On est en droit d’imaginer que l’attitude de nombreux fans, avant d’aller voir Justice League, relève de la prudence. L’enthousiasme savamment entretenu par la promo de Batman v Superman et Suicide Squad, s’il a porté ses fruits au box-office, a en revanche entraîné un retour de flamme d’autant plus violent sur les critiques. De même, les bruits glanés au sujet de la production de ce cinquième chapitre du DCEU avaient de quoi inquiéter : casquettes dédoublées de réalisateur, reshoots intensifs, budget du film revu à la hausse, moustache embarrassante à effacer en post-prod, poids des erreurs des films précédents à traîner, etc. D’un autre côté, Wonder Woman semblait presque autoriser les fans à espérer à nouveau, son ton lumineux laissant entendre, peut-être, que certaines leçons avaient été tirées. En somme, au moment d’entrer dans la salle, le fan ne veut pas se faire avoir une troisième fois, mais veut bien donner sa chance. C’est justifié, et, probablement, ça ne peut qu’améliorer la perception du film.

Tandis que le monde fait le deuil de Superman, une autre menace s’élève, annoncée par l’apparition d’être mystérieux sur la planète. Batman et Wonder Woman tentent de rassembler une équipe pour s’y opposer – mais auront-ils assez de temps pour les convaincre tous de se joindre à eux, et, le cas échéant, sauront-ils de taille, en l’absence de l’Homme d’Acier, à faire face au danger qui les attend ?

Ce résumé le souffle à demi-mot : le scénario de Justice League ne réinvente pas la roue. Le schéma imposé par Les Sept Samouraï est repris à la lettre, à savoir qu’un ennemi se présente, trop redoutable pour être vaincu par un seul protagoniste, aussi il doit rassembler d’autres héros pour accomplir la mission qui lui incombe, ce que l’équipe assemblée pour l’occasion finit par faire en définitive. C’est probablement une faiblesse que les critiques de Libé’ ne vont pas manquer de remarquer, mais elle avait aussi marqué Wonder Woman qui, malgré ça, avait réussi à séduire les fans – et le grand public dans la foulée.

Davantage de bienveillance pour les personnages

Or, là où Wonder Woman se détachait des précédents volets du DCEU, c’était dans son approche traditionnelle de l’Amazone, dénuée de volonté de la déconstruire. Justice League s’inscrit dans cette lignée, et affiche davantage de bienveillance envers les personnages qu’il présente que Batman v Superman ou Man of Steel. Cette attitude frise l’incohérence avec les précédents chapitres, par exemple en avalant le statu quo initial du film – « le monde pleure la mort de Superman » – on hausse les sourcils en se demandant à quel point ce deuil mondial est crédible compte tenu du portrait qui était brossé de Superman dans les deux films précédemment cités. Justice League a le bon goût de ne pas trop s’embarrasser de cet héritage encombrant et propose, dès ses toutes premières secondes, des protagonistes beaucoup plus lumineux que ceux qui nous avaient été présentés auparavant.

Jusqu’au bout, Justice League se tient à cette règle et l’appuie, à grands renforts de plaisanteries et de signes de camaraderie entre ses protagonistes. En découle une légèreté qui ne manquera pas de faire penser à la concurrence, mais qui soutient efficacement l’intérêt du spectateur. Le pathos n’est pas tout à fait absent, songeons aux scènes  entre Barry et son père, ou celles avec Martha Kent et Lois Lane, toutes brèves, un peu pesantes, probablement écrites sous le règne Snyder, mais d’une certaine manière nécessaires pour présenter le personnage de Barry ou de Lois à ceux qui auraient loupé le coche, et par-là insérer la seule scène où le scénario recourt réellement à la journaliste – mais rassurez-vous, en termes de temps à l’écran et de cohérence, elle fait vachement moins potiche que dans Batman v Superman.

Cyborg, la face sombre de la Ligue

Cyborg est probablement le membre de l’équipe le plus torturé, fidèle au mal-être que lui impose sa condition, déjà partie intégrante du personnage lorsque Wolfman et Pérez l’avaient créé dans leurs New Teen Titans. Mais une fois intégré à l’équipe, et ça se justifie puisqu’il y trouve un nouveau but à sa vie, cet aspect passe davantage en retrait et ne plombe pas l’ambiance au-delà de plaisanteries légèrement plus amères que celles que lâchent ses coéquipiers – ce qui ne les empêche pas de faire mouche.

On aurait pu craindre, que sous l’impulsion de Snyder mais peut-être aussi de Geoff Johns, attaché au film en tant que producteur, le scénario passe par la case « On se tape d’abord dessus, et on cause après » pour réunir sa team, à la manière du premier arc de la déclinaison New 52 de la Ligue. Mais pressé par le tempo, le film ne s’attarde pas, à une exception pardonnable près, sur des accrocs dont l’artificialité se serait remarquée, vu que le spectateur sait que les protagonistes sont destinés à bosser ensemble. D’ailleurs, d’une manière générale, la durée du film est bien gérée, imposant un scénario peut-être linéaire mais qui évite l’écueil de se perdre en vaines sous-intrigues. Et surtout, le rythme du film lui empêche de mettre trop en évidence ses défauts, de souligner des incohérences, les faiblesses d’un plan ou l’inconstance d’un personnage. En ne s’attardant pas, on profite plus à loisir du spectacle étalé que sur des détails bancals, pour certains facilement gommés par la suspension consentie d’incrédulité. À l’inverse, Batman v Superman consacrait un temps fou à développer le plan de Luthor comme si son inventivité semblait devoir porter le film, ce qui n’a pas convaincu tous les spectateurs…

