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arkham
Critique de Arkham Asylum Living Hell
Les points positifs:
  • Des nouveaux personnages attachants
  • Beaucoup de rebondissements
  • Débuts enthousiastes…
Les points négatifs:
  • …mais final un peu brouillon
  • Une caractérisation maladroite
  • Dessins pas assez glauques?

« Who’s the new fish ? » –  Great White Shark


  • Scénario : Dan SlottDessin : Ryan Sook

D’abord publiée en six numéros de Juillet à Décembre 2003, avant d’être collectée en TPB en février 2004, la mini-série Arkham Asylum : Living Hell a marqué l’univers de Batman par l’introduction de nombreux nouveaux personnages à la galerie pourtant déjà bien remplie des méchants de Batman. Que ce soit dans les jeux Arkham Asylum et Arkham City, dans la récente série de Cartoon Network en 3D baptisée Beware The Batman, ou dans l’arc Batman : Face the Face, l’influence d’Arkham Asylum : Living Hell n’est pas à négliger. Revenons à l’occasion de ce Villain’s Month sur ce voyage dans les méandres de la folie et de l’occultisme entre les murs du sinistre asile d’Arkham.

Arkham Asylum : Living Hell

Warren White est dans de beaux draps. Ce multi-millionnaire un peu playboy sur les bords se retrouve dans un tribunal et les ennuis jusqu’au cou à cause de quelques manigances financières amorales. Risquant la peine de mort (c’est qu’il a vraiment pas été cool, il aurait poussé des malheureux au suicide), son avocat lui recommande de plaider la folie afin d’éviter la chaise électrique. Sauf que ce que son avocat et Warren White ont oublié de prendre en considération, c’est qu’à Gotham, il vaut parfois mieux être condamné à la chaise électrique plutôt que de croupir à Arkham. Warren White en fera les frais tandis que son avocat lui promet qu’ils trouveront un moyen de le tirer de là. En attendant, qu’il prenne son mal en patience.

Facile à dire, lorsqu’on se tient à l’écart de cette lugubre maisonnée. Pour White, le séjour dans ce pénitencier va être éprouvant. Son compagnon de cellule est un sataniste invétéré condamné à la réclusion pour avoir perpétré des sacrifices humains. Persuadé que l’esprit de sa dernière victime squatte le lit du haut, il contraint le milliardaire à passer ses nuits sur le sol en pierre. Hors de la cellule, c’est encore pire. Comment survivre à la folie et la violence du Joker, de Lunkhead, de l’Épouvantail, etc. Dehors, il était le roi, le Grand Requin Blanc, qui jouait avec les zéros de ses revenus comme avec la vie des contribuables ; ici, il est le p’tit nouveau, le « new fish », et se fait croquer petit à petit par les autochtones. S’il trouvera un peu de réconfort en Humpty Dumpty, le gros bébé obèse fasciné par la déconstruction et la reconstruction de machines et d’êtres plus ou moins vivants,  cela ne le préservera pas de la tempête qui menace de s’abattre sur Arkham.

Pour une histoire qui se passe à l’asile d’Arkham et, dans une moindre mesure, à Gotham City, Batman se tient étonnamment en retrait. C’était peut-être la seule manière pour les auteurs de développer un peu la ribambelle de nouveaux visages qu’ils introduisent dans cette mini-série, dont le plus marquant est sans nul doute celui de Warren White, alias Great White Shark. Décrit comme un businessman sans scrupule de la pire espèce, il se transformera au cours de cette série en un véritable vilain de Batman au visage blafard dépourvu de nez et de cheveux, qui perdurera par la suite dans la mythologie de Batman. Humpty Dumpty, d’une nature pas franchement maléfique mais trop obsessionnelle pour ne pas mettre en danger son entourage, fera aussi date, tout comme Aaron Cash, le gardien au crochet, qu’on retrouve dans les deux jeux Arkham, dont la seule crainte est de se retrouver seul avec Killer Croc (ce qui ne va pas sans rappeler le Capitaine Crochet et sa peur bleue des crocodiles dans Peter Pan). On esquisse ici le grand mérite de cette mini-série, à savoir l’enrichissement du mythe d’Arkham à travers six numéros dans lesquels les résidents traditionnels sont dans l’ombre des nouveaux venus charismatiques.

