Review VO – Cave Carson has a cybernetic eye #1 1
Les points positifs :
  • Une partie artistique unique
  • Les liens avec le DC Universe
  • Le parfum rétro agréable
  • Le back-up
Les points négatifs :
  • Des personnages en retrait
  • Moins fou que le reste des titres Young Animal

« What am i supposed to do now ? » – Cave Carson


  • Scénario : Gerard Way, Jon Rivera  Dessins et Couverture : Michael Avon Oeming – Couleurs : Nick Filardi

Après avoir fait de l’oeil aux fans de Vertigo en proposant le retour de la Doom Patrol et de Shade s’inspirant, entre autre, des travaux de Grant Morrison et Peter Milligan, Young Animal revient cette semaine en ressuscitant un personnage, cette fois, plus obscur. En effet, Cave Carson, puisqu’on parle de lui (et de son oeil cybernétique), créé au début des années 60 n’est pas la création DC la plus mémorable. Cependant, à l’image des deux premières séries de l’imprint, il s’agit d’un personnage, et d’un univers, convenant parfaitement à ce que Gerard Way et sa bande souhaite amener chez la « Distinguée Concurrence ». A savoir une création pouvant faire le pont entre une certaine ambition « auteuriste » héritée de la fin des années 80/début des années 90 et la folie propre au Silver Age. Tout ça remis au goût du jour évidemment. Reste donc à savoir si, avec ce Cave Carson #1, le contrat est rempli par Way, Jon Rivera et Michael Avon Oeming.

Cave Carson a vécu une vie pleine d’aventure, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici. Après la mort de sa femme, le voilà sans trop de repères avec sa fille. C’est le moment que choisit son oeil cybernétique, aux origines inconnues, pour lui envoyer des hallucinations et des visions. C’est là que commence le récit de Gerard Way et Jon Rivera, deux auteurs qui ont le bon goût de partir sur des bases compréhensibles pour tous lecteurs, plutôt que de se perdre dans un jeu de références aux aventures d’origines d’un personnage, un peu oublié aujourd’hui. Les références, parce qu’il y en a quand même, sont plutôt d’ordre générales et concernent le DC Universe et le Silver Age au sens large. Rien cependant qui ne nécessite des connaissances préalables pour être apprécier, ni même pour comprendre les subtilités d’écriture. Si jusque-là, la question restait en suspens quant à savoir le lien véritable entre les titres Young Animal et l’univers DC, ce premier numéro apporte des réponses en offrant de nombreuses connexions entre Cave Carson et les héros DC. Superman y est mentionné tandis que les Metal Men et le Doctor Magnus apparaissent directement dans l’intrigue. Agréable en surface, ce procédé arrive peut-être trop vite tant cela a tendance à faire passer les protagonistes qui sont supposés nous intéresser au second plan. Cependant, ça permet aussi aux  scénaristes de mettre en avant un univers cohérent et intéressant très rapidement.

Cave Carson brille donc dans la représentation de son univers mais les personnages qui habitent ce monde peinent pour l’instant à convaincre. La faute, certainement, a un rythme plutôt lent qui ne permet pas de révéler grand chose à leurs sujets et notamment au sujet du personnage principal qui reste pleins de mystères. Ce n’est pas forcément un mal en soi, d’autant plus que le rythme ainsi que l’absence de repère général permet aux auteurs de nous faire, quelque peu, ressentir le mal être du héros suite à la mort de sa femme. Le problème, c’est qu’arriver à la conclusion de ce premier chapitre, on n’a pas encore l’impression de connaitre Cave Carson et c’est pourtant un peu le but d’une introduction. Une introduction qui en plus apparaît bien plus sage que ce que Young Animal nous a apporté jusqu’à maintenant. Il n’y a certes pas à attendre d’un imprint comme celui-ci d’offrir des titres qui se ressemblent tous. Cependant, à côté des trips proposés par Doom Patrol ou  Shade, ce Cave Carson est un peu timide.

La série est donc, moins trippy et psychédélique, notamment dans la partie artistique qui conserve un aspect sombre, bien en rapport avec le thème principal de l’oeuvre, tout au long de ce numéro. Avec le pouvoir du personnage central, Michael Avon Oeming peut quand même s’en donner à coeur joie avec des planches très travaillées. Le tout dans un style rétro et anguleux qui n’hésite pas à utiliser le gimmick de l’oeuvre (l’oeil cybernétique) pour offrir des illustrations qui ne lésinent pas sur les effets visuels très esthétiques mais jamais over the top. A côté de ça, l’artiste parvient aussi à se montrer très sobre mais toujours efficace allant même jusqu’à délivrer des planches à la beauté abstraite. Malgré ces deux aspects (un côté sobre dominant et des fulgurances visuelles), Cave Carson #1 est un comics très homogène graphiquement. En effet, les couleurs de Nick Filardi aident à maintenir la cohésion de l’ensemble, le coloriste utilisant sa palette brillamment pour installer une atmosphère particulière, qui reflète l’état d’esprit du héros. Impossible, enfin, de terminer cette review sans parler du back-up de Tom Scioli. Un back-up qui , lui, plonge totalement  dans le DC Universe avec deux pages, proposant des aventures old school des Wonder Twins et de Batgirl. Old School dans la représentation des personnages mais aussi dans le style graphique avec des crayonnés très naturels et organiques. Si les histoires sont, forcément, très anecdotique, c’est bien pour leur cachet visuel que ces dernières pages valent le détour

En définitive, Cave Carson Has a Cybernetic Eye ne bénéficie pas du même lancement psychédélique que ses grands frères et soeurs chez Young Animal. Si Gerard Way et Jon Rivera ont réussi l’essentiel avec cette introduction : à savoir offrir des débuts intrigants et pleins de potentiels, il n’en reste pas moins que l’ensemble demeure un poil timide. La faute, certainement, a l’aura bien plus faible du personnage par rapport à la Doom Patrol ou à Shade aux yeux du public, qui a peut-être forcé les auteurs à débuter les choses plus en douceur. L’avenir nous dira alors si c’est dans cette voie que continuera la série ou si, une fois l’univers posé, tout ça pourra décoller pour de bon. En l’état, s’il serait malhonnête de dire que ce numéro est une déception car il est plein de qualités, disons plutôt qu’il laisse une toute légère sensation d’inachevé.