Dossier – Green Arrow et la politique

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Green Arrow est créé en novembre 1941, par l’auteur Mort Weisinger et par l’artiste George Papp. Sa première apparition se déroule dans le numéro 73 de More Fun Comics. L’archer vert a connu depuis des périodes plus ou moins prospères. Tout d’abord considéré comme un simple ersatz de Batman, il finira cependant par acquérir une toute nouvelle réputation grâce à ses apparitions dans la série Green Lantern des années 70, écrite par Dennis O’Neill et dessinée par Neal Adams. Puis, dans une autre mesure, dans sa première ongoing écrite et dessinée par Mike Grell. Si ce sont ces deux-là que nous retenons encore aujourd’hui c’est avant tout car la première a permis à DC Comics de se doter d’un héros politiquement impliqué et revendiquant son appartenance à la politique socialiste. Ce qui aura permis aux comics de s’engager un peu plus en avant dans l’idée d’écrire des comics plus socialement engagés qu’avant.

Nous allons donc nous pencher sur Green Arrow et sur le lien qu’entretiennent les comics avec la politique.

1. Green Lantern/ Green Arrow : Un regard sur la société

Quand Oliver Queen apparait dans la série Green Lantern, en 1972, il apparait comme destitué de toute sa fortune, sans son fidèle sidekick et doté d’une toute nouvelle conscience sociale. En effet il fait preuve ici d’avis politiques très marqués, quitte à parfois s’attirer les foudres d’autres personnages. En lui enlevant sa fortune l’auteur réussit à rendre Oliver bien plus proche des gens de la rue, ce qui rend beaucoup plus crédible cette conscience sociale, qui aurait pu paraître déplacé venant d’un milliardaire.

Comme dit plus tôt Green Arrow apparaît dans la série Green Lantern, il formera donc un duo avec le premier (ou deuxième, c’est selon) membre humain du corps, Hal Jordan. Cette idée permet de renforcer l’aspect politique du titre. En effet Oliver et Hal incarnent tous deux des archétypes opposés, qui permettent des réflexions plus profondes que dans un titre avec un personnage seul. Oliver est ici une figure de personne impliquée politiquement, voulant tout faire pour apporter du changement dans ce pays qui est en train de s’effondrer sur lui-même, poussant même parfois jusqu’à l’anarchisme. Tandis qu’en face, Hal représente une ancienne génération qui ne discerne même plus les injustices que cette société suscite. Qui plus est, il représente aussi un homme de loi, une sorte de policier qui a toujours suivi les règles dictées par des êtres se disant au-dessus de tout.

Pour revenir à l’opposition elle est mise en scène dès le tout premier numéro, là où Green Lantern sauve un homme d’affaire se faisant agresser par des résidents. On apprendra par la suite que cet homme était le propriétaire de l’immeuble délabré dans lequel vivait ces personnes et qu’il avait l’intention de les expulser dans l’intention de construire un parking à la place de ce bâtiment. L’idée, dans ce numéro, est donc de parler des problèmes de logements aux États-Unis, tout en ayant toujours en toile de fond, l’idée des plus grands qui écrasent les plus faibles. Cette idée sera l’un des thèmes récurrents de Dennis O’Neil. Après ces explications, s’ensuivra une profonde remise en question du Green Lantern et ce grâce à une très belle page.

green arrowVa s’ensuivre un road trip dans l’ensemble des États-Unis de la part des deux héros. Ce road trip sera l’opportunité de toujours plus mettre en scène différents éléments de politiques et d’actualités. Cela allant du racisme, en passant par l’oppression des descendants d’amérindiens, jusqu’à la surpopulation. Là où le scénariste fait les choses intelligemment, c’est que bien que mettant en scène des super-héros, jamais il ne va les mettre en scène comme des grands sauveurs. Dans la grande part des situations à la fin du récit les héros parviennent à démêler le conflit principal, mais ils finissent quasiment toujours par devoir repartir impuissants devant les inégalités. Cependant le thème que l’on retiendra principalement c’est la façon dont la drogue est abordé ici, via le protégé d’Oliver, Roy Harper. La drogue a toujours été plus ou moins liée aux comics, cependant ici c’est traité directement et par le biais d’un héros. C’est encore plus impressionnant quand on se rappelle qu’à l’époque le Comics Code Authority exerçait toujours sa pression sur les comics.

