[Review Cinéma] Superman, le Film 1
Les points positifs:
  • Le premier véritable hommage à Superman au cinéma
  • Réalisation impeccable et bande originale au top !
  • Christopher Reeve
Les points négatifs:
  • Un peu kitsch
  • Lex Luthor
  • Une histoire de voyage dans le temps ?

« C’est un oiseau ? C’est un avion ? Non, c’est Superman ! »


  • Réalisation : Richard Donner – Acteurs : Christopher Reeve, Marlon Brando, Gene Hackman, Margot Kidder, Glenn Ford – Production : Ilya Salkind, Alexander Salkind, Pierre Spengler, Richard Lester – Compositeur : John Williams

Je ne vais pas vous faire l’affront de commencer par un résumé pour vous remettre dans le contexte de cet œuvre que j’ai l’honneur de vous présenter dans le cadre de notre mois spécial Superman. En attendant la sortie cinéma de l’année (si si, Man Of Steel, et rien d’autre !), revenons un peu sur l’origine du premier super-héros de tous les temps. Et du premier film super-héroïque à avoir bouleversé l’industrie du cinéma, tant est si bien qu’aujourd’hui encore, nous pouvons prétendre que le film reste indétrôné en terme de revenus sur la franchise au cinéma (du moins, si l’on considère l’inflation des tickets et compagnie, Superman Returns n’étant au final, pas très loin derrière, et techniquement devant en terme de recette !).

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Passons donc ces considérations pécuniaires, et tournons nous vers le sujet qui nous intéresse. Ce film vaut-il encore le coup ? Je rappelle l’année de sa sortie en salle : 1978. Pas tout jeune, on peut donc légitimement se demander : ce film fait-il encore honneur au personnage aujourd’hui ? Est-ce que tout ceci n’est pas trop kitsh ? Et comment aborder tout ça sans heurter la sensibilité des fans les plus hardcores de notre Superman international ? Oui, les gars, vous vous reconnaissez, c’est de vous que je parle ! Je vais calmer d’emblée vos ardeurs les plus impulsives. Oui, ce Superman, le Film, même aujourd’hui, mérite encore un coup d’œil attentif. Il y a bien trop d’éléments à prendre en considération pour traiter ce film par dessus la jambe, comme si ce n’était qu’une vulgaire série B indigne du héros ou de son héritage. Ce n’est pas pour autant qu’il est exempt de défauts. Et je vais commencer là, pour finir par le meilleur.

Les effets spéciaux pourraient être sujet à critique, mais cela serait, je pense, un peu trop facile d’attaquer le film sur cet angle qui, pour un film de 78, n’a pas à rougir ni à avoir honte de quoique ce soit. Ouais, je vous mens. Je dis que je vais parler des défauts et je commence déjà à défendre la chose. Bon… Pour le gamin qui n’a jamais rien connu avant les années 2000 (oui, vous êtes des gamins pour moi, chut !), ça peut paraître un peu brutal et ridicule par moment. Superman et Lois qui volent devant un fond bleu, devant une ville en incruste un peu dégueulasse, à une vitesse toute légère qui n’explique certainement pas comment la donzelle arrive à tenir à l’horizontal alors que Sups ne la tient que par la main, ça pourrait franchement faire rire quelques zouaves, à juste titre. Mais remettons nous dans le contexte de l’époque. L’affiche disait : « You will believe a man can fly« . Et bien je peux vous dire que oui, on y croyait. Je n’ai découvert le film, avec mes yeux d’enfants, que vers la fin des années 80, et nous y croyions toujours. Les effets spéciaux ont mis un certain temps avant de vraiment évoluer. Et pendant longtemps l’évidence était là : Superman volait vraiment sous nos yeux ébahis. Et les considérations physiques sur la teneur de Lois en plein vol, hein, on s’en fichait pas mal.

