Edité par Semic, c’est à cette maison d’édition aujourd’hui malheureusement disparue que nous devons la publication de ce Batman/Punisher en France, un an après sa parution aux USA en 1995. Néanmoins, plus que satisfaire les fans de comics avides de rencontres en leurs maisons d’éditions préférées, l’idée de ce crossover était avant tout de concentrer le regard sur le personnage de Batman à l’approche de ses nouvelles aventures cinématographiques. En effet, Batman Forever sortira l’année suivante essuyant, à défaut d’un échec commercial, un échec critique cuisant surtout après les films de Burton. Ainsi, le récit Batman/Punisher découpé en deux aventures « Lake of fire » et « Deadly Knights » respectivement publiées par DC comics et Marvel s’analyse comme un OVNI tantôt nanardesque et incongru tantôt sympathique et regorgeant de bonnes idées en fonction des scénaristes. C’est parti pour la découverte d’un des rejetons des deux grandes maisons d’édition !


Lake of fire (Scénario : Dennis O’Neil   Dessins : Barry Kitson, James Pascoe)

Armé de sa subtilité habituelle et d’un uzi, le Punisher entre dans un bar (non ce n’est pas le début d’une mauvaise blague). Le malandrin attrapé par le col ne passe même pas par la case « je ne sais rien » et lui avoue où se cache l’individu qu’il recherche, Jigsaw. Contraction de « jigsaw puzzle » en référence à son visage strié de nombreuses cicatrices après que notre héros l’ait gentiment fait passer par une baie vitrée façon Edward Blake, le vilain est bien décidé à s’emparer de Gotham. Son plan, vider du carburant pour fusée dans le lac de la ville pour ensuite l’enflammer, obligeant les citoyens à en passer par lui pour obtenir de l’eau potable qu’il majorera afin de devenir l’homme le plus puissant économiquement du comté. Un méchant en somme qui, plus que faire peur à un lectorat habitué de comics pourra au moins réjouir quelques hauts dignitaires de Wall Street. Retour sur le Punisher qui arrive à l’église indiquée précédemment par son nouvel indic. Malheureusement, celui-ci se fait piéger par une fausse bonne sœur, travaillant pour Jigsaw, qui lui jette de l’eau bénite remplie d’anesthésiant au visage. Mais où va donc s’arrêter la méchanceté de ces individus ? Les drogues faisant effet – par capillarité ?- la jeune femme quitte le bâtiment après y avoir mis le feu car mettre une balle entre les deux yeux de notre héros serait trop simple. Heureusement pour lui, un homme habillé en chauve souris débarque pour le sauver. Et là, il faut vous rappeler que « Lake of fire » est la partie du comics publiée par DC comics, qui, dans un souci de continuité place sous le masque de Batman, le très apprécié – par 0.1% du public – Jean-Paul Valley.

Ce dernier, animé par le syndrome du « je décris tout ce que je fais à voix haute » tel le Spiderman de la série tv de 1978, ne tarde pas à extirper la victime des décombres. Prétendant connaitre le lieu où se cache Jigsaw, le Punisher emmène Jean-Paul dans un sauna tenu par des russes supposés mafieux et dont la seule faute et de refuser l’entrée à un mec armé jusqu’aux dents et un autre en cosplay pimp de Batman –l’occasion d’apercevoir la Batmobile histoire de vendre quelques jouets. S’ensuit une baston dans laquelle, le Punisher, de nouveau frais comme un gardon arrive à échapper à la vue de Batman après avoir tabassé quelques « Russkoffs » qui n’ont pas vraiment répliqué puisqu’il étaient en train de se reposer sans rien demander à personne -mais bon, si la deuxième moitié du 20ème siècle nous a appris quelque chose, c’est bien que les russes sont toujours des méchants . Relevant la tête, Batman voit apparaitre parmi la fumée le deux ex Machina de St Dumas, qui lui, à l’évidence, a lu le script, celui-ci lui révélant le plan du méchant. Première bonne caractérisation du personnage, Jean-Paul Valley s’énerve contre lui-même de ne pas être au niveau de Batman puis se reprend, réussissant à coincer le scientifique à l’origine de ce plan démoniaque, lui permettant d’arrêter le dispositif de pollution des eaux à coups de bulldozer sur les canalisations.

