En ce temps peu propice à l’achat de comics, et à la gravité de la situation, quoi de mieux que de se plonger dans les heures sombres de Green Lantern ? Hal Jordan s’était hissé comme le grand détenteur de l’anneau de pouvoir, laissant Alan Scott bien derrière, cherchant sa place entre héros dépassé et rôle de mentor. Face à cet événement jusqu’alors inédit en France, la lecture peut être différente et des connexions sont à établir.

Torturer le héros, le bon esprit 90’s

Emerald Twilight est un tournant décisif dans l’histoire de Green Lantern. Il se hisse parmi les instants les plus importants pour plusieurs raisons. Hal Jordan se révèle. Suite à la destruction de Coast City, déjà aperçue dans La Mort de Superman, il développe un traumatisme qui s’ajoute à toute une série, parfaitement développée dans Green Lantern #48.

Review VF - Green Lantern : Emerald Twilight 1 La connexion avec La Mort de Superman n’est pas anodine. Elle est bien pensée et justifie la succession d’événements dramatiques qui touchent les héros de l’écurie DC. Car nous sommes dans les années 90, Image Comics est une concurrence rude et les super-héros classiques auraient fait leur temps. Marvel Comics développe 2099, et DC trouve la parfaite parade : les événements majeurs.

Superman meurt, Batman est brisé, et à l’approche des numéros anniversaires, l’éditeur souhaite absolument créer un événement à plus ou moins grande échelle. Un événement qui marquera le personnage. Avec le recul, c’est chose réussie. Mais le changement de ton est radical. Adieu l’humour et la joie, Emerald Twilight est définitivement plus sombre et extrêmement violent, et d’autant plus pour un récit canonique.

Moderniser Green Lantern : les drames indécis

Emerald Twilight a de nombreux défauts. Il est le résultat d’une démarche éditoriale qui craint pour ses ventes dans une période complexe. Pour s’assurer de varier les récits, Green Lantern est une licence pratique. Le porteur peut changer. Et pour s’assurer de ce projet, en plus de marquer au fer rouge le personnage de Hal Jordan, Kyle Rayner va apparaître comme nouveau porteur de l’anneau.

Review VF - Green Lantern : Emerald Twilight 2 L’éditeur détruit et reconstruit, pour s’assurer d’une continuité des aventures et guider les lecteurs actuels tout en attirant de nouveaux. La stratégie est simple mais efficace. Néanmoins, si le bouleversement de Hal Jordan est intéressant, Kyle Rayner apparaît comme le parfait petit nouveau qui ne saura jamais dire non. Apparaissant comme un cheveu sur la soupe, son introduction extrêmement rapide ne laisse pas le temps d’apprendre à le connaître, et encore moins de créer une quelconque forme d’empathie. S’il est très critiqué pour son manque de profondeur, celle-ci peut avoir du sens. Vu la situation dans laquelle il est choisi, et les besoins des Gardiens, Kyle Rayner serait ce porteur idéal qui ne poserait pas trop de question.

C’est toujours dans une forme d’entre-deux que se plante le récit. Hal Jordan est à bout et s’oppose à ce en quoi il a toujours cru. Kyle Rayner n’a rien d’attachant, mais est choisi pour cet aspect d’élève modèle. Et alors que ce concept d’héritier apparaît sous une forme quelque peu joviale, puisque plus que Kyle Rayner, le titre présente sa copine avec laquelle il vit, un second drame.

À peine quelques numéros après la transformation de Hal Jordan, cet album compile le peu d’événements ayant marqué l’existence de Kyle Rayner. Ce nouvel espoir bafoué donne l’impression d’un ascenseur émotionnel ou d’un manque de confiance en ce que devrait être Kyle Rayner. Et les récits complémentaires laissent de plus en plus penser à une imposture, alors que l’idée d’une jeune recrue était louable, voire même bienvenue.

Pour une action intense

Loin d’être des seconds couteaux, DC Comics fait appelle à Ron Marz. Il se fait remarquer sur Silver Surfer aux côtés de Ron Lim. Ses récits cosmiques impressionnent. Il sait rendre ses affrontements extraordinaires. Mais plus appréciable encore, il sait prendre le temps de développer le traumatisme de Hal Jordan. Il consacre tout son premier épisode, et découpe avec précision l’évolution de l’intrigue en trois parties. Court, mais intense, le premier récit avec Hal Jordan est d’une longueur parfaite. Très scolaire sur le principe, il n’en reste pas moins efficace. L’objectif étant la sensation et les conséquences.

Review VF - Green Lantern : Emerald Twilight 3 Ron Marz est à peu près de la même école que John Byrne. Le récit sert à soutenir une action forte, des affrontements titanesques. De ce fait, Emerald Twilight est construit comme une succession de niveaux à passer. Des sessions qui amènent à un ennemi final d’importance dont le combat sera sans issue. Si le concept fonctionne à merveille, et malgré un dernier chapitre légèrement en deçà des deux premiers, Emerald Twilight fonctionne très bien.

