2014, quel bel anniversaire ! Comment, vous ne savez pas ? Pourtant, un monument du comics souffle un gros paquet de bougies cette année ! Batman, vous dites ? Ah oui c’est vrai, c’est ses 75 ans. Bah, je fais quoi alors avec les 50 balais des Teen Titans ? Ça n’intéresse personne ? Vraiment ?

En effet, il semblerait que les cinquante ans des Teen Titans soient un peu passés dans l’ombre de l’anniversaire de la chauve-souris, qui tombe pourtant sur un nombre moins enveloppé que le fameux groupe des justiciers adolescents. Mais sur DC Planet, on ne les oublie pas, surtout que nombre d’entre nous se souviennent avec un plaisir coupable de la série animée diffusée, il y a une grosse dizaine d’années, sur Cartoon Network. L’occasion de vous raconter comment ce genre d’événements se prépare en interne.

Tout d’abord, c’est Edge qui arrive tout excité six mois à l’avance : « Eh les gars, on va de nouveau faire péter le nombre de visites, je viens de voir que c’est les 32 ans de Ambush Bug ! On va faire un mois spécial pour ça ! » Puisqu’on est des gars enthousiastes, on crie tous d’une seule voix « Oh chic alors ! », et lorsque le boss nous demande nos idées, c’est la course à qui promettra la plus grosse. Dossier sur les love interests de Ambush BugAmbush Bug à travers les jeux vidéos, les plus beaux mugs d’Ambush Bug commercialisés au Canada, etc. Une grosse liste se tisse, visant en moyenne la sortie d’une review ou d’un dossier par heure. On est tous très fiers de nous, et Edge particulièrement.

Le staff en train de préparer un mois anniversaire
Le staff en train de préparer un mois anniversaire

Vient ensuite la période des rappels. Pendant six mois, Edge nous rappelle chaque semaine : « Eh les gars, vous oubliez pas le mois Ambush Bug hein ? » Et on ricane « Mais tu nous prends pour qui ? » et il rajoute sagement « Je préviens juste… ». Les semaines défilent, les rappels ne perdent pas en régularité en revanche nos ricanements se font de plus en plus timides. Ci et là, quelques désistements se font entendre « Je dois rendre visite à une tante éloignée en Amérique », s’excuse Baccano, « Oh, euh… Beaucoup de travail au bureau, m’voyez ? » laisse tomber Freytaw. Le programme s’allège doucement et sûrement, ci-bien qu’au moment où le mois spécial est sensé commencer, je suis le seul à avoir tous mes articles prêts lorsque Edge vient me dire : « Écoute, Riddlou (ndlr : c’est comme ça qu’il m’appelle en privé), t’es bien gentil mais finalement, on va laisser tomber ce mois spécial Ambush Bug. » Tout penaud, je jette à la corbeille mes articles sur les différentes coupes de cheveux d’Ambush Bug ou sur les dix slips les plus discrets d’Ambush Bug.

Les Teen Titans n’ont pas échappé à la règle. Au départ, on parlait de faire une décennie spéciale Teen Titans. Bien vite, nous nous sommes rétractés à une année spéciale Teen Titans, pour passer à un mois spécial Teen Titans lorsque nous avons réalisé que 2014 se chevauchait avec les 75 ans de Batman mais, et surtout, les 47 ans de B’wana Beast (pour lui aussi, tout notre programme s’est hélas effrité, mais j’ai toujours ma sélection des dix plus beaux pagnes de B’wana Beast que je peux vous envoyer en privé si ça vous intéresse).

À l’heure où ces lignes sont écrites, c’est bien d’une ridicule semaine Teen Titans qu’on parle, si bien que je ne sais même pas si on fera quelque chose pour l’anniversaire des Teen Titans et que, comme pour neuf de mes articles sur dix, ces mots soient écrits dans le vide, que ce Showcase ne voie jamais le jour. Et sans savoir pourquoi, j’écris quand même, soulignant toute l’étendue de l’absurdité de l’existence dans ce geste futile et anodin !