Le Punisher retrouve la trace de son ennemi, mais,à l’évidence malade du syndrome «discutons avant de tirer » se fait désarmer. S’enchaine un match de foot entre Batman et le Punisher, celui-ci défenestrant Jigsaw d’un magnifique coup de pied suivi d’une bonne réception de Batman dans le vide qui, enchainant par un amorti des deux pieds fait retourner le méchant dans le bâtiment à travers une baie vitrée –décidemment. Alors que Jigsaw est attaché, une mystérieuse voix se fait entendre : un de ses alliés vient pour le libérer. Son nom : le Joker. A noter qu’afin de faire un parallèle avec le cinéma, Barry Kitson et James Pascoe ont décidé de représenter le clown sous les traits et le design du Joker de Nicholson. Le récit se termine sur le combat gratuit de Batman et du Punisher, Jean-Paul étant vexé de s’être fait avoir par la diversion qu’était le sauna. Franck Castle attrape une grenade anesthésiante dans la ceinture de son adversaire et la lui fait exploser au visage. Franck s’en va tandis que Batman s’étouffe dans la fumée. Jean-Paul se tape un plan émo dark avec la Lune en fond, se morfondant sur son sort et se repentant auprès de St Dumas. Rideau sur cette première partie nanardesque.


« Deadly Knights », publié par Marvel, s’avère paradoxalement beaucoup plus fidèle à l’essence du chevalier noir et à l’univers du Punisher, le scénario passant entre les mains d’un autre scénariste de la saga Knightfall, Chuck Dixon. De plus, John Romita Jr assure la partie graphique de cette aventure pouvant selon la perception de son travail, être une excellente nouvelle ou une catastrophe, l’artiste ayant de nombreux détracteurs.

Deadly Knights (Scénario : Chuck Dixon   Dessins : John Romita Jr.)

Le Punisher piégé canarde à tout va, fait sauter une usine dans laquelle se trouve un homme détenant manifestement des informations. Par chance, cet informateur potentiel possède, contrairement à ses petits camarades carbonisés par l’explosion, une aura de protection scénaristique le protégeant des flammes. Sous les yeux de Gordon et Bullock qui, devant le foutoir inhérent, refusent de faire intervenir la police (ayant compris que celle-ci ne servait qu’à récupérer les grappes de criminels que leur envoit par collisimo le Bat de Gotham), une forme sombre traverse le ciel. Pour pallier à l’incompréhension générale des fans de Marvel devant Jean-Paul Valley – on ne peut leur jeter la pierre, 20 ans après le malaise est toujours là – le récit se déroule plusieurs mois après les événements narrés dans « Lake of fire » permettant au scénariste de replacer Bruce Wayne sous le masque. Ce dernier est d’ailleurs bien conforme aux caractéristiques du personnage. Gotham est « sa ville » et Punisher ou non, Batman est bien décidé à faire le ménage. Après une série du fameux trio gagnant « coup de tête, manchette, balayette », le Punisher n’en mène pas large mais profite de l’écroulement du bâtiment pour s’enfuir. Pendant ce temps aux QG des méchants, le seul rescapé de l’explosion explique les événements survenus plus tôt dans la soirée à un Jigsaw dont le visage est entouré de bandelette après une chirurgie plastique façon Hush. A noter, que Jigsaw, sous ce masque de bandelettes ressemble traits pour traits à Red Mist dans Kick-Ass. Le Joker, littéralement caché jusque là derrière un rideau flingue le sous-fifre qu’il pense être une balance. Retour à nos héros qui chacun de leur coté tentent de déterminer la localisation du prochain grand meeting de mafieux devant se faire dans un casino. Batman obtient le premier l’adresse du casino en question grâce à un Robin spé ISN qui arrive à vaincre, surpasser le hacker engagé par le Punisher. Franck Castle arrive néanmoins sur les lieux avant le chevalier noir, ayant décidé de pallier au problème en visitant tous les casinos de la ville un par un. Jigsaw chirurgie esthétique vient alors l’accueillir, armé d’un pistolet, l’autorisant à entrer dans le casino – sans lui avoir fait subir de fouille préalable parce que bon, sinon où est le challenge ? Bien entendu, ce qui doit arriver arrive, et le Punisher, ayant caché une réserve militaire sous son manteau défouraille à tout va en mode Keanu Reeves –Matrix/ John Wick pour les deux du fond qui ont pas suivi. Lançant une grenade à l’aveugle, le souffle de l’explosion pulvérise une vitre dont les éclats ravagent le tout nouveau visage de Jigsaw. Ce dernier, en position latérale de fragilité et traumatisé à vie des magasins Carglass se met à tirer sur Batman qui s’en charge illico presto.

