PARTAGER
Share on facebook
Share on twitter
Share on pinterest
Share on email
DC Comics

superman-citation

Il y a maintenant un petit moment que je voulais essayer de parler de ce phénomène que j’ai envie d’appeler « La Grande Dépression » ! Oui je l’avoue c’est un peu pompeux mais au final qu’importe puisque ça représente parfaitement ce dont je veux parler. D’ailleurs je pense que certains, rien qu’avec le titre de cet article, l’ont déjà compris. Je veux bien sûr parler de l’état d’esprit, le ton du DCU depuis l’avènement des New 52. Deux ans maintenant que nous sommes entrés dans cette nouvelle ère DC Comics, deux ans de lecture intensive qui ont surement déclenché cet éveil de conscience. Je ne suis pas un philosophe ou une tête qui pense trop et je me vais me garder de vous dire que ce que je vais raconter ici est une vérité quelconque, il s’agit juste de partager une impression, un sentiment, que d’autres pourraient peut-être partager.

L’exemple le plus emblématique de « La Grande Dépression » c’est Superman. Tous les amoureux de la continuité DC Comics, tous les puristes et les fans des personnes réfractaires au changement ont été les premiers à hurler au scandale de la modification de la personnalité de Superman lors du passage au New 52. Personnellement j’ai toujours défendu cette nouvelle version, même si j’aime la précédente, parce qu’il ne faut pas refuser le changement juste parce qu’il bouscule nos habitudes, parce qu’il transforme et modifie des choses que l’on aime telles qu’elles sont. Cela ne veut pas dire que j’adhère plus ou moins à cette version, là n’est pas la question en fait. Superman a toujours été l’exemple même en matière d’exemple (c’est fait exprès). Il a toujours été le super-héros modèle, le boyscout comme on aime bien l’appeler, celui qui nous montre que l’on peut être meilleur, que l’on peut aspirer à plus grand. Il est celui qui inspire, la bonté incarnée, la lumière. Bien sûr, c’est principalement vrai dans l’inconscient collectif qui le dépeint de cette manière. Mais si on regarde de plus près, le personnage est loin d’être aussi lisse et parfait qu’on ne le pense. Mais en fait, ça on le sait déjà et on s’en moque. Je ne reviendrai pas sur sa création, l’objectif premier de son apparition, le contexte, etc… Ce n’est pas le sujet.

Pour ceux qui ne l’auront pas encore compris, c’est la morosité du DCU qui m’inquiète. Si je prends l’exemple de Superman c’est justement pour montrer l’ampleur du phénomène. Comment DC a-t-il pu laisser le porte-étendard de l’espoir tomber dans la recette de la normalité ? C’est une question qui trouve de nombreuses réponses et la première que j’ai trouvé, c’est que le bonheur n’intéresse plus les gens. Dans une période complètement désabusée, morose et terne, la bonté n’est plus qu’une idéologie bonne pour ceux qui ont trop de fric ou une réalité pour ceux qui n’ont parfois presque rien mais que l’on ne voit pas, que l’on n’écoute pas. Combien de fois j’ai entendu « Superman il n’est pas intéressant, il gagne toujours, il est trop puissant, c’est le mec parfait…ement chiant. C’est un boyscout, trop lisse, trop parfait ». Ce genre de chose qui est l’incarnation même du symptôme principal de « La Grande Dépression ». Elle est globale, elle touche les jeux vidéo où l’on se tape des jeux AAA calibrés dans un moule similaire, où les couleurs sont désaturées à l’extrême, où il faut tuer pour survivre, où il faut se battre pour se faire sa place, où les personnages passent par des évènements traumatisants. Comme si aujourd’hui pour être intéressant il faut être torturé. La scène indépendante dans ce domaine fait preuve d’un peu plus de créativité, heureusement. Malheureusement elle ne s’adresse, souvent, pas aux même personnes. Les jeux vidéo ne sont pas les seuls, le cinéma fait exactement la même chose, la télévision je n’en parle même pas c’est encore pire. Est-ce que vous voulez vraiment que l’industrie du divertissement soit un miroir de notre société ? DC Comics a en fait réalisé la plus simple des équations en voulant et faisant de Superman un personnage comme les autres. La plus simple, mais de loin la moins courageuse et pas forcément la meilleure.

