Depuis le 22 octobre, le monde du comic book est en deuil : il pleure le dessinateur britannique Steve Dillon, connu pour, entre autres, son travail sur Hellblazer, Preacher chez DC et The Punisher à la concurrence. Aujourd’hui c’est au tour de l’équipe de DCPlanet de lui rendre hommage avec un showcase sur une de ses premières oeuvres : Skreemer #1, publié en 1989. Le scénario est signé Peter Milligan, Brett Ewins prête ses crayons à Dillon et Tom Ziuko est le coloriste. Ce numéro est le premier d’une mini-série en six qui raconte l’histoire de Veto Skreemer, une sorte de parrain régnant sur un New York post-apocalyptique. Elle est narrée par Peter Finnegan qui revient sur comment Skreemer est arrivé au pouvoir et comment son destin est lié avec celui de sa propre famille.


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L’histoire se passe dans une époque fictive, décrite au début du récit comme « trente-huit ans après la Chute », entendez par ici après la chute de la civilisation à New York. Les États-Unis sont dirigés par trente-huit présidents de Gangs, dont Dutch Amsterdam et Veto Skreemer, les premiers personnages qu’on rencontre et dont on apprend plus tard que, avec la présidente Vicky (Victoria), sont des amis d’enfance. Ce court récit d’une trentaine de pages s’ouvre sur une salle de torture, plongeant tout de suite le lecteur dans l’ambiance noire, inspirée à Milligan par les films de gangsters américains et Finnegan’s Wake de l’écrivain irlandais James Joyce. La narration navigue entre passé et présent, toujours dans une ambiance un peu tendue, où les choses ne sont jamais vraiment expliquées clairement. Après quelques bulles de narrations quelque peu cryptiques (James Joyce, bonjour) mais qui nous laissent deviner que l’homme torturé sur une table en tout points semblables à un crucifix est Dutch.

Malgré cela, on comprend que Dutch et Skreemer sont en désaccord sur le futur de la société. Le premier soutient que des changements nécessaires et convainc Veto d’organiser une réunion avec tous les présidents pour en discuter. On découvre ensuite que c’est un piège, apparemment prévu par Skreemer pour éliminer le plus de présidents possible. Dans le chaos qui suit l’attaque sur les présidents, Dutch est capturé puis emmené vers la salle de torture qu’on a aperçu au début.

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On rencontre ensuite Peter Finnegan, le narrateur et, à travers ses souvenirs et ceux de Veto, on apprend comment les choses ont commencé : comment ils se sont rencontrés et l’histoire de la famille Finnegan. Encore une fois, nous sommes les témoins d’évènements dont le lien avec ce qui s’est passé auparavant dans le récit (mais, en vrai, c’est le futur vu que là c’est des souvenirs… vous me suivez ?) n’est pas très clair. Une chose est sûre : la chute de la civilisation a engendré un monde pauvre et miséreux, dans lequel la survie n’a pas l’air d’être une mince affaire et c’est dans ce monde que nos trois personnages Vicky, Skreemer et Amsterdam ont grandi, apparemment dans la rue.

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Pour ce qui est du style graphique, la patte unique de Dillon, qui a contribué au succès de Preacher, est déjà bien présente, que ce soit dans le design des personnages ou dans les lignes fortes et claires qui sont caractéristiques de son style. La colorisation par à-plats se prête très bien à ses dessins très tranchés, avec des contrastes entre ombre et lumière forts. Je me suis d’ailleurs demandé si la colo n’était pas encore faite à la trame, comme ça se faisait parfois à l’époque. Le découpage, selon moi, est vraiment bon. On peut observer que ce comic book a été créé à un moment où on tentait de nouvelles choses, où la narration sortait des sentiers classiques et allait vers ce qu’on connaît aujourd’hui. On sent aussi bien l’inspiration que Milligan a puisé dans les films de gangster, notamment avec le look du colossal Skreemer en costard blanc et pompes de mafieux (vous savez, celles dans lesquelles on peut se voir) et de James Joyce avec une narration circulaire et non linéaire, et avec plusieurs textes cryptiques et références à la religion.

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Ainsi, Skreemer #1 est un bon comics, très noir (on est bien loin de Superman) mais peut-être pas encore aussi gore et violent que Preacher. Si l’on s’en tient au premier numéro, on risque de rater tout le sel de l’histoire alors, d’autant plus que c’est une mini-série de six numéros seulement, j’encourage le lecteur à la lire en entier. Dans tous les cas, Skreemer était certainement une série à l’avant-garde pour l’époque, qui marque par son ton à la fois direct et mystérieux, son style graphique unique et qui met parfaitement en valeur les dessins uniques du regretté Steve Dillon.