Fables Tome 15 : Sorcières
Les points positifs :
  • Bufkin un vrai héros
  • La lutte pour le pouvoir au sein des sorcières
  • Le dilemme d’Ambrose
Les points négatifs :
  • Une première partie un peu poussive
  • Un ennemi quasiment absent

« Peut-être que je souligne aussi qu’il sera bientôt temps pour vous de passer le relais. » – Ozma à Frau Totenkinder 


  • Scénario : Bill Willingham Dessins : Jim Fern, Mark Buckingham, David Lapham Encrage Steve Leialoha, Andrew Pepoy, Daniel Green, Craig Hamilton – Colorisation : Lee Loughridge

Après une série de reviews menées par Biggy, puis une brève reprise de flambeau par Deiimo, il m’a été accordé la lourde mais néanmoins honorifique charge de m’occuper à mon tour des review sur le monument du comics que constitue Fables. En effet, Fables a été, en plus d’etre l’œuvre m’ayant fait entrer dans l’univers des comics, une des pierres angulaire du label Vertigo, série commencée en 2003 et s’étant terminée l’année dernière. Après avoir affronté les « Litterals » dans le tome précédent, les fables doivent s’occuper de toute urgence de Mister Dark, déterminé à reconstruire son propre palais sur les ruines de Fableville aujourd’hui détruite et dans un second temps, annihiler les Fables étant parties se réfugier à la ferme. Ce tome est plutôt riche en histoires puisqu’il contient Boxing Days (#86), Witches (#87-91) et Out to the Ball Game (#92-93), toutes scénarisées encore une fois par Bill Willingham.

Mister Dark broie du noir

Veuillez tout d’abord excuser le jeu de mot minable de l’auteur de cette critique. Le tome s’ouvre donc sur un Mister Dark brisant le quatrième mur et en proie à la nostalgie alors qu’il se trouve sur les ruines de l’ancienne Fableville. Il est ainsi révélé dans un flashback la manière dont il a été emprisonné la toute première fois. Pour être honnête, cette partie et celle qui m’a le moins emballé de ce tome. En effet, sans spoiler, il est question d’un groupe de magicien, alter-égo fictionnels des templiers s’étant donné pour but de détruire la menace que représentait déjà à l’époque le grand méchant de cet avant-dernier arc scénaristique de la série. A mon sens, le problème ne vient pas de la qualité d’écriture des dialogues et de la narration qui se laissent lire et apprécier mais du placement de ce récit dans l’histoire. Explications. Fables en est à son 86ème numéro. De ce fait à ce stade de l’histoire les héros ont vécu de nombreuses péripéties que le lecteur a suivies et qui l’ont conduit à s’attacher aux personnages que ce soit de part leurs actions (héroïsme de Bigby), leur malice (Gepetto, petit dictateur en herbe) ou bien leurs capacités (la Bête se transformant au gré de ses problèmes conjugaux). Ainsi, la manière dont est introduit ce nouvel héros, Dunster Happ, même si celui-ci deviendra un personnage clé par la suite, est assez bancale et trop tardive. En effet, magicien centenaire à l’apparence juvénile sans personnalité particulière, le background du personnage n’est jamais développé et ses capacités ne sont jamais montrées (juste évoquées par si par la) empêchant malheureusement un quelconque attachement avec le personnage.

De l’héroïsme et du crêpage de chignon

La deuxième partie du tome comprend les publications 87 à 91 sobrement intitulées « Sorcières ». Deux d’entre-elles s’opposent farouchement, Frau Totenkinder et Ozma qui convoite la place de leader. Si vous avez vu le film 8 femmes de Ozon vous ne serez pas dépaysés : crasses, espionnage, commérages seront au rendez vous avec des accusations de lavage de cerveaux (Identity Crisis es tu la ?). De plus, Willingham a toujours été un écrivain critique et politisé. Pour l’anecdote Fableville est, de son propre aveu une représentation fictionnelle de l’état israélien, l’analogie étant clairement exprimée dans le Tome 9 de la série. De ce fait, l’auteur se livre ici à une comparaison entre deux types de dirigeants politiques. Ainsi, Ozma incarne une autorité sans concession n’autorisant aucune marge de manœuvre aux autres mages se retrouvant plus à assoir son pouvoir à la tête de ses semblables que de traiter la menace. Par opposition, Frau Totenkinder, ayant toujours été le héros le plus froid et cachotier de la série n’hésite pas une seconde à démissionner pour régler le problème que représente Mister Dark elle-même, laissant libre d’agir les autres fables. Ses interactions avec les autres Fables sont d’ailleurs très touchante notamment avec le Maire et la Bête révélant qu’elle se soucie véritablement de l’avenir des Fables et des anciens de Fableville auxquels elle a fini par s’attacher.

