Prévue pour une sortie en décembre 2018, la première intégrale de la série Batman Le Chevalier Noir pointe enfin le bout de son aile dans les librairies. Publiée une première fois en 2011 en quatre tomes, Urban Comics a décidé ici de regrouper les deux premiers tomes. Était-il nécessaire de donner un second souffle à cette série qui se voulait plus sombre et lugubre que la série principale de Batman?

GOTHAM CITY, LA VILLE DE TOUTES LES PEURS

L’asile d’Arkham est en lice une nouvelle fois pour le prix de la plus mauvaise gestion d’un institut psychiatrique high-tech en terme de sécurité et d’internement de ses patients. Quelqu’un a organisé l’évasion de plusieurs des pires détenus et ennemis de Batman. Débarquant sur les lieux, le chevalier noir ne peut qu’endiguer la catastrophe à temps et constater que certains des patients ont eu un petit gain de tonus musculaire ainsi qu’une inhibition de leur amygdale, le centre nerveux de leur peur. Notre héros et ses acolytes (qui l’assisteront très brièvement) vont avoir affaire à des personnes qui, déjà instables psychologiquement, possèdent une force démesurée et qui n’ont plus peur de se retenir. Bien sûr, certains reconnaîtront la signature d’adversaires très caractéristiques tels que Bane ou l’Épouvantail, mais c’était sans compter l’apparition du mystérieux Lapin Blanc, une femme qui croisera la route à de nombreuses reprises du héros.

La deuxième partie de l’intégrale est centrée sur une affaire d’enlèvement et l’exploration du passé de l’Épouvantail. Ce dernier est en train de concevoir une nouvelle toxine. Inspiré des travaux de son père, un chercheur qui a voué sa vie à l’étude des mécanismes de déclenchement de la peur, il kidnappe des enfants qu’il traumatise affreusement en les poussant à bout. Les enfants sont ensuite relâchés, leur cerveau disjoncté, histoire de narguer les forces de police mais surtout d’attirer l’attention de Batman. En effet, celui-ci s’avère être sa cible principale, son sujet d’étude ultime. En pleine folie ou réflexion, l’ex-professeur Jonathan Crâne va se replonger dans ses souvenirs de jeunesse et les sévices que lui faisaient subir son père pour ses recherches.

LA SURENCHÈRE AU SERVICE DU SCÉNARIO

Gotham City, une ville qui vous apprend plus sur vos peurs qu’aucune autre ne saurait mieux le faire. Une phrase qui aurait pu résumer le contenu et les intentions de cette série. Il faut savoir que les récits de cette intégrale sont la suite spirituelle du tome Batman – La Nouvelle Aube, et qui donnait déjà le ton, à savoir un sentiment noir qui côtoie le gothique et le surnaturel. Dans cette histoire il apparaissait des créatures et des rites sataniques. Dans cette intégrale, les démons se manifestent par le biais des ennemis de la chauve-souris et de leurs démons intérieurs. Psychologiquement, il y a bien quelque chose d’intéressant à creuser mais pas de quoi s’émerveiller; La faute à des scènes d’action beaucoup trop présentes ou des scènes gores qui ne suffisent pas à masquer la pauvreté du scénario. Pas de révélation ou de retournement de situation, juste deux enquêtes simples qui trouvent leur début et leur fin dans ces pages

Le plus frappant est la première partie qui pourrait limite être comparée à des niveaux successifs d’un jeu vidéo. On voit ainsi se succéder des ennemis tels que Double Face, Le Ventriloque, Gueule d’argile, Deathstroke ou Bane. Et si on rajoute les membres de la Ligue de Justice comme Flash, Wonder Woman ou Superman, on a plus affaire à du fan service qu’à une vraie distribution de rôles. Enfin, le Lapin Blanc est un personnage qui s’avère assez vide et très cernable tant les dialogues assistent trop facilement le lecteur.

Là où la première partie misait sur son action permanente, la deuxième se démarque vraiment par son ambiance plus macabre. L’Épouvantail est parfait dans ce type de rôle, un psychopathe prêt à s’automutiler pour imposer sa vision de la (sur)vie. Les paroles, les souvenirs et les pensées qu’il partage avec le lecteur renvoient à des scènes de certains thrillers comme Psycho de Hitchcock ou Seven de David Fincher. Mais malgré ce bel emballage de noirceur (et de gore), le scénario reste très classique et prévisible. Il n’y a rien que l’on n’ait pas déjà vu chez Batman. A noter que l’on retrouve aussi certains éléments de la saga de jeux vidéos Batman Arkham comme le venin Titan ou certains dialogues de l’Épouvantail à Batman, un clin d’œil qu’apprécieront les fans mais que les plus exigeants qualifieront de facilité scénaristique. Le récit reste divertissant à l’œil mais une fois que vous aurez lu ses pages, vous aurez l’impression d’avoir fait le tour.

DAVID FINCH EST DANS LA PLACE

Autant vous le dire de suite, David Finch reste un bon dessinateur. Si on ne regarde que la partie graphique pure, c’est une réussite dans l’ensemble mais avec certaines inégalités. Les personnages semblent tous avoir de très beaux yeux et sont surtout très jeunes. Sinon, les héros et vilains sont bien rendus, bien proportionnés pour les uns, déformés voire difformes pour les autres. On sait rapidement faire la distinction. Bane est démesurément musculeux, l’Épouvantail est chétif voire rachitique, Gueule d’argile est l’amorphisme incarné…

De plus, l’auteur arrive bien à retranscrire leurs émotions comme la peine, la fragilité, ou l’indifférence. Il n’y a qu’à voir les scènes de Bruce/Damian ou Jonathan Crâne/la fillette captive pour s’en assurer. Le Lapin Blanc est très bien mis en valeur. Réduite à une vraie pin-up, on ne sait pas si l’intention venait de Finch ou de Jenkins pour la caractériser, mais ses poses sont plus qu’aguicheuses. Une copie de Catwoman mais dans un costume de lapin. Ses apparitions ont plus d’intérêt pour l’attrait graphique de ses courbes que son développement personnel. Voilà des raisons pour lesquelles on n’a que peu revu ce personnage par la suite. Dommage.

La première des deux intégrales de Batman Le Chevalier Noir est un divertissement, juste un divertissement. Ne vous attendez pas à des récits plus sombres, lugubres et sales sur Batman, il n’ en est rien. L’ensemble reste très classique et donc une probable déception pour ceux qui s’attendaient à vivre de nouvelles expériences. Réservé à ceux qui aiment les plaisirs coupables et l’action à outrance sans réelle réflexion.

Moyen / 10 Notre avis
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Les +
- Ambiance thriller qui marche assez bien
- Les rares scènes de développement psychologique
- Les dessins de David Finch
Les -
- Jenkins qui n'a pas su cerner les intentions de cette série Batman Le Chevalier Noir
- L'action dans la démesure
- Des antagonistes classiques voire sous-développés
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