arkham Asylum : Living Hell

Hélas, en dépit de la sympathie qu’on peut éprouver pour ces gaillards, elle n’occultera pas complètement l’intrigue qui se déroule en coulisses. Celle-ci, si elle se résume dans les premiers numéros à quelques petits indices inoffensifs ci-et-là pour prouver que le coup du chapeau était prévu, aboutit à un final hélas excessif, et maladroitement amené. Il est en effet déclenché par une long enchaînement de coïncidences : Jane Doe ouvre les portes de toutes les cellules, un chaos en découle, deux pensionnaires – Poison Ivy et Magpie – profitent de ce chaos pour s’enfuir par un trou creusé depuis leur cellule, lequel trou débouche non pas vers l’extérieur mais vers… Et cette évasion ratée tombe à pic puisqu’elle coïncide avec les agissements d’un autre résident d’Arkham, l’artiste psychopathe Daedalus Boch aka Doodlebug, à mi-chemin entre le taggeur urbain et le sataniste incompris (encore un sataniste, tiens). L’occultisme plane autour de ce schmilblick, mais grince douloureusement contre le ton général de la série qui n’est pas aussi sombre que semblent le vouloir les auteurs, en tout cas par rapport à ce qu’on a déjà pu voir dans le même genre. L’humour y est d’ailleurs présent, et tant mieux !, mais même s’il est souvent noir, il dessert mal une prise au sérieux de l’abracadabrantesque conclusion.

Les dessins et les couleurs, tous deux réalisés par Ryan Sook, suivent cette même idée, et ne parviennent pas à rendre ce final fascinant, effrayant ou même convaincant. Outre ce détail, ils sont réussis, qu’on s’entende. Particulièrement dans les expressions des personnages, ou l’absence d’expression lorsqu’il s’agit du personnage de Jane Doe, la voleuse d’identité. Ryan Sook est avare en détails, rappelant vaguement le style de Tim Sale, mais cela n’en devient pas une tare. Quant aux couleurs, il en utilise une palette sans originalité, la restreignant et la personnalisant au besoin pour chaque scène. Ainsi une telle nagera plutôt dans les tons bleus, tandis qu’une autre se complaira plutôt dans les rouges. Sans atteindre les sommets de Kamandi lorsqu’il s’en occupait aux côtés de Dave Gibbons en 2009, son travail sur Arkham Asylum : Living Hell est largement acceptable.

Si on peut avoir l’impression que ce Arkham Asylum : Living Hell est accablé de reproches, insistons sur le fait que ceux-ci se concentrent essentiellement sur son final. Il y aurait aussi, comme mentionné dans les points négatifs, quelques maladresses dans la caractérisation du personnage principal. En effet Great White Shark est décrit à de nombreuses reprises par ses interlocuteurs comme « la pire personne qu’ils aient jamais rencontrée », mais ce cher Warren passe pour un pauvre type plutôt sympathique tandis qu’il cherche sa place dans l’asile, et ce, même si ses mauvaises actions d’antan sont brièvement évoquées. À côté de lui, Jane Doe paraît bien plus détestable. C’est un détail, mais les auteurs insistent sur la malveillance de White à tel point que ça en devient un élément crucial du final, et à ce niveau, il aurait été plus malin de le rendre moins amical aux yeux du lecteur.

Arkham Asylum : Living Hell

Outre le final et cette petite faiblesse, Arkham Asylum : Living Hell regorge de bonnes idées et de petits détails plaisants, comme les transitions de case superbement réalisées à plusieurs reprises. Exemple : Aaron Cash engueule Jane Doe « What did you do with the body?!! », case suivante gros plan sur de la potée servie dans un bol à la cantine. Une délicieuse bouffée d’inspiration gonflée d’humour noir ! Les personnages sont attachants, les auteurs prenant soin de les enrichir de tout petits éléments qui font toute la différence entre un énième garde sans histoire et Aaron Cash. Les quelques pages consacrées à la solitude de la psychiatre Carver témoignent de l’application avec laquelle Dan Slott imagine ses créations. Dommage qu’il se soit emballé ou ait négligé de parfaire l’intrigue qui sert de support à ces fous et à ces gardiens.

Sans être une merveille visuelle ou scénaristique, Arkham Asylum : Living Hell a su s’imposer parmi les innombrables histoires de Batman qui engorgent les parutions de DC Comics. Son mérite n’est pas de révolutionner la manière de raconter une histoire, mais d’avoir su présenter des nouveaux personnages et de convaincre le lecteur de s’y attacher, leur donnant ainsi une pérennité dans la continuité de l’Homme-Chauve-Souris. C’est au demeurant une mini-série en-dessus de la moyenne qui permet de traîner à Arkham sans être collé aux basques du Joker et de Batman durant 150 pages.

TheRiddler

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