Pendant ce temps la, dans un bureau perdu dans le temps et l’espace (Doctor Who), Bufkin, singe ailé, Franky, tête de la créature de Frankenstein ainsi que les têtes des soldats de bois et quelques lilliputiens essayent de survivre à Baba Yaga qui s’est échappée (oui la sorcière sociopathe qui a provoqué la première bataille de Fableville). Bufkin est le personnage dont les aventures peuvent être le plus assimilées à un voyage initiatique. Au début de la série, le singe ailé est juste un bibliothécaire noyant son ennui dans l’alcool de la réserve du Maire, qui va petit à petit vaincre ses peurs. Ce tome est celui ou son héroïsme, refoulé jusqu’alors, se réveille enfin. Le plan pour mettre à mal la sorcière est un vrai régal à découvrir de part son ingéniosité et sa réalisation se rapprochant d’un piège à la Scooby Doo mais cette fois pour tuer le monstre et non l’attraper. De plus, les interactions entre les membres de cette équipe sont souvent hilarantes et les répliques bien rythmées créant un attachement pour tous les personnages (mais je ne saurais être objectif étant fan des équipes de looser dont le monde des comics regorge, les Secret Six en tete de liste).

Un débat sur la nature profonde

Cette dernière partie est celle qui m’a le plus ému. Ici, pas d’épique, pas d’action, que du dialogue. Le Roi Ambrose doit juger le premier crime commis sur son territoire. En effet, un ogre affamé écoutant ses instincts primaires, mange un autre citoyen. L’auteur traite ici de la nature profonde des individus au travers des débats car c’est une créature taillée pour le combat et la violence qui a eu une faiblesse et non un meurtrier de sang froid qui a commis ce crime. Pour être honnête et sans spoiler, le jugement final rendu par le Roi est le plus adapté car chacune des parties a une argumentation convaincante et même après ma troisième lecture il m’a été impossible de donner raison à l’une ou à l’autre des parties. De plus, les interactions entre les personnages sont extrêmement bien rendues car on se rend vite compte que même le roi et ses citoyens veulent éviter la potence à l’ogre et cherche un moyen de contourner la loi trouvant la mort trop extrême. Peut-on y voir une critique de la peine de mort ? A mon sens oui, mais je vais peut être trop loin. Outre cela, le personnage d’Ambrose subit ici une véritable évolution que ce soit dans ses relations avec ses sujets mais aussi sa femme, prenant conscience de sa véritable force après une méditation devant la tombe de Blue ou il se fendra d’un monologue touchant à l’attention de son ancien ami (ok je suis un fanboy regardez mon pseudo).

Une qualité graphique certaines malgré quelques faiblesses

Jim Fern, avant de dessiner le numéro 86 de Fables s’était déjà occupé des numéros 46 et 47 ou il avait livré une très belle performance. Néanmoins, malgré beaucoup de planches réussies il est impossible de ne pas constater que celui n’est pas toujours à son meilleur. Certains visages semblent un peu bâclés et les perspectives sont un peu bancales notamment en ce qui concerne certaines doubles pages. Le tout reste néanmoins agréable à regarder mais est un peu abrupte surtout qu’en début de tome, les pages fourmillent de détails pour passer ensuite à un style plus épuré donnant l’impression que ce n’est pas le même dessinateur qui s’est occupé de l’ensemble du numéro. Par opposition, les dessins de Buckingham sont magnifiques et celui-ci réalise un très bon travail sur les personnages de Bufkin et de Frau Totenkinder, accentuant son coté sensible malgré la force incommensurable du personnage. Pour les deux derniers numéros de ce tome on retrouve David Lapham aux dessins et à l’encrage. Ce dessinateur est une vraie réussite adoptant un style different de Buckingham tout en maintenant une certaine continuité graphique.

Ce tome de Fables est un très bon cru marquant une vrai transition vers la deuxième moitié de cet avant dernier arc de Fables. La première histoire et ses dessins pourront rebuter, même si cela est avant tout personnel, néanmoins la suite est une vraie réussite et est pleine de surprises dont je vous ai préservé intentionnellement telle l’issue du procès ou le devenir de Frau Totenkinder. De plus, toute l’histoire est entrecoupée de passage montrant des évolutions importantes et de nouvelles perspectives pour les héros notamment Bigby, la Bête et Gepetto. Si vous ne connaissez pas Fables, jetez vous dessus, si vous n’avez pas ce tome, jetez vous dessus, pour les autres à une prochaine Review j’espere ce fut un plaisir.