Il y a deux ans de cela, et après de longues années de gestation, parvenait enfin dans nos librairies Wonder Woman Earth One, collaboration entre le talentueux auteur écossais Grant Morrison et le non moins talentueux dessinateur Yanick Paquette. Le comics fut une franche réussite, que ce soit d’un point de vue critique ou économique, réussissant parfaitement à nous proposer une origin-story assez intelligente et originale pour marquer les esprits. Il ne fallut donc pas attendre bien longtemps avant de voir une suite pointer le bout de son nez. Ce qui doit constituer la seconde pierre de cette trilogie est donc maintenant sortie, alors est-ce qu’elle tient toutes ses promesses ?

Le comics prend donc la suite du premier volume qui nous contait à l’époque les origines modernisées de Wonder Woman et ses premières interactions avec le monde des hommes. Ici on suivra la suite logique de ces événements, donc l’explosion du personnage aux yeux du grand public. L’histoire se centrant autour de la réaction de notre société face à cette amazone immortelle prêchant un mode de vie, à des années lumières du notre, basé sur l’amour et la soumission. Et bien entendu ces réactions ne sont des plus contrastées Là se trouvera tout le propos de ce récit quant à l’opposition intrinsèque entre notre monde et celui des amazones.

Des dessins magnifiques et une histoire intéressante

Ce qui frappe tout de suite, bien qu’étant de toute manière assez attendue, en connaissant le talent du dessinateur, c’est la beauté de l’ensemble. Les dessins de Yannick Paquette sont toujours d’une grande beauté. Les personnages sont tous beaux et expressifs, tandis que le dessinateur réussit aussi à construire des décors toujours impressionnants, surtout pour tout ce qui touche aux amazones. Il y a toujours ce mélange entre des designs d’inspirations antique et futuriste qui fonctionne vraiment bien. Il ajoute aussi, dans ce deuxième volume, une grande variété de tenues pour Wonder Woman, dont une qui promet même de faire débat. Et il ne faut pas non plus omettre le fantastique travail de Nathan Fairbairn sur les couleurs, ce qui achève de nous gratifier d’un comics tout bonnement magnifique.

Du côté de l’histoire le récit est bien rythmé et bien écrit, tandis qu’il se permet, tout comme le premier tome, de reprendre beaucoup d’éléments et de thèmes inspirés des comics de Martson. Ce qui est déjà assez original en soi et lui permet de se démarquer assez largement de tout ce qui peut se faire du côté de l’univers classique. Cet univers parallèle lui permet aussi de réinventer complètement d’anciens personnages. Dans cette optique Morrison reprend Docteur Psycho, un ennemi de Wonder Woman vieux de plus de soixante ans. A la base vieux savant fou télépathe, ici il devient une sorte d’artiste capable de manipuler les esprits, qui sera engagé par le gouvernement pour détruire l’amazone. Pour se faire il l’obligera à s’isoler de tous ses amis, tout en la faisant remettre en question tous ses idéaux. Avec ce personnage on peut penser que Morrison voulait mettre en avant le thème des relations toxiques dans les couples, avec Zeiko en tant que représentation de l’idée du pervers manipulateur. Ce côté du personnage est vraiment intelligemment introduit, ce qui nous met face à un antagoniste vraiment bien écrit. Cependant cette idée de manipulation n’est pas le seul thème abordé par le personnage, il amène aussi avec lui un questionnement quant à la façon qu’ont les amazones d’elles aussi manipuler les esprits. Et c’est d’ailleurs à ce moment-là que le bât blesse.  

Des thématiques intéressantes, mais malheureusement seulement effleurées

Ce tome 2 fourmille d’éléments de réflexions, sur notre société, sur notre rapport aux femmes, ainsi que sur la possibilité d’une société fondé sous l’égide de l’amour. Par exemple lors d’une conférence, Wonder Woman se voit poser une question sur sa légitimité à représenter les femmes du monde entier, alors que celle-ci arbore un physique totalement irréel. C’est une question pertinente, qui peut d’ailleurs nous ramener aux débats qu’avaient engendré la nomination du personnage en tant qu’ambassadrice de l’ONU, ce qui était sans nul doute voulu par l’auteur vu la concordance des dates. Cependant, la réponse est rapidement évacuée par une petite blague et ne sera plus jamais discuté par la suite. Et c’est presque la même chose pour l’ensembles des questionnements qui existe dans ce volume. La manipulation des esprits de la part des amazones. La société et l’amour. La soumission envers les femmes. L’abandon de ses idéaux. Ce sont tant d’idées lancées, elles existent, mais ne sont jamais vraiment développées. Ce qui a pour effet qu’à aucun moment le lecteur n’est vraiment amené à se poser des questions sur la société, ni sur sa façon de penser. Le récit n’ose pas nous pousser dans nos retranchements.

Ce manque d’exploration est sans doute plutôt lié au format imposé par la gamme Earth One, qu’à un réel manque de volonté de la part de l’auteur. En effet le tome semble sans cesse lutter contre les contraintes de format qu’impose cette gamme. Parce-que plus qu’un manque d’exploration, c’est un manque d’approfondissement global que subit cette suite. Tout ce qui touche aux personnages secondaires est vraiment trop peu développé. Les personnages de Steve Trevor et Beth n’ont aucun vrai développement, leurs situations restant à peu de chose près exactement similaire à celles du premier tome. Ils n’ont pas réellement le droit à des arcs narratives personnels Ce qui est d’autant plus dommageable que, comme dit plus tôt, une partie du plan de Zeiko repose sur le fait d’isolé Diana de ses amis. Mais si ses amis ont une place bénigne dans l’histoire cela rend de ce fait son plan moins percutant pour nous lecteurs.

A tout ça s’ajoute des éléments peu pertinents insérés au sein du récit, comme l’introduction d’intrigues, et d’un personnage surtout, spécialement destinés à la mise en place de l’histoire du troisième volume. D’ailleurs on ne peut totalement effacer l’impression que ce tome sert seulement à mettre tous les éléments en place pour ce futur troisième volume. Ce qui constitue sans doute le plus gros point noir de ce tome.

En somme nous tenons devant-nous une suite appréciable et magnifique visuellement, mais qui ne tient pas toutes ses promesses. A la fin de la lecture on ne peut s’empêcher de se demander si ce récit n’aurait pas mérité sa propre série pour donner la possibilité à l’histoire de s’épanouir à un rythme plus naturel. A cause de ce format le récit semble coincer, incapable de se développer à un rythme qui devrait être le sien. En somme ce tome ne fera, malheureusement, pas marque dans la carrière de Grant Morrison, cependant il reste assez original – et bien mieux écrit- que tout ce qui se fait à côté sur le personnage pour nous procurer une bonne lecture. 

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- Magnifique de bout en bout
- Une belle réinvention d’un vieil antagoniste
- Des thèmes intéressants…
Les -
- … mais beaucoup trop peu développés
- Une impression désagréable de simple mise en place de la suite
- Des personnages peu, voir pas utilisés
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Cielo
Cielo

hum pas mal

Martianlegacy
Martianlegacy

Arf… tellement je deviens fou devant ces dessins. L’intérêt pourrait donc être d’attendre la suite pour lire l’ensemble (en VF pour moi) ?