En définitif, il faut retenir qu’ici Green Arrow a été l’instigateur d’une toute nouvelle période dans l’histoire des comics. A ce moment-là les comics ont pu démontrer qu’ils étaient plus que de bêtes histoires d’hommes surpuissants se battant entre eux en criant le nom de leurs mamans. Les comics étaient devenus un moyen d’exprimer et de dénoncer les problèmes qui gangrenaient les États-Unis, voir même le monde. Qui plus est grâce à ça le personnage de Green Arrow possédait une nouvelle aura. Il était devenu bien plus qu’un simple ersatz de Batman en collant vert. Il était devenu un héros social, chose assez rare dans l’univers DC.

2. Oliver Queen, alias Super-héros et maire

Par la suite les choses ne se déroulèrent pas exactement tels qu’on l’aurait espéré. Green Arrow eut le droit à quelques apparitions dans d’autres titres, mais il dût attendre jusque 1987 pour avoir le droit à sa toute première ongoing, soit plus de 40 ans après sa création. Cette ongoing écrite par Mike Grell ne cachait pas le côté politique de Green Arrow. Cependant l’idée n’était pas d’en faire l’élément principal, donc cela passa quelque peu au second plan. Là où la politique repassa au tout premier plan ce fut après les événements d’Infinite Crisis quand Oliver devint le maire de Star City. L’idée pour Oliver de devenir maire n’était pas neuve déjà en 1970 dans le titre World’s Finest on pouvait retrouver un Oliver Queen songeant à devenir maire, contre l’avis de Superman. Finalement il renonça à l’idée et il fallut attendre 2006 avec l’arrivée de Judd Winick et de l’événement One Year Later pour pouvoir suivre un Oliver Queen tout juste élu maire.

En fait voir Oliver devenir maire n’était qu’une évolution logique pour le héros et on peut même se demander pourquoi avoir pris tant de temps. Cependant avant de nous épancher plus en avant sur son rôle de maire, il est bon de noter l’apparition, en 2004, du nouveau personnage Mia Darden. Cette jeune fille crée par Kevin Smith sera destinée à devenir la nouvelle Speedy, sidekick de Green Arrow et sera révélée comme séropositive. Ce n’est pas la première fois qu’un héros était atteint de séropositivité dans les comics mainstream, cependant cela reste quelque-chose de très peu représenté, alors il est toujours bon de le noter. Surtout qu’ici, la chose est vraiment traitée avec une justesse rare, le personnage ne tombant jamais dans un pathos appuyé. Encore une fois Green Arrow mettait en avant un aspect de la société qui restait peu représenté à l’époque.

green arrow
« 2006, ironique, non ? »)

Alors, revenons-en au rôle de maire. Oliver fut donc élu maire, tandis que Star City était dans une grave situation de crise. La ville avait été ravagée, les gens vivaient dans une pauvreté extrême, quand ils ne la fuyaient pas. Quant aux États-Unis ils s’en désintéressaient et avait même construit un mur pour la cloisonner. On ne se refait pas… Quand on lit la dizaine de numéros pendant lesquelles Oliver est maire, on ne peut que se dire qu’il semble être fait pour ce rôle. Oliver est un maire pugnace, qui n’hésite jamais un seul instant à provoquer les plus hautes instances, seulement pour recevoir de l’attention sur sa ville bien mal en point. Parmi ses faits d’armes il compte ; la mise en place du mariage homosexuel, la mise en place de campagne anti-drogue, l’arrêt de toute taxes aux profits des États-Unis, soins gratuits, etc. Le meilleur étant qu’il réussit à mettre en place tous ces éléments en restant toujours à la limite de la légalité. Bien entendu toutes ces mesures entraînèrent des réponses très contrasté, le tout mis en scène par le biais d’un débat télévisé, avec comme protagoniste un personnage rappelant beaucoup les conservateurs des US. S’écriant que le maire n’était pas un patriote et qu’il ne faisait que répandre une politique libérale, car il autorisait le mariage homosexuel et l’arrêt des taxes. Ce passage est en soi assez révélateur de la façon dont fonctionne la politique américaine. Et bien que le trait soit un peu grossi (quoique…) cela reste appréciable de voir une tentative de dénonciation de l’absurdité dont les conservateurs font preuves.

L’aspect politique du personnage de Green Arrow avait fait son grand retour, on ne pouvait donc qu’espérer que les choses continuent dans cette optique-là, mais ce ne sera pas le cas. Après quinze numéros, Oliver se voit obligé de démissionner. Cependant il part en prenant bien soin de voir un de ses proches reprendre le poste de maire, dans l’espoir de voir sa politique être poursuivie. Ce que nous pourrons retenir de cette période c’est la première mise en place d’un super-héros au poste de maire dans sa propre ongoing chez DC. Le tout en montrant les absurdités du système américains. Cette période n’aura pas été aussi forte que du temps de Denis O’Neil en termes de thèmes abordés et de questions soulevés, c’est vrai, cependant cela aura été un bon retour aux sources pour le personnage le plus politique de chez DC et surtout cela aura constitué une belle évolution pour Green Arrow.

