COUVERTURE
Les points positifs:
  • L’invitation au rêve et au voyage
  • Les scripts bonus en fin de tome
  • Sandman toujours aussi attachant
Les points négatifs:
  • Certains risquent de ne pas apprécier les dessins
  • Un tome un peu court

« Ici c’est nulle part » – Sandman


  • Scénario : Neil Gaiman Dessin : Kelley Jones, Malcolm Jones III, Charles Wess…
  • VERTIGO ESSENTIELS – Sandman : Tome 2 – 24 Mai 2013 – 448 pages – 35€

Que les choses soient bien claires, Sandman est un comics qui se pose là comme un ovni qui invite au voyage et au rêve. On se laisse bercer et transporter au fil des aventure du Sandman. On y rencontre des personnages emblématiques, des histoires curieuses, de l’émotion. C’est une histoire pour laquelle on prend son temps, pas une histoire qu’on lit d’une traite en une heure et c’est plié. C’est vraiment un œuvre à apprécier, à s’en délecter même peut être. Ce tome 2 légèrement plus court que le premier n’en est pas moins riche.

Avant d’attaquer l’histoire, intéressons-nous aux bonus de ce second tome. Urban Comics nous gâte avec des interviews très intéressantes qui reviennent sur le travail de Neil Gaiman dans les histoires rencontrées dans ce tome. Nous y apprenons des petits secrets du maître. Nous retrouvons ensuite des bonus qui m’ont particulièrement intéressés : les scripts complets de Sandman #19 : Le songe d’une nuit d’été et de Sandman #23, seconde partie de La saison des brumes. Nous y découvrons le scénario intégral de ces numéros avec les directives de Neil Gaiman pour les artistes qui interviendront sur ces derniers, ainsi que quelques planches préliminaires. Cette partie nous permet de poser un regard différent sur les numéro. On peut les appréhender à la lecture un peu comme une pièce de théâtre avec description de décors. Une dissociation qui diffère complètement de la lecture du comics fini avec les planches colorées et finales qui servent cette fois de support au texte et non plus l’inverse. En bref, de jolis bonus.

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Passons à l’histoire maintenant, enfin les histoires. Nous retrouvons dans ce tome plusieurs histoires, avec quand même une trame commune pour Morphée (l’autre nom du Sandman).

La première partie s’intitule Le Pays du Rêve. Dans cette partie, nous explorons les habilités de Sandman dans les rêves des gens. Nous y faisons la rencontre de Calliope, une histoire de muse qui montre la cruauté humaine. Nous retrouvons ensuite un numéro exceptionnel ; nous sommes dans un pays de rêves bien particulier et l’histoire s’intitule tout simplement Un rêve de mille chats. En fait, les chats pensent qu’en rêvant tous ensemble ils peuvent se rebeller contre l’Homme et prendre le pouvoir sur leurs maîtres. Une excellente histoire, originale, qui nous prouve encore une fois que les chats rêvent de dominer le monde. Blague à part, c’est très agréable de retrouver une histoire aussi dépaysante. Puis vient Le songe d’une nuit d’été, célèbre histoire mettant en scène tout simplement Shakespeare, l’auteur d’une pièce de théâtre qui se joue en plein air. Cela ne vous rappelle rien ? Par contre, petit bémol pour la traduction en français Shekespeare par Urban Comics. Enfin nous retrouvons Façade, qui met ici en scène Death, la sœur aînée de Morphée. Ce mini-conte ne mettant pas en jeu Sandman est peut-être une critique de la culture du physique de la part de Neil Gaiman, qui exploite l’histoire d’Urania qui ne supporte plus son reflet dans le miroir et souhaite en finir. Ces petites histoires nous permettent de nous mettre en appétit pour la seconde partie, plus lourde, plus importante pour Sandman.

