Introduction

1. Manhattan

2. La JSA

3. Nathaniel Dusk

4. Superman & Batman

5. Supermen Theory

 

Nathaniel Dusk

Johnny Thunder n’est pas le seul personnage de l’ancienne génération à faire son retour. Comme évoqué précédemment, les films de Nathaniel Dusk parsèment l’œuvre de Geoff Johns, et plus particulièrement son dernier film, The Adjournment. Et comme vous le savez depuis, Nathaniel Dusk est en fait un ancien personnage qui était publié par DC Comics dans les années 80. L’auteur effectue alors une mise en abyme en intégrant un personnage de l’éditeur au sein de l’univers DC tel qu’il l’est pour nous, un personnage de fiction. Mais une nouvelle couche s’y ajoute, puisqu’une intrigue parallèle et liée est également menée au sujet de Carver Colman, l’interprète de Nathaniel Dusk, vivant donc dans le monde DC au même niveau que Superman par exemple. Si le lien entre Colman et Dusk est jusqu’ici assez ténu, il est principalement porté par la notion de meurtre.

Dans The Adjournment, le dernier film de Colman en Dusk, le détective doit enquêter sur une étrange affaire : deux hommes ont été tués pendant leur partie d’échec sans que l’on sache qui était la cible et qui est le dommage collatéral. En tant que tel, on s’en balance un peu me direz-vous, mais à l’instar de Marooned dans Watchmen, cette histoire sous l’histoire représente probablement une métaphore ou une allégorie dans l’univers DC. La première victime est Alastair Tempus, un banquier retraité, riche et veuf qui laisse derrière lui trois enfants, alors que la seconde victime est Bentley Farmer, un urbaniste divorcé, pauvre et sans enfants. Si on cherche à faire ressortir des caractéristiques, on pourra dire que le premier représente un passé qui laisse derrière lui un héritage, alors que le second représente un présent sans amour et héritage. Vu comme ça, ces personnages pourraient être chacun une allégorie pour le pré-New 52 (et/ou de la JSA) et pour le New 52,  des allégories de l’avant et de l’après Manhattan. Dans le numéro #3, on apprend que l’une des deux victimes est un tueur, sans que l’on sache s’il est le meurtrier de cette affaire ou a tué précédemment.

Quant à l’histoire de l’acteur Carver Colman, elle est principalement raconté en back-up du numéro #3 (c’est pour ça qu’il ne faut pas les sauter). Fils unique d’immigrants Irlandais s’étant installés dans l’Indiana, Carver travailla dans la ferme familiale jusqu’à ce qu’il se lance dans une carrière d’acteur, puis fut remarqué en 1940 (année de la création/mort d’Alan Scott), ce qui le mena à incarner Nathaniel Dusk.

Cependant, il fut retrouvé mort le 9 juin 1954 sur le sol de son salon, tué avec le trophée qu’il gagna pour l’un de ses films (Hollis Mason fut tué de la même façon dans Watchmen). L’année 1954 correspond dans notre monde à la publication de Seduction of the Innocent et l’application du Comics Code Authority, destiné à réguler le contenu des comics jugés trop subversifs. En considérant une réplique de Doomsday Clock #3Carver Colman est décrit comme un héros américain par un retraité et comme un déviant par une autre, on peut retrouver là encore une analogie.

Après la mort de Carver Colman, est retrouvée chez lui une pièce secrète remplie de montres et d’horloges, ainsi qu’une lettre de sa supposée vraie mère qui tente de le faire chanter (avec de l’argent, pas de la musique). Ce qui est particulièrement intéressant et qui saute aux yeux ici, c’est la présence de d’horloges et de montres, mais aussi que celle que portait Carver en permanence a disparu. Dès lors, on peut imaginer que cette montre transmise par son père ait atterrie d’une façon ou d’une autre dans les mains de Barry Allen, qui l’offra lui-même à Wally avec la mention « Every second is a gift », et que Manhattan récupérera à la fin de DCUR pour la restaurer (et la nettoyer du sang de Colman ?).

