Critique de FBP : Federal Bureau of Physics Vol. 2 : Wish you were here
Les points positifs :
  • Tous les Speedsters au rendez-vous
  • L’évolution des personnages
  • Super-fast Ninjas !
Les points négatifs :
  • Un rythme curieux
  • Une caractérisation un peu simpliste
  • Pas le meilleur de Mark Waid sur Flash

« You can’t beat him ! You have to give him what he wants. » – Iris West 


  • Scénario : Mark Waid – Dessins : Oscar Jimenez, Humberto Ramos – Encrage : Jose Marzan Jr., Wayne Faucher – Couleurs : Tom McCraw

Après avoir établi auprès des fans le concept de la Speed Force dans Terminal Velocity, Mark Waid débute avec Dead Heat un autre gros morceau de son run. Crossover entre les séries Flash et Impulse, toutes deux écrites par Waid, le récit va approfondir les notions autour de la Speed Force tout en opposant ses héros à un adversaire à leur mesure. Dans Dead Heat, nous suivons évidemment les aventures de Wally West, cette fois, opposé à Savitar, l’auto-proclamé God of Motion. Alors que le vilain souhaite contrôler l’intégralité de la Speed Force, Flash finira par le prendre définitivement au sérieux alors que ses équipiers perdent leurs pouvoirs les uns après les autres.

Dans la forme, Mark Waid nous ressert une formule qu’il a très (trop ?) souvent utilisé sur ce genre d’aventure. En effet, nous le voyons confronter ses héros à un vilain bénéficiant d’un nombre d’hommes de mains quasi-infini, tout ça étant en partie un joli prétexte pour offrir de l’action en quantité. Savitar est peut-être un personnage plus intéressant que Kobra (que Waid a utilisé juste avant dans Terminal Velocity), néanmoins les points communs avec ce dernier au niveau des caractéristiques amènent un légère redondance et on finit par avoir l’impression que l’auteur a essayé de faire une version ‘bigger and better’ de son récit précédent. Malgré tout, les hommes de mains ici sont des ninjas infusés par la Speed Force et honnêtement il y a quelque chose de profondément fun et régressif à voir tous les Speedsters se réunirent pour se battre contre des adversaires de ce type. Le rythme est donc encore une fois très emmené et on se surprend parfois à tourner les pages à une vitesse folle en suivant les coups de poing échangés aux quatre coins des planches. Ce rythme, hélas, souffre du fait qu’il s’agit ici d’un crossover entre Flash et Impulse. Même si l’ensemble est écrit par Mark Waid, on sent parfois la volonté de l’auteur de faire avancer l’histoire dans la série principale alors que les numéros d’Impulse prennent plus le temps de s’intéresser aux personnages secondaires. Tout ça entraîne donc quelques enchaînements étranges. On passe par exemple d’un chapitre plein de tension nous montrant un héros gravement blessé à un autre plus porté sur l’humour avec Bart Allen devant s’habituer à une vie sans pouvoir. Ces ruptures de ton permettent de souffler mais donnent l’impression, quand elles sont lues en édition collectée, d’être de longues parenthèses avant de retourner aux choses sérieuses pour les personnages.

Les personnages justement sont présents en nombre ici. De Wally West à Max Mercury en passant par Impulse et les Quick, Johnny et Jesse. Il s’agit encore une fois d’un récit motivé par les émotions de tout ce beau monde et tous auront leur moment sous les projecteurs. Cependant la caractérisation ici laisse parfois à désirer. On a donc l’impression que Mark Waid fait réagir ses personnages plus pour rendre service à son histoire que d’un point de vue logique. Ainsi la colère qu’éprouve Jesse Quick envers Wally West est, par exemple, légitime mais est ressassée sans cesse jusqu’à l’exagération afin de servir de ressort dramatique. Ce n’est pour autant pas tout noir de ce côté là puisque la dernière partie vient relever le niveau de l’ensemble. Même si le grand moment d’émotion est quelque peu noyé par toutes les péripéties que subissent les héros, le récit et ses personnages paraissent, enfin, s’accorder. Ce dernier acte a donc le mérite de poursuivre l’évolution des personnages que Mark Waid a débuté dans Terminal Velocity. Wally West continue ainsi son passage définitif à l’âge adulte en prenant le contrôle du groupe de Speedsters tandis que Impulse prend conscience du danger qui l’entoure alors qu’un personnage comme Johnny Quick accepte enfin sa place allant jusqu’au sacrifice pour sauver le groupe. Comme pour Terminal Velocity, c’est encore du côté des vilains que le problème se fait vraiment sentir. Savitar est un personnage que je trouve finalement plutôt fun mais il n’a qu’une dimension et ne vit que pour accomplir un but unique, sans que Waid n’apporte autre chose à son répertoire. Pire, les personnages qui entourent ce vilain sont encore plus caricaturaux. Certes, les ninjas ne sont que des êtres masqués qui servent uniquement à jouer du sabre mais ça c’est un peu le rôle d’un ninja et ce n’est pas gênant en soi. C’est du côté du personnage féminin que ça devient un peu gênant. Christina Alexandrova, ex-Lady Flash, ex-Lady Savage est maintenant au service de Savitar. À tel point à son service d’ailleurs qu’elle a plutôt tout de l’esclave soumise que du bras droit implacable. Nous irons pour le coup jusqu’à la retrouver tenue en laisse par son maître, dans une scène qui aurait sûrement du mal à passer aujourd’hui.

Passé ces réserves, Dead Heat est malgré tout plein de bons moments. Les nouvelles informations qui sont délivrées sur la Speed Force feront plaisir aux fans tandis que le final qui prend des allures de course psychédélique entre Flash et Savitar apporte son lot de fun et de tension. L’intrigue directement liée à la source du pouvoir de Flash permet, en plus, à l’auteur d’amener sa menace de façon très organique puisque tous les personnages de la série sont impliqués directement et intrinsèquement au problème. Au rang des satisfactions il y a aussi la partie artistique. Mené par Oscar Jimenez pour les chapitres de The Flash et par Humberto Ramos pour ceux d’Impulse, les deux ont en tout cas en commun de savoir instiller une véritable énergie dans des planches qui font honneur à tous les Speedsters en action. Ramos notamment, avec son style si caractéristique qui en gênera certainement quelques uns, parvient à imposer une stature iconique aux personnages et est en grande partie responsable des parties les plus fun du récit. Alors même si certains designs ont vieillis, il y a toujours de quoi trouver son bonheur ici, pour ceux qui ne sont pas allergiques à ce style graphique en tout cas.

Dead Heat est donc un livre inégal. Très chargée, l’histoire va à l’essentiel dans le traitement de ses personnages afin de ne pas tirer en longueur, notamment dans sa phase d’exposition. Le récit souffre, en plus, de la comparaison avec Terminal Velocity, avec qui il partage plusieurs points communs, sans pour autant retrouver toute la magie de l’histoire précédente. Néanmoins, il faudrait être bien malhonnête pour ne pas reconnaître une nouvelle fois la générosité dont fait preuve Mark Waid pour livrer une histoire qui, même si elle n’est pas la meilleure de son run, a largement assez de bons moments pour mériter que l’on s’y intéresse. Finalement Dead Heat, c’est fun mais c’est tout.