Review VO - DC Universe : Rebirth #1 (sans spoilers) 1
Les points positifs :
  • Le méta-commentaire de Johns
  • Plein de révélations
  • Graphiquement solide
  • Dat twist
  • Donne envie d’embarquer dans Rebirth
Les points négatifs :
  • Un poil répétitif
  • Un effet « catalogue de teasers »
  • Il y en a qui ne vont pas aimer dat twist

« I love this world. But there’s something missing. »


  • Scénario : Geoff Johns – Dessins : Gary FrankEthan Van Sciver, Ivan Reis, Phil Jimenez – Encrage Joe Prado, Matt Santorelli  – Couleurs : Brad Anderson, Jason Wright, Gabe Eltaeb, Hi-Fi

Après des semaines de teasing, pas moins de trois previews différentes et une sortie outre-atlantique en avance que les sites américains (entre autres) ne se sont pas privés de spoiler allègrement, le one-shot DC Universe : Rebirth #1 s’offre à nos yeux de lecteurs, fans de DC depuis des dizaines d’années, jeunes lecteurs ayant découvert les personnages avec les New 52, ou encore petits curieux intéressés par le relaunch. Cette review s’essayer à détailler les (nombreuses) qualités et (quelques) défauts de ce numéro sans aucun spoiler (ceux qui ont lu comprendront que l’exercice est difficile, aussi j’inviterai les curieux et ceux qui n’auront pas encore lu le numéro, par contre, à ne PAS LIRE les commentaires). Tout en vous précisant en préambule qu’en préambule, vous pouvez lire également Justice League #50 et Superman #52 qui contiennent énormément des éléments qui sont présentés dans les 80 pages du numéro.

« It’s not a reboot. It never was ». C’est par ces mots que Rebirth avait été teasé lors de son annonce au début de l’année, mais ils pourraient tout aussi bien s’appliquer à ce qu’étaient les New 52. Dans ce numéro, Geoff Johns se livre à un long exercice de méta-commentaire sur ce qu’ont été les cinq dernières années de publication chez DC Comics. Et qui de mieux pour raconter tout cela qu’un personnage qui a été absent et par ailleurs très demandé par les fans – qui n’avaient eu droit qu’à une fausse compensation. Durant près de 80 pages, le narrateur fait le point sur ce qui ne va pas dans le DC Universe actuel, mais la résolution ne se fait pas immédiatement. En revanche, on a droit à des avancées sur certains points cruciaux, qui sont par ailleurs cher à DC Comics (comme la notion d’héritage), pour faire revenir les « valeurs du passé » qui avaient disparu avec les New 52 – et qui avaient peut-être provoqué le départ d’un certain nombre de lecteurs, tout en les incluant dans un futur potentiel. A cet égard, de nombreuses pages et les sauts perpétuels d’action donnent l’impression d’avoir un enchaînement de teasing pour les titres qui seront lancés dans les prochaines semaines et mois avec Rebirth. Une technique qui fonctionne bien quant à la vitrine du relaunch que se doit d’être ce numéro, mais qui amènera, en termes de lecture pure, une certaine lourdeur.

La lourdeur, on y aura aussi droit dans la narration, qui est très répétitive, et accentue le côté catalogue que je mentionnais au paragraphe précédent. Mais les redondances sont assez vite écartées par tout ce que Johns nous montre, avec certaines scènes qui sont vraiment poignantes. Pour en revenir sur le côté méta de la narration, Johns réussit, je trouve, habilement à se dédouaner de « l’échec » (ou plutôt de certains échecs) des New 52 alors qu’il en a, quelque part, été l’architecte avec Flashpoint. C’est d’ailleurs la question qu’il se pose presque à voix haute, par le biais d’un autre personnage qui avait été part active de cet event, avant de rejeter la faute (si faute on peut considérer) sur une autre entité. Le choix de ce personnage devrait sûrement vous laisser bouche-bée, si tant est que vous ayez réussi à éviter les récents spoilers. Et pose certainement beaucoup de questions ; déjà parce que c’est véritablement la première fois que le DC Universe se voit lié à un autre qui avait toujours existé à part, de deux parce qu’il rend très curieux sur la façon dont la « menace » (parlons de « présence ») va être exploitée. C’est un peu du quitte ou double : s’il s’agit juste de nous faire un être sur-puissant et dangereux à la Darkseid puissance 100, ce n’est pas du tout, mais alors pas du tout intéressant. Il y a bien d’autres voies à aller explorer, et Johns tient sûrement les clés d’une histoire qui pourrait être absolument géniale – ou catastrophique. En tous les cas, ces premiers instants risquent de faire beaucoup discuter les fans, et j’entends déjà des voix plutôt conservatrices s’élever à cette encontre. A noter qu’en plus de l’épilogue, un second lien possible avec cet univers est fait au cours du récit (on en reparlera en dehors de cette review).

