui s’est intéressée aux arts martiaux et qui a joué dans pas mal de projets comics puisqu’elle était Lady Deathstrike dans X-Men 2, China White dans Arrow et qu’elle a prêté sa voix plusieurs fois pour les Tortues Ninjas ou pour DC (elle était déjà la voix de Lady Shiva dans Batman : Arkham Origins notamment). O-Sensei est interprété par James Hong, qu’on connaît pour Blade Runner ou Big Trouble in Little China.

Batman : Soul of the Dragon, le film de Batsploitation 4

Michael Jai White était déjà Bronze Tiger dans Arrow et reprend son rôle ici. L’acteur est un habitué des adaptations de comics, ayant surtout joué Spawn dans le film des années 90, et il est également un énorme fan et pratiquant d’arts martiaux. Cela ne l’a pas empêché de dire quelques bêtises à ce sujet, mais on comprend son implication dans un tel projet. Il est d’ailleurs très connu pour avoir co-écrit et joué dans Black Dynamite, une comédie d’action parodiant justement le Blackspoitation, et que je vous recommande. La grosse star de ce film reste la voix de Richard Dragon (naturellement), qui n’est nul autre que Mark Dacascos, l’acteur/artiste martial de Crying Freeman, Le Pacte des Loups ou plus récemment John Wick 3 : Parabellum.

Encore une fois, Batman est un peu à part et n’a pas de lien spécifique, joué par David Giuntoli, connu pour la série Grimm et qui apporte un peu de jeunesse au justicier et qui fait du bon travail.

Bruce Timm amène son style et le plonge dans la pop culture des années 70 : les films d’exploitation, les James Bond et les comics du Bronze Age et notamment du regretté Dennis O’Neil – à qui le film est dédié – forment un film animé qui ne prétend pas briller mais reste intéressant. Même si Batman est là, quelque part, c’est bien Richard Dragon la star d’un joli collectif de personnages, joués par un casting de circonstance sympathique. L’exercice de style aurait pu être encore plus appuyé, mais Soul of the Dragon est déjà bien nourri par son héritage et vaut le coup d’œil pour les adeptes ou les curieux.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.