– Ce… Ce parc me fait peur, Monsieur Champion !
– Cela n’a pas toujours été ainsi, mon garçon, il fut un temps où tout était entretenu, la bonne époque…
– Que s’est-il passé ?
– Les joueurs sont progressivement partis, les actionnaires aussi, et sans rémunération, les agents d’entretien ont fini par partir…
– C’est… C’est triste… Tu ne trouves pas, Blue ?
– Oh si, je suis en larmes, sortons les mouchoirs ! Voilà, maintenant, vu que tout le monde a fini son trip dépressif, est-ce qu’on pourrait en savoir plus sur le monstre qui est censé roder dans le coin.
– Atari Force vous protégera, c’est une promesse !
– Certes, mais il faudrait peut être penser à être un peu moins confiant, et un peu plus pragmatique concernant ce qui risque de nous tomber sur la gueule !
– Je comprends votre inquiétude.
– Merci !
– La créature dont nous devons nous méfier est un centipède…
– Vous rigolez là ?
– … de quinze mètres de long.


Alors avant toutes choses, pour ceux ignorant tout du jeu dont nous allons parler, Centipede, c’est çà :

Sorti en 1980 sur borne d’arcade, le jeu met deux ans pour se frayer un chemin jusqu’aux maisons des joueurs, n’arrivant sur Atari 2600 qu’en 1982. Acclamé par la critique et joueurs, le titre aura droit à une suite, Millipede, rajoutant quelques nouveaux insectes, et plus d’une vingtaine de clones officieux du jeu verront le jour. Pour résumer le scénario, un gnome/lutin refuse de laisser les insectes d’installer dans son jardin, et… c’est tout.  Rien, nada, hormis le résumé sur la jaquette du jeu, aucune information n’est fournie, et une fois le bouton start enfoncé, le mille-pattes commence à descendre vers le bas de l’écran,  la personne tenant la manette ayant la charge de l’en empêcher le plus longtemps possible jusqu’à avoir épuisé toutes se vies.  Ainsi, en 1983, en pleine crise du jeu vidéo, suite à la création d’Atari Force, DC est recontacté par l’éditeur afin d’adapter en comics les aventures du lutin. Roy Thomas ayant travaillé sur les précédents projets inter compagnies, il est naturellement sollicité, mais le bonhomme leur répond plus ou moins d’aller se faire foutre, et n’a pas particulièrement tort de le faire si il veut avoir une carrière. Gerry Conway, partenaire de travail de Thomas, n’a lui non plus, ni le temps, ni l’envie de s’engager dans cette aventure bancale. Mais voilà, DC a passé un contrat, et doit se débrouiller pour l’honorer.

Ainsi, est dépêché Howard Post pour donner au futur titre à venir une tonalité plus enfantine Le monsieur a un solide dossier, et brille par son ancienneté, travaillant déjà pour DC lorsque la société s’appelait encore National Comics Publications. Il a notamment travaillé comme dessinateur chez Harvey Comics, spécialisée dans les histoires pour enfants, et en dépit d’une série préhistorique, semble avoir trouvé sa voie dans le cartoon enfantin. Pour l’anecdote, après son travail sur Centipede, le scénariste/dessinateur partira en 1984 chez Marvel pour illustrer certaines licences de l’imprint Star, licences telles que les Bisounours. Pour l’accompagner dans sa tâche, viennent l’épauler sur le projet, dont il assure à la fois le scénario et les dessins,  Andrew Gutelle, futur nominé aux Emmy Award dans la catégorie meilleur scénario pour une série télévisée pour enfants ou enfants d’âge préscolaire, Robert Smith, encreur de Plastic Man et Super Friends, et Neal Pozner, premier production designer de DC à l’imagination débordante. Car oui, tout est à inventer, puisque les créatures présentes dans le jeu ne sont, même pour les plus imposantes, qu’un alignement de quelques pixels. Contrairement aux autres comics inter compagnies Atari/DC ayant bénéficié d’une mini-série, il n’est laissé à l’équipe qu’un one-shot de 30 pages, avec comme seul point de départ un synopsis d’une ligne. Et voilà comment DC se retrouve à avoir un tel titre dans son catalogue…


– Résumé, s’il nous tombe dessus, on est mort.
– Blue, ayez confiance en nous !
– Mais j’ai confiance, enfin, plus ou moins… Je me demande juste comment vous arrêterez une telle créature ? Avec vos poings?
– Regardez çà, Blaster DL-44 nouvelle génération, nous en sommes tous équipés ! Il me rappelle la bonne époqu ! Des enfants qui jouaient, la barbe à papa…
– Oh non, pas la séquence flashback !
– … les maisons étaient faites de champignon, tous les intervenants avaient le sourire !
– Non, mais c’est mort, PAS DE FLASHBACK !
– A… Allez Blue, laisse le raconter cette histoire, j’ai envie de l’entendre !