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Après ce premier faux défaut, attardons nous sur le suivant qui reste, je trouve, à mon sens, le principal. Une fois de plus, les fans les plus hardcores pourront nous sortir quelques citations de comics extraordinaires prouvant à raison que le film était dans le juste et que Gene Hackman, qui incarnait Lex Luthor, n’en faisait pas trop ou n’était pas à côté de la plaque ! Et que tout ceci était au contraire, parfaitement logique. Mais avec mes yeux d’adulte, et si je me dois de défendre Superman aujourd’hui un minimum, pour la profondeur des propos que le héros et ses histoires sont capables de véhiculer, je ne peux réellement défendre corps et âme la caractérisation « bouffonne » qui est donnée au génie du mal : Lex Luthor. Je n’arrive plus à croire à ce personnage bien trop ridicule pour être pris au sérieux. Le problème ne vient pas nécessairement de l’interprétation, Hackman est convaincant en méchant mégalo un peu concon, c’est juste le ton de la caractérisation qui ne colle pas. C’est un guignol. Le personnage donne dans le comique. Hors, pour moi, même si je ne pense pas que c’est ce que pensait le petit gamin que j’étais dans les années 80, Lex Luthor, c’est un type sérieux, mégalo certes, mais sérieux, qui ne se couvre pas de ridicule, même quand il perd, et qui évite les droleries ou les blagues foireuses en la présence de Superman. La plupart du temps du moins. Ce Lex là, est bien trop léger, bien trop décalé pour donner du sérieux à la menace qu’il représente (et qui est pourtant réelle, ses bombes et le tremblement de terre qui en découlent sont pourtant bien destructeurs). Et de par ce méchant un peu trop basique, en découle un Superman un peu moins impressionnant, moins sublimé. Superman II propose un autre méchant (Zod) pas forcément plus développé dans le script, mais qui a plus de carrure et représente plus de noirceur que le Luthor que nous avons là (et qui reste hélas tout aussi ridicule par la suite) ce qui renforce l’estime et l’aura que peut nous transmettre un Superman à la hauteur de la menace qu’il affronte (même si ce film là a carrément d’autres problèmes, mais ce n’est pas le sujet ici) !

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Reste enfin un autre « problème » au film, plus inhérent je pense à la teneur du script lui même qu’à la véritable intention de faire de la science-fiction mal fichue, c’est le twist final qui fait que Superman, plus fort que ce que l’on ne pourra jamais imaginer (ATTENTION AU SPOIL pour les quelques monsieurs et dames de l’assistance qui n’auraient toujours pas vu le film, la bonne blague, et la honte sur eux sur une vingtaine de générations), arrive à remonter le temps en tournant autour de la planète dans le sens contraire de sa rotation. Encore une fois, je pense qu’il s’agit plus d’un problème d’époque. Même en BD, le truc ne passerait plus aujourd’hui. Il y a eu trop de films de SF, trop de films sur le voyage temporel, et sans doute trop d’avancées scientifiques dans la culture populaire pour admettre simplement que… cela fonctionne. On rit. Pas d’autre choix que d’en rire. De trouver ça un minimum bancal. Absurde… Superman devait sauver Lois, devait sauver le monde ! C’est une évidence. Il fallait une happy end dans ce film. Mais ils auraient du trouver un autre moyen. Si le film devait être réécrit aujourd’hui, je suis certain qu’il en serait autrement.

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Mais tout ceci, n’est-ce pas finalement que du détail ? Ai-je vraiment parlé pour l’instant de l’important ? Du personnage de Superman en lui-même ? De Clark Kent ? De ce qu’il représente ? De ce que le film transmet sur ce point de vue là et comment le fait-il ? Quid de la mythologie Kryptonienne ? De l’étranger, de l’homme venu d’ailleurs qui saura conquérir les cœurs et sauver le monde de sa propre folie ? De mec en cape rouge, aux allures de dieu vivant, capable de stopper un raz-de-marée d’un seul souffle et de retourner le monde par la force de sa seule volonté ? La finalité n’est-elle pas là ? De faire en sorte que le bien triomphe toujours et que Superman, quoiqu’on en dise, qu’il soit trop gentil, trop bon pour être crédible, trop puissant, trop boyscout, gagne toujours à la fin, triomphant, et gagnant le coeur de sa belle Lois au prix du sacrifice de sa véritable identité ? Pour comprendre ce que raconte ce film, il faut comprendre ce que représente Superman. Il faut comprendre qu’il était le premier. Il faut comprendre qu’il n’a pas été créé pour avoir quelques faiblesses que ce soient. Même s’il en a, la kryptonite, et dans une moindre mesure, son amour pour l’humanité, qui lui coûtera quelques sacrifices dans le film, bien qu’il trouvera le moyen « absurde » de réparer tout ça. Il faut comprendre que ce personnage est né dans un contexte où la comparaison avec d’autres héros n’était pas possible. C’était le premier de son genre. Capable de tout faire. Un fantasme, le premier d’une lignée incroyable, qui ne saurait être détruit ou égalé. Superman, c’est l’homme super par définition. C’est l’homme indestructible, infaillible, capable de milles prouesses et de l’incroyable, de l’insoupçonné, et même, disons le carrément, capable aussi de l’absurde !

