– B… Blue ?
– Ouais, Billy ?
– Qu’est-ce qu’on fait là ?
– C’est-à-dire ?
– Ben… qu’est-ce qu’on fait à un enterrement ?
– On attend que les gens partent, on se barre avec les fleurs, et on va les vendre sur le marché.
– Q… QUOI ?!!
– Non mais t’es stupide ou quoi ? À ton avis, qu’est ce que tu veux qu’on foute à un enterrement ?
– Se… Se recueillir ?
– Voilà !
– Mais je sais même pas qui on enterre !
– Pas « qui », mais « quoi »….
– Et on enterre quoi ?
– Mon enfance Billy… Mon enfance…


« Au lieu de tenir juste six mois, on est en 2018, on a fait onze ans, et on peut être satisfaits de ce que nous avons fait ! » C’est sur ces mots que Sébastien Ruchet, PDG de Nolife, mettait un point final à cette longue et belle aventure. Mais revenons au début.  Avant même l’idée de créer une chaîne, il y a deux passionnés. :  Alex Pilot, créateur de la série Bitoman -que je vous conseille très fortement-, ayant transité par AnimeLand et Game One –encore  C : à l’époque-,  et futur directeur des programmes et réalisateur sur Nolife, et Sébastien Ruchet, ayant lui aussi travaillé chez AnimeLand.  En 1999, les deux hommes, accompagnés de Grégoire Hellot, s’associent pour créer le premier sentaï français : France Five. Costumes colorés, méchants en carton-pâte voulant détruire la Terre , pour ceux à qui Ultraman ou Kamen Rider ne diraient rien, l’adaptation américaine de ce genre cinématographique, Power Rangers, devrait plus vous parler. Par ailleurs, simplifier autant reste un tantinet insultant lorsque l’on sait qu’ayant eu peur que des acteurs japonais ne convainquent pas à l’international, dans les premières saisons des rangers américains, seules les séquences de combats des séries japonaises avaient été gardées, et le reste avait été retourné avec des acteurs made in USA.  En dépit d’une production low-cost, France Five réussit néanmoins à rendre hommage au sentaï, et Red Fromage, Black Beaujolais, Blue Accordéon, Yellow Baguette ainsi que Pink à la Mode s’imposent au Japon, la série y gagnant un prix, et un fan-club se créant autour de celle-ci. C’est une victoire pour l’équipe !

Toi aussi joue avec les France Five ! Trouve Red Fromage, Black Beaujolais, Blue Accordéon, Yellow Baguette et Pink à la Mode

Les années s’écoulent. Alex Pilot et Sébastien Ruchet tentent de proposer de nouveaux concepts d’émissions aux grandes chaines. Ces dernières refusent systématiquement, considérant les émissions proposées comme pas assez grand public, et les deux amis commencent à être fatigués de frapper à toutes les portes. Ainsi une idée née, l’idée de créer une nouvelle référence/terre d’accueil pour les passionnés de culture pop japonaise et de jeux vidéo : Nolife. En 2007, la chaîne commence à diffuser et… se casse la gueule…  La volonté est là, la passion aussi, mais l’argent manque. Heureusement, Ankama –si Ankama, Dofus, Wakfu, tout ça tout ça- sauve l’entreprise d’une mort annoncée. Quatre ans plus tard, Nolife se classe dans le top 10 des audiences des chaines visant les 15-34 ans. Et cela n’est pas du au hasard. Le contenu proposé est unique, et les différentes émissions évitent de rester en surface, et vont au fond des choses. Chacun peut y trouver son compte que ce soit en matière de jeux de rôles avec 1D6 présenté par le cultivé Julien Piroux, de jeux vidéo avec Chez Marcus, de Japon avec la pétillante Suzuka , de bandes dessinées avec Davy Mourier –qui créera  plus tard La Petite Mort– ainsi que de musiques, pour la plupart tout droit venues du pays du Soleil levant, fièrement défendues par Caroline Segarra. Bien que mettant en valeur des artistes peu connus et exotiques, une partie du public reprocha néanmoins le trop plein de clips dans la grille des programmes. Il est, pour la défense de Nolife, nécessaire de préciser que pour pouvoir continuer à diffuser lesdits clips, Alex Pilot était tenu de consacrer la moitié du temps d’antenne à de la musique. La chaîne contribue aussi à découvrir de nouveaux talents qui connaîtront plus tard le succès, comme Monsieur Poulpe, et sert de plateforme de lancement à un certain nombre de web-séries qui lui doivent une grand partie de leur renommée: Noob, Le Visiteur du Futur, Nerdz, et Flander’s Company pour ne citer qu’elles. Malheureusement pour la création d’Alex Pilot et Sébastien Ruchet, en dépit de la qualité évidente de l’offre proposée, le manque de ressources financières met petit à petit de plus en plus en péril la chaîne qui se retrouve en redressement judiciaire en 2016 et qui ne s’en remettra pas. Le 1er avril 2018 –ce qui n’était pas le meilleur des timing-, le PDG de Nolife annonce la fin de cette grande aventure en de nombreux points précurseuse. Certes, il est vrai que Nolife « c’était mieux avant, quand c’était vivant », mais, en guise de consolation, plusieurs générations dont la mienne n’oublierons jamais que « Non, il y a pas que la vraie vie dans la vie ! ».