Dans la forêt enchantée, vit un jeune elfe, Oliver, qui est le plus petit des siens. Tous les midis, il traine avec ses potes Scorpion –pas le groupe-, Araignée, Puce et surtout Mille-pattes, avec lesquels il s’amuse et mange. Lorsque 13h sonne, il les quitte pour retourner travailler chez lui. Mais un jour, sur le chemin, un Sorcier maléfique l’observe du haut du Mont Mushmore, et prévoit un mauvais coup. Armé d’une baguette magique prenant la forme d’un simple bout de bois, il transforme les champignons (mushroom) dont s’occupe Oliver en bouillie (mush) infâme. Le père du héros comprend tout de suite que cette situation est due au Magicien, ce dernier n’en étant pas à sa première infraction, car voulant que les habitants quittent leur village situé à proximité de sa maison. Le problème, c’est que ces exactions n’ont pas vraiment l’effet escompté sur la population qui se décide enfin à aller lui péter la gueule en bonne et due forme. Malheureusement, le Sorcier a prévu le coup, et réussit à tous les transformer en champignons pourris. Pendant ce temps, le plus petit des elfes ne se laisse pas démonter, et se met au travail, abattant les plantations endommagées par le maléfice. Le méchant, se faisant pousser des ailes, retourne au village et y trouve Oliver. Essayant de le toucher avec sa magie, il n’arrive pourtant pas à l’atteindre, l’elfe étant trop petit. Trop absorbé dans sa traque de l’enfant, le Saroumane du pauvre ne se rend pas compte qu’il est en train de foncer sur une cheminée,  et se la prenant en pleine face, titube et laisse au héros une opportunité de s’enfuir.

Oliver se saisit de la baguette magique de son adversaire, tombée sur le sol, et est emporté à l’autre bout de la forêt. Le Sorcier, sonné, utilise sa boule de cristal afin de localiser sa cible, puis se rend à l’Enchanted Bug Social Club afin de demander de l’aide aux insectes en pleine partie de poker. Ces derniers refusent logiquement de l’aider à capturer leur ami, mais utilisant… l’hypnose ? … le Magicien les contraint à l’aider. Néanmoins, bien que la première partie du corps du Mille-pattes soit totalement contrôlée, le reste du corps a été épargné. La dernière paire de pattes se soustrait au regard du reste du groupe, et court vite avertir Oliver. Très vite rattrapés par leurs poursuivants, 2Pattes et le petit elfe se réfugient au sommet d’un arbre, quand soudain, Araignée sort de nulle part et se jette sur eux. Utilisant la baguette magique, notre héros la transforme en champignon, et fait de même sur ses autres amis hypnotisés, à l’exception de Mille-Pattes qu’il sépare en 499 paires. Observant la scène de loin et pensant avoir gagné, le Sorcier sort de sa cachette, et le cultivateur de champignon en profite pour l’obliger à retirer l’hypnose qui touche ses amis. Cela étant fait, il rend leur apparence à Scorpion, Puce et Araignée, ainsi qu’à ses parents. Le méchant lui supplie de l’épargner, et Oliver use de ses nouveaux pouvoirs pour le rendre gentil. Tout est bien qui finit bien !

Pour l’anecdote, en 2017, Dynamite a aussi conclu un contrat avec Atari dans le but d’adapter le jeu une nouvelle fois en comics. Et, comment dire, les créatifs ont décidé de prendre une direction légèrement différente….


– J’ai… J’ai bien aimé votre histoire, Monsieur Champion !
– Merci, jeune homme !
– Et vous, Blue, qu’en avez-vous pensé ? Blue ?!!
– Vous vous souvenez tout à l’heure quand vous m’avez dit que vous vous occuperiez du centipède géant ?
– Nous sommes Atari Force, nous vous protégerons quoi qu’il en coute !
– Alors c’est le moment pour vous de le prouver !
– Il… Il est énorme !
– C’est ce qu’elle disait…
– Blue ! Tu… Tu crois vraiment que c’est le moment de faire des blagues ?
– Non, le moment est venu de se tirer ! Cours Billy, cours pour ta vie !

A SUIVRE

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