Un duo Flash-Cyborg qui fonctionne bien

Ici, Justice League semble comprendre que son atout, c’est les personnages qu’il a le luxe de s’offrir, et chacun parvient à trouver sa petite heure de gloire. Le duo Flash-Cyborg évoque tantôt celui de Wally West-Kyle Rayner dans la JLA de Morrison, tantôt celui de Changelin-Cyborg dans les New Teen Titans. En tout cas, par leur jeune âge, ils forment un contraste habile avec le trio Batman-Wonder Woman-Aquaman, qui dégagent chaque fois une présence imposante lorsqu’ils se jettent dans l’action. Parmi les membres de l’équipe, les spectateurs auront sans doute leurs favoris à la sortie du film, et le choix de ceux-ci alimentera bien des débats de geeks, mais, à la différence du premier Avengers, d’où sortaient certains néophytes sans avoir compris que Hawkeye et Black Widow étaient bien des membres à part entière des Avengers (je ne l’invente pas, c’est le cas de deux connaissances), ici l’équipe fonctionne sur son effectif réduit sans cinquième roue du carrosse qui ne saurait trop quoi faire, ni dans la salle de debriefing lorsque c’est l’heure des punchlines, ni sur le champ de bataille lorsque c’est l’heure de la castagne.

Le bât blesse un peu du côté de Steppenwolf. Vous l’avez peut-être entendu dans les premiers retours critiques, il manque un peu de saveur, à l’image peut-être du Arès de Wonder Woman en demi-teinte. Certains vont avoir du mal à pardonner cet écueil, surtout que plus tôt cette année sortait Spider-Man: Homecoming qui avait traité son méchant de manière exemplaire. Mais le développement réduit de Steppenwolf, déjà assez fade dans les comics, est quasiment forcé par la place qu’occupe la Ligue elle-même, et l’espace gagné est utilisé à bon escient. Enfin, un vilain trop imposant, comme Darkseid, aurait perdu en prestige à être défait par une Ligue novice tout juste assemblée. La médiocrité de Steppenwolf passe en définitive comme un mal pour un bien, pourrait-on dire.

Le vilain expédié, au profit de la Ligue

En revanche, les éléments de background de Steppenwolf pose quelques réels problèmes. L’utilisation des Mother Boxes, en particulier, poussera de nombreux fans hardcore de Jack Kirby à s’arracher les cheveux (non, on a pas droit à un caméo des Forever People, désolé pour le spoil mineur). Le flashback qui lui sert d’introduction laisse également dubitatif, d’abord parce qu’il n’est pas vraiment canonique par rapport aux comics et s’accorde bizarrement avec la mythologie grecque introduite dans Wonder Woman, ensuite parce qu’il plagie sans scrupule Le Seigneur des Anneaux, trahissant le manque d’inspiration des scénaristes qui n’ont rien trouvé de plus malin que de piocher dans un des plus gros succès critiques et commerciales du XXIe siècle (sérieusement, les gars, vous avez pensé que ça se verrait pas?). Une autre scène du film évoque également trop une cousine issue du même Seigneur des Anneaux pour qu’on croie à une coïncidence.

L’autre faiblesse du scénario est peut-être la manière dont est ramené Superman à la vie, et les scènes qui suivent immédiatement cette résurrection. Mais comme le disait, je crois, quelqu’un d’intelligent: « Il n’y a pas de bonne manière de ramener un personnage de fiction à la vie. » Et il n’avait peut-être pas tort. Ça ne brille pas d’inventivité, mais faute de pouvoir trouver de meilleure idée soi-même, on sera tenté de passer par-dessus.

Des thèmes musicaux connus, mais sûrs

D’autant plus que dans l’ensemble, le film marque un respect soutenu pour les comics et leurs lecteurs. Les deux scènes post-génériques ne pourront pas, à ce titre, ne pas remplir de joie vos cœurs de fanboys. Danny Elfman, de son côté, ne dote pas le film d’une bande-son inoubliable, le thème de la Ligue ne marquera par exemple pas les esprits. En revanche les thèmes déjà entendus dans des films précédents, par exemple ceux de Batman et Wonder Woman, suffisent à défendre honorablement la b.o.. Quant à ceux qui craignaient, au vu de la bande-annonce, qu’on ait affaire à un film juke-box à la Suicide Squad, ils peuvent se rassurer: hormis lors des génériques d’introduction et de conclusion, c’est à un orchestre qu’incombe la responsabilité d’accompagner le film, et non à des titres rock utilisés avec un goût discutable.

Porté par la prestance de ses protagonistes, Justice League offre en somme un spectacle tout à fait correct. Il est difficile pour un critique déjà acquis aux personnages de se faire une idée de la perception qu’en aurait un néophyte complet, mais il serait difficile de nier que des icônes comme Batman, Wonder Woman et Superman ont une résonance universelle, ce qui fera toujours un peu défaut à la bande de Tony Stark. Utilisés ici avec une prudente justesse, les membres de la Ligue sont le point fort de ce blockbuster honnête qui n’ennuie jamais et quitte le spectateur sur une note tout-à-fait optimiste. C’est vrai qu’il n’époustouflera pas autant que le Dark Knight de Nolan, mais il se prend certainement moins au sérieux. Or, après des Man of Steel et BvS dépassés par leurs ambitions, nombreux s’en estimeront soulagés.

Bon / 10 Notre avis
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Les membres de la Ligue eux-mêmes
Un optimisme trop longtemps attendu
Le rythme soutenu
Les -
Steppenwolf fadasse
D'une manière générale, une utilisation discutable du Fourth World
Peut-être trop léger pour impressionner
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