Quand j’ai commencé les comics et DC Comics, j’avais commencé à comprendre que les comics c’était fun. C’était vrai pendant longtemps et puis un jour je me suis rendu compte que ce n’était plus vraiment le cas. C’était comme si quelque chose s’était perdu en cours de route. En passant au New 52, DC Comics a oublié quelque chose. J’ai l’impression que le travail est fait à l’envers, que l’intérêt commercial passe avant l’intérêt ludique. Ça ne s’applique bien évidemment pas qu’à DC, c’est une certitude. Mais c’est comme si l’on partait d’une étude de marché pour ensuite trouver une histoire plutôt que de partir d’une idée pour ensuite en faire une histoire. Du coup, entre les deux procédés ont perd juste l’imaginaire, une espèce de magie. Alors au nom de cette nouvelle mouvance du « je suis trop un mec torturé » ou encore « ma vie n’est pas facile, regarde comme je suis intéressant » on fait de Superman un Superboy version Young Justice, bourrin au possible, pas forcément très futé, limite prétentieux. On fait passer Batman de détective à victime, passant par toutes les tortures psychologiques et physiques. On fait de la Justice League une bande d’égocentriques pas fichus de travailler ensemble correctement au bout de cinq ans d’existence, pire encore on les fait disparaitre. En fait on arrive à une faire du triptyque américain, gloire -> chute -> rédemption, quelque chose d’imbuvable. On arrive à l’extrémisme de ce schéma classique. De là à dire que cette mouvance est une forme de terrorisme…

Je me rappelle d’une époque où lorsque je lisais mes comics j’en avais plein la tête, où lorsque je refermais mon livre j’avais un sourire jusqu’aux oreilles et l’excitation de lire la suite était palpable. Aujourd’hui, chez DC Comics, il n’y a guère que quelques séries se comptant sur les doigts de la main qui me font encore cet effet. Dans une review récente, celle du dernier numéro de Geoff Johns sur Aquaman, je disais que ce personnage était le nouveau Superman de DC, je le pense toujours et cela risque de durer un moment. Plus j’y pense et plus je m’en rends compte. Même au sein de la Justice League. Il est un des rares qui arrive à avoir des histoires puissantes, intéressantes et complexes sans pour autant le faire passer par les cases obligatoires. Il ne faut cependant pas faire l’amalgame de tout. Si les histoires lourdes, qui n’épargnent pas ses personnages sont à l’honneur, je pense surtout qu’il s’agit de facilité. Pourquoi se prendre la tête à justement rendre une histoire intéressante par le fait que son personnage principal peut presque tout faire ? N’y a-t-il justement pas des problématiques complexes, intéressantes et aussi lourdes de sens que celles où son personnage perd un bras, ou se fait battre presque à mort ? Est-il est impossible de faire une histoire heureuse et pleine d’espoir tout en faisant passer le personnage par des évènements difficiles, traumatisants ? La société d’aujourd’hui est-elle si désabusée qu’elle ne croit tout simplement plus en ces héros, qu’elle s’imagine que même ces personnages fictifs doivent ressembler, tout ou en partie, à d’autres plus réels ? Cela veut-il dire que notre monde en a terminé de rêver ou sommes-nous simplement en train de traverser une phase ?

Un autre exemple dont je me souviens. C’était lorsque Justice League of America a été annoncée. Johns parlait alors du personnage de Star Girl comme celui d’un type de personnage que l’on ne voyait plus beaucoup. Les qualificatifs qu’il utilisait étaient éloquents : « innocence, légèreté, lumineuse ». Le fait que ce personnage soit le préféré de nombreux artistes chez DC comme Eddy Barrows par exemple, n’est pas une coïncidence. Le fait que l’on en parle comme d’un personnage atypique, ça ce n’est pas normal. Est-ce que cela veut dire que les comics ont perdu de leur légèreté ? Je ne pense pas, en tout cas pas tous. Mais il est clair que d’une manière générale le ton s’est durci et que la lecture de Batman ne s’adresse clairement plus à des jeunes de 10 ans. Cela ne remet pas complètement en cause mon intérêt pour ces lectures puisque les histoires n’en sont pas forcément plus mauvaises qu’avant. Si cela ne devait avoir qu’une incidence, ce serait celle que cela me rend juste triste.

Oui je suis un fanboy DC Comics. Cela n’empêche pas d’avoir un esprit critique et de pouvoir prendre du recul. Oui je suis un amoureux de Superman et oui le boyscout me manque (malheureusement ses histoires sont mauvaises même si cela commence à s’améliorer). Les histoires que l’on peut lire aujourd’hui m’intéressent (sinon je ne lirais plus) mais il leur manque ce petit truc qui faisait cette magie qui faisait effet lorsque l’on ouvre un nouveau numéro et qu’on veut lire la suite lorsque l’on le referme. Il manque ce petit plus qui fait les super-héros des super-héros et pas simplement des personnages de fictions, inspirer les lecteurs dans la vraie vie. Il n’y a pas besoin d’être moralisateur, c’est même l’inverse. L’intelligence d’une histoire heureuse et porteuse d’espoir c’est laisser au lecteur y voir ce qu’il souhaite et non lui dire ce qui est « bien ». Moi j’ai décidé d’être inspiré !

Je terminerai par ce dialogue que Superman et Loïs ont dans Superman Returns lorsque celui-ci vole au-dessus du Metropolis avec elle dans ses bras et lui dit : « Tu dis que le monde n’a pas besoin d’un Superman, pourtant, d’ici j’entends le monde pleurer pour en avoir un ».

Nathko

Nathko