En effet, n’étant pas un ennemi habituel du Batman, le méchant concentre ses tirs sur le logo situé sur la poitrine du justicier masqué, l’endroit le plus renforcé de la combinaison. Le Punisher, quant à lui, poursuit le Joker dans les couloirs du casino. Le clown arrive néanmoins à déstabiliser le mercenaire de manière intéressante. En effet, le Joker lui révèle que Batman a lui aussi vu sa famille se faire tuer il y a très longtemps. Néanmoins, après avoir profité de cette faille dans volonté de fer de Franck Castle en le désorientant, il lui avoue en fuyant que ce qu’il a raconté est un mensonge – le Joker a-t-il conscience de la vérité peut être, qui sait ? Mais c’est un autre débat. Alors que le Punisher s’apprête à tuer le clown, Batman intervient. Ce dernier laisse passer le premier coup de poing du mercenaire dans le but de le laisser se défouler puis arrête le second avant de le faire valdinguer. Le protecteur de Gotham le somme de quitter la ville dans les plus brefs délais  et le menace de l’enfermer à Blackgate ou à Arkham en cas de récidive. Le Punisher, affirmant de toute façon détester cette ville, s’éloigne, s’avançant obscur dans la nuit solitaire comme disait le poète.

La rencontre entre les deux maisons de publication est toujours un événement. Bien que la majorité des crossovers se doivent de suivre le fameux schéma tripartite du « rencontre, combat/rivalité, alliance », certains réussissent mieux l’exercice que d’autres. Il est néanmoins étonnant dans le cas présent, que le récit publié par Marvel Comics soit plus Gothamien par essence, que celui-ci proposé par DC comics. En effet, alors que « Lake of fire » est d’un nanardesque frisant parfois l’incompréhension même pour un fan de DC, force est de constater que « Deadly Knights », sans être un récit d’une grande qualité, regorge de quelques bonnes idées et respecte convenablement l’essence même des personnages. Ce récit n’est qu’un échantillon parmi de nombreux autres crossover ayant même conduit à la création, deux ans plus tard de l’imprit « Amalgam comics » partagé par DC et Marvel et débordant de héros incongrus tels que Iron Lantern, Bruce Wayne Agent of SHIELD ou Docteur StrangeFate avec Charles Xavier sous le casque. Dans le cas où cela intéresserait certains, qu’ils n’hésitent pas à le faire savoir et ce sera avec grand plaisir que je m’attacherai à leur faire découvrir ces étrangetés.


En attendant, lisez des comics, lisez DC et évitez d’alimenter un conflit bientôt centenaire avec des addicts de Marvel sauf dans le cas où certains vous diraient que Civil War vaut en effet ses 4.2 étoiles sur allociné -alors que les 7 samouraïs en valent 1.8.

2 COMMENTS

  1. « Dans le cas où cela intéresserait certains, qu’ils n’hésitent pas à le faire savoir et ce sera avec grand plaisir que je m’attacherai à leur faire découvrir ces étrangetés. »

    Excellente présentation, j’espère en voir d’autres du coup :)

    Dans un autre genre, il y a aussi la collection « Just imagine » où Stan Lee, associé à différents dessinateur, réinventait à sa sauce certains héros DC comics. Semic en a publié quelques uns (j’ai Superman pour ma part, pas encore lu)

    • Merci. Quand j’aurais le temps je m’attaquerai aux autres du coup. Il y a beaucoup de comics à exploiter sans parler des artistes se faisant références les uns les autres comme par exemple Darick Robertson faisant combattre le Punisher et Wolverine avec des versions naines de Spider Jérusalem, Cassidy et Sandman dans le run de Garth Ennis sur le Punisher http://i.imgur.com/IZCSMOY.jpg

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