Review VF - Justice League Tome 8 : La Ligue d'Injustice 1
Les points positifs:
  • Geoff Johns, dans ses bons jours
  • L’arrivée de Fabok
  • Luthor, rarement aussi bien écrit
  • De grandes promesses pour la suite
Les points négatifs:
  • Toujours un côté blockbuster un peu gênant
  • Doug Mahnke loin de ce qu’il a pu produire auparavant
  • Justice League of America #14

« Je ne suis pas sûr de pouvoir en supporter d’avantage » – Superman


  • Scénario : Geoff Johns, Matt KindtDessins : Jason Fabok, Doug Mahnke, Ivan Reis, Eddy Barrows, Tom Derenick, Diogenes DevesCouleurs : Andrew Dalhouse, Brad Anderson et autres
  • DC RENAISSANCE – Justice League Tome 8 – 23 Octobre 2015 – 272 pages – 22.5€ – Collectionne: Justice League #30-39 Justice League of America #14

C’est après deux volumes concentrés sur l’action, avec la saga Forever Evil, les répercussions se sont dores et déjà faites sentir par le face à face entre Bruce Wayne et Luthor.  Ce huitième volume assez conséquent, presque 300 pages, tout de même, clôt la série Justice League of America, et contient deux arcs, très distincts de la série Justice League. Il s’agit d’un volume que je considérerai comme l’un des meilleurs de la série depuis longtemps, et ce malgré ses quelques défauts. La force de ce recueil ne réside, presque, pas dans les pages de Jason Fabok, mais bel et bien dans la direction vers laquelle Geoff Johns mène la série, et son utilisation des personnages.

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Le premier arc peut être perçu comme un épilogue de l’ancien événement. L’intrigue est assez simple, l’anneau de Power Ring a disparu et est à la recherche d’un nouvel hôte. Une nouvelle menace potentielle. On suit tout d’abord, non pas la Justice League, mais la Doom Patrol. Une équipe que l’on ne voit que trop rarement, et qui est ici, dans sa version New 52, avec son caractère assez détestable de par les mesures employées. C’est un principe assez intelligent d’une part pour casser avec l’image datée que l’on peut avoir de l’équipe quand on commence à la découvrir et avec l’image qu’elle a au travers des séries animées ou de certains comics aux yeux des jeunes fans ou des lecteurs peu informés. Je dis, assez intelligent, car d’un côté c’est une vision intéressante de voir l’équipe qui peine à trouver ses lecteurs, et qui a le potentiel d’obtenir sa série régulière et qui devrait avoir sa série New 52 afin de justement développer ce caractère original d’une équipe d’anti-héros. Donc on a ici une équipe « d’anti-super-héros », qui part à la chasse à l’homme jusqu’à croiser la route de la Justice League. Évidemment, il s’en suit un affrontement musclé, opposant les deux équipes.

L’énorme point fort de cet arc se trouve dans la mise en place du nouveau statut-quo. Luthor est vu comme un sauveur. Rien de bien nouveau, il joue le bon samaritain, et va attaquer dans le dos. Et bien justement, Geoff Johns joue avec les attentes du lecteur. Il sème le doute tout le long, et Luthor est aussi bien renseigné que la ligue, et a une longueur d’avance sur elle, et en particulier sur Batman (tout ça pour ne pas dire qu’il tient la ligue par les parties). On l’a compris dans les dernières pages du septième volume, Luthor veut intégrer la ligue. Et j’ai juste envie de crier au génie. Geoff Johns a encore réussi à modifier le statut-quo après son crossover. C’est inattendu, on a été surpris, et là, c’est encore pire. L’insertion de Luthor dans la ligue est tout simplement parfaite de par les réactions des membres. Loin des attentes préconçues du Superman très un colère, incontrôlable, on assiste plus aux réflexions des membres de la ligue, chacun fidèle à son caractère. Wonder Woman qui tente de garder son calme, Flash calme et en réflexion permanente mais toujours troublé et qui n’arrive pas à trouver sa place ni à imposer son propre avis mitigé, et évidemment un Superman énervé, avec une courte perte de contrôle, mais, une fois face à Batman, retrouve son calme et casse la crainte d’un Superman stupide lançant des phrases stéréotypées que l’on a déjà pu voir et revoir à de nombreuses reprises.

L’affiliation de Luthor est d’autant plus crédible, premièrement, de  par ses intentions et deuxièmement, de par la concordance entre sa personnalité mégalomane et stratège mise en valeur, et une décision de rejoindre la ligue plus importante à ses yeux que sa haine envers l’homme d’acier. Ce ne sont que des choix faits à contre cœur d’une certaine manière. La ligue a une menace à proximité mais d’une importance à première vue moindre que ce que Forever Evil annonçait. Le défaut majeur de cette histoire : Doug Mahnke. Non pas que j’ai une dent contre cet artiste, que j’ai par ailleurs adoré lors de son passage sur la série JLA il y a quelques années. Je dirais qu’il est ici victime de son encrage. Là où, sur Green Lantern, il bénéficiait d’un encrage épais qui mettait en valeur son style proche de Patrick Gleason (quand on est fan, on est fan et on n’y peut rien) en bien plus détaillé. Cette sorte de tentative de rendre son style plus accessible à celui du public moins « friand » de ce genre de dessin, ne lui réussit pas.

