Introduction

1. La genèse de l’équipe

2. Le run original d’Arnold Drake (1963-1968)

3. Le run de Kupperberg (1977, 1987-1988)

4. L’arrivée de Grant Morrison (1989-1993)

5. Les années Vertigo (1993-1995)

6. Trois tentatives de retour (2001-2010)

7. Young Animal (2016-….)

2. Le run original d’Arnold Drake (1963-1968)

 

Après quelques numéros, DC se rend bien compte que la nouvelle équipe d’Arnold Drake est un franc succès. L’anthologie My Greatest Adventure est sauvée de l’annulation et devient donc Doom Patrol dès le numéro #86, pour mieux attirer le chaland. Mais Doom Patrol reste un phénomène bien à part. Grant Morrison, qui reprendra le titre en 1988, l’avoue lui-même : « Quand j’étais gamin, je ne lisais pratiquement jamais Doom Patrol ; ce comic me terrifiait ! » Et c’est probablement le cas de beaucoup de lecteurs. A l’époque, les comics DC sont tous très propres, avec des mâchoires carrées, des bonnes valeurs et des personnages plus grands que nature auquel les jeunes lecteurs peuvent s’identifier. Dans cet environnement, la Doom Patrol d’Arnold Drake tranche foncièrement.

Contrairement aux héros classiques de DC, ils ne se voient pas comme des bienfaiteurs, mais plutôt comme des maudits. A l’image de The Thing dans les Fantastic Four, ils considèrent leurs pouvoirs comme des malédictions qui leur pourrissent la vie. Le monde les regarde avec admiration et mépris, en les ramenant toujours à leur statut de phénomène de foire étrange, malgré leurs exploits. La Doom Patrol est posée d’emblée comme une équipe de freaks. Ce n’est qu’ensemble qu’ils apprendront à s’accepter les uns les autres, sous la direction du Chief.

Dossier - Doom Patrol : les héros de l’étrange

La Doom Patrol est un peu comme un tour de magie : on croit lire un comics de superhéros, avec ses pouvoirs, ses personnages costumés et ses vilains atypiques. Mais le magicien détourne ainsi simplement notre attention pour nous parler d’autre chose : le handicap, la difformité, l’acceptation de la différence, et du sentiment familial qui unit ceux qui sont rejetés. Et c’est comme ça que la magie opère. Si, avec le temps, les X-Men sont devenus le symbole de la lutte des minorités pour leur reconnaissance, la Doom Patrol pourrait jouer le même rôle, et particulièrement pour les personnes en situation de handicap, rejetées pour leur « bizarrerie » hors de la « norme ».

C’est le cas pour Robotman, cerveau coincé dans un corps robotique, condamné à jamais de perdre toute sensation, tout contact physique. Arnold Drake s’amuse aussi à le démembrer à la moindre occasion. Dans pratiquement chaque numéro, Robotman perd au moins une jambe, ou un bras, quand il ne finit pas simplement en tronc, rajoutant à cette étrangeté fondamentale du personnage en faisant de lui un mutilé permanent. Negative Man est lui aussi forcé de vivre sa vie sous des bandages, se faisant traiter de momie et l’empêchant de séduire Elasti-Girl. Une série d’histoires en back-ups nous montre même comment Larry Trainor cherche à retrouver un travail après son accident, toujours pour se voir recalé à cause de ses radiations et de son aspect étrange. Le Chief, de façon plus évidente, est toujours relégué à son fauteuil roulant, osant à peine sortir de chez lui. Et même Elasti-Girl, dont le pouvoir est peut-être le moins handicapant, se verra regardée comme un phénomène de foire et aura des problèmes conjugaux à cause de ses pouvoirs.

Dans Doom Patrol #90, Drake introduit un nouveau personnage : Mento, le « cinquième homme le plus riche du monde », qui illustre parfaitement l’incompréhension du monde pour la Doom Patrol. Ce dernier n’est pas un rejeté, ou un mal portant. Il est parfaitement « dans la norme ». C’est un homme très riche, amoureux d’Elasti-Girl, qui veut l’impressionner avec son casque mental. Elle finit par se laisser séduire par Mento, qu’elle épouse. Mais après leur mariage, il la forcera à rester à la maison pour être la parfaite femme d’intérieur, cherchera à l’empêcher d’utiliser ses pouvoirs… mais en modèle de femme indépendante, Rita Farr refusera à chaque fois. Mento ne comprend pas la Doom Patrol et l’affection de sa femme pour ces freaks. Même si, progressivement, il sera de plus en plus adopté par les autres, il ne fera jamais complètement partie de la famille. Il est le symbole même d’un bien portant qui a du mal à considérer les autres autrement que dans la bizarrerie.