Pour ce Showcase, nous nous penchons sur le numéro #53 de la première série Teen Titans, datant de février 1978. Souvent dans l’ombre de son successeur les New Teen Titans de Wolfman et Perez, c’est pourtant la première série consacrée à la team d’adolescents, lancée suite au succès de leurs apparitions dans les comics Showcase et The Brave and the Bold. Ce numéro #53 a une double importance puisque c’est d’une part le numéro qui raconte les origines de la team, qui y sont dévoilées pour la première fois. D’une autre, il s’agit du tout dernier numéro de la série, qui fut ensuite annulée pour cause de faibles ventes. Il ne faudra pas plus de deux ans pour que Marv Wolfman et George Perez relancent le titre boosté par un nouveau roaster, avec le succès qu’on connaît.

Mais à la sortie de ce Teen Titans #53, pas de trace de Raven ou autre Starfire. Selon l’histoire racontée dans ce numéro, les membres fondateurs des Jeunes Titans de cette époque seraient les suivants : l’incontournable RobinKid Flash (Wally West, rappelons que nous nous situons avant Crisis on Infinite Earths et que je le jeune Wally n’a pas encore endossé le costume de Flash), Aqualad (en la personne de Garth), Donna Troy dans le costume de Wonder Girl, et finalement Roy Harper dans le costume rouge de Speedy ! Le  bougre utilise même une inénarrable flèche-gant de boxe contre Barry Allen

C’est intéressant de noter qu’on reconnaît la première apparition des Teen Titans au comics The Brave and the Bold #54. Or, dans le comics en question, bien que RobinKid Flash et Aqualad fissent équipe par hasard alors qu’ils se rendent à un rassemblement d’ados qui manifestent pour leurs droits, le nom ‘Teen Titans’ n’apparaît nulle part ! Ce n’est que dans le The Brave and the Bold #60, qui affichait déjà le nom Teen Titans sur sa couverture, qu’on apprenait rétrospectivement que Robin avait décidé de fonder une équipe après avoir travaillé avec Aqualad et Kid Flash dans le numéro #54… qui devint, par conséquent, après coup, la première mission des Teen Titans ! Dans ce numéro #60, on trouvait Wonder Girl aux côtés des trois précédemment cités, mais nulle trace de Speedy.

Puisque l’aventure qui est racontée dans ce Teen Titans #53 est présentée comme l’histoire de la création des Teen Titans, et que Speedy y figurait, on peut conclure deux choses. Tout d’abord, cette origin-story devrait s’insérer chronologiquement entre le The Brave and the Bold #54 et le The Brave and the Bold #60 puisqu’on y voit Donna Troy suggérer le nom de « Titans« . Ensuite, le scénariste Bob Rozakis produit une incohérence effective avec les deux numéros de The Brave and the Bold en mettant Speedy aux côtés de Robin et compères au moment de la création des Jeunes Titans. Ce n’est en effet que dans le Teen Titans #4 qu’on voit Speedy rejoindre les Teen Titans, alors déjà créés, et même si l’histoire de ce numéro #4 est racontée comme un flashback de 1964 (soit l’année de parution du The Brave and the Bold #54), Speedy n’y est pas présenté comme un membre fondateur des Teen Titans. Et ce n’est que dans le Teen Titans #19 de 1967 qu’on voit Speedy prendre part à une mission des Teen Titans en tant que membre à part entière ! Toutefois, puisque le Teen Titans #53 est arrivé plus tard, on serait tenté de le considérer comme canon, quitte à lui attribuer une retcon de la fondation des Teen Titans. D’ailleurs Amy Wolfram l’incluera également comme membre fondateur dans son Teen Titans : Year One en 2008.

