Au commencement, il n’y avait qu’une série. Puis vint l’univers partagé. Et enfin, Crisis on Infinite Earths éclata sur les ondes de la CW. Adaptation libre du célèbre comics de Marv Wolfman et George Pérez, ce nouveau crossover est composée de cinq épisodes, dont trois diffusés ce mois-ci. Retour sur le premier acte de cet événement démesuré et inégalé.

Cet article ne contient aucun spoiler.

Crisis on Infinite Earths 2.0

Crisis on Infinite Earths s’ouvre de la même façon que le comics, avec un monologue du Monitor contant la création du Multiverse, prouvant par là que la CW compte bien adapter et assumer l’événement qui bouleversa DC Comics. Pour autant, la chaîne marque cette introduction de son empreinte, célébrant dans le même temps cet univers télévisé qui s’est imposé là où personne ne l’attendait. En une minute, l’intention est donnée, il s’agira d’un Crisis on Infinite Earths fidèle, mais une version propre à la CW.

Constantine observe le multiverse

Conscient de l’ampleur de la tâche qui lui incombe, la chaîne a véritablement concentré tous ses efforts sur ce crossover pour qu’il se démarque. Une volonté de bien faire qui ne touchera évidemment pas les réfractaires habituels des productions CW, mais qui ravira les fans qui pourront s’émerveiller devant la qualité de la bande-sonore, des effets spéciaux, de la mise en scène ou même de l’écriture de certains personnages. Les talents de la chaîne ne sont plus séparés par les frontières des différentes séries, mais bien mis en commun.

Entre film et série

Depuis Crisis on Earth-X, la CW a modifié sa façon de concevoir ses crossovers annuels. Alors qu’auparavant, chaque série hôte gardait son identité, celle-ci s’efface désormais au profit de l’événement. Autrement dit, l’ambition est davantage cinématographique. Crisis on Infinite Earths ne déroge évidemment pas à cet état d’esprit, poursuivant naturellement son intrigue au fil des épisodes ainsi que le développement des différents personnages, ce qui n’empêche pas chaque série de mettre davantage en lumière son propre casting.

La crise frappe sur Terre-38

Le grand manitou Marc Guggenheim l’avait promis : il ne s’agit pas de seulement réunir le plus de personnages possible, il faut également donner un véritable arc narratif aux plus importants. Aussi grandiloquent soit-il, l’événement conserve un ancrage profondément humain pour mieux faire ressentir les conséquences de la crise, que ces développements y soient directement liés ou seulement permis par celle-ci. En réalité, ce sont bien ces scènes qui semblent être le cœur de cette Crisis on Infinite Earths tant elles prennent le pas sur la menace en elle-même.

Le crossover ultime

L’oeuvre originelle est née d’un fantasme de Marv Wolfman, celui de réunir tous les personnages de DC Comics dans un même grand récit, avant d’évoluer en une arme éditoriale visant à simplifier cet univers en le bouleversant en profondeur. Inspirés par les mêmes crossovers réguliers qui les ont tous autant bercé, Marc Guggenheim et Greg Berlanti (producteurs de l’Arrowverse) n’ont pas attendu longtemps avant de s’y adonner eux aussi. Avec un goût si prononcé pour la réunion de personnages, Crisis on Infinite Earths se plaçait comme un choix évident, davantage pour son concept que son histoire.

Les Flash sont réunis dans Crisis on Infinite Earths

En prenant une oeuvre aussi « bâtarde » comme modèle, il fallait bien s’imaginer que son adaptation le serait tout autant. Chez la CW, nul besoin de remodeler un univers qui est relativement simple à suivre. Mais adapter une oeuvre, c’est avant tout adapter son histoire. Celle de Crisis on Infinite Earths n’est sans doute pas la plus subtile, ni la plus moderne ou même la plus intéressante. Pourtant, Guggenheim assume Crisis presque sans compromis, que ce soit visuellement, scénaristiquement ou même textuellement, quitte à paraître dépassé.