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Le film arrive et sublime tout ça avec une élégance assez incontournable. On peut toujours cracher sa haine contre ce héros parfait sous toutes ses coutures, sous toutes ses formes. Mais on ne peut pas contredire le fait que Richard Donner et son équipe ont complètement saisi l’aura du personnage et qu’ils maîtrisent parfaitement leur sujet. Superman nous éblouit. Malgré cet homme trop ridicule qui s’oppose à lui. Malgré l’absurdité du dénouement. Malgré tout, ce surhomme nous impressionne. Cela peut nous énerver, comme cela peut nous faire rêver. Personne n’est insensible. Et en cela, le film est une parfaite réussite. Et merci qui ? Oui bien sur, la réalisation, qui sait mettre en évidence la puissance du héros a travers des scènes de vol et de prouesses naturelles hors du commun. Merci bien évidemment, aux personnages secondaires, qui arrivent à nous faire toucher du bout du doigt l’aura du super héros par excellence, que cela soit Lois Lane (interprétée par une Margot Kidder exceptionnelle qui mettra bien longtemps avant de se faire détrôner par une autre actrice, d’ailleurs, est-ce vraiment le cas ?), Jimmy Olsen ou même encore le petit gamin qui regardera les yeux brillants son héros voler dans le ciel de Métropolis. Et que dire du père, Jor-El (interprété par un Marlon Brando qui a dû ramasser un gros cachet pour l’occasion) et de la mère, sacrifiant leurs vies pour laisser une chance à leur bambin de survivre à la destruction de son monde d’origine, un ton donné et une identification à échelle humaine des l’introduction pour nous rappeler d’où vient le personnage, qui sont ses parents, et ce qu’il est au fond de lui. Chacun pourra s’identifier, s’il le souhaite, à celui ou celle qui lui correspond, et comprendre pourquoi ce héros est si important. Et merci enfin à Christopher Reeve qui, malgré ses quelques détracteurs, avait vraiment le physique de l’emploi. L’homme tout trouvé pour la situation. Un choix de Donner purement logique et d’une pertinence rare. Une prestance et un charisme qui imprègnent l’écran de son aura, parfait pour interpréter un tel héros. Et même avec le slip rouge ridicule, nom d’un Superman, cela fonctionne. On voit cette homme, dans sa forteresse de solitude, décoller vers sa prochaine destination, et l’écran ne montre que ça. L’essentiel. Superman est sublimé. Et que dire de son interprétation de Clark Kent. Qui fait que même avec seulement des ‘ain de lunettes et de la laque bon marché arrive simplement à nous faire croire que ouais, c’est pas le même gars en fait. Ça aussi ça passe. Aussi improbable et stupide que ça en à l’air. À titre de comparaison, je suis aujourd’hui moins convaincu par un Stephen Amell qui essaye de nous faire croire qu’il n’est pas Oliver Queen sous sa capuche ridicule et son pseudo masque de peinture sur la tronche que par un Christopher Reeve qui arrive à jouer deux personnages différents avec une crédibilité et une fluidité renversante avec quelques accessoires tout aussi ridicules et des effets spéciaux bon marché (enfin, bon marché aujourd’hui) mais tellement plus crédible sur la forme et dans l’interprétation. Et pourtant j’aime bien Arrow, ne vous méprenez pas. Mais les faits sont là. Oh évidemment, ça a toujours été grillé à des kilomètres. Dans la réalité, ça ne suffirait jamais. Mais encore une fois, l’interprétation du monsieur fait la différence par rapport au costume, et c’est vraiment ce qui compte. Jamais un Clark Kent n’a été aussi gauche, aussi « ridicule » (dans le bon sens du terme cette fois). Rien à redire là dessus non plus. Si on y croit, pour les plus irréductibles, on a envie d’y croire ! Si, ne mentez pas ! C’est de la fierté mal placée ! Non mais ho !