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Le second arc est en quelques sorte, un arc de transition, une aventure de la ligue, mettant en scène les agissements de Luthor. La ligue a pris sa décision, mais ne baisse pas sa garde, et garde un œil constamment fixé sur le nouveau membre. Un virus s’est propagé dans les rues de Metropolis après qu’un attentat ait été tenté contre Lex Luthor. La ville est mise en quarantaine, et la ligue tente de neutraliser le virus. On retrouve les quelques rescapés de la ligue, et les immunisés, qui feront face au patient zéro du virus.

Gros point positif de cet arc : Jason Fabok. C’était un rêve, il est arrivé. Et c’est tout simplement magistral. Son dessin proche du style de David Finch en bien plus précis et en moins lisse, fait que Justice League a trouvé son dessinateur correspondant à tout type de lecteur. Il est certain qu’un jour on se lassera, mais c’est une arrivée à accueillir les bras ouverts, surtout sachant ce qui va arriver. Personne d’autre que Jason Fabok ne peut mieux mettre en valeur l’équipe actuellement. Certains crieront au scandale, que ce n’est qu’un dessinateur pour grand public de plus. Oui, mais pour le ton actuel de la série, c’est l’artiste idéal.

D’autant plus que Geoff Johns réutilise le même procédé qu’avec Forever Evil. Il place quelques indices d’intrigues secondaires, attire plus ou moins l’attention vers tel ou tel personnage. Et utilise un découpage scénaristique très similaire (pour ne pas dire identique) à celui d’une série télé. Encore une fois, la série s’y prête. Et même si je n’ai pas été charmé par ce procédé lors de Forever Evil, pour la durée trop courte de la série, Justice League étant une série régulière, et très loin de se voir arrêté par l’éditeur, ce découpage est idéal et ne fait qu’accroitre les attentes du lecteur. Geoff Johns nous fait de sacrés promesses, et semble avoir préparé quelque chose pour cette série. Et c’est dans cette impression qu’il nous surprend à chaque fois, et quand il se concentre autant que l’on retrouve tout son génie. Rappelez-vous dans son run sur Green Lantern. Il faisait de même afin d’annoncer la Guerre du Sinestro Corps. Et même si l’on est loin de cette envergure pour l’instant, il est lancé. Mesdames, messieurs, le maître de Green Lantern et Flash (désolé, Zeppeli, mais c’est bien vrai) risque de faire exploser la série principale de DC Comics.

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Passons au coin obscur du recueil, le dernier numéro de Justice League of America. Il n’y a rien à sauver. Je n’ai jamais vu Martian Manhunter aussi stupide et irréfléchi. Et malgré les planches respectables de Eddy Barrows, Tom Derenick et Diogenes Deves, seule la relation, malheureusement pas assez approfondie, entre J’onn et Stargirl est intéressante. Remarque assez drôle, un seul numéro nécessite trois dessinateurs différents, pour dire à quel point personne n’avait l’air décidé à sauver la série. Mais ne la pleurons pas, car sa chute a donné naissance à la divine Justice League United ! Une série à suivre absolument et, je l’espère, verra le jour dans les rayons des librairies françaises. Il n’y a vraiment rien d’étonnant, Justice League of America n’a été là que pour Trinity War, tout ce qui a été fait en dehors de sa création n’a été qu’une succession d’échecs. Et ce malgré, la présence d’un certain potentiel d’une équipe d’agents de surhumains. DC n’est pas allé jusqu’au bout de l’idée, préférant le soft au trash que nécessitait le projet d’une équipe de Suicide Squad plus poussé. Elle est loin la regrettée époque de John Ostander.

Il n’y a rien à redire, ce volume Justice League redresse le niveau de la série. A croire que l’on assiste à l’ascension d’une équipe qui peinait à décoller du comics d’action banal se prétendant série majeure. On nous livre ici une série blockbuster qui tient ses promesses, malgré le surplus d’action que l’on pourrait reprocher, mais cela dépend des attentes du lecteur. Toutefois, personne ne pourra se plaindre de la caractérisation des personnages, tant Geoff Johns réussit à tous les mettre en avant, si ce n’est Cyborg qui reste toujours dans l’ombre des autres membres. Ce qui n’est pas plus mal, quand l’on la qualité de la série lorsque l’on le laisse seul lors de Forever Evil. Une lecture obligatoire pour les fans de l’univers New 52 et du personnage de Luthor qui regagne enfin son charisme perdu depuis quelques années.