La suite, concernant Kyle Rayner, est assurée par un seul et même artiste : Darryl Banks. Il sera assisté sur un numéro par d’autres artistes, mais dont l’impact est vraiment mineur. Ce changement d’artiste insiste sur une modernisation du personnage. Green Lantern n’est plus cet adulte aux tempes blanchies par le temps. Il est jeune, a une copine. Il est ce Peter Parker qui réussit. Et qui dit modernisation, dit ennemis à gros bras.

C’est là que le bas blesse. Green Lantern se réduit à ce titre peuplé de gros ennemis musclés. Rapidement, les excuses lassent. Et malgré le dessin très plaisant de Darryl Banks, la seule motivation nous poussant à lire réside dans les scènes d’action. Mongul, Major Force sont deux titans. Le premier est destiné à tuer les Green Lantern, l’autre trouve une motivation simpliste. On en revient à cette idée selon laquelle, plus le méchant est réussi, plus le héros gagne en importance. Et c’est sans doute pour cette raison que Kyle Rayner a toujours eu autant de mal à trouver son public.

Petit point sur l’édition

Cet album diffère beaucoup de ce qui est proposé en VO. On retrouve Emerald Twilight et les premières aventures de Kyle Rayner. En soi, rien ne risque de vous perdre. Au contraire, cette compilation regroupe les numéros les plus importants pour Kyle Rayner, vous évitant ainsi de vous lancer dans une collection dispensable.

Review VF - Green Lantern : Emerald Twilight 4 Néanmoins, Emerald Twilight repose sur l’origin-story de Hal Jordan de l’époque. A savoir : Emerald Dawn I et II. Titre auquel Emerald Twilight fait référence. Même si cette référence est dispensable, elle nourrit l’expérience de lecture et donne toute l’importance à l’action de Hal Jordan. Il aurait donc été bon de proposer d’abord les deux sagas de Keith Giffen (pourquoi pas regroupées en un seul album) avant de proposer ce récit.

De plus, Urban Comics a la bonne idée de proposer deux numéros focalisés sur les rencontres entre Kyle et Hal. Une bonne initiative, effectivement. Mais je doute que beaucoup de lecteurs VF connaissent l’événement Zero Hour. Malgré toute l’importance qu’a Hal Jordan dans l’événement, et le rôle intéressant que peut tenir Kyle, le contexte ne suffit pas. L’album a la qualité indéniable d’être synthétique, et l’éventuel succès de cet album, je l’espère, poussera l’éditeur a bien plus explorer ces récits encore inédits en France pour la duologie Emerald Dawn.

Cet album impose son approche violente et a le mérite d’assumer qu’il n’y aura pas de retour en arrière (c’était sans compter sur Geoff Johns 15 ans plus tard). Bien qu’il pourra en rebuter plus d’un, ce récit reste un indispensable pour les Green Lanterns, même si l’ériger au rang de chef d’oeuvre est exagéré. Cette histoire a une importance capitale. Elle est surprenante. Elle divise. Et aussi unique soit-elle, elle n’est clairement pas dénuée de défauts.

Bon / 10 Notre avis
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Les +
- Un récit culte
- Hal Jordan : la boucle est bouclée
- Une partie graphique plus que correcte
- Osé et avec bonnes idées...
Les -
- ... mais un Kyle Rayner à l'écriture indécise
- Un aspect sombre très controversé qui en déroutera plus d'un
- Une action étouffante sur la fin
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6 Commentaires

  1. Je l’avais lu en VO y a un bout de temps déjà. J’ai trouvé correct, mais l’origin story de Kyle Rayner est un peu bateau.

  2. Pour ma part dès son annonce j’ai attendu avec impatience l’arrivé de ce récit en VF !
    Et je suis pas déçu ! Déjà grâce au boulot d’Urban qui nous sert ce récit dans une très belle éditions avec un éditorial de très bonne qualité. Mais aussi pour le plaisir de pouvoir enfin lire ce récit en VF.

    Dans les faits le récit effectivement n’est pas parfait, mais juste pour le plaisir de pouvoir enfin lire ce récit en VF ça gomme certains défauts pour moi ^^’. L’ambiance des comics 90’s me dérange pas énormément, surtout comparé à d’autres comics de l’époque qui était beaucoup plus ambiance 90’s.

    Pour Kyle ça dépend de ressentis de chacun mais j’ai bien aimé son introduction, j’aime bien le coté débutant que lui donne l’auteur, c’est aussi un perso attachant notamment pour le moment polémique dans sa carrière :

    *Spoiler :

    (Pour le meurtre j’avoue que je suis mitigé, d’un coté je ressent encore plus de peine pour lui et j’espère qu’il trouvera l’amour (D’ailleurs je trouve que l’auteur traite bien les relations amoureuses du perso). De l’autre je trouve dommage qu’on est tué sa copine (qui était assez sympa) même si c’était le but de l’auteur. Peut-être que c’était trop tôt pour la tuer.)