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Je ne pourrai certainement pas convaincre les plus septiques d’entre vous. Ce film, digne représentant de son sujet, non sans quelques couacs qui feront peut-être, pour certain d’entre vous, la différence, reste à ce jour l’une des meilleurs interprétations possible du mythe. Tout comme je sais que ce film là, et le suivant, sont aussi peut-être partiellement coupable de ce que les gens pensent sur Superman : un héros trop fort, trop parfait, donc inintéressant. Je pourrais toujours faire une moue triste en hurlant : « C’est même pas vrai d’abord ! » que cela ne changerait certainement pas votre point de vue pour autant. Et pourtant… et pourtant. Alors oui, c’est un type bien. Comme si aujourd’hui, être un type bien, être un héros gentil, c’était quelques choses de mal. N’est-ce pas totalement paradoxal ? Superman est victime de sa propre identité. Là où un Batman plus sombre, fera des émules incroyables et n’aura jamais cette mauvaise image du mec trop bien, alors qu’au final ces deux types défendent les mêmes idéaux. Seul la méthode change un peu, dirons-nous. Une injustice que ce film ou que mes mots ne sauront réparer. Mais en y grattant un peu, en regardant en dessous de cette surface lustrée et brillante, en regardant le film avec attention et passion, ne voyez-vous pas ces quelques scènes où ce Superman, derrière cette affiche trop propre, vacille sous le propre poids de ses responsabilités ? Ne le voit-on pas déchiré de ne pouvoir révéler sa véritable identité à Lois ? Ne le vois-t-on pas désespéré et incapable de comprendre pourquoi Luthor fait le mal pour son propre intérêt personnel ? Ne le voit-on pas faire des choix douloureux pour sauver le plus grand nombre ? Et au final, ce héros ne mérite-t-il pas une conclusion trop gentille et un voyage temporel zarbi pour ne pas tout perdre et sombrer définitivement dans le désespoir ou la folie ? Au prix du sacrifice de sa propre image ? Être trop puissant pour réussir là où les autres échoueraient ? Réussir pour respecter ce qu’il représente ? Réussir pour, question de karma, récolter tout le bien (ou presque) qu’il sème ? N’est-ce pas ce qu’il est sensé représenter ? Un super-héros. Celui qui nous sauvera, quoi qu’il lui en coûte. Et sa propre image, il s’en tape comme c’est pas permis. Un symbole. Une icône. Dont il n’a pas la portée, dont sa modestie et sa volonté de bien faire les choses lui cachent cet état de fait. Détesté, adulé, désavoué, déifié. Tout ça à la fois. Non, je ne pourrais pas plus vous convaincre. Seul votre coeur parlera pour vous et verra en ce personnage, ce qu’il a envie de voir. Peu lui en importe, il continuera de sauver le monde, à être LE super-héros, que vous le vouliez ou non. Que ces histoires soient narrées par des incompétents ou non. Que vous vous y intéressez ou non. Et Superman, le film, c’est exactement ça. C’est la transposition logique du premier des super-héros au cinéma, sans concessions, avec des sacrifices. Et ce que vous en pensez, bah… peu lui en importe ! Ce n’est certainement pas un job pour Superman, que de vous convaincre de son importance. Lui, il se contentera de vous sauver. Quitte à faire tourner le monde à l’envers, rien à faire que cela ne soit pas possible, c’est pas un scénario improbable ou des détracteurs pointilleux qui vont l’arrêter !

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Je me dois aussi d’évoquer rapidement la bande originale du film. John Williams démontre ici son talent une fois de plus avec un thème parfait pour le Super héros. Je ne saurais vous détailler avec précision pourquoi ce rythme épique et entraînant colle parfaitement au personnage, je manque de formation question musique, mais c’est juste parfait. Et qui aujourd’hui arrive à dissocier ce thème de Superman ? Ta-da-da… Ta-ta-ta-ta-da-ta ! Hum, bref…

Richard Donner, qui faute d’avoir convaincu ses producteurs, aura au moins réussi à placer son film en tête du box-office et réussi l’exploit de porter le mythe au cinéma sans même se casser la figure. Ici ce n’est plus une question de goûts, juste de faits. Superman, le film, c’était un passage et cela reste un héritage indispensable pour transposer ce super-héros à l’écran. Reste à savoir maintenant si Zack Snyder saura utiliser les bons codes pour réussir à convaincre le reste de la plèbe, qui aujourd’hui donne l’impression d’avoir déjà gagné. Dans un monde où tout est trop sombre, et où la brillance est effacé. Un peu l’anti-thèse de l’époque. J’espère juste que cette brillance ne va pas complètement s’effacer aux yeux de tous, et que chacun saura en tirer le meilleur. Merci en tout cas à Donner, à Christopher Reeve et à tous les autres (allez, même Hackman), pour nous avoir laissé cet héritage. Merci beaucoup pour avoir illuminé un tant soit peu notre enfance ! Merci de nous avoir permis de croire qu’un homme pouvait voler…