En novembre dernier Urban sortait enfin, après de longues années d’attentes de la part des lecteurs VF, Multiversity,  de l’auteur écossais Grant Morrison. Multiversity est un projet de longue date qui était déjà en réflexion après la sortie de Final Crisis sorti en 2009. Mais qui ne commencera sa parution qu’en 2014. D’abord pensé comme un simple ensemble de one-shots présentant diverses terre parallèles, le projet évoluera peu à peu et survivra à de grands changements éditoriaux chez DC, pour accoucher de la grande série que nous avons maintenant sous nos yeux.

Déjà commençons par un premier point qui doit être évacué d’emblée : Oui Multiversity est une sorte de continuation de Final Crisis, mais non sa lecture n’est pas obligatoire. Aucune lecture au préalable n’est réellement obligatoire en fait. Vous pouvez tout à fait vous plonger sans aucunes connaissances préalables dans ce récit. Bien entendu certaines allusions, clin-d’œils et personnages vous échapperont, cependant rien de fatal et vous pourrez même revenir plus tard, tandis que vous aurez augmenté votre bagage comics, pour saisir ce qui vous aura échappé. C’est d’ailleurs l’une des choses merveilleuses avec  les œuvres de Grant Morrison tant elles fourmillent d’éléments.

Un hommage avant tout

Multiversity est donc une série en neuf numéros. Composé de deux numéros qui se suivent réellement et de sept autres marchant plutôt comme des one-shots relié par un léger fil rouge. Chaque numéro se veut dans un style totalement différent, accentué par le changement de dessinateurs. Et avec ça il y a l’idée de rendre hommage à différentes périodes de l’histoire des comics.

De l’hommage géant à la période pulp avec les Conquérants de l’anti-monde. Jusqu’à l’histoire des enfants des super-héros transformés en star, dans #TerreMoi dans ce qui ressemble à un renvoi aux récits type Kingdom Come, tout en se permettant de lancer d’énormes piques au star-system et à ses enfants de stars pour qui tout leur est déjà acquis, sans avoir rien eu à faire. En passant par les héros de Fawcett Comics, dans une histoire au style délicieusement old-school. Puis en faisant un détour par Pax Americana, sans doute réponse sanglante de Morrison au Watchmen de son ennemi de toujours, Alan Moore. Jusqu’à un Superman élevé sous le troisième Reich, reprenant l’idée de Superman : Red Son de Mark Millar, pour lequel Morrison avait d’ailleurs imaginé la fin (sans jamais être crédité). Ce sont autant d’histoires différentes qui peuvent être lus indépendamment l’une de l’autre, mais qui restent dans le fond liés.

Du méta à tous les étages

Mais plus qu’un hommage au différentes périodes, Multiversity est aussi une grande histoire méta. Le méta qui est bien entendu l’une des passions de Morrison, passion à laquelle il a pu s’exercer à de nombreuses reprises dans ses œuvres. Ici, elle s’exerce donc grâce à l’omniprésence des comics à l’intérieur même de l’histoire. En effet Morrison reprend ici l’idée introduite dans Flash of Two Worlds, selon laquelle il existerait des comics mettant en scène la vie des héros d’autres terres parallèles. Cependant ici il va encore plus loin dans l’idée, les comics sont devenus de vrais moteurs dans l’avancée de l’histoire. Ils permettent par exemple à Vandal Savage de mettre en branle ses plans de conquêtes. Ils sont aussi un moyen pour les héros de se remettre en question, car est ce que l’on existe vraiment si l’on est un personnage de comics ?

Cette idée du méta se développe vraiment à tous les niveaux et se retrouve même à son paroxysme dans Ultra Comics. Ce numéro bourré à ras-bords d’ironie et de références au médium est à lui tout seul quelque-chose de très fort. Dans cette histoire Morrison se permet même de s’auto-critiquer en insérant littéralement des critiques de lecteurs dans les planches de cette histoires.

Cependant que serait un comics sans ses vilains ? Ici, on retrouve donc du côté des ennemis, La Noblesse, un ensemble de créatures aux yeux géants qui se présentent sous plusieurs formes. Ceux-ci peuvent laisser libre court à nombres d’interprétations différentes quant à leurs réelles significations : critique des éditeurs, des lecteurs, des adaptations cinématographiques et sans doute bien d’autres.

Des artistes à leur meilleur

Aussi, il ne faudrait pas oublier de parler de l’énorme travail fourni par les artistes durant toute cette série. En effet en prenant la décision de changer d’artiste pour chaque numéros, cela donne au tout encore plus de caractère et cela contribue à cette énorme impression de diversité entre les différentes terres qui ont chacune leur personnalité propre. Qui plus est chacun des artistes sont, tout simplement, excellents dans ce qu’ils proposent faisant de cette série un vrai plaisir pour les yeux.

Finalement, avant de terminer, il serait bon de parler des défauts de cette oeuvre. L’un de ses défaut est qu’une frange du lectorat comics pourrait ne pas s’y retrouver. Toutes les personnes adeptes d’événements qui vont « totalement bouleverser le DCU tel que vous le connaissiez » ne trouveront pas du tout leur compte ici. En effet ici Morrison n’a pas pour objectif de changer les choses, mais plutôt de nous faire une sorte de simple visite guidée du multivers de DC. D’ailleurs l’écossais envisageait cette série comme un tremplin pour le lancement d’une foule de nouvelles séries tirées de ces terres qu’il avait inventé, cependant cela ne s’est jamais fait.

Parce-qu’il faut bien s’arrêter à un moment, autrement cette review aurait pu continuer pendant des pages et des pages tant cette série est un travail massif et quasiment inépuisable.  Il y a toujours des choses enfouies à déterrer et à découvrir. Multiversity est, en bref, une série que vous vous devez d’avoir lu. Quelque soit votre bagage de lectures, quelque soit votre niveau de connaissance. Que vous vouliez le lire en tant que simple comics de divertissements, ou en tant qu’oeuvre méta, ou en tant que lettre d’amour à tout un médium, vous le pouvez. Et c’est ça la force de cette série. 

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Les +
- Une lettre d'amour géante à son médium
- Artistiquement au top
- Adeptes du méta, c'est pour vous
- Un ensemble d'histoires qui se tiennent tout aussi bien seules
- Grant Morrison
Les -
- Un manque de conséquences globales (mais ce n'est pas un vrai défaut)
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