Si certains rouages du fonctionnement rédactionnel doivent rester secrets afin de cultiver le mystère, il en va cependant autrement pour ce qui est de la vie de rédacteur que DC Planet nous permet de mener. Ainsi, voici une fenêtre honnête et criante de vérité sur la vie de l’un d’entre eux.


7h45 : Le réveil sonne. Flight de Hans Zimmer retentit dans mon 20m2. Je n’arrête pas la musique.  J’agrippe ma couverture et la porte sur mon dos à la manière d’une cape en me déplaçant au ralenti vers la fenêtre.

7h46 : Le voisin d’en face me regarde. Il ne comprend pas. Comment pourrait-il ?

8h30 : Je pars courir. Certes, je suis un piéton sur une piste cyclable, mais depuis que je suis rédacteur sur DC Planet, le danger ne m’effraie plus.

9h10 : Je passe devant la seule pizzeria du quartier. Toni, le gérant, me fait un signe de la main en guise de salutation. Je lui réponds d’un bref mouvement de tête. Plusieurs mois que je les soupçonne d’être une façade pour la mafia italienne. Il faudra un jour que je m’occupe d’eux.  Falcone et ses compères ne mettront pas un pied dans ma ville.

10h : Je pars à la fac. Je prends le bus. Confinement oblige, je reste debout et ne me tiens à rien. Garder son équilibre est primordial. Lorsque la planche du Surfeur d’argent et le disque de Static Shock seront commercialisés, je serai prêt.

12h45 : La bibliothécaire pousse un cri de surprise.
– Qu’est-ce que vous faites là dedans, tout seul, dans le noir ?!!
Plongé dans la pénombre de la salle de révision de la BU de droit, je médite, la musique de The Dark Knight en fond. Mes yeux se sont parfaitement adaptés à ce milieu, j’y vois comme en plein jour. Je murmure :
– Je suis la nuit…
– Je… Je vais appeler la sécurité du campus, couine-t-elle !

Elle me craint, et si elle me craint, alors les criminels de la ville me craindront bientôt eux aussi. Je quitte la bibliothèque au moment où elle menace de contacter l’administration afin de faire résilier mon inscription à la fac.


16h45 : Fin des cours. La chaleur du Sud de la France est insoutenable. La sueur perle sur mon front. Il faut que je m’alimente afin d’éviter la déshydratation. Avant de retourner chez moi, je passe par les plages. Un type vend des glaces, je m’approche.
– Vous cherchez quelque chose de rafraîchissant ?  
– Quels parfums avez-vous à me proposer ?
– Chocolat, vanille, fraise, café et pistache. Sinon, nous avons des Mister Freeze, explique t-il affichant un grand sourire.

Mister Freeze… Son sourire en dit long. La tension est palpable. Une nouvelle menace vient d’arriver en ville et je ne m’en suis pas rendu compte. J’ai été négligent.
– Alors, vous êtes-vous décidé ?
C’est lui ou moi. Au moindre mouvement suspect de sa part, je le neutralise. Pour le moment, autant jouer le jeu.
– Je ne suis pas très fan de Mister Freeze, je me contenterai d’une boule saveur fraise.
– Bien, comme vous voulez.

Sa main se dirige vers la cuillère à glace située à sa gauche, la mienne vers la poche avant de mon sac. A l’intérieur, trois répliques de Batarang en métal achetées 20€ sur PriceMinister. Quelques secondes passent.
– Et voilà votre glace, déclare-t-il en me tendant un cornet !
Dans un silence absolu, je paye et récupère mon dû.
– N’hésitez pas à repasser, me lance-t-il alors que je m’éloigne tout en continuant de le surveiller du coin de l’œil !
Oh ne t’en fais pas je repasserai bien plus tôt que tu ne le penses. Il faut faire passer un message. Toi et ton gang n’êtes pas les bienvenus ici.

18h : Enfin chez moi. Ce soir, les autres étudiants de ma promo organisent une soirée au bar, je suis convié. Rendez-vous 21h. Je prends une douche en écoutant Ocean To Ocean de Pitbull. Ma voisine tambourine contre le mur pour me demander de baisser la musique, elle n’a jamais su apprécier le vrai talent artistique.

18h15 : Je mange en regardant les informations. Je réalise que Bernard Henry Levy a la même coupe que les trois Joker de Johns. J’envisage d’en écrire un article mais le poids de cette découverte m’assomme. Je me perds dans mes pensées.

20h15 : Je m’habille. Avant de partir, je récupère un billet de 20€ habilement caché derrière un cadre photo présentant la photo de Zack Snyder. J’ai fait imprimer son visage sur du papier glacé. Ce n’est pas donné, mais on est fan ou on ne l’est pas.


21h : Je suis ponctuel. Je m’installe à la terrasse d’un bar rejoignant mes camarades de classes.

