Introduction

1. Mort et renaissance d’une franchise

2. J.J. Abrams : personnification du projet

3. Anatomie d’un révisionnisme

4. Développement et premiers problèmes

5. La phase de casting

6. Crépuscule du premier vol

7. De Flyby à Returns

2. J.J. Abrams : Personnification du projet

Qui est J.J. Abrams en ce printemps 2002 lorsqu’il a la charge de ramener Superman au cinéma ? Ce scénariste de trente-six ans n’a encore rien réalisé et a écrit pour le grand écran des comédies et un blockbuster, Armageddon de Michael Bay. En réalité, c’est surtout son travail à la télévision qui lui a permis d’être remarqué. D’abord avec la série Felicity, co-créée avec Matt Reeves pour la chaîne The WB en 1998, et surtout Alias en 2001, développée par sa propre compagnie, Bad Robot. Une production extrêmement bénéfique pour la chaîne ABC alors en plein déclin, souffrant à l’époque d’une perte croissante de parts d’audience, qu’elle parvient alors à stabiliser. Dans ce contexte, Abrams jouit au début de l’année 2002 de la réputation d’être autant efficace qu’inspiré. Il est ainsi exactement ce que recherche Alan Horn dans le cadre de sa stratégie de production.

Pour comprendre la conception de Superman développée par Abrams, il est nécessaire d’aborder les topoï qui traversent sa carrière en tant que metteur en scène. Selon cette grille de lecture, Superman Flyby apparaît comme précurseur de la chose, témoignant avant l’heure de ses intentions et poncifs. Le cinéma d’Abrams est marqué par l’enfance et raconte un passage à l’âge adulte, au gré d’une émancipation, qu’il s’agisse de celle du cinéaste ou de ses protagonistes. Cette émancipation se traduit ainsi par une distanciation des aînés, le sujet suivant sa propre voie. Une narration universelle partagée par le conteur lui-même dont les films se fondent toujours sur une passion de jeunesse dont il s’écarte progressivement pour aboutir à une conclusion nouvelle, symbolisant la reconnaissance d’un héritage, tout en affirmant s’en distinguer et être autonome.

Dossier - Retour sur Superman Flyby 1
(En arrière-plan : story-board de Superman: Flyby ; en médaillon : J.J. Abrams)

Ce motif, clef pour comprendre par exemple la relation entretenue par son The Force Awakens à l’égard de A New Hope, est au cœur de sa vision de la franchise Superman et de son ambition pour la relancer. Au même titre que Star Wars : Episode VII fut à bien des égards un relecture de l’Episode IV, dont il reprend la structure et modifie des éléments pour les déconstruire, Superman Flyby est d’abord une révision du long-métrage de Richard Donner, et de sa suite de 1980, tout en s’en émancipant, et ce parfois de manière radicale. À l’image de la démarche qu’aura Bryan Singer quelques années plus tard, Abrams n’est pas tant intéressé par le personnage de Superman issu des comics que par son itération incarnée par Christopher Reeve. C’est en effet avec celle-ci que le scénariste a grandi, et à l’égard de laquelle il éprouve un lien affectif.

Cette approche doit donc coexister avec les exigences du studio. La première d’entre elle est de faire de ce film un reboot total avec une nouvelle représentation des origines du personnage. Il s’agit de définitivement tourner la page des précédents films, tout en se distinguant de la série Smallville, dont la règle fondamentale, « no flights, no tights », empêche l’apparition de Superman au bénéfice de Clark Kent. Il est également demandé à ce que ce scénario soit en phase avec le paysage hollywoodien du moment, dominé par deux trilogies : Matrix (les deux suites sont en cours de tournage) et la « prélogie » Star Wars (Attack of the Clones sort en mai 2002). De fait, Superman Flyby est rapidement pensé comme le premier volet d’une trilogie propre, en reprenant des éléments narratifs apparus pour la première fois dans le script de Wisher deux ans plus tôt.

Concept art de l'arrivée de Kal-El à Smallville
(Concept-art de l’arrivée de Kal-El à Smallville)

Parmi les idées issues de la dernière mouture de Superman Lives figure celle d’un Kal-El prince héritier de Krypton, élu d’une prophétie selon laquelle il sera celui qui réunira son peuple divisé. Secondaire dans la trame de Wisher, cette perspective devient le cœur de la reconfiguration du personnage imaginée par Abrams qui entend en faire le fil narratif principal de la future trilogie. Pièce maîtresse du projet, la société kryptonienne fait l’objet d’une attention particulière de la part de l’auteur. Influencé par The Phantom Menace, il reprend à la planète Naboo son architecture et sa proximité avec la nature. De Matrix, ce sont l’inspiration du cinéma hongkongais, la place des arts martiaux et une certaine conception de la mise en scène qui sont reprises par Abrams.

Une première version complète de cent trente-neuf pages est rendue à la Warner le 26 juillet, après que les deux premiers tiers du scénario aient été préalablement envoyés en juin. Les exécutifs sont euphoriques : après avoir été enthousiasmés le mois précédent, leurs attentes sont dépassées. Jusqu’alors prioritaire, le Batman vs. Superman de Wolfgang Petersen est mis de côté par une majorité des têtes pensantes de WB. Une situation qui crée un schisme au sein du studio puisque di Bonaventura claque la porte, refusant de voir son projet favori abandonné. La situation fait un autre malheureux : occupé par Charlie’s Angels 2, McG ne peut plus répondre présent.

1 COMMENTAIRE

  1. Je ne savais pas que Matt Bomer avait été pressenti un temps pour faire Superman, mais ça ne m’étonne pas car je me suis fait la réflexion, en le voyant dans DOOM PATROL, qu’il ressemble beaucoup à Henry Cavill (la musculaire en moins) et qu’il a le visage parfait pour interpréter l’homme d’acier.

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