– Allez, rentrons !
– Oui, mais…
– Mais quoi, Billy ?
– Madame Summers nous a dit qu’il était conseillé de trouver  un mini-stage de 3 jours pendant les vacances pour nous faire découvrir la vie en entreprise. Tu… Tu en penses quoi ?
– J’en pense que Scott a merdé en épousant cette pinbêche et qu’il n’est jamais trop tard pour réaliser sa connerie…
– C’était… C’était gratuit !
– Rien à foutre…
– T’es pas juste énervé à cause de l’enterrement, hein ?  C’est à cause de Joanie, c’est ça ?
– Ok, on va faire un deal ! Tu laisses Joanie où elle est, et moi, je te trouve un stage !
– D… Deal !
– Chut, ça sonne.  Allo ?  Oui, Caleb ?  Comment ça va ? Dis-moi, ça te dirait de prendre un stagiaire gratos pour trois jours ? Oui, ne t’inquiète pas, il sera parfait, il fait le café, au sens propre, comme au figuré ! Eh bien parfait, merci, tu me sauves ! Tchao ! Voilà Billy, c’est réglé pour ton stage, maintenant tu me lâches…
– Mais… Mais… Je vais le faire où ?
– Chez la crème de la crème des vilains, à la Flander’s Company !


Comme vous l’aurez compris, Nolife a marqué mon enfance et mon adolescence, période où je me suis construit. Mais sans la Flander’s Company, il est quasiment certain que je ne me serai jamais retrouvé à écrire des chroniques sur DCPlanet, et encore moins intéressé aux comics super-héroïques. En 1998, Ruddy Pomarede se lance dans la création d’une web-série nommée Damned, dépeignant, en gros, parce qu’il y a 7 saisons et que c’est un tantinet compliqué à résumer, une guerre divine entre les anges et les démons, avec  les humains au centre. Ne nous mentons pas, les premières saisons ont assez mal vieillies bien qu’elles restent amusantes à regarder, mais la série s’améliore progressivement jusqu’à  la saison 7, sortie récemment, et bénéficiant d’une qualité de production assez impressionnante pour une œuvre amateur. Dans cet univers, le nom Flander’s Company apparaît à plusieurs reprises, mais désigne plus un crew de vampire servant les intérêts des démons que l’entreprise au cœur de la série qui sortira bien des années plus tard. Partie d’un simple délire entre potes un peu bourrés s’étant rencontrés autour de projets de films amateurs réalisés dans le cadre du festival Cartoonist, l’idée de  Flander’s Company restera des années dans les cartons jusqu’en 2008, année à laquelle Ruddy Pomarede, épaulé par Bastien Gilliet, proposera la série à Nolife. À noter que les locaux d’AnimeLand –oui oui, on y revient- serviront de lieu de tournage.