Une théorie voudrait ainsi que Carver Colman soit en fait le super-héros Hourman de la JSA après que Manhattan l’ait empêché de devenir un héros, tout comme Alan Scott. Déplacé de sa famille et placé dans une autre, son destin aurait été alors modifié. Rex Tyler n’aurait alors pas travaillé à Bannermain Chemicals et n’aurait pas développé la pilule lui donnant ses pouvoirs avant de prendre le contrôle de l’entreprise et de la renommer. Elle serait donc restée au nom de Bannerman, le patron de Rex, comme on peut le voir dans Doomsday Clock #2.  De plus, la pièce remplie d’horloges est appelée « ticktock room », et le surnom de Rex Tyler est « Tick Tock Tyler ».

Bien entendu, une autre hypothèse est plus flagrante : Carver Colman serait Manhattan qui aurait tenté de refaire sa vie et se serait vu assassiné froidement, le faisant perdre espoir. Une théorie qui se voit corroborer par le passé de Jonathan Osterman, fils d’horloger et qui se destinait initialement à faire ce métier, sans compter que la notion de temps est primordiale chez ce personnage.

Et si cette hypothèse sonne un peu folle, il suffit de voir encore une fois le back-up du troisième numéro pour constater qu’il ne serait pas le seul personnage de Watchmen à avoir intégré le passé de l’univers DC. On découvre en effet qu’un certain Frank Farr a participé au tournage du troisième film Nathaniel Dusk, nommé Murder at Home. Comme on peut le constater, ce personnage ressemble comme deux gouttes d’eau au Comédien de Watchmen. Et comme pour confirmer à demi-mot qu’il s’agit bien de lui, la partie droite de son visage sur laquelle est tracée sa balafre est ici cachée. Le titre du film dans lequel il a joué avec Carver Colman est révélateur, ainsi que la petite biographie qui nous en est donné : entretenant une relation hors-mariage avec une autre actrice, il l’a mise enceinte. Le fruit de cette union se nomme Rita Farr, que les fans de DC Comics connaissent comme l’héroïne Elasti-Girl, membre de la Doom Patrol.

Et Eddie Blake n’est pas le seul à apparaître dans ce back-up, puisqu’on retrouve également le portrait d’un homme ressemblant parfaitement à Ozymandias, ici nommé Randy Booth, un soldat et acteur ayant connu le Sergent Rock (un autre ancien personnage de DC) et qui considère que la mort de ce dernier est liée à une conspiration plus grande. Que font ces personnages dans un univers et une époque qui ne sont pas la leur ? Manhattan a-t-il joué avec eux comme il l’a fait dans Doomsday Clock #3 avec le Comédien ? Ou s’agit-il de répliques créées par le Grand Bleu ?

Dernière figure à apparaître sur cette série de portraits : John Law, le scénariste du film The Adjournment et premier suspect dans l’affaire du meurtre de Carver Colman jusqu’à ce qu’il présente un alibi. Il ne faut pas chercher du côté de Watchmen mais de DC, puisque Jonathan Law est le nom d’un ancien héros nommé Tarentula. Il semble ainsi qu’à l’instar d’Alan Scott, celui-ci ait été empêché de suivre sa voie de héros, ainsi que Ted Grant, dont il est fait mention comme champion de boxe. Jay Garrick, en revanche, semble avoir connu un sort différent de ses collègues puisque celui-ci a fait une apparition dans The Button où l’on découvre qu’il est bien Flash mais est coincé dans la force véloce de la même façon que Wally dans DCUR.

Finalement, on retrouve dans le même back-up un nom intéressant : celui de Ring Lardner Jr, présenté comme le scénariste de Murder at Home. Cet homme a en fait réellement existé, et comme décrit dans Doomsday Clock, a été emprisonné pour avoir refusé de répondre devant la « house un-american activities committee » (HUAAC). Dans les années 40 était mené aux États-Unis la politique du McCarthysme, nommée d’après le sénateur McCarthy, et qui consistait grossièrement en une chasse aux communistes. Cela comprenait ainsi des personnes travaillant à Hollywood, regroupés dans la “Hollywood blacklist”. En 1947, dix de ces personnes, dont Lardner Jr., ont refusé de répondre devant la HUAAC et ont été surnommé “The Hollywood Ten”. Autant de similitudes avec la JSA ne peut pas être un hasard.