On ne va pas s’attarder sur la suite, il y a eu la série Green Arrow/Black Canary qui constituait surtout une mise en avant de l’aspect familiale de l’univers de l’archer vert. Puis il y eut tout une période où Oliver vécut reclus dans une forêt au cœur de Star City, lors de l’événement Brightest Day. Là nous allons plutôt nous concentrer sur 2011 et l’arrivée des fameux New 52.

3. Les New 52 et l’apolitisme d’un personnage

Dossier - Green Arrow et la politique 16

Les New 52 étaient un grand événement pour DC, il s’agissait pour eux de partir à la conquête d’un tout nouveau lectorat grâce à une continuité remise à zéro. Bien qu’il y ait eu quelques coups d’éclats, dans l’ensemble cette période aura été contestée et contestable. Si bien qu’aujourd’hui encore DC essaye désespérément de réparer tous les dommages qu’ils ont eux-mêmes fait à l’ancienne continuité. Quant à Green Arrow pour lui les choses ont été très simples : il est revenu au point zéro de sa caractérisation. Adieu l’aspect politiquement engagé, bonjour la fortune retrouvée. Adieu son fils, Mia et sa femme Black Canary, bonjour l’équipe technique sans identité. Et l’on pourrait continuer encore pendant longtemps. Oliver Queen est devenu un jeune roquet, réellement agaçant.

Le problème ce n’était pas le fait d’être agaçant comme l’ancien pouvait être, car lui pouvait avoir des opinions sur tout et ne s’en passait jamais de les exprimer. Non, lui est simplement agaçant parce qu’il est devenu un personnage tout simplement détestable. C’est là que revient cette impression, qui suivait le personnage à ses débuts, d’avoir une simple copie bon marché de Batman. Cette régression du personnage est plus que dommageable et elle entache même ce personnage qui a le potentiel d’être un réel porte-parole sociétal. La série essaye bien une fois de parler de la société et de son attachement à la technologie, mais c’est la chose la plus nauséabonde que l’on n’a jamais vu. Il y aussi une partie sur le racisme qu’il est bon de noter, avec l’arrivée de Benjamin Percy, qui n’est pas inintéressante, sans tenir de réel engagement.

Dossier - Green Arrow et la politique 17
« 1972 : Critique du racisme ; 2011 : ça… »

On pourrait se poser la question de pourquoi ce revirement ? Pourquoi DC n’a pas demandé à ce que l’archer soit écrit de la même façon que dans les années 70 ? En soi, un Green Arrow politisé aurait très bien pu fonctionner en 2011. Là, il n’y a pas de réponses. Pas de réponses écrites noires sur blanc en tout cas. Mais on peut faire des hypothèses. Et celle qui pourrait sembler la plus probable serait que DC avait peur de son propre personnage.

Cela pourrait sembler absurde, mais pour une compagnie qui voulait voir ses ventes de comics recommencer à grimper ce serait peut-être une meilleure idée de vouloir couper à l’eau un personnage qui pouvait s’avérer trop subversif pour une partie de la population américaine. Il reste tout de même une grande partie des américains qui sont totalement allergique à la simple mention de socialisme, ou de libéralisme. Dans ce sens-là rendre le personnage de Green Arrow similaire à Batman, avec ses gadgets cool et ses équipes derrière-lui à sans-doute dû leur apparaître comme une bonne idée. Cependant, comme prévu, ça ne l’était pas. Et beaucoup de fans du personnage ne se sont pas retrouvés en cette nouvelle version. Bien que le passage de Jeff Lemire ait été plutôt apprécié, l’on gardera un bien mauvais souvenir de la période New 52 le concernant.

4. Et maintenant ?

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Aujourd’hui Rebirth est passé par là et a pris le soin de restaurer le héros, plus ou moins, tel qu’il était avant. Benjamin Percy l’auteur avait d’ailleurs déclaré avoir comme inspiration pour son run le travail de Dennis O’Neil et de Mike Grell. Donc en effet Green Arrow recommence à parler de politique et ce dès les premières pages du tout premier numéro et se qualifiant lui-même de « Social Justice Warrior ». Terme aujourd’hui utilisé, à tort, comme une insulte, mais cela n’avait qu’une signification dans ce numéro « Je suis de retour ».