Mais ce qu’on ne peut pas dire, c’est que ce numéro ne propose pas assez, parce qu’il y a quantités de faits à discuter. Je parlais de l’effet « catalogue de teasers » avant, mais impossible, sauf si on s’en bats les couilles totals des personnages DC, de ne pas avoir envie de se plonger dans Rebirth par la suite. De nouveaux changements et pistes narratives sont proposés pour l’ensemble de la Trinité ; des personnages (et des équipes !!) que les lecteurs aiment, véritablement, vont revenir, avec des intrigues qui leur son propre, et la double page finale, avec tous ces héros souriants, amorce le futur du DC Universe d’une assez bonne augure (surtout quand on voit certains personnages dans le background). Peut-être que les éléments qui touchent au DC Universe pré-Flashpoint auront beaucoup plus d’impact sur les vieux lecteurs que les nouveaux arrivants, mais ces derniers auront tout le loisir d’avoir leur vraie porte d’entrée dans les prochains numéros du mois de juin. Si Geoff Johns est censé s’éloigner des comics pour quelques temps (parce que : le cinéma a peut-être aussi besoin d’un effet Rebirth), on sait néanmoins qu’il a normalement communiqué avec tous les scénaristes des nouveaux titres, pour que tout converge d’ici deux ans. Si cette pensée me fait déjà pester à l’idée d’un autre relaunch au terme, le fait d’avoir plutôt une belle Crisis est également envisageable, et j’ai surtout espoir que les séries puissent aller de leur propre fil pendant deux ans, sans qu’on ait droit à un gros event etc… qui viennent plomber les histoires des séries. En ce sens, si DC Universe : Rebirth #1 me donne de l’espoir et l’envie de (re)-découvrir, je pense que son objectif est accompli. Quant à la qualité des dessins, sur l’ensemble des pages je pense qu’on tient un bon filon. Les artistes choisis se positionnent tous dans un courant mainstream « classique » de notre époque, et les différences entre chaque partie ne jurent pas entre elles de façon ostentatoire, bien que j’apprécie plus les pages d’Ivan Reis que de Gary Frank. Mais on peut quand même apprécier l’effort qui a été mis dans ces planches, surtout pour certains passages, chargés en émotion. Après une lecture très dense, qui nécessitera certainement pas mal de retours en arrière dans les publications pour aller voir ce qui avait été mis sous nos yeux depuis quelques temps ou au contraire déceler les incohérences par rapport à ce qui nous est sous-entendu, une chose est certaine : DC Universe : Rebirth #1 donne envie de continuer le voyage – et DC Comics a vraiment à tenir les promesses posées ici. Et bordel, qu’est-ce qu’il y a à discuter de tout ça !

Avec un one-shot qui remet les choses à plat des cinq dernières années, sans pour autant tout effacer, Geoff Johns se livre à un exercice de méta-commentaire sur l’univers DC qui arrive à se défaire d’une situation délicate en proposant aux « anciens » lecteurs de retrouver ce qui leur manquait, tout en inscrivant le tout dans un futur qui promet potentiellement de bien belles choses. Beaucoup de teasing pour toutes les séries à venir, des lourdeurs dans la narration, et un effet « catalogue de teasers » – oui mais : beaucoup de questions se posent, on veut savoir comment certaines révélations seront exploitées. Et surtout la dernière en particulier. On se doute bien que tout pourra ne se révéler que d’ici deux ans, mais l’excitation est là, l’espoir de lire de bonnes histoires aussi. On espère que les lecteurs de DC Comics, comme ses personnages, vont pouvoir retrouver le sourire. Et le garder !

Un deuxième avis c’est bien aussi !

Au confluent de Flashpoint et de Convergence, arrive Rebirth « la dernière Crisis » en pivot de différents moments de continuité toujours jalonnés pas un éditeur attaché à l’idée que les décisions éditoriales trouvent toujours un écho en reflet dans l’inventaire BD. Justifier un mélange de retour aux sources et de maintien de cap, qui n’est ni une annulation des New 52 ni un retour total à ce qui se faisait avant, l’exercice de style a de l’intérêt et Johns se débrouille assez bien pour poser l’idée avec la sempiternelle figure de Flash et le déchirement (qui tape presque sur le quatrième mur) d’une époque et de personnages entièrement disparus et condamnés à l’exil dans la nostalgie des vieux, vieux fans. Problème, le numéro enchaîne les tentatives du personnage principal, jusqu’à faire le liant avec Flashpoint et redéfinir « à deux » ce qui aurait du ne jamais être – cinq ans de parenthèse, ou « comment les New 52 auraient du être faits depuis le début ». Le numéro est assez bon dans l’ensemble, avec ses airs d’énorme prologue à une époque inédite, et sera plus intéressant à juger dans la globalité des conséquences sur l’histoire principale (ce qui va prendre des années, si DC reprend une dynamique réelle de cohérence d’ensemble comme à l’époque de 52, Countdown ou One Year Later). Graphiquement pas au niveau sur une bonne moitié des pages, le rendu s’oublie rapidement devant la puissance de certaines scènes, même si un effort aurait pu être fait à de nombreux moments. Maintenant, il y a la fin. Et c’est là que s’articule la problématique d’une idée étrange, voire dérangeante – amenée dans le feutré et proposée en amont,(vérifiez Superman sous Johns, par exemple) – mais franchement glissante selon les retombées que cela prendra. Et vu que c’est compliqué d’en parler sans en dire trop, mettons que je ne suis pas favorable (du tout) à cette tentative, qui ressemble trop aux amorces récentes de DC vers ses succès d’antan avec un recyclage qui me déçoit plus qu’il ne m’amuse encore. Encore que la réponse à la question « qui est le Joker » ait pour elle le caractère méta-fictionnel que d’aucuns attendaient, comme dirait la chanson « How does he make you laugh like I used to do, if he tell jokes that I can’t relate to. » Rebirth est ouvert. A vous de parler.

– Corentin