La difficulté d’adapter Crisis

Pour autant, si tout est globalement respecté avec flexibilité et honneur, l’adaptation même de Crisis procure un sentiment étrange, comme si son intrigue n’était pas la priorité de Guggenheim. Même si sa connaissance et son amour de l’oeuvre ne font aucun doute, celle-ci semble presque se noyer au milieu d’un crossover ultime qui veut en faire beaucoup, et doit par conséquent faire des choix. Quitte à balayer certaines scènes assez rapidement, manquant à leur donner un enjeu, un impact, ou même une clarté. Au final, Crisis on Infinite Earths veut peut-être même trop en faire, et finit logiquement par ne pas en faire assez.

Le Monitor et Pariah sont de la partie

Mais en même temps, comment le reprocher quand l’histoire originale de Crisis n’est de toute façon qu’un énorme prétexte, quand l’oeuvre de Wolfman est déjà initialement un cocktail de plusieurs volontés distinctes ? Guggenheim ne serait-il pas seulement coupable d’avoir voulu trop bien faire ? Trop bien célébrer, trop bien rendre hommage, trop bien adapter ? Quitte à ce que certaines scènes donnent le sentiment d’être présentes presque uniquement parce qu’elles sont dans le comics ? En résulte un aspect parfois brouillon, notamment quand il s’agit des personnages inhérents à Crisis, qui ne s’intègrent pas forcément bien au tout et dont l’intérêt sera bien difficile à cerner pour un spectateur qui ne connaît pas l’oeuvre originale.

Crisis on Infinite Cameos

Reste alors le fantasme de fan. Guggenheim avait promis une crise qui ne s’étendrait pas uniquement à l’univers qu’il a créé depuis 2012 avec Arrow, mais qui toucherait bien des pans insoupçonnés de l’histoire audio-visuelle de DC Comics. A tel point que cette promesse en est devenu la raison première d’assister à l’événement. Difficile de bouder son plaisir devant cette infinité de caméos plus ou moins courts, touchant la corde sensible de bon nombre de fans. Un plaisir qui peut même se transformer en extase devant les retours de certains acteurs, particulièrement réussis dans le second épisode quand bien même ils défient les attentes.

Les Clark et Lois de l'univers CW rencontrent le Clark de Brandon Routh

Si cette générosité sans limite est une énorme qualité, elle peut aussi se retourner contre elle. Finalement, à qui s’adresse ce crossover ? De toute évidence, il s’agit avant tout d’une récompense pour les fans assidus de l’Arrowverse. Mais en ratissant aussi large, Crisis s’adresse aussi aux fans de toute adaptation DC, ancienne ou moderne. Plus difficilement, ce sont éventuellement les fans de l’oeuvre originale qui pourraient venir par curiosité. Autant de publics différents qui ne sont pas incompatibles (l’auteur de cet article en est la preuve), mais qui individuellement auront du mal à vraiment trouver leur compte.

Des enjeux difficiles

Des mondes vivront, des mondes mourront, et l’univers ne sera plus jamais le même. Telle est la promesse de Crisis on Infinite Earths, réitérée dans sa version télévisée. Mais l’univers CW connaîtra-t-il vraiment un changement aussi drastique que celui des comics ? Difficile d’y croire quand bien même la situation du multiverse est assez difficile actuellement. Là se trouve un autre problème de cette adaptation de Crisis : il ne s’agit que d’un nouveau crossover annuel, aussi grand soit-il.

La vague d'anti-matière détruit tout sur son passage

Comme chaque année, l’événement se déroule en plein milieu des saisons en cours, qui ont toutes une intrigue inachevée. S’il nous a été promis que Crisis aura des répercussions, notamment psychologiques, chaque série reprendra son petit bonhomme de chemin l’an prochain. Cet état de fait joue ainsi contre les enjeux extraordinaires que nous présentent Crisis, qui perdent alors en force et en dramaturgie. Il vaut mieux donc profiter de ce crossover pour ce qu’il est actuellement que pour ses éventuelles ramifications futures.

Ces trois premiers épisodes de Crisis on Infinite Earths remplissent le rôle qu’on attendait d’eux. Avant tout destiné aux fans de l’univers CW, ce crossover saura les ravir de par son extrême générosité, mais qui n’exclue pas des maladresses scénaristiques et des problèmes de rythme.

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Les +
- Riche en invités et références
- Soin particulier apporté
- Adaptation assumée
- L'énormité de l'événement
Pour les fans
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- Veut trop en faire
- Adaptation brouillonne
- Manque d'enjeux sur le long terme
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