    *Spoiler:

    Autre point c’est qu’effectivement je me demande comment un lecteur qui a n’a pas lu Zero Hour se contentera du résumé d’Urban pour l’event ? (Je l’ai trouvé assez bien résumé pour ma part, mais je ne peut-être pas entièrement objectif car j’ai déjà lu Zero Hour avec l’édition de Semic)

    En tous cas je suis bien content de voir la review arrivé très complète et assez juste avec le comics. Et j’ai hâte de me procurer le prochain tome de cet collection.

  3. Je comprends totalement ce charme d’enfin pouvoir lire un récit important concernant Green Lantern en dehors des années 2000 en français. Et l’ensemble de ces défauts, comme je le dis, sont bien présents, et même si j’ai pris plaisir à lire Emerald Twilight, dans l’analyse, ça sonne un peu creux. Emerald Twilight, c’est La Mort de Superman en plus court. C’est que du sensationnel, mais du sensationnel efficace.

    ** SPOILER **

    Pour Kyle Rayner, je ne sais pas si tu as lu la suite du titre en VO. Mais autant j’aurais partagé ton avis en me limitant à cette tragédie amoureuse, autant je peux te dire qu’avec du recul, c’est pitoyable. Je comprends bien mieux la haine qu’avait Zeppeli contre le personnage.

    Après ça, il passe son temps à voyager, le scénariste lui fait rencontrer d’autres personnages féminins, qu’il embrasse (mais pas plus parce que faut pas déconner avec la sexualité) et après c’est toujours pareil. Ou bien il se rappelle qu’il lui reste un morceau au frigo et se met à pleurer, ou la fille en question meurt (tué ou se suicide, on varie les plaisirs). Mais en plus de ça, Kyle Rayner est un stéréotype des 90 les plus monstrueux. Ron Marz l’embarque dans des aventures cosmiques se résumant à des combats. C’est un Lobo sans charisme et sans humour.

    Pour cela, j’ai dit que Urban Comics avait fait le bon choix de regrouper l’essentiel du personnage. En revanche, ce qu’on a pu avoir sur Kyle Rayner en VF il y a plus de dix ans maintenant, c’est la série Ion où, à mon sens, Kyle Rayner trouve un sens à son existence en se faisant Green Lantern d’élite, le porteur de l’avatar des Gardiens. Ça colle avec son étiquette de bon petit soldat qui rentre dans les clous, en touchant à une source de puissance colossale. Et ça, Ron Marz sait gérer.

    Je n’ai pas poussé le vice jusqu’au bout et me suis contenté d’une bonne partie du run de Marz qui n’a pas laché le personnage avant un moment. Mais je sais que d’autres scénaristes ont mis la main à la pâte (dont Vaughn je crois), ce serait intéressant de s’y pencher.

  4. Emerald Twilight avait fait grand bruit à l’époque, ces 3 comics (#’48, #49 et #50) étaient très recherchés. Je suis d’accord avec le peu d’intérêt suscité par le personnage de Kyle Rayner. Par contre, au même moment, celui de Guy Gardner a eu un traitement plutôt intéressant : n’étant plus un Green Lantern, il entreprend de récupérer l’anneau jaune de Sinestro. Guy Gardner devient alors Warrior et ,même si la fin de la série laisse franchement à désirer (parce que développant la métamorphose du personnage bien au-delà du raisonnable), les numéros #17 à #25 représentent un run assez fun, touchant même parfois et plein d’action notamment grâce aux dessins de Mitch Byrd. J’espère qu’Urban éditera cette période ainsi que les excellents “Terminal Velocity” et “Dead Heat” de Flash ou encore “The Contest” et “The Challenge of Artemis” de Wonder Woman qui font partie de cette descente aux enfers organisée des héros DC. Je dois avouer n’aimer DC que dans ces grands moments shakespeariens comme “La Mort de Superman” ou “Knightfall” de Batman…

  5. Pour avoir boycotté la ongoing Guy Gardner : Warrior, justement à cause cette métamorphose immonde, tu m’intrigues beaucoup avec cet arc. J’y jetterai un coup d’oeil.

    Je te rejoins à 200% pour Flash, un peu moins pour Wonder Woman, mais je comprends tout à fait ce que tu y trouves. Et si je ne partage pas forcément le même engouement, c’est vrai qu’Urban ferait bien de s’intéresser à ces inédits.

  6. Je suis un très grand fan des gl et quand j’ai enfin appris la publication de cet event, j’étais content. Mais après la lecture, je suis déçu de l’édition d’Urban. Il aurait du publier avec Emerald Twilight, Emerald Dawn, Emerald Fallout (guy gardner 18-21), Zero Hour et finir sur la saga Kyle Rayner. Car même si elles ont résumé, ces histoires sont importantes pour une meilleur compréhension du récit. Certes gl n’est pas vendeur en France mais vu le soin apporté à l’édition de cette histoire, ce n’est pas près de changer.

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