Trêve de discussions sur les premiers pas des Teen Titans et les éventuelles incohérences qui les accompagnent, il faut un peu parler du numéro maintenant ! Tout d’abord, sachez qu’en plus de RobinKid FlashWonder GirlSpeedy et Aqualad, à la sortie de ce numéro on trouvait également à leurs côtés The Harlequin, alias Duela Dent, plus connue sous le sobriquet de Fille du Joker (Joker’s Daughter), ainsi que deux jeunes super-héros afro-américains, avec Bumblebee, la Femme-Bourdon, alias Karen Beecher, et son petit ami The Guardian, alias Mal Duncan, connu pour avoir pris le costume de Vox durant le run de Geoff Johns sur les Teen Titans. Ces deux tourtereaux permettent au lecteur de plonger dans le passé tandis qu’ils tombent sur un livre qui relate la toute première aventure des Teen Titans.

Le flashback suit un schéma narratif très rétro. En effet, on voit successivement, séparément, les membres fondateurs des Teen Titans se heurter à leurs mentors tandis que ceux-ci, pour une raison mystérieuse, ont décidé de se tourner vers le crime. Incapable d’arrêter Batman (en même temps, c’est Batman), Robin va faire un tour à Métropolis pour demander l’aide de Superman (il n’avait pas dû lire le Dark Knight Returns de Frank Miller s’il s’est imaginé que Superman avait une chance contre son mentor). Heureusement pour la mâchoire de Clark KentRobin croise Aqualad sur sa route, venu à Métropolis pour les mêmes raisons car, par une mystérieuse coïncidence, Aquaman a également retourné sa veste, et s’est adonné à la piraterie avec l’aide de sa fidèle pieuvre Topo. (Vous connaissez Topo ? Il est rigolo Topo !)

Ainsi de suite avec les mentors respectifs de Kid FlashSpeedy et Wonder Girl, et ce n’est qu’en unissant leurs efforts qu’ils parviendront à immobiliser leurs équivalents adultes. Mais une question demeure entière : pourquoi se sont-ils mis à enfreindre la loi qu’ils ont juré de défendre ? La réponse, spoil en avant, se trouve dans l’arrivée de l’Antithesis, une créature faite d’énergie provenant de l’autre bout de la galaxie, qui ne peut subsister tant que la Justice League commet des actes criminels. Il a vraiment pas de bol, l’Antithesis, enfin, moi je n’aimerais pas devoir ma survie aux caprices criminels d’êtres vivant à l’autre bout de la galaxie. Hélas pour lui, les Teen Titans en devenir n’ont pas autant de pitié et, tandis qu’ils immobilisent Green Arrow, lui coupent ce qui lui reste d’énergie vitale.

Impressionnés par les prouesses de leurs sidekicks, la Ligue des Justiciers les félicitent grassement, Flash allant jusqu’à les comparer à une ‘Junior Justice League‘. Cette comparaison donne l’idée à Donna Troy de former une équipe similaire à celle de leurs alter-egos adultes. Il leur faut un nom accrocheur : les Titans Aqualad précise qu’il est nécessaire que les gens sachent immédiatement que ce n’est pas une équipe comme les autres puisqu’elle est composée de jeunes pousses, aussi suggère-t-il d’ajouter le qualificatif Teen : le tour était joué, long live the Teen Titans ! Et ils sont encore là aujourd’hui !


À vrai dire, cette origin story n’a rien d’exceptionnel. Elle garde ce goût mécanique de nombreuses vieilles histoires, et l’Antithesis, vilain présenté en coup de vent, n’a pas le temps de séduire le lecteur. Ce numéro a eu cependant assez d’importance pour que Amy Wolfram y multiplie des renvois dans son Teen Titans : Year One trente ans plus tard ! Il souligne d’ailleurs les liens entre les Titans originaux et la Justice League, chacun étant le sidekick d’un alter-ego adulte, ce qui ne fut plus le cas par la suite avec l’introduction de personnages comme Raven ou Starfire. Mais même avec ces deux nouvelles têtes, le principe des Teen Titans reste le même : fournir une alternative de secours dans le cas où, pour une raison ou un autre, la Justice League ferait défaut. Le succès de ce concept tient ensuite beaucoup du jeune âge des membres, qui rapprochait le lectorat, très jeune à l’époque, des personnages mis en scène.

En bonus, au cas où vous l’auriez manqué, voici un Aquaman en mode MÉCHANT (notez le sourire), accompagné de son aqua-pet, le poulpe Topo !