Cette seconde partie s’intitule La saison des brumes et regroupe sept numéros de Sandman. Le prologue met en scène les Eternels, c’est à dire les frères et sœurs de Sandman. Lors d’une réunion de famille à la demande de Destin, nous retrouvons donc Death (Mort en traduction), Destin, Délire, Désespoir, Désir et Dream (le rêve) Sandman. Cette réunion n’a pas lieu sans raison. Destin en connait la raison mais ne l’expliquera qu’une fois que les choix sont faits. Une décision difficile à prendre de la part de Sandman, lourde de conséquences, mais qu’importe : pris de remords, il se doit de réparer une erreur commise par le passé. Pour ceci, il devra se rendre en enfer pour chercher un amour perdu, Nada. Jusque là tout va bien ; or souvenez vous du dernier voyage de Sandman en enfer. Dans le tome précédent, il ne s’était pas très bien déroulé. À partir d’ici nous allons suivre Sandman dans ses adieux et son voyage.

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Ce voyage est plein d’émotion, on sent Sandman touché et c’est vrai qu’au fond, on a envie que tout fonctionne pour lui, même si l’on sait bien que ce serait trop facile. Lors de son voyage en enfer, nous assistons à un twist qui retourne réellement le lecteur, tout comme notre maître des rêves. Lucifer prend une décision qui laissera tout le monde sur le derrière, et pour cause. Il y a fort à parier que la plupart des lecteurs n’a rien vu venir. C’est juste trop facile, trop …non en fait on se dit que c’est une blague… mais non, le choix de Lucifer est fait, après un petit flashback sur sa vie. Voilà donc notre Sandman responsable de la clé de l’enfer, vide et fermé. C’est alors que les choses vont se corser.

Le fait que Sandman soit le gardien de la clé va déchaîner les envies de pouvoir sur l’enfer de beaucoup de personnages. Entre autres, Odin. Le Dieu des Ases accompagné de Thor, mais aussi de Loki. Nous passons alors par un petit moment de culture générale qui revient sur l’organisation du monde des légendes nordiques, avec l’Yggdrasil. Nous rencontrons aussi, lors du repas où tous les dignitaires viennent tenter de récupérer la clé, des divinités qui nous viennent de l’Egypte, ou bien encore Azazel. Ce repas permet de voir l’avidité des personnages, ce qu’ils sont prêts à proposer en échange de la clé de l’enfer. Mais notre Sandman a de la ressource, et celui qui tente de le piéger, n’est pas aussi fin qu’il ne le croit. « Tel est pris qui croyait prendre » me semble bien avoir sa place ici. Sandman semble si effacé, si nonchalant, et pourtant, c’est bien lui qui tire les ficelles. Le maître des rêves arrivera à ses fins et finira par retrouver Nada, mais c’est vrai qu’au final, il a quand même perdu quelque chose. Il a une chance de se rattraper, de se faire pardonner, mais l’amour ne renaît pas aussi facilement après une trahison. Et Sandman se retrouvera de nouveau seul, sans l’amour, n’ayant plus non plus la clé de l’enfer. Ce personnage n’est vraiment en rien rocambolesque, c’est une force tranquille, magnifique, qui vient nous mettre une gentille petite claque de calme et de beauté dans chacune de ses histoires.

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Loin des histoires de bagarre à foison, loin de ses histoires du « mettons-en plein les yeux », de Sandman se dégage un romantisme mélancolique qui envoûte chaque lecteur qui aura ses histoires entre les mains. Neil Gaiman est un génie, il transcende les genres, il mélange tout à sa manière, et nous livre des histoires qui nous font rêver, pour toujours, quel que soit l’âge, son récit ne perd pas en intensité. Même les dessins qui pourraient gêner car pas assez modernes vu l’époque trouvent un écho avec l’histoire. Cette imperfection donne le charme à l’ouvrage.

Pour faire court, alors qu’il resterait encore beaucoup de choses à dire sur le titre en général, sur l’auteur, sur le personnage, Sandman c’est le maître du rêve mis en scène par le maître de l’écriture. C’est beau et puissant, c’est magique. S’il est bien un comics que tout le monde devrait lire, c’est bien celui-ci. 

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