À l’opposée, il y a Gar Logan, alias Beast Boy ou The Changeling, qui deviendra célèbre quelques années plus tard avec les New Teen Titans. Lui aussi, est maltraité par ses camarades de classe pour sa couleur de peau verte, ne ressemblant à rien de connu. Au début, même avec la Doom Patrol, il a du mal à s’intégrer. Une dynamique de conflit entre lui et Robotman (rappelant fortement celle entre Human Torch et The Thing dans les 4 fantastiques) se met en place. Mais il sera progressivement lui aussi associé à l’équipe, adopté par Elasti-Girl et Mento. Nul doute qu’avec le temps, en grandissant, il aurait pleinement fait partie de l’équipe, si la série ne s’était pas arrêtée.

Dossier - Doom Patrol : les héros de l’étrange

Mais avant de parler de son annulation, il y a un élément qu’il ne faut pas oublier. La Doom Patrol, ce sont aussi des vilains mémorables, étranges et parfois un peu cultes. D’abord, la Brotherhood of Evil, composé de son chef The Brain (un cerveau dans une jarre), Madame Rouge (une métamorphe capable de modifier son corps à sa guise) et le gorille intelligent Monsieur Mallah (parce que d’après l’éditeur Julius Schwartz, les gorilles sur la couverture, ça se vend bien !). Ce trio étrange de vilains à l’accent français hilarant sera probablement le plus emblématique du run classique de la Doom Patrol. Mais on peut aussi y joindre ceux qui sortent d’un manuel de science, comme l’Animal-Vegetable-Mineral Man (capable de se transformer en tout ce qui est de l’ordre du végétal, de l’animal ou du minéral), Mr 103 (qui lui se transforme dans n’importe quel élément du tableau périodique) ou Meteor Man (tout simplement un homme météorite !). Les vilains de la Doom Patrol explorent souvent des concepts étranges et bizarres, même pour le Silver Age.

En 1968, ceci dit, le titre ne fonctionne plus aussi bien. Les ventes baissent. Arnold Drake est en conflit avec DC sur son salaire, et il est prêt à partir chez Marvel (où il créera… les Gardiens de la galaxie !). Doom Patrol #121 devient donc le dernier numéro de la série, où toute l’équipe se sacrifie pour sauver un village de pêcheurs dans le Maine. Un choix plutôt osé à une époque où la résurrection des morts n’était pas encore aussi commune que la glace à la vanille, les viols non-poursuivis ou les politiciens corrompus. Dans ce dernier numéro, le dessinateur Bruno Permiani et l’éditeur Murray Boltinoff implorent même les lecteurs de harceler DC pour ressusciter la Doom Patrol… mais ça prendra du temps.

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Sherlock Chimp
Sherlock Chimp

Je suis en train de lire le premier volume de Morisson et qu’est ce que c’est bien! Je n’ai jamais vu une telle inventivité et de tels sujets dans un comic book (notamment avec l’arc du painting). En tout cas merci beaucoup pour le dossier qui est juste parfait pour comprendre la chrono assez complexe de doom patrol.

Mandalorwarrior
Mandalorwarrior

Ça a l’aire intéressant tout ça… Dommage qu’Urban n’ai jamais publié de comics sur eux (même si je peux pas trop leurs en vouloir pour le coup… D’autant qu’ils font de beaux efforts depuis). Qui sait ? Si la série marche, peut-être qu’ils arriverons à les mettre sur le devant de la scène…

Thaal Warden
Thaal Warden

YES ! Merci a toi, myplasticbus pour ce dossier que j’ai hâte de lire. En effet, ça fait un moment que je m’intéresse à la Doom Patrol ^^

urbanvspanini10
urbanvspanini10

Super dossier pour une équipe que je connaissais pas complètement, surtout que j’adore les dossiers de ce genre :D
D’ailleurs j’ai l’impression que les nouveaux membres du staff sont bcp Fan de la Doom Patrol ^^

Mais si je peux faire une petit critique (juste une, rien de méchant ^^) ça aurait était intéressant de parler sur une autre page des apparitions de la Doom Patrol sur les autres médias (dessins animés, Série TV…)

mavhoc
mavhoc

Excellent dossier ! Merci beaucoup, c’est très clair et ça donne foutrement envie d’acheter la réédition Silver Age par DC !

mavhoc
mavhoc

Alors que je lis justement le tpb Silver Age de la Doom Patrol, ce dossier était si bon que je l’ai intégralement relu, sans sauter une seule ligne !
Merci à toi pour une si belle découverte et une passion aussi puissante !

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