21h05 : Le serveur me demande ce que je veux prendre.  Deux choix s’offrent naturellement à moi : un Gin Tonic, comme Constantine, ou de l’eau. Je préfère m’abstenir de m’alcooliser. La nuit tombe, je dois garder mes sens intacts, on ne sait jamais…

21h45 : Mon voisin de droite explique qu’un cirque vient de s’installer en ville, sur le parking du conservatoire de musique, à 2 km de la faculté. Il aimerait aller y faire un tour histoire d’observer le spectacle. Une fille le critique vivement, selon elle, garder ces animaux en captivité est monstrueux, il faudrait seulement aller au cirque pour voir des clowns et des acrobates. Elle se tourne vers moi :
– Et toi, t’en penses quoi ?
 Mon regard s’assombrit.
– J’ai connu un jour une famille d’acrobates, ça ne s’est pas bien fini… Quant aux clowns… 
Je laisse ma phrase en suspend, si elle savait…

22h50 : La discussion a avancé, tout le monde est passé à autre chose. Chacun explique sa passion, sa vie. Un des mecs raconte ses vacances passées à faire de l’humanitaire dans un pays du tiers monde, un autre est devenu pompier volontaire. Le temps est long. Les filles boivent leurs paroles. Je reste silencieux. Je n’aime ni me vanter ni parler de moi en public. Toutes les 20 minutes, je me dis que j’aurais pu à la place regarder un épisode de Batman TAS.

23h15 : L’incident survient. Une fille se tourne vers moi et m’oblige à sortir de mon silence.
– Tu n’as rien à raconter ? Tu fais quoi sur ton temps libre ? 
La question est posée. Tout va maintenant basculer. Je pourrais mentir, mais il faut parfois accepter ce que l’on est.
– Moi ? Eh bien, comment dire, je suis rédacteur sur DC Planet… 
Le serveur venu débarrasser se fige. Le silence se fait à notre table, puis dans le reste du bar. Les autres clients se retournent tout doucement et commencent à murmurer entre eux. Les pas lourds du patron se rapprochent. Claude est un bon gars, j’aurais préféré conserver secrète mon autre vie encore un petit peu plus longtemps. Tant pis. Il déglutit puis se lance :
– Tu… Tu es…
– Oui.
– Je… Je ne savais pas…
– Vous ne pouviez pas le savoir.
– Qu’est ce que je peux faire pour vous Monsie…
– Pas de ça entre nous, appelez-moi Blue.  
– Mais…
– Ecoutez, si vous voulez réellement faire quelque chose pour moi, continuez à vous comporter normalement, je ne veux pas faire de vague.
– B… Bien…
Je remarque qu’un homme se dirige vers moi, je me tiens prêt. Il pourrait être un des hommes de la pizzeria ou une connaissance du glacier.
– La note de cet homme est pour moi, lâche-t-il en tendant un billet au patron. Gardez la monnaie.
– Merci. Comment puis-je vous remercier, je demande étonné ?
– Continuez simplement ce que vous faites, balance-t-il en s’éloignant.


23h20 : Il est temps pour moi de partir. J’observe les visages des femmes assises autour de la table. Maintenant qu’elles connaissent mon autre identité, je suis devenu un bon parti. Typique… La mine déconfite des hommes en dit long. Ils ont perdu, et ils le savent. Je me lève dans un silence souverain. Une jeune femme restée jusque là seule au comptoir agrippe son sac, puis mon bras. Un collier de perles pend à son cou.  
– Pourriez-vous me raccompagner jusqu’à chez moi je vous prie ? Les rues de Toulon City ne sont pas sûres…
– Si vous voulez.
– Merci.

Son sourire illumine la nuit.

23h30 : Nous dépassons l’opéra, et commençons à nous engager dans les rues exigües de la basse ville.
– Au fait, je m’appelle Martha !  déclare-t-elle en souriant.
Martha. Des flashs dans mon esprit. La ruelle. Le collier de perle. Joe Chill. Un instant je perds mon maintien, mais j’arrive à me reprendre. Tout va bien, c’est du passé maintenant. Certains pensent que je devrais  aller voir un psy, mais en 80 ans de traumatisme, Batman est-il un jour allé voir un psy ? Non.

23h50 : Nous sommes devant chez elle. Le trajet s’est bien passé. Rien à signaler. Rien d’étonnant, les gens d’ici savent. Attaquer un rédacteur de DC Planet, c’est nous attaquer tous.
– Mademoiselle, il est maintenant venu le temps de nous séparer.
– Déjà ? Êtes-vous certain de ne pas vouloir monter prendre un dernier verre ?
– Désolé, mais j’ai à faire.

Je tourne les talons et commence à m’éloigner… Comment lui dire ? Je ne veux pas l’impliquer, ce soir, je dois finir de platiner Arkham Knight sur PS4. Je m’enfonce, obscur, dans la nuit solitaire, quand soudain, une voix retentit. C’est Martha.
– Attendez ! J’ai reçu ce matin le Blu-ray de Lego Batman le Film !  Ça vous dit ?
Je me fige et prends une profonde inspiration. Arkham Knight attendra.


Spéciale dédicace à Luis Rego.

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