Il faut bien reconnaître que B. Percy a réussi à rendre au personnage son aura d’antan, tout en imprégnant son run de diverses idées. Par exemple il a repris l’idée d’enlever la fortune d’Oliver pour le rapprocher de ceux qu’il défend. Il a aussi parlé plusieurs fois des pauvres se faisant écraser par les classes les plus riches. Ainsi que de la politique en mettant en scène un maire partageant, étonnement, beaucoup de points communs avec le président des États-Unis actuel.

Ce sont de réels pas en avant par rapport aux New 52, cependant on peut toujours regretter que ces pas en avant ne font qu’exacerber le fait que nous sommes encore loin de 1972. Il est plus que temps que DC se décide à vraiment empoigner des phénomènes de société, quitte à créer une mini-série à côté, s’ils ne veulent pas que ce soit dans l’ongoing Green Arrow. Car il n’y a pas tant de différences entre aujourd’hui et 1972 et il serait temps que les comics mainstreams recommencent à se pencher là-dessus.

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Claygan

Claygan

Amoureux de la culture sous à peu près toute ses formes. Grand fan de Green Arrow (et de crêpes), je suis tombé dans cet univers infernal que sont les comics il y a de cela maintenant plusieurs années, cela sans doute un peu grâce aux films. Vous pourrez me retrouver pour parler (ou râler) de DC en long, en large et en travers, dans les podcasts, ou dans mes articles.
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knightwing
5 années il y a

Super dossier, bravo et merci Claygan ;-)

Tim Drake4
Tim Drake4
5 années il y a

J’ignorai que Green Arrow avait un parti pris politique aussi fort. Mais dans ce cas, c’est réellement dommage qu’on ne voit rien de tout ça dans Arrow. Il a beau avoir été maire, la dimension superhéros sociale est complètement effacée. Le plus étrange, c’est que Supergirl, de son coté, est bien plus engagée, en faisant des tacles réguliers à Donald Trump, et en faisant des aliens une métaphore des minorités. Alors pourquoi la même chose ne se fait-elle pas dans Arrow ?

Tim Drake4
Tim Drake4
5 années il y a
Répondre à  Tim Drake4

Ah et au fait super dossier !

Mocassin
Éditeur
5 années il y a
Répondre à  Tim Drake4

Et bah en fait, la saison 1 d’Arrow était relativement engagé. Et on a des soubresauts de temps à autre, notamment avec son rôle de maire.
Mais je suis d’accord : Supergirl et Black Lightning sont bien plus engagées !

Spawn
5 années il y a

Bon dossier.

Lisez DC Universe Decisions, on peut y voir Arrow allumer la mèche du sujet politique au sein de la ligue en soutenant un candidat. Sa prise de tête avec Hal est fabuleuse à ce sujet.

Mandalorwarrior
Mandalorwarrior
5 années il y a

« bêtes histoires d’hommes surpuissants se battant entre eux en criant le nom de leurs mamans »

…De quoi ?

Watchful
5 années il y a
Répondre à  Mandalorwarrior

Martha ?

Mandalorwarrior
Mandalorwarrior
5 années il y a
Répondre à  Claygan

Heu… BvS est bien plus qu’une « bêtes histoires d’hommes surpuissants se battant entre eux en criant le nom de leurs mamans » comme tu cite. Et quitte a comparer, c’est quand même l’un des rare film de notre époque qui ne considère pas le genre « super-héros » comme un stupide divertissement sans intérêt (coucou Marvel) donc bon…

Amesephis
Invité
Amesephis
5 années il y a
Répondre à  Mandalorwarrior

j’aime ce genre de commentaire ^^ +1

Amesephis
Invité
Amesephis
5 années il y a

Je partage à moitié ton point de vue sur le fait de lisser un personnage pour booster les ventes : tu a des héros qui sont plus ou moins l’inverse : Question. C’est d’ailleurs ce qui m’à beaucoup fait accrocher à DKII à savoir les échanges Green Arrow/Question qui m’ont beaucoup fait marrer. D’un autre coté c’est quand même du Miller donc ça sort un peu du lot, mais je trouve au contraire que avoir des personnages qui ont du caractère et des points de vue ça donne vie aux histoires, si tous les héros ont le gout d’un cheese cake (c’est très bon mais on en à vite fait le tour), on se fait vite chier (du moins, de mon point de vue. On pourrait aussi citer le Pacificateur(Peacemaker) qui semble un pro NRA. Et dans certaines oeuvres (certes toujours chez Miller) Batman est limite un Anarchiste.

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