Mais alors Flander’s Company, qu’est-ce que c’est ? Tout bon justicier a besoin d’un bon super-ennemi. Ainsi, la Flander’s se charge de recruter et former la crème de la crème du vilain, afin de proposer à divers héros en manque de némésis à combattre, des contrats. En somme, ils servent le mal, mais surtout, ils le servent bien. La première saison 1 voit se succéder des formats courts suivant les entretiens d’embauche menés par Hyppolite Kurtzmann ( Frédéric Hostein). Anciennement connu sous le nom de Sado-Man, et devenu DRH, il partage les locaux de la société avec d’autres individus excentriques :  Caleb (Ruddy Pomarede), chercheur paresseux et confectionneur d’explosifs malgré lui , ce qui provoque couramment la colère d’Armand Trueman (Simon Brochard), PDG machiavélique fier de ses cheveux, mais qui provoque aussi l’exaspération de Cindy Trueman (Clémence Perrot), nièce du patron, et barbare aimant le carnage et la boucherie. De ce fait, afin d’éviter que tout cela dégénère, le Docteur Parker (Vincent Ladeuille), psychologue du travail légèrement candide est là pour calmer tout le monde. Par la suite, la série se permet plus de libertés, avec des intrigues réparties sur l’ensemble de la saison. Les différentes péripéties permettent d’explorer une énorme variété de concept comicsbookiens et de détourner les codes américains du 9ème art. La saison 4, centrée sur le concept de Multiverse avec ses réalités/Terres parallèles dans lesquelles nos héros rencontrent leur contrepartie œuvrant pour le bien rappellera par exemple la Earth-3 de DC Comics. S’épanouissant dans la référence, la force de la série, en plus de suivre des personnages parodiques inventés pour l’occasion, mais aussi des protagonistes déjà existant tirés des différentes maisons d’éditions, est de placer tout ce beau monde dans un contexte bien trop peu  exploité dans le matériau originel : la vie courante. Car oui, c’est bien beau de se castagner, mais la vie de vilain ne se résume pas uniquement à ça. Ainsi, il sera possible de suivre les aventures des membres de la Flander’s dans des situations telles qu’un clip musical promotionnel de leur entreprise, une psychanalyse du Docteur Fataloose et du Team-up de ce dernier avec Luthor, mais aussi la grande soirée annuelle où héros et vilains, de Catwoman à Captain America, déposent les armes un instant, se réunissent pour faire la paix, et font la fête. J’aurais pu, afin de justifier le nom de ma chronique, vous lister le nombre de crossovers entre les différentes licences et héros, mais ce n’est pas mon but. Mon but, est avant tout que vous alliez jeter un œil à la série. De plus, pour ceux commençant à me connaitre un peu, vous vous doutez bien que je n’ai pas choisi d’y consacrer un article sans raison. En effet, pour ceux l’ignorant encore, Flander’s Company revient enfin pour une cinquième saison, aidée de la Team OLYDRI, à l’origine de Noob, qui plus est tournée en partie à Toulon –vous, vous vous en foutez, mais moi, dès qu’il s’agit de parler de ma ville, et à plus forte raison en bien, je réponds toujours présent-. La quasi-totalité de l’équipe travaillant habituellement sur Flander’s, que soit celle de la première saison, ou les interprètes des personnages étant devenus par la suite emblématiques de la série tels que Gladys (Laurent Charrier), Carla (Maryline Martin), Kevin (Anthony Delplace), Nadège (Caroline Segarra) ou George Trueman (Nicolas Galgani) ont répondu présents, et autant dire que niveau crossovers, entre du Stark v Wayne et du Star Wars/Harry Potter, vous risquez d’être servis.

To be or not to be Terry Gilliam ?

– Ça a l’air particulier… Mais… Merci !
– Billy, trois jours sans t’entendre te plaindre, ça va me faire des vacances !
– T’es… T’es agressif depuis que Joanie t’a largué !
– Elle m’a pas vraiment largué… Ça s’est fait d’un commun accord !
– Elle est partie avec la TV, a découpé certains de tes vêtements aux ciseaux, et a mis le feu à ton placard.
– C’est sorti de son contexte.
– Ben… Ben voyons !  Qu’est-ce que tu as fait pour l’énerver à ce point ?
– J’ai par inadvertance jeté son chat par la fenêtre…
– Par inadvertance ?
– L’erreur est humaine.
– Tu détestais ce chat.
– Porter des accusations sans preuve, c’est mal, tu sais.
– Alors qu’est-ce qu’il s’est passé ?
– Je me suis appuyé sur un bord de la planche à repasser qui traînait dans le salon. Le chat était malencontreusement endormi sur le bord opposé. J’ai catapulté le chat à travers la fenêtre.
– Ça veut pas dire que tu l’as pas fait exprès !
– Crois ce que tu veux.
– Attends, tu… tu l’as vraiment pas fait exprès ?  

– Je ne sais pas Billy, si tout le monde le pense, quelle importance ?
– Mais… Que…
– Si tu veux survivre pendant tes 3 jours à la Flander’s, il va falloir que t’évites d’être aussi facilement désarçonnable. En ce moment même, Monsieur Kurtzmann doit déjà être en train de prendre les paris avec Monsieur Trueman et sa nièce sur tes probabilités de survie.
– Mais… Je vais jamais m’en sortir !
– Pas mon problème. Fallait pas m’emmerder avec Joanie !  


Un C for Crossover un peu différend de d’habitude, moins accès sur la déconne, et plus  intimiste, mais qui me tenait à coeur. Enjoy !

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Aahhh La Flander’s Company, une de mes premières web-série que de bon souvenir.

Content qu’il y ait une saison 5.